Ce blog est destiné aux curieux de botanique. En s’appuyant sur les photos que j’ai pu faire en voyage, et sur de l’iconographie ancienne, il rentre un peu dans les détails qui m’ont permis d’identifier une espèce, mais son contenu doit être considéré comme celui d’une botaniste amateur !
Depuis Rémuzat, le chemin pour nous rendre au site géologique réputé de La Charce, passait par les communes de Rottier et de la Motte-Chalancon où nous avons dégoté quelques petites stations intéressantes en botanique.
Deux petites clairières dont l’une abritait surtout des orchidées : l’Ophrys bourdon (Ophrys fuciflora) et le Limodore(Limodore abortivum), mais aussi la peu commune Aristoloche pistoloche(Aristolochia pistolochia). L’autre site, un modeste plateau pierreux m’a apporté du nouveau : le Cynoglosse de Dioscoride(Cynoglossum dioscoridis).
L'Ophrys bourdon, le Limodore et l'Aristoloche pistoloche.
Le Cynoglosse de Dioscoride
Cette petite incursion vers le nord nous permit donc de découvrir le site de La Charce, qui nous explique le pourquoi de ces reliefs où l’érosion, met en évidence des lits en biais alternant calcaire et marnes, créant de surprenantes falaises.
Un autre jour, une balade nous mena au col de Soubeyrand situé à 987 mètres d’altitude, même par temps de canicule, la température y était plus clémente.
Des deux côtés du col la vue est splendide : vers le nord, nous pouvions voir en montant, le dessus du Rocher du Caire (objet de mon dernier article).
En haut du col, un chemin de crête donne aussi une vue très dégagée côté sud avec au fond le Mont Ventoux.
On peut reconnaître plus près de nous, les ravins sombres de Marnes bleues qui sont caractéristiques de la commune de Bellecombe-Tarendol.
Sur le col de Soubeyrand, j’ai vu de beaux papillons, surtout le Sylvain azuré(Limenitis reducta), mais aussi la chenille de la Mélitée Orangée(Melitaea didyma) et la chrysalide vide, du Gazé(Aporia crataegi).
Le Sylvain azuré de dessus, de profil, la chenille de Mélitée, la chrysalide de Gazé
Sur un Rosier agreste(Rosa agrestis) s’était installée une galle amusante (Diplolepis mayri), bien différente du Bédégar habituel !
Pour la flore, j’ai revu la Tanaisie en Corymbe(Tanacetum corymbosum), l’Hélianthème d'Italie (Helianthemum oelandicum ssp. Italicum), le Vélar de Provence(Erysimum collisparsum) et le Lin Apprimé(Linum appressum).
Tanaisie en corymbe, Hélianthème d'Italie, Vélar de Provence, Lin apprimé
Côté Ventoux, en bordure de champs, j’ai trouvé la Mauve hérissée(Malva setigera) et le Buglosse d’Italie(Anchusa azurea) et sur le col, plutôt en lisière des pinèdes deux orchidées : la Céphalanthère Rouge(Cephalanthera rubra) et l’Orchis Guerrier (Orchis militaris).
Le village de Rémuzat et le Rocher du Caire sont connus pour les belles observations de Vautours que l’on peut y faire. Ce lieu était notre point d’hébergement dans les Baronnies, pendant un séjour qui, malheureusement, coïncida avec la première période de canicule 2026. Nos balades matinales nous ont souvent menées sur le Rocher du Caire et les vautours, bien présents, n’étaient pas mon centre d’intérêt principal car la botanique y est très intéressante aussi !
Depuis le village, en traversant l’Oule, on peut à gauche longer la paroi par un chemin au bord de la rivière.
Au pied du rocher du Caire, des papillons Gazés boivent dans le lit de l'Oule.
On arrive au confluent de l’Oule avec l’Eygues qui dès cet endroit commence à former des gorges spectaculaires. Le long de ces parois, j’ai remarqué la Campanule carillon(Campanula medium), l’Œillet de Godron (Dianthus godronianus) et le Muflier à larges feuilles (Antirrhinum latifolium) se faufilant entre les mailles du grillage de protection posé sur les parois.
Le confluent et les Gorges de l'Eygues.
La Campanule carillon, l'Oeillet de Godron et le Muflier à larges feuilles.
Pour arriver sur le rocher et s’extraire de ces gorges, nous prenons la petite route de St May qui monte en lacet et serpente jusqu’à la modeste chapelle de l’ancienne Abbaye de Bodon.
La routese termine sur un parking, point de départ obligé pour atteindre à pied la pointe du rocher. Le long de cette allée pierreuse, un verger de Tilleuls égayé de quelques Cupidones bleues(Catananche caerulea), quelques champs de lavande puis de grands espaces de garrigue peuplés d’Ajoncs, d’Aphyllantes et d’Orchidées.
Tilleuls, Lavandes et guarrigue sur le rocher du Caire.
L’Ophrys bourdon (Ophrys fuciflora) et l’Orchis brûlé (Neotinea ustulata) y sont un peu plus rares que l’Orchis pyramidal et la Platanthère à deux feuilles qui sont communs.
L'Ophrys bourdon et l'Orchis brûlé
Le genêt d’Espagne ou Spartier à tiges de jonc(Spartium junceum) y alterne avec des rosiers qui ne sont pas des églantiers (Rosa canina) mais bien plutôt le Rosier agreste(Rosa agrestis), le Rosier à petites fleurs(Rosa micrantha) tous deux glanduleux mais pas sur les mêmes parties, et aussi le Rosier corymbifère(Rosa corymbifera) qui est plutôt velu.
Rosa agrestis
Rosa micrantha de face et de profil, et Rosa corymbifera.
Vers la pointe, j’ai découvert des plantes peu communes comme la Germandrée dorée (Teucrium aureum), etle discret Xéranthème fermé (Xeranthemum inapertum).
Germandrée dorée et Xéranthème fermé.
A bientôt pour deux autres balades dans les Baronnies!
Voici deux arbres que nous rencontrons assez souvent en ville dans les parcs et jardins, et comme ils sont tous deux dotés de panicules de fleurs érigées à la façon des Marronniers, et de grandes feuilles en cœur,Catalpa et Paulownia sont souvent confondus.
De la famille des Bignoniacées bien qu’il n’ait rien d’une liane, le Catalpa bignonioides, soit Catalpa commun est originaire du Sud-Est des Etats Unis et c’est une essence réputée résistante à la pollution. Sa floraison est estivale ; les grandes corolles blanches en trompettes s’évasent en larges lobes ondulés ornementés de dessins jaune d’or et rouge et le fruit ressemble à une longue gousse brunâtre, mais c’est une capsule. Ci-dessous le Catalpa en Sardaigne.
Notre japonais, maintenant: LePaulownia
En fait dans nos parcs il s’agit de Paulownia tomentosa, fait partie d’une autre famille, les Paulowniacées, regroupant des espèces des régions tempérées d’Extrême-Orient. La floraison est printanière ; les corolles en cloches sont plus droites et d’une teinte mauve clair ornée de fines lignes sombres assez similaires au Catalpa mais la tonalité générale est plus froide. Le fruit très différent est une capsule ronde de la taille d’une noix qui s’ouvre en deux à maturité et libère des graines entourées d’une large aile circulaire. Le duvet roussâtre du revers des feuilles qui caractérise aussi cette espèce est bien visible quand celles-ci tombent au sol. Cet arbre accepte bien la taille et supporte la pollution des villes où on le trouve fréquemment depuis qu’il fut ramené en Europe vers 1834, pour l’ornement. Ci-dessous un Paulownia en Catalogne.
Le premier à l’avoir décrit et nommé est Carl Peter Thunberg en 1784, il pense à tort qu’il s’agit d’une nouvelle espèce de bignone et le baptise Bignonia tomentosa.
Je vous donne ici la description qui en est faite plus tard dans la Flora Japonica de Siebold et Zuccarini (en 1835) puisque ce sont eux qui ont vraiment porté connaissance de ce bel arbre japonais en Europe :
« Le Kiri est un des plus magnifiques végétaux du Japon. Son tronc, dont le diamètre et de deux à trois pieds, s'élève jusqu' à une hauteur de 30 à 10 pieds. Il se divise en branches peu nombreuses mais fortes, en angle droit, formant une vaste couronne. Les larges feuilles sont opposées, pétiolées, échancrées en cœur à la base, ovales et parfaitement entières ou découpées en trois lobes inégaux, dont celui du milieu est le plus long, pointues et couvertes d'un duvet blanchâtre. Les belles fleurs odorantes poussent dès le commencement du mois d'Avril, après que les feuilles se sont développées. Elles sont disposées en vastes grappes composées et rappellent par cela l'idée de notre marronnier d'Inde, comme elles ressemblent par leur figure leur grandeur et couleur de rose aux fleurs du Digitalis purpurea. »
Ci-dessous la représentation de la Flora Japonica:
Plus loin les auteurs expliquent le choix de ce nom latin de Paulownia, en l'honneur d'Anna Pavlowna, alors reine des Pays-Bas. Il nous reste le genre, le nom de l’espèce elle-même a été modifié : Paulownia imperialis est devenu Paulownia tomentosa, une manière de se souvenir que c’est quand même Thunberg qui l’a décrit en premier, mais en attestant que le genre est différent de Bignonia.
« Nous avons pris la liberté, de nommer Paulownia le nouveau genre, que forme le Kiri, qui jusqu' à présent passait à tort pour une Bignonia, pour rendre hommage au nom de Son Altesse Impériale et Royale, la Princesse héréditaire des Pays-Bas. »
J’ai trouvé également une illustration presque contemporaine (de 1843) dans le volume 10 de Paxton's magazine of botany, and register of flowering plants:
Le Dictionnaire universel d'histoire naturelle, de Charles d’Orbigny, montre aussi le Paulownia, en 1837.
La feuille du Paulownia au revers tomenteux, la capsule fermée puis ouverte avec les graines ailées.
Revenons à notre américain, le Catalpa:
Il est représenté dans les planches non publiées de la Morgan library and Museum, c’est une belle aquarelle sur vélin de Madeleine Basseporte ou de son école datée de 1750 environ.
Puis par Pancrace Bessa, nommé alors Bignonia catalpa, vers 1819 pour la « North American sylva » de F.A.Michaux .
Mais aussi dans un ouvrage néerlandais de 1868 : « Flora : illustrations et descriptions des arbres, arbustes, plantes annuelles, etc., que l'on trouve dans les jardins néerlandais. » sous un autre nom : Catalpa syringaefolia.
Et enfin dans les Collections numériques de la bibliothèque universitaire d'Erlangen-Nuremberg, une aquarelle originale de J.Karell comprise dans la collection de Christoph Jacob Trew , à ce sujet , voir un autre article du blog :
Nous étions basés tout près du canal de la Robine, au troisième étage d’une tourelle avec une terrasse donnant sur les marais ; le canal est ici caché par les pins et les cyprès.
Un chemin de halage tout le long permet de se rendre à pied ou en vélo jusqu’à l’Ile Sainte Lucie. Ce chemin est bordé de beaux Pins d’Alep, mais certains venaient juste d’être renversés par les vents violents de la tempête Pedro du 19 février 2026.
Le long du canal, des Peupliers blancs(Populus alba), développent en ce moment de beaux chatons aux étamines rouges. Le Maceron(Smyrnium olusatrum) porte déjà des ombelles et j’ai identifié deux euphorbes différentes. L’Euphorbe hirsute (Euphorbia hirsuta) toujours proche de l’eau,se rencontre aussi dans les roselières aux alentours et l’Euphorbe des moissons (Euphorbia segetalis) est omniprésente un peu partout !
Le Peuplier blanc, le Maceron, l'Euphorbe hirsute, l'Euphorbe de moissons en pied.
Dans les roselières toutes proches où nous espérions apercevoir la Lusciniole à moustaches ou la Panure à moustaches, peu de moustaches visibles ! J’ai néanmoins photographié parmi les Phragmites, des bourgeons de Figuier (Ficus carica) et de Frêne oxyphylle(Fraxinus angustifolius), le Laurier-Sauce (Laurus nobilis) en fleurs. Le Nerprun Alaterne(Rhamnus alaternus) accueillait de petits escargots : des Caragouilles Rosées(Theba pisana), et puis au milieu du chemin, des nappes d’un Carex, la Laîche divisée (Carex divisa), dont j'ai déterré le rhizome.
Bourgeons de figuier et de frêne oxyphylle, laurier-sauce en fleurs.
Nerprun alaterne avec Caragouille rosée, et Laiche divisée.
La Clape, les Auzils :
Nous avions décidé de monter jusqu’à la chapelle Notre-Dame des Auzils, sur la montagne de La Clape. On y accède par une belle rampe pavée, ponctuée de croix en souvenir des marins de la région péris en mer : c’est ce qui définit un cénotaphe, il y en a 27. Les plaques commémoratives racontent des histoires de naufrages, au large de Dakar, de Colombo, de Hong-Kong, dans les Dardanelles ou simplement à proximité en Méditerranée. Cette montée était assez émouvante même si au final au sommet, la chapelle était fermée.
Le cénotaphe des Auzils.
Au-dessus de cette chapelle se trouve un plateau calcaire avec une belle végétation méridionale typique, beaucoup de Romarin, le Genévrier Cade(Juniperus oxycedrus) et le Genévrier de Phénicie (Juniperus phoenicea), la Férule commune(Ferula communis), puis ça et là, quelques Ophrys bruns(Ophrys fusca).
Le Genévrier cade, le Genévrier de Phénicie, la Grande Férule et un Ophrys brun.
En redescendant, sous la barre de ce plateau, nous attendait en début de floraison, la Globulaire buissonnante (Globularia alypum).
La Globulaire buissonnante, au pied de la Clape
Sur l’Ile Saint Martin :
Là encore, un plateau rocheux karstique couronne les vignobles. Il faut s’y promener parmi des parcelles ensauvagées cernées de murets de pierres sèches. La Filaire(Phillyrea angustifolia) et le Chêne kermès (Quercus coccifera), côtoient des arbustes trapus à rameaux épais et très petites feuilles et j’ai découvert avec surprise qu’il s’agissait de jeunes Oliviers probablement la forme sauvage qu’on peut nommer plus précisément l’Oléastre (Olea europaea var. sylvestris) ! Et puis bien sûr les Amandiers(Prunus dulcis) y sont en fleurs en ce moment, comme un peu partout !
L'Oléastre ou Olivier sauvage, et des fleurs d'Amandier.
J’ai retrouvé un petit carex qui aime les lapiaz, déjà identifié sur le Cap Leucate ; c’est la Laiche de Haller(Carex halleriana), mais les plus jolies trouvailles en cette saison très précoce sont l’Iris des garrigues(Iris lutescens), le Narcisse douteux (Narcissus dubius), et l’Érodium fétide (Erodium foetidum) dont j’ai eu la chance de trouver une toute première fleur.
La Laiche de Haller, l'Iris des garrigues, le Narcisse douteux, et l'Erodium fétide.
Près du cap Leucate, nous aimons bien nous balader vers les Coussoules : j’ai déjà écrit un article à ce sujet : là.
Le Muscari à grappes (Muscari neglectum), n’est pas forcément le même que celui que nous avons au jardin qui est souvent le Muscari d’Arménie (Muscari armeniacum) aux fleurs plutôt bleu-ciel.
La balade m’a permis de photographier entre autres le Réséda blanc(Reseda alba), l’Orchis géant (Himantoglossum robertianum), l’Érodium fausse-mauve (Erodium malacoides) et l’Asphodèle fistuleux (Asphodelus fistulosus).
Le Muscari à grappes, le Réseda blanc, l'Orchis géant, l'Erodium fausse-mauve et l'Asphodèle fistuleux.
Pour faire suite au précédent article sur les aizoacées échappées des jardins méditerranéens, je vous propose de regarder d’autres genres dans les Cactées et Succulentes qui connaissent le même phénomène.
Les Opuntia:
Pour les Cactées c’est la famille des Opuntia qui prévaut et depuis fort longtemps puisque le terme même de «Figuier de Barbarie » fait référence non pas à sa patrie d’origine (L’Amérique du Sud, comme toutes les cactées) mais au Maghreb, contrée dans laquelle Opuntia ficus-indica s’est naturalisée très tôt après son arrivée consécutive aux explorations américaines.
Pour profiter de l’occasion de montrer une gravure de paysage, voici une illustration de « Picturesque Palestine, Sinai and Egypt », un récit de voyage de Sir Charles William Wilson qui montre l’abondance de ces Figuiers de Barbarie autour de la Méditerranée.
Mes photos de cette espèce sont prises en Catalogne.
Dès 1581, dans Icones stirpium, seu, Plantarum tam exoticarum, quam indigenarum, l’auteur, Matthias de L'Obel montre Ficus indica.
En 1694, Joseph Pitton Tournefort dans « Elemens de botanique », montre la fleur et le fruit d’un Opuntia.
L’Oponce stricte,(Opuntia stricta (Haw.) Haw.)fait partie des plantes les plus envahissantes au niveau mondial. La plante est plus buissonnante et basse que O.ficus indica. Les raquettes sont moins grandeset portent peu d’épines sur les aréoles. C'est d’ailleurs sous le nom de Cactus opuntia inermis (validé comme un synonyme), qu’elle est figurée par Pierre Joseph Redouté dans son "Histoire des Plantes grasses".
Pyramus de Candolle dans le texte de cet ouvrage, précise qu’au sein des Cactacées, le genre Opuntia lui semble bien distinct et qu’il en a réuni plusieurs sous le nom de Cierge raquette, mais il ne souhaite pas être plus précis sur les espèces, n’ayant pas assez de critères fiables à observer. Il différencie néanmoins, dans une première partie, le Cierge à cochenille (en fait : le Nopal), cactus cochenillifer (de nos jours c’est aussi un opuntia : Opuntia cochenillifera (L.) Mill
Certaines implantations de l’Oponce stricte sur des talus accidentés, des falaises littorales posent de gros problèmes à éradiquer à La Réunion, mais aussi sur le littoral provençal.
En Catalogne, au même endroit que le figuier de Barbarie, où pâturent des moutons, j’ai vu s'étalant au sol cette oponce stricte.
Un troisième Opuntia, que j’ai pu observer toujours en Catalogne plus près de la côte, entre Roses et le cap de Norfeu, est Opuntia engelmannii ‘linguiformis’, j’ignore si celui-là a été installé, mais si c’était le cas, il a bien prospéré !
Un Kalanchoe:
J’ai pu voir aussi sur le cap de Creus, au-dessus de Roses, de beaux hybrides de Kalanchoe que la Flora catalana reconnaît comme Kalanchoe x houghtonii(Kalanchoe daigremontiana x Kalanchoe delagoensis).
Peut-être connaissez-vous le Kalanchoe daigremontiana, que les horticulteurs nomment Pou de serre car entre les dents des feuilles se forment de petites propagules déjà pourvues d’une minuscule racine qui ne demandent qu’à s’enraciner dès leur chute au sol. Dans une serre accueillant des plantes succulentes, celle-ci n’est pas toujours la bienvenue ! Les feuilles de ce Kalanchoe sont assez triangulaires et pourvues à la base d’oreillettes. Kalanchoe delagoensis Eckl. & Zeyh. (Synonyme de Kalanchoe tubiflora) possède des feuilles plus linéaires.
Un Aloe:
On peut ajouter à ce tableau d’échappées de jardins du Midi, Aloe maculata All. : l’Aloès maculé que j’ai vu abondamment sur la côte du côté de Cadaquès et sur le Cap de Creus.
Cet Aloe est visible aussi dans « Histoire des plantes grasses » avec deux représentations de P.J.Redouté : Aloe umbellata et Aloe picta qui seraient en fait des synonymes d’Aloe maculata.
Il est très fréquent de rencontrer des plantes non indigènes en Catalogne. Certaines ne sont pas vraiment des invasives, peut-être juste des échappées de jardin mais il est difficile d’évaluer leur capacité de nuisance sur la flore locale au début et ensuite, c’est parfois trop tard : bien que souvent assez plaisantes à voir, il devient difficile de les éradiquer. C’est évidemment le cas de plusieurs plantes d’Afrique du Sud comme les Aizoacées, ou d’Amérique du Sud comme les Opuntias qui retrouvent dans le climat méditerranéen des conditions qui leur conviennent.
Les Aizoacées :
Les Fameuses Griffes de sorcière ou Figues des Hottentots sont devenues des incontournables du littoral méditerranéen, qu’il soit rocheux ou sableux.
La Ficoïde douce :
La Ficoïde douce(Carpobrotus edulis (L.) N.E.Br.) est introduite tôt en Europe par les Hollandais (les Afrikaners), un intéressant article du Botanical magazine de Curtis daté de 1918, retrace les péripéties de son introduction puis de sa naturalisation en Europe : « L’histoire culturelle de Mesembryanthemum edule a commencé bien avant qu’elle ne reçoive ce nom. En 1732, comme le montre une illustration de Dillenius, elle se trouvait dans le jardin de Sherard à Eltham. De plus comme Dillenius le savait, elle figurait dans la collection Breynian ; Breyn nous apprend qu’elle était présente dans son jardin en Hollande en 1668. »
Ci-dessous la planche illustrant l'article du BotMag de 1918:
Et sur sa rusticité avérée vers 1918 : « Dans certaines localités de Cornouailles, du Sud du Devon et de Jersey, elle est désormais établie comme espèce exotique. Dans les régions du Royaume-Uni au climat similaire, l’espèce est rustique et se développe particulièrement bien lorsqu’elle est plantée en haut d’un muret et laissée retomber »
Les deux planches de Dillenius (en 1732)
Toujours selon cet auteur du Botanical Magazine de 1918, en 1753, Linnésur des échantillons secs ne perçoit pas d’abord toutes les différences entre les deux plantes que sont la Ficoïde douce et la Ficoïde à feuilles en sabre. Il donne donc deux variétés de Mesembryanthemum falcatum, (nom qu’on retrouve sur les planches de Dillenius)mais plus tard dans leSpecies Plantarum de 1762, il reconnait deux espèces distinctes qu’il nomme alors Mesembryanthemum edule et Mesembryanthemum acinaciforme.
La Ficoïde douce(nom actuel : Carpobrotus edulis (L.) N.E.Br.), comme le suggère d'ailleurs Linné, n’est pas vraiment de couleur pourpre, mais parfois plus claire voire même jaune ou d’un orangé pâle et ses feuilles sont un peu plus longues que celles de la Ficoïde à feuilles en sabre (nom actuel : Carpobrotus acinaciformis (L.) L.Bolus) qui semble depuis quelques années prendre le dessus.
La Ficoïde à feuilles en sabre: ci-dessous, photos prises à Cadaquès
En 1865, Mesembryanthemum acinaciforme L. (son appellation linnéenne d’origine) apparaît dans le Botanical Magazine de Curtis(Tab 5539), dans une version bizarrement pâlotte ; c’est néanmoins un synonyme actuel pour Carpobrotus acinaciformis (L.) L.Bolus que je connais toujours d’un pourpre très intense ! La plante représentée ci-dessous poussait dans les Iles Scilly et ne présente pas non plus les lignes rouges sur les arêtes des feuilles qu’on trouvera sur la planche suivante, mais qui ne semblent pas un critère fiable pour différencier les deux espèces.
En 1835 déjà, Mesembryanthemum rubrocinctum Haw. se trouvait dans la Botanical Register d’Edward; la planche dessinée par Miss Drake montrait une fleur plus vive, le texte parlant d': un jardin du Dorset où la plante fleurit abondamment sur un vieux mur à peine protégée l’hiver de l’humidité par quelques couches de feutre. Il s’agissait encore d’un synonyme pour la Ficoïde à feuilles en sabre.
D’autres Ficoïdes non indigènes sont très courantes s’échappant des jardins côtiers
Le Drosanthème :
Drosanthemum floribundum (Haw.) Schwantes est celui qui figure actuellement dans la Flora catalana. Il y est fréquemment noté sur le littoral, et s’y répand sous forme d’un tapis.
Mon observation de Catalogne dans une friche ou manifestement il s’était propagé tout seul autour d’un tronc couché, m’avait enchantée mais je ne devrais pas le dire, car cette plante bien que moins invasive que la Ficoïde en sabre commence à remonter sur le littoral d’Occitanie.
On trouve dans son historique Mesembryanthemum hispidum L., (synonyme actuel : Drosanthemum hispidum (L.) Schwantes ). Il figure dans l’Herbier général de l’amateur(tome 2 de 1817), auteurs :Delaunay, M., Loiseleur-Deslongchamps, J.L.A. ; c’est alors la Ficoïde hispide, selon l’auteur rapportée du Cap de Bonne Espérance, cultivée en Europe en potées dehors durant la belle saison et rentrée en serre pour l’hivernage. La description des feuilles« chargées de petites vésicules cristallines »montre bien sa parenté étroite avec le Drosanthème très fleuri, et d’ailleurs on retrouve dans les synonymes de ce Drosanthemum floribundumune variété : Mesembryanthemum hispidum var. pallidum Haw.
Ce Drosanthèmeapparaît toujours sous les noms de Ficoïde hispide etMesembryanthemum hispidum, décrit par De Candolle et dessiné parRedouté, dans un ouvrage de 1801 sur les Plantes grasses.
Mesembryanthemum hispidum est mentionné pour la première fois dans le Species Plantarum de Linné de 1753 (p. 482).
Le Délosperme de Cooper:
LePourpier de Cooper ou Délosperme de Cooper (Delosperma cooperi (Hook.f.) L.Bolus) ressemble à première vue au Drosanthème mais cette aizoacée n’a pas les mêmes feuilles et elle est plus ligneuse. Bien présente et pas seulement dans les jardins du Midi, le Délosperme s’échappe aussi dans la nature mais ne préfère pas forcément le littoral. Je n’ai pas de photos mais voici une gravure duBotanical magazine de Curtis (Tab. 6312).
Le texte toujours précieux de Joseph Dalton Hookernous donne des feuilles une description précise qui peut aider à faire la différence avec le Drosanthème : « Feuilles assez rapprochées, opposées, longues de 3,8 à 5 cm, étalées et recourbées, presque linéaires, se rétrécissant progressivement vers l'apex subobtus, semi-cylindriques, angles de la face supérieure arrondis, très souples et charnues ; papilles disposées en rangées, donnant à la feuille un aspect finement strié. »
En conclusion : les fameuses papilles cristallines qui font l’originalité des Drosanthèmes et du Délosperme de Cooper ne sont pas disposées de la même façon sur les feuilles : sur le Drosanthème, (ci-contre) elles sont plus gonflées et couvrent toute la surface de façon aléatoire.
Il semble aussi qu'une différence importante entre Delosperma et Drosanthemum réside dans le fruit dont les loges sont couvertes (Drosanthemum) ou non couvertes (Delosperma)...
Les Apocynacées sont une grande famille dans laquelle les Asclépiadacées sont maintenant incluses. Je vous reporte à un article du blog écrit à mon retour du Sénégal où j’ai pu photographier des espèces de la tribu des Asclepiadeae plus évoluée dans la structure florale, les genres Calotropis, Pergularia.
Cependant les Apocynacées les plus courantes chez nous sont incontestablement les Pervenches et le Laurier-rose bien que ce dernier soit surtout une espèce horticole.
La couronne pétaloïde frangée centrale dans la fleur de Laurier rose, qui rappelle un peu les paracorolles des narcisses n’est pas nectarifère, c’est un leurre pour les insectes. Il existe à cet endroit chez les pervenches un simple pli triangulaire bien marqué entre le tube de cette corolle (gamopétale) et la partie libre des pétales qui se déploie en hélice. Par contre chez la pervenche, il existe bien deux nectaires au fond du tube. L’aspect turbiné (vrillé) du bouton est plus marqué chez le Laurier rose mais il est bien visible aussi chez les Pervenches.
Les cinq étamines très particulières de la Pervenche sont très bien figurées parFayet sur cette planche de la « Monographie des Gentianacées et Apocynacées » de H.Baillon; l’auteur décrit leur insertion haute dans le tube de la corolle, leur filet géniculé, leurs anthères fixées « sur un connectif aplati ». On peut deviner que ce connectif prolongé en une sorte de visière poilue peut facilement piéger des insectes sur le plateau haut du style.
Les Pervenches sont au nombre de trois : la Petite Pervenche(Vinca minor L.) la Grande Pervenche(Vinca major L. subsp major) et Vinca difformis Pourr. subsp. difformis, la Pervenche difforme ou Pervenche intermédiaire.
LaGrande Pervenchepossède une fleur plus grande, mais c’est surtout l’allure de son calice dont les segments sont longs et ciliés, et la forme de ses feuilles larges et presqu’en cœur à la base qui permettent de l’identifier. Dans l’Ouest et le Nord de la France elle est naturalisée.
La Grande Pervenche (Vinca major)
Les feuilles de laPetite Pervenche sont plus étroites et de profil, son calice montre des lobes triangulaires moins longs et glabres. Elle se trouve partout en France, appréciant des situations un peu ombragées et fleurit très tôt dès que les jours rallongent.
La Petite Pervenche (Vinca minor)
Vinca difformisest souvent plus claire voire blanche et sa corolle présente des lobes tronqués vraiment en biais. C’est une espèce plutôt méditerranéenne que je vois plus souvent en Espagne.
La Pervenche intermédiaire (Vinca difformis)
Chez le Laurier-rose, on ne retrouve pas vraiment le dispositif dessiné plus haut sur la coupe d’une Pervenche, mais les étamines sont surmontées elles aussi d’un long pinceau plumeux propre à retenir des pollinisateurs : ces filets poilus ne sont pas les stigmates d’un pistil comme on pourrait le penser à première vue. Le plateau stigmatique se trouve en dessous et on ne le voit pas.
LeLaurier-rosetrès toxique dans toutes ses parties n’a bien sûr rien à voir avec le Laurier sauce (Laurus nobilis) ni avec le Laurier cerise synonyme du Laurier palme (Prunus laurocerasus), encore moins avec le Laurier-tin (Viburnum tinus) !
Le Laurier-rose est décrit et nommé Nerium oleander par Linné en 1753, ce genre présente quelques sous-espèces selon les territoires car il existe de l’Europe méridionale jusqu’au Japon. Les cultivars de nos jardins sont des hybrides de ces sous-espèces. Les fruits sont de longs follicules qui laissent échapper des graines à aigrettes rousses. On peut consulter ce site: Le Peuple d'À Côtépour en savoir bien plus.
le Laurier rose (Nerium oleander), en fleurs en Sardaigne, puis en fruits en Algarve
Quelques iconographies sur le sujet :
La Grande Pervenche figure (dessin dePierre Joseph Redouté) dans le « Traité des arbres et arbustes », de Duhamel du Monceau(1800-1819), il la qualifie de sous-arbrisseau.
Une aquarelle non signée de la collection de Christoph Jacob Trew (Bibliothèque de l’Université Friedrich-Alexander, Erlangen-Nürnberg), représente laPetite Pervenche.
Cette belle aquarelle de Laurier-rose fait partie d’une collection américaine précieuse de 117 vélins peints parMadeleine Basseporte et son école, on peut les admirer à la« Morgan Library » (New-York)
Une nouvelle fois je vais vous parler de la collection précieuse qui se trouve dans la bibliothèque de l’Université Friedrich-Alexander (Erlangen-Nürnberg), et qui pour notre grand plaisir a été digitalisée et donc facilement consultable pour le grand public. La Bibliothèque de Christoph Jacob Trew comprend, entre autres richesses, 13 volumes de dessins et aquarelles botaniques rassemblés par lui.
Ce riche médecin et botaniste de la ville de Nuremberg, haut lieu de l’illustration et de la gravure à thème scientifique au 18ème siècle,a commandé beaucoup d’aquarelles botaniques àGeorg Dyonisius Ehret, mais il a aussi enrichi sa collection avec de nombreuses planches d’autres peintres naturalistes comme par exemple Johann Christoph Keller, qui a été le plus productif et qui fait l’objet de cet article.
Les planches originales deJohann Christoph Keller nous plaisent par leur précision botanique, leur mise en page inventive mais aussi par l’excellence de la calligraphie. Cette planche représente Pentapetes phoenicea, une belle malvacée écarlate de l’Asie tropicale, assez peu connue chez nous.
Johann Christoph Keller, peintre graveur allemand, naturaliste, et parfois éditeur, est né en 1737 à Nuremberg et décédé en 1796 à Erlangen. C’est à peu près tout ce qu’il est possible de savoir de la vie de cet artiste qui collabore avec MelchiorPayerlein(1716-1751)à plusieurs reprises notamment pour le Plantae rariores de Christoph Jacob Trew.
On trouve dans le tome 1 de ce recueil de Trew la version de la cacahuète (Arachis hypogaea) d’après un dessin original de Payerlein, (voir la mention au fond du pot :M.M.Payerlein pinxit) ; et en bas à droite la mention‘excudit’ , par Keller. Il semble que cela ne veuille pas dire que Johann Christoph Keller est forcément le graveur mais surtout l’éditeur, propriétaire de la gravure avec les droits pour la reproduire.
J’ai choisi quelques cucurbitacées qui ne nous sont pas étrangères, comme par exemple laMargose ou Momordique que je connais surtout de La Réunion et de la Guadeloupe : Momordica charantia.
Sa culture est plus adaptée aux zones tropicales, il existe de nombreuses variétés de cette plante grimpante annuelle, qui est menée parfois sur des fils en hauteur comme sur la photo ci-dessous prise sur Basse-Terre en Guadeloupe.
Les Momordiques de La Réunion.
Luffa cylindrica, la Courge épongeou Luffa, est l’éponge végétale exfoliante qui ne noircit jamais dans votre salle de bains, et dont on distingue à peine l’ancien nom sur la planche : Momordica Luffa. Jeune, elle peut être consommée.Pour en savoir plus :
Cucumis dudaim, le Concombre de Perse(Cucumis melo var. dudaim), ci-dessous, reste une curiosité à ne pas confondre avecla Coloquinte ; il serait plutôt iranien à l’origine, puis popularisé dans les catalogues Vilmorin mais plus pour la décoration, bien qu’il soit comestible.
Et voici la vraie Coloquinte figurant sous le nom Cucumis colocynthis L., mais maintenant il faut dire Citrullus colocynthis.
Cucumis africanus L. a conservé son nom latin, c’est un Concombre sauvage originaire d’Afrique australe qu’on ne confondra donc pas avecle Concombre d'âne (Ecballium elaterium) facile à voir sauvage dans la Midi.
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Pour finir cet article avec quelques photos de Cucurbitacées, je me suis souvenue d’une escapade à Terra Botanica, près d’Angers, où j’ai vu quelques espèces surtout décoratives :
Le Concombre à confire(Melothria scabra) dont les petits fruits sont croquants (et craquants !)
Diplocyclos palmatus, qui est seulement ornemental.
LaPatole ou Concombre serpent(Trichosanthes cucumerina), un légume qui peut mesurer plus d’un mètre de long et dont les fleurs sont petites mais splendides !
Au fil de mes promenades, j’ai fini par rassembler des photos des principales espèces du genre Echium. Le genre appartient à la famille des Boraginacéesdont on connait bien quelques représentants comme les Myosotis, les Pulmonaires, la Bourrache ou la Grande Consoude. Cette famille présente la particularité ‘décorative’ de posséder des inflorescences en crosse dont la floraison s’échelonne petit à petit du bas vers le haut. En déroulant cette inflorescence, dans plusieurs espèces (buglosses, myosotis, pulmonaires, cynoglosses), la couleur des fleurs passe du rose quand elles sont en bouton dans la crosse au bleu quand elles sont épanouies plus bas.
Les Vipérines ou Echium possèdent une corolle gamopétale dont le tube s’évase progressivement en un cornet plus ou moins coudé, les lobes terminaux de la corolle prenant une forme un peu irrégulière. Pour les plus grandes espèces on perçoit bien un début de symétrie bilatérale avec aussi le faisceau d’étamines recourbées vers le ciel.
Pour reconnaître les espèces, on regarde l’allure générale (dressée ou prostrée), la pilosité des feuilles et des tiges, la taille de la corolle, puis si les étamines sont saillantes au dehors ou restent comprises dans la corolle.
Allure générale de la Vipérine à feuilles de plantain, de la Vipérine vulgaire et de la Vipérine de Crète
La Vipérine à feuilles de Plantain (Echium plantagineum L.) présente une particularité : au contraire de toutes les autres espèces, l’extérieur de ses grandes corolles reste glabre. En hiver, sa rosette de feuilles molles et velues, qu’on voit souvent dans le midi est assez reconnaissable, mais il n’en reste rien à la floraison.
Plus tard dans la hampe florale, on trouve aussi de longs poils, mais qui ne sont pas raides comme chez les autres espèces et les fleurs sont aussi plus grandes (25 à 30mm). Plutôt méditerranéenne, cette vipérine se rencontre aussi plus au nord sur des plates-bandes au sol pauvre quand la volonté est d’y installer des plantes peu exigeantes, florifères et mellifères. Dans ma commune sarthoise, elles sont encore abondamment fleuries en Octobre !
La corolle glabre à l'extérieur de la Vipérine à feuilles de Plantain.
La Vipérine de Crète(Echium creticum L.), hormis sa belle couleur rouge diffère aussi car sa grande fleur, extérieurement est un peu velue. Bien observée de profil, elle ne laisse saillir que deux étamines, comme E.plantagineum mais la pilosité sur ses tiges est beaucoup plus rude. L’espèce est aussi plus méditerranéenne.
La Vipérine commune(Echium vulgare L.), montre toutes ses étamines jaillissant de corolles plus modestes en taille. Le contraste des étamines roses avec le bleu cobalt de la corolle est saisissant. Son inflorescence est toujours plus resserrée en une sorte d’épi, car les axes secondaires sont plus courts que dans les deux premières espèces.
La Vipérine à calice persistant ou Vipérine à petites fleurs(Echium calycinum Viv.) est toujours moins haute, sans pour autant être prostrée comme la Vipérine des sables (Echium arenarium Guss.). Ces deux-là, qui sont très hirsutes, ne possèdent pas non plus de belles corolles en cornet, mais plutôt des petits tubes discrets, à peine évasés, rose ou violet vif pour Echium arenarium,et bleu ciel pour Echium calycinum, qu’il vaut mieux semble-t-il nommer maintenant Echium parviflorum Moench.
Echium calycinum (fleurs bleues), en Catalogne et Echium arenarium (Fleurs violines), à Leucate
La particularité de la petite Vipérine à calice persistant est de posséder des calices accrescents, deux fois plus longs au stade des fruits, on peut le voir sur ces photos prises en Sardaigne.
On peut observer la Vipérine des sables (Echium arenarium Guss.) au printemps sur les plages de l’Aude comme ici à Leucate.
Voici quelques illustrations anciennes pour les deux premières espèces :
Pour Echium vulgare, dans la « Flora Batava » de J. Kops(1800-1934), vol. 3
Dans« English botany, or, Coloured figures of British plants » aussi titrée « Sowerby's English botany », j’ai trouvé Echium plantagineum, ainsi qu’Echium vulgare, dans une version très rose et blanche mais accidentellement ces couleurs sont possibles chez la Vipérine vulgaire.
Et aussi, bien sûr, deux belles planches de la« Flora graeca » de John Sibthorp (1845-1847) représentant Echium plantagineum, mais aussi Echium pustulatum qui est reconnue maintenant comme une variété méditerranéenne d’Echium vulgare à la pilosité plus agressive et pustuleuse.
Voilà une famille peu représentée en Europe, sauf si introduite dans les parcs et jardins. Citons le seul genre vraiment européen et son espèce emblématique omniprésente un peu partout : le Lierre(Hedera helix) qui possède la particularité de grimper sur des supports grâce à des crampons alors que les 57 autres genres de cette famille des Araliacées sont majoritairement assez ligneux pour former des arbres, des arbustes ou des lianes solides. La famille des Araliacées est assez proche de celle des Ombellifères (Apiacées) ; elle y a même été incluse dans les anciennes flores. De fait, l’allure imposante de celles que je montre dans cet article n’empêche pas de remarquer les inflorescences en ombelles et aussi les gaines basales des feuilles qui nous rappellent la structure de grandes ombellifères comme la Berce ou l’Angélique. Certaines feuilles sont simplement palmées, plus ou moins profondément découpées mais chez les Aralias, elles sont composées bipennées comme chez de nombreuses Apiacées.
L’Angélique de la Corée ouAralie japonaise(Aralia elata (Miq.) Seem.) qu’il n’est pas rare de voir dans des jardins ou parcs citadins, n’est pas celle qui arriva tout d’abord en Europe ; c’est une américaine de l’est des USA, l'Angélique épineuse(Aralia spinosa L.), qui est d’abord décrite à son arrivée à Londres en 1688. Elle devient rapidement une plante appréciée des jardins européens. Aralia elata, d’origine asiatique, diffère de sa cousine américaine en cela que ses inflorescences sont ramifiées dès la base et forment quelques grandes « ombelles » assez plates le long de la tige, plutôt qu’une haute grappe comme Aralia spinosa L. La floraison de l’Aralie japonaise est aussi plus tardive.
Aralie japonaise (Aralia elata (Miq.) Seem.) en parc urbain.
Mon illustration pour Aralia elata vient d’un ouvrage de F.A.W. Miquel« Commentarii phytographici » (1838-1840), elle est nommée alors Dimorphanthus elatus Miq.
Heptapleurum macrophyllum Dunn est le nouveau nom pour Schefflera macrophylla, c’est bien une araliacée, originaire du Sud-Est de l’Asie, mais elle ne ressemble guère au Shefflera qu’on maintient en pot à l’intérieur. Elle est beaucoup plus imposante comme on peut le voir sur ces photos prises dans un jardin du Nord Cotentin où elle ne craint pas les fortes gelées ; elle peut dans de bonnes conditions former un tronc assez haut.
Heptapleurum macrophyllum (nouveau nom pour Schefflera macrophylla) dans un jardin du Nord Cotentin
Elle se trouvait en compagnie du Fatsi ou Aralie du Japon (Fatsia japonica (Thunb.) Decne. & Planch.), pas encore fleurie mais les boutons floraux étaient prometteurs.
Cette dernière, depuis qu’Edouard Andrél’a acclimatée en plein air à Paris, au Parc Monceau vers 1870, est devenue assez commune dans nos parcs et jardins et avec des formes assez variées comme on peut le voir sur cette photo prise en pépinière. Une variété panachée et une autre au feuillage plus découpé y entourent la forme originelle.
Fatsia japonica figure dans le Curtis’s Botanical Magazine (vol.141, t. 8638)
J’ai découvert dans cette même pépinière l’existence d’un hybride de la Fatsia par le Lierre(Fatsia x Hedera) qui a pris le nom de Fatshedera ; comme le Lierre il fleurit en automne ; celui-ci est en plus une variété panachée qui est bien séduisante.
Une mention particulière peut être faite pour l’Aralie à papier de Chine(Tetrapanax papyrifer (Hook.) K.Koch) ; en effet, ce n’est pas une Araliacée pentamère (corolle et calice à 5 parties) comme le sont les autres plantes du genre Aralia, c’est pourquoi le basionyme donné par William Hooker a été abandonné et ce nouveau genre de Tetrapanax (tetra=4) créé, rien que pour lui car c’est la seule espèce ainsi constituée. Ce beauTetrapanax se trouve à Pont Aven.
L’Aralie à papier de Chine (Tetrapanax papyrifer (Hook.) K.Koch), à Pont Aven