Ce blog est destiné aux curieux de botanique. En s’appuyant sur les photos que j’ai pu faire en voyage, et sur de l’iconographie ancienne, il rentre un peu dans les détails qui m’ont permis d’identifier une espèce, mais son contenu doit être considéré comme celui d’une botaniste amateur !
« Flora Brasiliensis, enumeratio plantarum in Brasilia hactenus detectarum :quas suis aliorumque botanicorum studiis descriptas et methodo naturali digestas partim icone illustratas ».
L’auteur,Karl Friedrich Philipp von Martius (1794-1868), y est secondé par une cohorte de botanistes dont : August Wilhelm Eichler, Ignaz Urban, Stephan Endlicher, Eduard Fenzl. La Flora brasiliensis comprend 40 volumes en 130 fascicules, 20733 pages de texte et 3811 planches gravées.
ci-dessous: V1 p1 L3 Forêt riveraine du fleuve Amazone (Silva in ripa fluvii amazonum).
Karl Martius(1794-1869), est un botaniste voyageur qui passe trois ans dans une exploration scientifique du Brésil, réunissant une vaste collection de plantes. Cet imposant ouvrage constitue sans doute la base de connaissance de la flore brésilienne.
Je cite un passage de l’introduction qui nous intéresse plus particulièrement car il vient comme un prélude aux notions plus modernes d’associations végétales : « Une particularité de l'ouvrage sont les ‘Tabulae physiognomicae’, images et paysages caractéristiques de la végétation brésilienne, reproduits à partir de dessins originaux réalisés sur place par l'auteur lui-même, qui a également contribué au texte des sections sur les anonacées et les agavacées. »
La Flora brasiliensis nous montre donc 59 belles lithographies de paysages mais je constate que les signatures des auteurs des dessins quand ils sont mentionnés indiquent parfois d’autres noms que Martius, souvent Benjamin Marypar exemple. En bas à gauche : ad. nat. signifie dessiné d’après nature et la mention en bas à droite donne le nom du lithographe qui a transcrit le dessin sur la pierre lithographique : in lap. del.
V1 p1 L23 Les plaines sont sèches en été, brûlées par les feux (Campi aestate sicca ignibus adusti).
V1 p1 L33 A l’ombre de l’Artocarpus integrifolia (Artocarpus integrifolia, e cujus umbra).
Il semble qu’il s’agit là d’Artocarpus integer (Thunb.) Merr. qui n’est ni l’Arbre à pain(Artocarpus altilis) (photo ci-jointe), ni le Jacquier(Artocarpus heterophyllus), mais dont le fruit est comestible également.
Par la phrase ci-dessus, Martiusnote que la végétation y est le plus souvent composée d’arbres défeuillés (aphylles). Savane du Nord-est du Brésil, la Caatinga est un écosystème original lié à un climat tropical semi-aride ; composée de cactus et d’arbustes épineux, elle prospère pendant une brève saison pluvieuse. Parfois on y trouve des espèces particulières d’arbres à tronc enflés en bouteille comme on peut le voir sur cette représentation (par ex. Ceiba pubiflora, Cavanillesia arborea).
V1 p1 L14 Une mangrove (Silvae maritimae arborum viviparum).
On voit les longs fruits pendants ne demandant qu’à tomber à la verticale pour se planter au fond. J’ai vu cela dans une mangrove de Guadeloupe peuplée de Palétuvier rouge ou Mangle-chandelle(Rhizophora mangle).
Ensuite quelques cultures traditionnelles et cela me rappelle un peu d'anciens articles du blog de ma catégorie "Paysages" comme sur la commission chorographique en Colombie ou encore sur Elisée Reclus.
V1 p1 L57 Une culture de bananiers (Cultura musae paradisiacae) ; dessin de Benjamin Mary.
V1 p1 L15 Les parasites tombés sont le fléau des grands arbres (Parasiti caduci grandium arborum pernicies).
Pour amener un peu de couleur voici une scène assez semblable prise en photo sur Basse-Terre en Guadeloupe.
V1 p1 L41 Un groupe de Pin du Paraná (Lucus araucariae brasilianae),dessin de M. Rugendas.
Araucaria brasiliensis est un synonyme du nom actuel reconnu :Araucaria angustifolia (Bertol.) Kuntze. Celui que nous connaissons dans les parcs d’Europe est Araucaria araucana (Molina) K.Koch.
Mais j'aurai l'occasion de parler plus précisément des Araucarias!
Dans les parcs et jardins, il n’est pas toujours facile au néophyte de distinguer les conifères du type « Sapin ». Ecartons d’emblée ceux qui perdent des cônes entiers qu’on retrouve à leur pied car ce ne sont pas des sapins mais soit des Douglas, soit des Epicéas. Les sapins conservent, dressés souvent très en hauteur, les axes de leurs cônes qui se débobinent et dont on peut trouver les écailles et les graines au sol. C’est le cas pour le Sapin d’Andalousie, Abies pinsapo Boiss. Les photos qui suivront ont été prises au Mans dans un espace urbain.
C’est pour moi l’occasion d’évoquer un botaniste genevois du 19ème siècle : Edmond Boissier. Issu d’une riche famille genevoise, il s’initie tôt à la botanique grâce à son grand-père puis suit les cours d’Augustin-Pyramus de Candolle à l’Académie de Genève.
Ci-contre un portrait d'Edmond Boissier (1810-1885) par Rodolphe Piguet.
Lorsqu’il arrive en 1837 à Malagapour herboriser en Andalousie, Edmond Boissier s’est sérieusement préparé : doué pour les langues, il a appris l’espagnol et un peu d’andalou et il dispose d’une base formidable qu’il a étudiée à fond : l’herbier très fourni d’un botaniste anglais, Philip Webb. Ce dernier a exploré le Royaume de Grenade durant des années et lui a confié toutes ses collectes. La description d’Abies pinsapopar Edmond Boissier, une espèce européenne qui était encore inconnue, l’a grandement fait connaître mais il faut ajouter qu’il a décrit 5990 espèces botaniques nouvelles en accomplissant d’autres voyages ; il publiera plus tard uneFlora orientalis en 5 tomes (1867-1884).
Pour Le sapin d’Andalousie, j’ai trouvé les trois belles planches illustrant son ouvrage :« Voyage botanique dans le midi de l'Espagne pendant l'année 1837 » (par Edmond Boissier, membre de la Société de Physique et d'Histoire naturelle de Genève).
Abies pinsapo dans « Voyage botanique dans le midi de l'Espagne pendant l'année 1837 »
Les passages de son texte à propos de ce sapin nommé d’abord simplement Pinsapo comme s’il pouvait s’agir d’un pin, sont intéressants ; en voici quelques extraits (p 158) :
Pour souligner son propos, voici la photo prise des écailles de mon pinsapo : à gauche l’intérieur portant encore ses deux graines ailées, et à droite le dos de l’écaille montrant la très petite bractée qui sur d’autres espèces d’Abies peut aller jusqu’à déborder du contour de l’écaille, puis (photo2) les graines recto-verso.
En p 159, il retrouve une belle population et cette fois, peut récolter des graines !
Il s’est avéré que ces graines ont fourni de beaux spécimens dans les jardins d’Europe, puisqu’on trouve un article plus tardif rédigé par Boissier lui-même en 1861 dans le tome 14 de la « Flore des serres et des jardin de l’Europe » de Louis Van Houtte. Il y déclare : « Les premières graines que je rapportai d’Espagne en 1837 ont donné naissance à des arbres qui ont aujourd’hui de 7 à 9 mètres de hauteur ». La planche montrant un jeune sapin est issue de cet article.
Un jeune Abies pinsapo dans la "Flore des serres et des jardin de l’Europe" de Louis Van Houtte
En ce qui concerne la silhouette de mon sapin du Mans je n’ai pas pu constater qu’elle devient cylindrique avec l’âge car il a malheureusement été amputé de beaucoup de branches basses…
Ceux qui voudraient en savoir plus sur Edmond Boissierqui par ailleurs ne partageait pas les nouvelles thèses de Darwin, pourront consulter cet article d’une revue de l’Université de Genève, là:
Deux des genres de la grande famille des Orobanchacées, à petites fleurs et feuilles vertes, étaient peu distingués l’un de l’autre : les Euphrasia et les Odontites.Les silhouettes générales d’une Euphraise ou d’un Odontite sont pourtant assez caractéristiques et différentes. Au-delà du genre il existe dans la flore de France, treize espèces différentes d’Euphrasia et six d’Odontites sans compter les sous-espèces !
Je ne vais pas rentrer dans le détail à propos des Euphraises dont voici quand même une photo, car en plus d’être des Herbes aux myopes ou Casse-lunettes(c’est leur nom courant) ce sont surtout des casse-têtes : je parle de leur identification précise qui est très délicate !
Quant aux Odontites, la fin d’été et l’automne les met en évidence en bord de route quand les autres floraisons se font bien discrètes ! Je peux donc illustrer l’Odontite tardifnommé autrefois Euphraise tardive (Odontites vernus subsp. serotinus) qui porte une grappe unilatérale d’une quinzaine de fleurs roses, ses feuilles comptent trois nervures.
Les deux espèces roses couvrent assez régulièrement le territoire, encore que le vrai Odontite de printemps ouOdontite rouge (Odontites vernus subsp. vernus), en tant que plante adventice des moissons, est en forte régression comme toutes les messicoles, et je ne peux vous le montrer.
L’Odontite tardif (Odontites vernus subsp. serotinus) en Sarthe
L’Odontite jaune ou Euphraise jaune, (Odontites luteus (L.) Clairv.) porte des feuilles linéaires à une seule nervure ; cette petite espèce dont les corolles s'ouvrent davantage, est notée surtout dans le sud et un peu dans l’Est de la France. Pour ma part je l’ai trouvée dans une zone de friche au Nord de Montpellier.
L’Odontite jaune (Odontites luteus (L.) Clairv.)
Odontites lutea Reich.est illustré sous ce nom (ancien synonyme) dans la « Flora regni Borussici: flore du royaume de Prusse ou illustration et description des plantes poussant à l'état sauvage en Prusse », auteurs : Albert Dietrich, 1795-1856 et Friedrich Klotzsch, 1805-1860
Odontites luteaapparait également dans la Flora austriaca de Nikolaus Joseph Jacquin (tome 4, pl 398)
Odontites lutea Reich. dans la "Flora regni Borussici"
Odontites lutea Reich. dans la Flora austriaca .
Odontites vernus subsp. serotinus
On le retrouve sous le nom d’Odontites vulgaris Moench. dans quelques représentation anciennes ainsi que sous des noms synonymes variables comme l’Euphrasia odontites de la Flora Batavade Jan Kops, (vol. 3 de 1814, t. 194). C’est celui que je pense avoir vu en Sarthe à la mi-Aout 2020. J’avais alors été un peu surprise de ce nom d’espèce (vernus) pour une plante en début de floraison à la fin de l’été, puis j’ai vu la mention dans la Flora Gallica de cette sous-espèce tardive (serotinus), plus commune.
Euphrasia odontites syn. de Odontites vernus subsp. serotinus dans la Flora Batava de Jan Kops
Les Odontites, sont des plantes hémiparasites, la définition de ce terme est donnée par Bernard Boulard dans mon ancien Dictionnaire de Botanique : « un végétal supérieur qui, encore pourvu de chlorophylle mais en quantité insuffisante, ne prélève aux dépens de son hôte qu’une partie des aliments organiques dont il a besoin pour vivre ». Leurs racines se sont transformées en suçoirs pénétrant dans les racines d’une autre plante pour y puiser de la sève brute, mais ils restent capables d’assurer la photosynthèse comme en témoignent leurs feuilles vertes. A ce titre, ils sont proches des Rhinanthes dans la taxonomie des Orobanchacées, et encore plus proches des Euphraises puisqu’on peut constater que leurs noms étaient presque confondus autrefois.
Le voici encore dans la « Flora londinensis : plaques et descriptions de telles plantes qui poussent à l'état sauvage dans les environs de Londres » de William Curtis (1777):
Une très longue évolution commencée en Malaisie et Indonésie il y a plus de 2500 ans, a mené progressivement vers les bananiers cultivés actuels. Ceux-ci devaient privilégier des caractères utiles pour l’homme, ils sont devenus producteurs de fruits stériles et parthénocarpiques (sans graines). On les multiplie végétativement et les variétés sont des clones ; la belle popotte de fleurs mâles qui termine l’inflorescence est coupée sans regret pour privilégier la croissance de la partie femelle au-dessus : le régime.
Dans cet article ne figureront que des auteurs réellement présents sur le continent asiatique car il existe aussi beaucoup de représentations européennes très anciennes se référant à des images antérieures mais pas à de l’observation personnelle de l’auteur.
Dans la Flora Sinensis du missionnaire jésuite polonais Michael Boym, publiée à Vienne en 1656, on trouve une des premières illustrations de Bananier, dessinée par l’auteur qui a vécu une dizaine d’années en Chine. Vous pouvez, sur Plantuse, consulter une traduction du texte associé à ce bananier nommé Pa-Cyao, ou Figues des Indes et de la Chine.
LeBananierfigure sur trois planches du 17ème siècle de l’ Hortus indicus Malabaricus.Ce recueil de plantes est rédigé par Hendrik Adriaan van Rheede tot Drakenstein, engagé à l’origine par la Compagnie néerlandaise des Indes orientales. Rheede devient ensuite gouverneur sur la côte de Malabar ; son Hortus indicus Malabaricus a été utilisée par Linné comme une référence pour les plantes du Sud de l’Inde.
Hortus indicus Malabaricus par H.A. van Rheede tot Drakenstein
Dans l’Hortus indicus Malabaricus,tome 1, planches 12, 13 et 14 (1678-79), le nom usuel de laBanane, est accompagné des équivalences en arabe, en malayalam et en brahmane, comme pour chacune des 740 planches, car Rheedea su bien s’entourer et utiliser les savoirs ancestraux de la région pour enrichir son répertoire. Sur les trois planches figure le nom deBàla un nom latin alors choisi par Rheede, l’équivalent moderne est Musa x paradisiaca, nom général qui regroupe les bananes dessert et les bananes à cuire (plantain).
Hortus indicus Malabaricus par H.A. van Rheede tot Drakenstein
Un texte de Diderot tiré du tome 4 deL’Encyclopédie (1777, p. 329) détaille en quelques pages, 29 ‘espèces’ de Bananier en citant des noms locaux. Il s’insurge en page 320de la décision deKarl Linné de toutes les réduire à deux espèces (paradisiaca et sapientum). La notion de variétés d’une même espèce n’avait pas encore assez de poids !
Au sujet du Bala, Diderotnous dit: « Le bala est le bananier le plus commun au Malabar et au Sénégal. Van-Rheede en a donné une figure assez complète sous ce nom Malabare, dans son Hortus Malabaricus, vol.1 p.17, pl.12, 13 et 14. Les Brames l’appellent Kely. Pline l’a indiqué sous le nom de pala, dans son Histoire naturelle, liv.12, chap.6, où on appelle son fruit ariena. C’est l’iminga ou l’ininga de Soffala, le figo d’orta, c’est-à-dire, figuier des jardins des Portugais. »
Je suis partie ensuite d’une planche en couleur d’un ouvrage de William Roxburgh, un médecin écossais devenu directeur du jardin botanique deCalcutta et qui a établi le premier catalogue de la flore indienne (Hortus bengalensis en 1814). Dans « Plants of the coast of Coromandel » (Vol. III) paru en 1819, William Roxburgh a légendé la banane Musa sapientum ; en fait les deux noms (paradisiaca et sapientum) sont donnés conjointement par Linné en 1759 dans sonSystema Naturae, éd. 10 (ci-dessous).
Roxburgh écrit ceci :
« Les variétés de bananes cultivées en Inde sont très nombreuses, mais celles de plantains le sont moins, car je n'en ai connu jusqu'à présent que trois, alors que je peux dire sans me tromper que pas moins de dix fois plus de variétés de bananes sont passées sous mon contrôle.
Leur durée, leur culture, leur habitude et leur caractère naturel sont déjà bien connus. Je me limiterai donc à ce que je pense être le musa sauvage originel, dont découlent, je pense, toutes les variétés cultivées (plantain et banane). En deux ans, à partir de la graine reçue de Chittagong, ils ont atteint la hauteur habituelle des espèces cultivées, qui est de dix ou douze pieds. Ils fleurissent en toute saison, mais généralement pendant les pluies, et mûrissent leur graine cinq ou six mois après, lorsque la plante périt jusqu'à la racine, qui bien avant ce temps a produit d'autres pousses ; celles-ci continuent à grandir, fleurir, etc, en succession pendant plusieurs années. Leurs feuilles sont exactement comme celles des espèces cultivées. »
Musa sapientum dans "Plants of the coast of Coromandel" de William Roxburgh.
On y retrouve aussi le nom de Bala cité dans ses synonymes avec la référence « Rheed Mal… », ce qui permet d’en déduire que, pourWilliam Roxburgh, dans les trois planches de l’Hortus indicus Malabaricus,il s’agit aussi d’une sorte de Musa originel mais en fait à cette époque une quantité de variétés de bananes existaient déjà de par le monde. La théorie de Roxburgh est là assez radicale et le fait est, que maintenant, les deux espèces (Musa paradisiaca et Musa sapientum) sont incluses dans l’hybride Musa × paradisiaca L. On peut peut-être dire que Roxburgh avait pressenti quelque-chose sans toutefois avoir en main les recherches récentes qui font de nos bananes des hybrides issus de deux espèces asiatiques distinctes Musa acuminata Colla et Musa balbisiana Colla! (Voir mon article sur les Bananes ancestrales).
La deuxième référence antérieure citée par William Roxburgh pour cette planche de musa sapientumvient de l’Herbarium Amboinense, deGeorg EberhardRumpf (1627-1702), publié en 1750 à Amsterdam. Ambon se situe dans l’Archipel des Moluques, Rumphius y passe de nombreuses années au service de la Compagnie Néerlandaise des Indes orientales.
Il s’agit d’une gravure d’un bananier en pied, la Planche 6 du tome 5, dans une légende jointe assez complexe, j’ai pu retenir pour C : le fruit de Piffang Medji.La traduction du malais serait Bananier des tables toujours selon le volume 4 del’EncyclopédieparDiderot (1777, p. 328) et les hollandais les mangeraient avec du pain et du fromage ! voir le texte de Diderotlà.
Musa dans l’ Herbarium Amboinense, de Georg Eberhard Rumpf
Toujours à propos de Pisang, voici trois belles illustrations peintes d’après nature, provenant duNaturalis Biodiversity Centerde Leyden ; ces peintures plus récentes sont nommées par des noms locaux indonésiens qui relèvent de Musa paradisiaca. Je n’ai pas retrouvé davantage de renseignements sur les variétés dont je ne suis même pas sûre de l’orthographe mais les peintures sont belles et au moins pour la première nous avons le nom du peintre : A. Bernecker.
variétés de Musa x paradisiaca (Naturalis Biodiversity Center de Leyden)
Une autre artiste botanique néerlandaiseétablie àBatavia (Jakarta), Berthe Hoola Van Nooten (1817-1892) peint Musa paradisiaca L. (Pisang maas) parmi une série de Fruits de Java ; on peut voir les superbes chromolithographies qui en furent tirées là :
Fils de paysans champenois, Claude Aubrietdevient peintre à Paris à la fin du 17ème siècle sans qu’on sache exactement comment il a réussi à accomplir son apprentissage et si celui-ci fut tout de suite orienté vers le dessin naturaliste. Au vu des premières études botaniques qui font l’objet de cet article, sous la direction deJoseph Pitton de Tournefort, pour « Elemens de botanique », on peut juger qu’il en a déjà une grande maîtrise et que l’observation pointue des fleurs et des fruits n’a plus de secrets pour lui.
Il est possible de voir en ligneles planches d’origine pour « Elemens de botanique », avec une mise en couleur qui parfois est un peu terne et une moins bonne définition d’image ; j’ai préféré dans la suite, du noir et blanc avec « Institutiones rei herbariae » pour plus de qualité de définition des gravures.
Voici à titre d’exemple, les deux versions pour la Renouée Bistorte: son rhizome tortueux fait l’objet d’une belle composition graphique.
Deux versions pour la Renouée Bistorte (Polygonum bistorta L.)
Et pour la Fraxinelle, la mise en couleur est assez réussie. Les noms des graveurs ne figurent pas mais il ne s’agit sans doute pas d’Aubriet et pour la mise en couleur non plus, bien sûr !
Deux versions pour la Fraxinelle (Dictamus albus L.)
Claude Aubriet va devenir par la suite « Peintre en miniature » pour Louis XIV, prenant la suite de Jean Joubert qui l’a initié à la miniature sur vélins. Il n’obtiendra le droit de signer ses peintures qu’en 1708, après le décès de Jean Joubert ; il est alors âgé d’environ 43 ans et devient très officiellement« Peintre du roi » pour Louis XIV, puis Louis XV. Il pourra résider au Jardin du Roi jusqu’à son décès en 1742, avec l’obligation de peindre 24 miniatures par an, ce qu’il fera avec beaucoup de talent et sur des sujets très variés allant de la flore à la faune (poissons, insectes, oiseaux, mammifères). On lui attribue environ 385 vélins de botanique. C’est Madeleine Basseporte qui prendra sa suite.
Claude Aubrieten marge de cette fonctionprestigieusea toujours entretenu une collaboration scientifique avec des savants : Joseph Pitton de Tournefort, puis Sébastien Vaillant, Réaumuret Antoine de Jussieu. C’est surtout avec Pitton de Tournefort qu’il se lie d’amitié au cours d’un voyage« Relation d’un voyage au Levant » publié en 1717, pour lequel il a fourni tous les dessins pris sur le vif.
« Institutiones rei herbariae » et « Elemens de botanique »
L’ensemble est illustré d’environ 450 planches gravées, il fut d’une grande importance pour les botanistes jusqu’aux travaux de Linné. Pitton de Tournefort a eu le privilège royal (et les fonds nécessaires) pour accompagner l’ouvrage d’origine « Elemens de botanique ou méthode pour connoître les plantes »de gravures détaillées sur les structures des fleurs et des fruits qui constituaient la base de sa classification prélinnéenne. Les dessins de ces planches sont donc de Claude Aubriet, même s’ilne pourra signer ses gravures qu’en 1734, date à laquelle il est officiellement attaché àl’Académie royale des sciences.
Voici donc quelques une des gravures de « Institutiones rei herbariae », et je me suis autorisée à poser en regard des photos que j’ai faites de ces plantes!
L'Aconit Napel+ photo : Aconitum napellus L. (dans le Jura)
l'Ancolie+ photo : Aquilegia reuteri (dans le Mercantour)
La Balsamine+ photo: Impatiens glandulifera (en Haute-Savoie)
Le Sabot de Vénus et l'Epipactis + photos: Cypripedium calceolus et Epipactis helleborine (en Savoie)
L'Hellébore + photo: Helleborus sp, (dans un square du Mans)
Le Pois+ photo: Pisum sativum ssp. elatius (en Catalogne)
(Les collaborations de Claude Aubriet avec Sébastien Vaillant, Réaumur et Antoine de Jussieu feront l’objet d’un autre article.)
Ces quatre centaurées roses se ressemblent et ce sont surtout les bractées de l’involucre (la collerette d’où sortent les nombreuses fleurettes de cette composée) qui permettent de les différencier, sans oublier quand même de regarder la silhouette générale de la plante, le nombre et la forme des feuilles !
Centaurea thuillieri, scabiosa, et jacea.
Il est possible de détacher l’une de ces bractées de l’involucre, en la choisissant à mi-hauteur, et de l’observer à la loupe : elle se compose d’une première languette basale plus ou moins verte, surmontée d’un appendice dont la forme varie suivant les espèces.
Le scan montrant trois fleurs veut faire la différence « à l’œil » entre les trois espèces sujettes à confusion, qui sont dotées toutes trois de corolles périphériques rayonnantes. Je n’ai pas scanné la Centaurée noire qui ne porte que des corolles plus réduites de type fleurons et dont l’involucre est aussi plus globuleux et plus sombre que celui de la Centaurée des présouCentaurée de Thuillier. Voici, ci-dessous la très communeCentaurée noire(Centaurea nigra L.).
Chez la Centaurée scabieuse (Centaurea scabiosa L.), qui fait un peu exception, la bractée de l’involucre n’est pas composée de deux parties séparées par un étranglement, c’est une sorte d’ogive verdâtre bordée de pointes sombres dont la pointe sommitale est plus ou moins effilée. C’est aussi une grande espèce dont les feuilles sont bien découpées et parfois il est possible d’en rencontrer une blanche comme cela m’est arrivé dans le Jura ! Une coupe sur l’involucre d’une fleur en fin de floraison permet de dégager quelques graines couronnées d’un pappus bien visible.
La Centaurée scabieuse, trois spécimens dans le Jura et les Alpes
LaCentaurée jacée(Centaurea jacea L.), est assez caractéristique car l’appendice terminal des bractées se présente comme un petit éventail rond doré et irrégulièrement déchiré et les feuilles sont rudes au toucher.
La Centaurée jacée, deux spécimens en Savoie et en Haute-Marne
Chez la Centaurée des présou Centaurée de Thuillier(Centaurea decipiens Thuill.) la bractée de l’involucre se termine par un appendice triangulaire foncé, de chaque côté longuement et finement frangé, de couleur blonde ou fauve mais pas sombre comme chez la Centaurée noire (Centaurea nigra L.). Pour les différencier un autre critère bien visible, la Centaurée de Thuillier porte des fleurons périphériques rayonnants alors que la Centaurée noire n’en a pas et un dernier critère décisif à regarder à la loupe : les graines ne portent pas de pappus. On peut plus ou moins le vérifier sur mon scan d’une Centaurée de Thuillier trouvée en Grande Brière, que j’ai dépiautée pour en extraire quelques graines. Il faut préciser que les Centaurea du groupe pratensis font partie d’un groupe complexe difficile à démêler !
La Centaurée des prés ou Centaurée de Thuillier (Centaurea decipiens Thuill.) en Grande Brière
Iconographie :
Je n’ai guère trouvé de représentations anciennes fidèles aux critères ci-dessus, hormis pour les deux centaurées les plus distinctives, la centaurée scabieuse et la centaurée noire.
Les voici dans«Bilder ur Nordens Flora» Stockholm, de Carl Axel Magnus Lindman, publié 1901-1905.
Centaurea scabiosa et Centaurea nigra dans «Bilder ur Nordens Flora» de Carl Axel Magnus Lindman
On trouve aussi ces deux illustrations dans laFlora von Deutschland : in Abbildungen nach der Natur pour le tome 14 de 1906, l’auteur n’est plusJakob Sturmmais leDr. K. G. Lutz.
Centaurea scabiosa et Centaurea nigra dans la "Flora von Deutschland : in Abbildungen nach der Natur" (1906)
J’ai déjà montré quelques autres espèces de Centaurées moins communes mais très caractéristiques, là :
En Juillet sur la Sambuy, dans le massif des Bauges, on se régale à souhait de vues magnifiques et de floraisons montagnardes ! La Sambuy est une montagne située au sud du Lac d’Annecy au-dessus de Seythenex, et l’intérêt pour moi, qui crains les dénivelés trop importants, c’est qu’on peut attendre l’altitude de 1850 mètres grâce à un télésiège qui fonctionne l’été, et j’espère fonctionnera encore longtemps, bien que des menaces planent sur la station. Depuis l’arrivée du télésiège nous avons pris le sentier de la petite Sambuy(2107 m), puis un autre jour, le circuit de la Bouchasse qui s’élève moins mais reste très riche en botanique diverse et insectes papillonnant dessus.
De là-haut, la vue sur le lac d’Annecy est superbe et par beau temps le Mont-Blanc se montre au-dessus des nuages.
Je me suis appliquée à ne rien cueillir, donc pas d’herbier pour confirmer mes déterminations mais certaines espèces emblématiques ne posent guère de problème d’identification et quand je n’ai pas osé aller jusqu’à déterminer l’espèce je me suis contentée du genre ! Pour certaines plantes comme l’Epervière velue (Hieracium villosum Jacq.), il s’agit en fait d’un groupe encore à l’étude.
Je pense avoir vu sans conteste l’Aster des Alpes(Aster alpinus L.),
mais voici un Erigéron, ci-contre, et je n’ose me prononcer sur l’espèce.
Pour certaines espèces, la vue du fruit m’a parfois un peu déroutée mais au vu du feuillage, il s’agit bien ci-dessous de la Raiponce orbiculaire (Phyteuma orbiculare L.)
Quant à la Petite Astrance (Astrantia minor L.), moins connue que la Grande Astrance, je n’ai découvert qu’au retour sur mes photos les crêtes festonnées du fruit en formation sous les fleurs !
La Crépide dorée (Crepis aurea (L.) Tausch) est un grand classique de cette altitude souvent confondue avec l’Epervière orangée.
La Primevère à oreillettes (Primula lutea Vill.), qu'on a coutume de nommer plus joliment Oreille d’Ours, n’était plus en fleurs mais les petits fruits ne sont pas vilains.
Le Séneçon doronic (Senecio doronicum (L.) L.) au moins, est certain, les feuilles longues, pointues et dentées sur les bords ne permettent pas la confusion avec l’Arnica.
Sur le circuit de la Bouchasse, au début le chemin longe des pentes plus ou moins en pierriers sous une falaise.
Sur les rochers on trouvait les deux petits saules rampants communs à ces hauteurs: le Saule à réseau (Salix reticulata L.)
et le Saule à feuilles émoussées (Salix retusa L.) dont les chatons explosaient.
Un peu plus loin, la ravissante Dryade à huit pétales (Dryas octopetala L.) déjà en fin de floraison livrait aussi ses fruits plumeux qui accrochent la lumière !
Pour finir : leBois-joli ( Daphne mezereum L.) montrait ses baies d’un rouge brillant noyées dans les herbes d’alpages.
Ce sont deux circuits de promenade que je vous engage à découvrir et que je compte bien refaire pour obtenir un inventaire botanique plus poussé!
Je vais parler aujourd'hui de trois œillets qui à première vue se ressemblent ; ils portent une fleur simple, rose, leur feuilles caulinaires médianes sont étroites (- de 5mm), et brièvement engainantes sur la tige, leurs pétales sont entiers ou dentés mais pas laciniés et le calice en-dessous est glabre. Que convient-il donc d’observer de près pour les distinguer ? Réponse,l’épicalice : ce sont de petites bractées plus ou moins nombreuses, scarieuses ou bien vertes, pointues ou bien émoussées ; elles enveloppent la base du calice.
Les deux premières espèces sont à pétales glabres à la gorge et les bractées de l’épicalice sont à marge plus ou- moins scarieuse (mais pas herbacée) couvrant moins du quart du calice.
On peut alors différencier :
L’œillet des bois (Dianthus saxicola Jord.), synonyme de Dianthus sylvestris Wulfen : Pour celui-ci, l’épicalice est pourvu de 2 courtes bractées seulement (photos juin 2022 au sud du Mercantour, ci-dessus et ci-dessous)
L’œillet des bois (Dianthus saxicola Jord.) vers Chateauneuf d’Entraunes
2. L’œillet de Godron(Dianthus godronianus Jord.) (autrefois l’œillet virginal mais c’était un nom prêtant à confusions, voir plus loin): celui-là est doté d’un calice plus long et l’épicalice porte 4 bractéesassezcourtes) (photo Annot Mercantour 2022) et en Ardèche (juin 2020, Font Méjannes)
L’œillet de Godron (Dianthus godronianus Jord.) à Annot au sud du Mercantour (juin 2022)
L’œillet de Godron (Dianthus godronianus Jord.) en Ardèche (juin 2020)
Difficile de se déterminer entre ces deux taxons au vu des illustrations anciennes :
Dans la Florae Austriaceae de N.J.Jacquin, (vol. 5 de 1778, t. 15), on trouve un œillet virginal (Dianthus virgineus Jacq.), cela semblerait logiquement le nom donné par Jacquin pour Dianthus godronianusJord. pourtant, sur cette illustration, l’œillet montre clairement 2 courtes bractées alors que dans son texte Jacquin parle de 4 !
Dianthus virgineus, dans la Florae Austriaceae de N.J.Jacquin, (vol. 5 de 1778, t. 15)
En 1815,Dianthus virgineusest illustré dans levolume 42 du Botanical MagazinedeWilliam Curtis(pl 1740); le texte associé rappelle la mention de Jacquin dans sa Flora austriaca et aussi celle de Linnédans le Species Plantarum en p 590 ; il n’est pas nécessaire d’avoir fait beaucoup de latin pour deviner que « squamis calycinis brevissimis »signifie que les bractées de l’épicalice sont courtes, cependant Linné ne précise pas si elles sont 2 ou 4 ! ci-dessous le texte de Curtis puis celui deLinné.
Dianthus virgineus, dans le Botanical Magazine de William Curtis (vol 42, pl 1740)
Dianthus longicaulis Dix., actuellement reconnue comme une espèce surtout italienne devrait porter de 6 à 8 bractées sur l’épicalice, or l’image n’en montre visiblement que 4 et assez courtes : il pourrait donc bien s’agir plutôt de Dianthus sylvestris subsp. longicaulis qui est un synonyme pour l’œillet de Godron(Dianthus godronianus Jord.)
Ce qui différencie plus franchement la troisième espèce :
les bractées de l’épicalice sont plus longues et pointues (plus que le tiers du calice)
les pétalesne sont pas uniformément colorés, plus clairs au revers. Autour du cœur, une ligne de poils pourpres à la gorge dessine une couronne.
C’estl’Œillet de Requien(Dianthus seguieri subsp. requienii), synonyme de (Dianthus requienii Godr.). Je l’ai vu en Catalogne, l’épicalice porte de longues bractées vertes (environ 75% du calice). Cette sous-espèce n’existe qu’en Occitanie. C’est l’une des 3 sous-espèces du typique Œillet de Séguier (Dianthus seguierii Vill.) que je ne possède pas encore en photo !
L’Œillet de Requien (Dianthus seguieri subsp. requienii), en Catalogne (Mai 2019)
L’Œillet de Séguier (l’espèce type : Dianthus seguieri Vill.) apparait dans le Botanical MagazinedeWilliam Curtis, (vol. 86 de 1860). Il semble plus pourpre que rose, mais le revers plus clair et la couronne encerclant le cœur sont bien notés.William Curtis dans le texte, embarrassé par la confusion des noms existant au sujet de cet œillet, en fait une variété (Var.Caucasicus), inconnue à ce jour. Peut-être s’agissait-il d’une autre sous-espèce de couleur plus vive en effet : Dianthus seguieri subsp. pseudocollinus
On peut consulter à ce sujet la page de FloreAlpes :
Le 3 juin 2022, j’ai eu le plaisir de trouver une petite station de Rosa gallica dans la région d’Annot (Alpes de Haute-Provence). Bien que les fleurs soient doubles, elles rassemblent beaucoup de critères pour être des vraies Rosa gallica L. La population était éparpillée sur une sorte de crête juste au-dessus d’une carrière qui l’a surement déjà bien entamée.
Il s’agit d’une espèce à souche rampante qui colonise de petites zones.
Quelques critères de reconnaissance de ce rosier sont les suivants : des aiguillons inégaux mêlés d’acicules font place à des poils glanduleux sur les pédicelles, les sépales se rabattent bien sur les fruits, le feuillage est assez coriace ; les folioles à dents peu profondes. Les styles forment un petit bouquet velu en hauteur et le canal stylaire fait plus d’1 mm de diamètre.
Je suppose qu’elle est subspontanée et serais bien curieuse de savoir depuis quand elle se trouve là ! Cependant, le fait que mon rosier soit plus fourni en pétales que sur l’espèce sauvage d’origine, ne plaide pas forcément pour une origine échappée de jardin. J’ai trouvé mention pour le Vaucluse de stations de Rosa gallica de ce type, plus riches en pétales, et l’auteur (Bernard Girerd) rappelle que plusieurs auteurs (Boulenger, Chassagne) reconnaissent à ce rosier une tendance à la duplicature (des pétales). C’est sans doute une des facultés qui en a fait très tôt le parent de toutes les roses galliques de nos jardins.
Déjà dans la nature, une quantité d’hybrides ont été décrits mais on reconnait par ailleurs que Rosa gallica possède une bonne capacité à se présenter sous diverses variantes (phénotypiques) ; et je suis bien incapable de vous en dire davantage sur un sujet aussi pointu qui fait l’objet des recherches notamment du Conservatoire Botanique Alpin de Gap-Charance !
Je suis par contre un peu déçue de constater que du point de vue « iconographie » mes recherches sur ce rosier sauvage à l’origine de toutes les autres obtentions horticoles de roses galliques m’ont laissée sur ma faim car ce taxon est si ancien que même à l’époque des bois gravés, la plupart des représentations concernent des roses de jardin.
Dans «L'Herball, ou l'histoire générale des plantes » de John Gerard (1545-1612), dont Rembert Dodoens est coauteur, on trouve ce bois gravé légendé Rosa rubra. Plus loin il présente Rosa holosericea ajoutant en légende ‘The velvet Rose’.
Une note plus récente au crayon donneRosa holosericea comme un Rosa centifolia, mais le même bois gravé dans « L’Icones stirpium » de Matthias de L’Obel (1591) est bien annoté comme Rosa gallica L.
Rosa holosericea nommée ainsi par Matthias de L’Obel, serait en fait un type foncé (et soyeux) de Rosa gallica équivalent au ‘Toscane brunâtre’ de Dodoens(que les rosiéristes assimilent à l’actuel « Tuscany superb »).Dodoens vers 1557 le différencie du type rubra (la Rose de Provins type).
Officiellement aujourd’hui, Rosa rubra Lam. (Lam. pour Lamarck) ainsi que Rosa holosericea ‘Du Roi’de 1771 sont également reconnus synonymes de Rosa gallica L.
Une petite rose sauvage qui apparaît dans la «Flora austriaca » de Nikolaus Joseph Jacquin (T 198) est légendée Rosa pumila. Il se réfère dans son texte au «Rariorum plantarum historia » de Charles de L’Ecluse(1601), ainsi qu’à Heinrich Johann Nepomuk von Crantz pour Rosa austriaca Crantz (vers 1765). (voir en bas de l'article)
Ces deux noms font également partie des nombreux synonymes de Rosa gallica L. et l’illustration de la Flora austriaca de Jacquin me semble bien la plus conforme à l’espèce sauvage.
Rosa pumila dans la « Flora austriaca » de Nikolaus Joseph Jacquin
Reprenant la division originale ci-dessus, deux belles aquarelles d’Alfred Parsonspour Ellen Willmot dans le « Genus Rosa », nous invitent à différencier les deux variétés primitives de Rosa gallica : la var. pumilaet la var. austriaca
Pour consulter ce passage du Genus Rosad’Ellen Willmot :
Rosa gallica var. pumila, aquarelle d’Alfred Parsons pour Ellen Willmot dans le « Genus Rosa »
Rosa gallica var. austriaca, aquarelle d’Alfred Parsons pour Ellen Willmot dans le « Genus Rosa »
Je ne peux m’empêcher de montrer aussi une très belle gravure (en noir et blanc) de Gérard van Spaendonckqui fait partie d’un célèbre recueil : « Fleurs dessinées d'après nature » (1799-1801) ; celle-ci représente une Rose de Provins qu’on admet au jardin, comme la forme classique de Rosa gallica L.
Gérard van Spaendonck fut le maître de Pierre Joseph Redouté et bien sûr, ce dernier a amplement représenté toutes variétés de roses. J’ai retenu simplement celle-là car il s’agit de Rosa pumila dans toute sa simplicité, à cinq pétales ; il a bien noté sur la tige les aiguillons inégaux alternés avec des acicules, les pédicelles glanduleux et les stipules étroites. La couleur toujours plus chaude des rouges sur les gravures d’époque provient du fait que n’existaient pas encore des pigments comme la quinacridone qui peuvent maintenant traduire cette couleur pourpre de beaucoup de pétales !
Rosa pumila dans "Les Roses" de Pierre Joseph Redouté
Retrouver les références historiques qui ont amenées à ces synonymies a tout d’un jeu de piste dont j’ai suivi le cours en partant du Species plantarum de Karl Linné. Pour ceux qui voudraient suivre ce fil d’Ariane voici quelques liens :
Dans le Species plantarum de Karl Linné à Rosa gallica, figure cette seule référence à un auteur antérieur qui m’était inconnu : Dalib.paris. Il s’agit de laFlora parisiensisde M.Dalibard, parue en 1749, à consulter ici, p.145, c’est la rosa n° 6.
La mention de Dalibard est reprise parHeinrich Johann Nepomuk vonCrantz dans Stirpium Austriacarum: Rosa austriaca y est mise en synonymie aussi avec Rosa pumila, à voir en p.86 et 87
Et c’est ainsi qu’on peut boucler la boucle avec la «Flora austriaca » de Nikolaus Joseph Jacquin :
Au sud du parc du Mercantour, le Var a creusé des gorges spectaculaires dans une roche friable, ce sont les pélites rouges du Permienqui s’érodent en formant des croupes étonnantes. Sur ces pélites rouges, il existe une flore qui s’est adaptée, qui ne craint ni la sécheresse ni l’érosion du sol.
Le beau pavement clair de quartzited’un ancien chemin de transhumance qui monte vers le « Point sublime » existe encore par endroit, là où des éboulements de pélites étaient particulièrement redoutés ; on peut voir d’où provient cette roche dure du pavement puisque la falaise blanche qui domine le chemin en est constituée.
Le sentier part du vallon de Berthéou, puis monte d’abord en zigzag à travers un boisement de chênes pubescents, ponctué entre autres de Fustets ou Arbre à perruque (Cotinus coggygria Scop.)
et de Pistachier térébinthe (Pistacia terebinthus L.).
En lisière de cette zone butinaient des papillons attirés par quelques chardons, là, c’est la Mélitée orangée.
Plus haut le Fustet est encore présent mais c’est plutôt le domaine du Genêt cendré (Genista cinerea) et de l’Euphorbe épineuse (Euphorbia spinosa), du genévrier du buis et du thym, cette flore laissant largement place à la roche à nue. Nous y avons vu le Bruant fou s’égosiller.
Concernant la flore plus modeste sur la partie dénudée du sentier, j’ai photographié lors de cette promenade :
des plantes prostrées comme ce petit Fumana couché (Fumana procumbens (Dunal) Gren. & Godr.). Très commun dans toute la région, il possède des branches grises anciennes qui restent collées en étoile sur le sol, et s’illumine de petites fleurs jaunes fugaces proches des Hélianthèmes.
Dans des fissures, s’insèrent la Joubarbe à toile d'araignée (Sempervivum arachnoideum L.) et l’Orpin blanc(Sedum album L.).
Des fruits étonnants : chez l’Æthionème des rochers (Aethionema saxatile (L.) W.T.Aiton), ils forment une sorte de grappe de cuillères gris-rose, et chez la Crupine vulgaire (Crupina vulgaris Cass.), on voit surgir du calice mûr devenu scarieux et nacré, des petits goupillons noirâtres : ce sont les pappus qui surmontent chaque graine de cette composée, qui en fleur ressemblerait à une centaurée munie de seulement quelques fleurons.
Des plantes en coussin comme l’Euphorbe épineuse, au sein de laquelle on voit ici une autre espèce proche des centaurées, la Leuzée conifère (Rhaponticum coniferum (L.) Greuter) qui s’y est installée.
Auprès du point sublime sur la roche nue, j’ai trouvé le Rosier agreste (Rosa agrestis Savi), de petite taille, à fleurs blanches, très glanduleux et qui sent la pomme.
La vue depuis le Point sublime:
En contrebas, sur les parois, le long de la fameuse ancienne ligne de tramway en partie devenue Route des Grandes Alpes, qui longe le Var, on peut admirer le superbe Saxifrage à feuilles en languette(Saxifraga callosa Sm.= Saxifraga lingulata Bellardi). Photo prise un peu hors des gorges à Péone.