Ce blog est destiné aux curieux de botanique. En s’appuyant sur les photos que j’ai pu faire en voyage, et sur de l’iconographie ancienne, il rentre un peu dans les détails qui m’ont permis d’identifier une espèce, mais son contenu doit être considéré comme celui d’une botaniste amateur !
Au sud du parc du Mercantour, le Var a creusé des gorges spectaculaires dans une roche friable, ce sont les pélites rouges du Permienqui s’érodent en formant des croupes étonnantes. Sur ces pélites rouges, il existe une flore qui s’est adaptée, qui ne craint ni la sécheresse ni l’érosion du sol.
Le beau pavement clair de quartzited’un ancien chemin de transhumance qui monte vers le « Point sublime » existe encore par endroit, là où des éboulements de pélites étaient particulièrement redoutés ; on peut voir d’où provient cette roche dure du pavement puisque la falaise blanche qui domine le chemin en est constituée.
Le sentier part du vallon de Berthéou, puis monte d’abord en zigzag à travers un boisement de chênes pubescents, ponctué entre autres de Fustets ou Arbre à perruque (Cotinus coggygria Scop.)
et de Pistachier térébinthe (Pistacia terebinthus L.).
En lisière de cette zone butinaient des papillons attirés par quelques chardons, là, c’est la Mélitée orangée.
Plus haut le Fustet est encore présent mais c’est plutôt le domaine du Genêt cendré (Genista cinerea) et de l’Euphorbe épineuse (Euphorbia spinosa), du genévrier du buis et du thym, cette flore laissant largement place à la roche à nue. Nous y avons vu le Bruant fou s’égosiller.
Concernant la flore plus modeste sur la partie dénudée du sentier, j’ai photographié lors de cette promenade :
des plantes prostrées comme ce petit Fumana couché (Fumana procumbens (Dunal) Gren. & Godr.). Très commun dans toute la région, il possède des branches grises anciennes qui restent collées en étoile sur le sol, et s’illumine de petites fleurs jaunes fugaces proches des Hélianthèmes.
Dans des fissures, s’insèrent la Joubarbe à toile d'araignée (Sempervivum arachnoideum L.) et l’Orpin blanc(Sedum album L.).
Des fruits étonnants : chez l’Æthionème des rochers (Aethionema saxatile (L.) W.T.Aiton), ils forment une sorte de grappe de cuillères gris-rose, et chez la Crupine vulgaire (Crupina vulgaris Cass.), on voit surgir du calice mûr devenu scarieux et nacré, des petits goupillons noirâtres : ce sont les pappus qui surmontent chaque graine de cette composée, qui en fleur ressemblerait à une centaurée munie de seulement quelques fleurons.
Des plantes en coussin comme l’Euphorbe épineuse, au sein de laquelle on voit ici une autre espèce proche des centaurées, la Leuzée conifère (Rhaponticum coniferum (L.) Greuter) qui s’y est installée.
Auprès du point sublime sur la roche nue, j’ai trouvé le Rosier agreste (Rosa agrestis Savi), de petite taille, à fleurs blanches, très glanduleux et qui sent la pomme.
La vue depuis le Point sublime:
En contrebas, sur les parois, le long de la fameuse ancienne ligne de tramway en partie devenue Route des Grandes Alpes, qui longe le Var, on peut admirer le superbe Saxifrage à feuilles en languette(Saxifraga callosa Sm.= Saxifraga lingulata Bellardi). Photo prise un peu hors des gorges à Péone.
La découverte d’une station de ce beau Lis turbanouLis de Pompone(Lilium pomponium L.), dans la région d’Annot (Alpes de Haute-Provence) m’a enthousiasmée comme c’était prévisible : j’espérais tant faire sa connaissance ! En fait, il semble que dans ce secteur, pour peu que la période de floraison soit bien ciblée, on puisse le voir sans trop de difficultés. Beaucoup moins fréquent et plus localisé que le Lis Martagon, il n’existe que dans une zone à cheval sur la Provence et l’Italie, sur des pentes rocailleuses plutôt calcicoles et ensoleillées. Nous l’avons d’abord vu sous une bruine et dans le brouillard, puis une fois que le soleil avait séché les plantes : c’était finalement l’idéal car ils n’étaient pas encore abimés par la grande chaleur, ce qui était déjà le cas quelques jours plus tard. De loin, on croit facilement voir quelques coquelicots, et c’est peut-être pourquoi ils ne sont pas trop pillés !
Le lis turban possède un bulbe écailleux qui reste seul en terre pendant l’hiver : c’est une géophyte ; Il est doté d’une tige glabre et nue dans sa partie supérieure, densément feuillée à la base.
Lis de Pompone (Lilium pomponium L.) sous la pluie
Lis de Pompone (Lilium pomponium L.), la grappe florale au soleil, le feuillage fourni
Au bord des feuilles il existe un liseré finement cilié, lumineux un peu rude qui ajoute à l’esthétique du bouquet abondant de ces feuilles très linéaires (moins de 4 mm de large).
En début de floraison les anthères des étamines semblent énormes, comparées aux tépales qui une fois bien enroulés et formant le fameux turban, réduisent la taille de la corolle à un diamètre de 5 cm au maximum.
Lis de Pompone (Lilium pomponium L.) dans le brouillard
Lis de Pompone (Lilium pomponium L.)
Le style qui au départ est plus court que les étamines grandit en fin de floraison comme c’est visible ci-dessous où l’ovaire a même commencé à grossir ; le fruit sera finalement une capsule à trois loges renfermant des empilements de graines plates.
Lis de Pompone (Lilium pomponium L.), en fin de floraison
Le pollen rouge abondant des anthères est-il responsable de la livrée de ce papillon Machaon, pris en photo en même temps sur le site ? C’est ce que je ne peux m’empêcher de penser !
Un Machaon maquillé...
Dans son Species Plantarum (vol 1, p 302), Carl Linné, qui figure comme auteur dans le nom latin duLis de Pompone (Lilium pomponium L.), cite ce lis comme une plante pyrénéenne, et c’est une confusion avec le Lis des Pyrénées dont les fleurs sont jaunes, mais ce sont néanmoins deux espèces proches qui se sont différenciées il n’y a que 3,5 millions d’années (c’est-à-dire très récemment !) comme l’ont prouvé des études récentes. A l’époque de Linné la perception de ce Lis turban était plus large.
On peut donc montrer quelques anciennes estampes figurant ce Lis, partant des références données dans le texte du Species Plantarum, mais en émettant quelques réserves sur leur identification précise. Voici donc la page du Rariorum plantarum historia(1601), de Charles de l’Ecluse, avec Lilium rubrum praecox, synonyme retenu par Linné.
Dans l’Hortus floridus (1614-1616), de Crispin de Passe, on se retrouve ainsi avec un « Martagon pomponium » qui présente bien les feuilles de notre Lis turban et non celles du Martagon, larges et verticillées.
Le Lis de Pompone dans l’Hortus floridus (1614-1616), de Crispin de Passe
La gravure plus récente que nous livrePierre-Joseph Redouté dans les Liliacées, montre des feuilles moins fournies et linéaires et qui montent jusqu’à l’inflorescence qu’il qualifie d’ombelle alors qu’il s’agit d’une grappe lâche.
Le Lis de Pompone dans Les Liliacées, de Pierre-Joseph Redouté
A mon avis la plus fidèle représentation, est contenue dans une monographie du genre Lilium, rédigée par Henry John Elwes, (1846-1922) et illustrée magnifiquement par Walter Hood Fitch, (1817-1892) :
Fin Avril-Début Mai était une bonne époque pour chercher à identifier des petites Fabacées sur le terrain en Catalogne, bien que les gousses ne soient pas encore bien formées… de toute façon, la tâche n’est pas simple ! Toutes mes photos proviennent de la région limitrophe de la France qu’on nomme l’Emporda. Pas d’iconographie ancienne dans cet article, ce sera pour une autre fois.
Les Gesses sont très photogéniques! (Ci-dessous la Gesse clymène, sur le cap de Creus, ma préférée...)
Il a fallu démêler les gesses(Lathyrus) des vesces (Vicia): c’est une entreprise que je remettais depuis trop longtemps… D’une façon générale les tiges des Gesses sont ailées, mais parfois très visiblement (la Gesse annuelle par ex.), et d’autres fois très discrètement voire pas du tout (Lathyrus aphacaL. par ex.). Ensuite, les gesses portent une à quatre paires environ de folioles alors que les vesces en ont beaucoup plus. Enfin il faut observer le petit tube staminal qui se cache au cœur de la fleur et qu’on peut dégager en écartant les ailes et en basculant la carène vers le bas. Chez les gesses, les étamines sont insérées sur un plan bien perpendiculaire (sur un plan oblique pour les vesces) ; il faut un compte-fil !
Ces quelques Gesses que j’ai photographiées en Catalogne, ne sont pas des raretés ; elles reflètent ce qu’il est probable de rencontrer dans le genre Lathyrus sur le pourtour méditerranéen, mais ce n’est qu’un aperçu.
Des tiges bien ailées :
Regardez par exemple cette Gesse annuelle (Lathyrus annuus L.) dont les tiges si larges et plates sont presque difficiles à distinguer des feuilles !
La gesse annuelle (Lathyrus annuus L.) avec ses tiges largement ailées
Sur la Gesse clymène(Lathyrus clymenum L.) la tige est parfois moins largement ailée ; cette belle gesse est réputée assez variable, l’emplacement joue peut-être pour causer des variations… L’étendard est muni de deux bosses à sa base et les ailes (les deux pétales latéraux) sont plus ou moins bleutées. Pour se convaincre qu’il s’agit bien d’elle il faut observer la base de sa tige qui présente une ou deux feuilles simples en longue languette sans stipules ni vrille (des phyllodes), c’est un critère décisif, mais il faut y penser sur le terrain !
Mes deux premières photos sont prises en plaine et la dernière sur le Cap de Creus, on peut constater l'allure un peu différente avec aussi la première photo de l'article.
La Gesse clymène (Lathyrus clymenum L.), on peut voir les bosses à la base de l'étendard.
La Gesse chiche ou Jarosse (Lathyrus cicera L.) est typique du fait de sa fleur solitaire rouge brique, de plus grande taille cependant que Lathyrus sphaericus Retz. (à voir plus loin) et une autre différence réside dans sa tige qui est plus nettement ailée.
La Gesse chiche ou Jarosse (Lathyrus cicera L.)
Des tiges peu ailées :
Deux gessesdont la tige n’est que faiblement ailée, plutôt anguleuse, avec leurs inflorescences d’une à deux fleurs seulement, leur petite taille et leurs deux longues folioles, se ressemblent assez mis à part la couleur de la fleur. Les pédicelles floraux sont dans les deux cas prolongés par une pointe, elles se retrouvent proches dans une clé de détermination car la couleur n’est pas un critère assez fiable. Sur la Gesse anguleuse(Lathyrus angulatus L.), les folioles bien que longues, sont moins linéaires que chez la Gesse à graines rondes (Lathyrus sphaericus Retz.) et chez cette dernière, il existe un détail décisif qui concerne la gousse : elle est ornée de stries longitudinales en relief.
La Gesse anguleuse (Lathyrus angulatus L.)
La Gesse à graines rondes (Lathyrus sphaericus Retz.), sa gousse caractéristique.
La Gesse aphylleou Gesse aphaca(Lathyrus aphaca L.) est bien facile à reconnaître car elle ne porte pas réellement de folioles : une simple vrille surgit d’un portefeuille formé par deux larges stipules foliacées de forme ogivale.
Pour aller plus loin dans la connaissance des Gesses:
32 espèces de Lathyrus en détail sur le précieux site: FLOREALPES
Je suis un peu déçue car mon Heliamphora n’a pas l’air décidé à développer une hampe florale ! En fait il lui manque peut-être un peu de lumière pour fleurir. J’ai presque terminé la partie basse (sauf peut-être un peu du rhizome à indiquer à la base) depuis longtemps et heureusement… car depuis, mon angle de vue s’est complètement modifié ! Des grandes urnes se sont instal
Presque chaque année, je parviens à photographier des Tulipes sauvages et c’est à chaque fois un vrai bonheur d’en découvrir quelques pieds qui ont réussi à se maintenir dans des endroits secrets et peu nombreux.
Qu’en est-il de l’indigénat des tulipes reconnues dans notre Flore de France?
Pour ces deux espèces de Tulipes sauvages, ma flore de France Flora Gallica, reconnait leur origine naturelle et nomme en fait deux sous-espècesde cette Tulipa sylvestris: la formesylvestris, (ci-dessus) dont les trois tépales extérieurs sont plus ou moins lavés de vertet la forme australis,(ci-dessous)dont la taille des fleurs est un peu plus modeste et les tépales extérieurs lavés de rouge ; cette dernière est méditerranéenne comme on le verra sur mes photos… Les deux formes ont en commun de posséder des tépales pointus, les trois internes toujours plus larges que les externes, ce qui les différencie des treize autres espèces nommées dans Flora Gallica qui sont toutes des archéophytes (anciennement naturalisées).
Comme la forme australiss’est imposée plus tardivement, je ne peux guère vous montrer des illustrations anciennes, bien qu’elle soit mentionnée par Pierre Joseph Redoutédans son recueil ‘Les Liliacées’, à la page sur la Tulipe sauvage, dans ces termes : « La variété B des auteurs qui a la fleur odorante, plus petite que celle-ci, paraît constituer une espèce distincte qui a déjà été indiquée par Link sous le nom de Tulipa australis » ; le nom reconnu est de nos jours Tulipa sylvestris subsp.australis (Link) Pamp.
Pour consulter Les Liliacées dans le tome 3 , cliquez là
"Les Liliacées" tome 3, texte et illustrations de Pierre Joseph Redouté
Voici la belle illustration de Pierre Joseph Redouté, pour Tulipa sylvestris subsp. sylvestris,c’est la planche 165 dutome 3 des Liliacées. Un critère qu’il énonce pour différencier cette espèce des autres m’a semblé intéressant parce que pas souvent cité : « La Tulipe sauvage se distingue facilement de toutes les autres espèces de ce beau genre, à sa tige chargée d’une seule fleur jaune, dont les lanières sont légèrement barbues à leur extrémité ».
Je note que cette pilosité au bout des tépales ne concerne que la forme sylvestris, la description de la Flore de Coste pour Tulipa australis dit « périanthe long de 2-3 cm, en cloche, à divisions acuminées et glabres au sommet ».
C’est un détail discret que j’ai vérifié sur mes photos sachant que par lanières, P.J. Redouté entend pétales (ou plutôt tépales pour une liliacée).
Une illustration allemande montre l’extrémité des deux types de tépales (externes et internes) avec cette pilosité. C’est dans la «Deutschlands flora » (1798-1855) auteurs :Sturm, J., Sturm, J.W.
En revanche, le revers des tépales externes n’est guère teinté de vert sur la Tulipa sylvestris de Redouté et c’est un peu la même chose dansl’Herbier général de l’amateur(1814-1827) de Loiseleur-Deslongchamps alors que ce détail est bien visible sur mes photos comme sur les autres représentations plus nordiques que j’ai trouvées. Dans l’Herbier général de l’amateur (1814-1827) Pancrace Bessa, élève de Redouté, dessine deux illustrations sous des noms différents mais la Tulipa gallica (pl 160) est reconnue de nos jours comme un synonyme de Tulipa sylvestris. A consulterlàet pour Tulipa gallica là(les pages suivantes donnent le texte deLoiseleur-Deslongchamps).
Loiseleur-Deslongchamps donne, au 19ème siècle, à cette tulipe un statut de plante assez commune avec une aire de répartition qui couvre l’Allemagne, la Suisse, l’Italie, l’Angleterre et la France.
La même espèce sous deux noms peinte par Pancrace Bessa pour l’Herbier général de l’amateur (1814-1827)
Ci-dessous, on voit clairement la nuance verte au centre des tépales externes sur les belles planches de la flore du Royaume de Prusse « Flora regni Borussici » (1832-1844), auteur : A.G.Dietrich. Pour consulter cet ouvrage, voir là.
August Mentz, dans un ouvrage danois «Billeder af nordens flora » (1917), fait aussi ressortir ce critère. Pour consulter cet ouvrage, voirlà.
Tulipa sylvestris dans « Flora regni Borussici » (1832-1844), auteur : A.G.Dietrich.
Tulipa sylvestris dans un ouvrage danois « Billeder af nordens flora » (1917), auteur : August Mentz
Voici encore quelques photos de la Tulipe sauvage, Tulipa sylvestris subsp. sylvestris prises dans le nord de la France dans une zone de lisière forestière.
Tulipa sylvestris subsp. sylvestris
En ce qui concerne Tulipa australis, je peux nous consoler du manque d’estampes anciennes avec cette moisson d’images prises sur plusieurs printemps pour l’essentiel sur des causses pierreux en Occitanie et en Catalogne.
Tulipa sylvestris subsp.australis (Link) Pamp.
Un dernier lien bien utile sur ma Flore de France:Flora Gallica
« Nouvelle illustration du système sexuel de Carolus von Linnaeus » et « le temple de Flore », ou jardin de la nature. par Robert JohnThornton , 1837.
Les Tulipes : dessin de Philip Reinagle, gravure d’Earlom.
Dans cet étonnant ouvrage où voisinent la Science, la Poésie, la Gravure taille-douce et la Calligraphie, je me suis intéressée surtout à la partie qu’on nomme « LeTemple de Flore ». Pour bien réaliser que cet ouvrage reposait à l’époque sur des bases solides de botanique, encore que cesystème sexuel de Linné soit très dépassé de nos jours, je vous pose cette surprenante page de synthèse. La calligraphie de quelques-unes des pages du deuxième chapitre est si alambiquée que certaines deviennent illisibles !
Tableau de classification des végétaux détaillant le système sexuel de Carolus von Linnaeus.
Toutes les gravures du Temple de Floresont réalisées avec un mélange de techniques peu utilisées par ailleurs dans les images de botanique : il s’agit d’une adaptation de la traditionnelle Mezzotinte ou Manière noire qui donne des plages de valeurs (gris ou couleurs suivant l'encrage) sans passer par le trait gravé. On détecte néanmoins quelques traits d’eau-forte par endroits quand c’est nécessaire mais l’impression générale est davantage celle de peintures aux tonalités assez soutenues comme si les plantes représentées étaient menacées par l’approche d’un orage, ou fleurissaient au crépuscule. Ceci convient tout à fait à certaines plantes à floraison nocturne comme le Selenicereus grandiflorus(L.) Britton & Roseque Linné avait d’abord nommé Cactus grandiflorus L. et on peut remarquer la mise en scène de l’arrière-plan avec une horloge marquant minuit. Chacun de ces tableaux est associé à un poème ; en fait cette partie 3 de l’ouvrage devait contenir 70 planches, mais la grande difficulté du financement ramena ce nombre à 28 et même ainsi Thornton finit ses jours dans la misère.
Selenicereus grandiflorus (cactus vanille, ou reine de la nuit), dessin de la fleur Philip Reinagle, ambiance nocturne d’arrière-plan d’Abraham Pether et gravure de Dunkarton.
Pour la Manière noire, la planche de cuivre est d’abord entièrement grainée, un encrage en noir et une impression donnerait à ce moment-là un noir profond et uniforme. Il est possible aussi d’obtenir ce grainage par une attaque à l’acide, c’est alors de l’Aquatinte. C’est l’écrasement de ce grain avec un brunissoir qui peut faire remonter des tons clairs. A l’origine la Manière noire et la Gravure au pointillé ont surtout été choisies pour du noir et blanc, ce qui semble plus logique. Dans ces gravures à thème floral, toutes les techniques ont été combinées, des graveurs étaient plus spécialisés dans la vraieMezzotinte, comme Ward, Earlom, Dunkarton; d’autres lui préféraient l’Aquatinte, comme StedleretSutherland. Mais de toute façon le travail du Taille-doucier (qui tire les gravures) était tout aussi délicat, la mise en couleurs des plaques de cuivre devait être assez compliquée, combinant des encrages localisés, dits « à la poupée » donc des couleurs vraiment imprimées et parfois des rehauts d’aquarelles sur chaque estampe après coup.
Tout ceci donne au final un ensemble vraiment unique dans le domaine de la gravure botanique.
Une équipe fournie d’artistes, Peter Henderson, Philip Reinagle, Abraham Pether, Sydenham Edwards, et Thornton lui-même, ont contribué à élaborer les dessins de ces images.
Alpinia zerumbet, (en créole Atoumo = à tous maux) dessin d’Henderson, gravure de Caldwall. (+ Photo en Guadeloupe)
Le Dracunculus vulgaris , (Serpentaire commune) : dessin d’Henderson, gravure de Ward. (+photo à Giverny)
L’Agave americana: dessin de Philip Reinagle, gravure de Medland. (+ photo sur l'Ile de Batz)
En ce moment dans la Grande serre du Muséum National d’Histoire Naturelle, une belle collection d’orchidées est visible avec pas mal d’hybrides de producteurs spécialisés mais aussi quelques beaux spécimens des espèces originelles qui ont enthousiasmé les chroniques horticoles du 19ème siècle au moment de leur découverte puis des essais de leur acclimatation dans les serres d’Europe.
Ci-dessus,Dendrobium macrophyllum A.Rich., probable… mais mes photos, toutefois montrent peut-être un hybride plus récent car les sépales sont pointillés et leur revers n’est pas hirsute… Ce Dendrobium est représenté dans le Botanical Magazine de Curtis (vol 93, ill. 5649).
Dendrobium macrophyllum dans le Botanical Magazine de Curtis (vol 93, ill. 5649).
Sur une recherche d’image d’après ce binôme on obtient un Dendrobium ressemblant beaucoup à celui étiqueté dans la Grande Serre comme Dendrobium polysema, je n’ai pas trouvé d’image ancienne pour ce Dendrobium polysema Schlechter 1905, mais on peut trouver des renseignements plus complets sur http://www.orchidspecies.com/denpolysema.htm
Originaires d’Indonésie, ces deux noms sont de toute façon très proches, voir là : il semble que le D.polysema soit une sous-espèce, synonyme de Dendrobium macrophyllum var. stenopterum Rchb.f.
Sur leur territoire d’origine, voir aussi ces deux liens :
L’illustration que voici nous montre la première observation pendant le « Voyage de découvertes de l'Astrolabe exécuté par ordre du Roi, pendant les années 1826 à 1829, sous le commandement de M. J. Dumont d'Urville, Capitaine de Vaisseau »La partie descriptive de Botanique (part 2) était assurée parM. A. Richard. Son nom figure ainsi à la fin du binôme. Le spécimen fut, je cite : « recueilli par M. Lesson Jeune, chirurgien de la Marine royale », il croissait en épiphyte sur des arbres de Nouvelle-Guinée. (Attention de ne pas confondre avec un autre Dendrobium nommé aussi par A.Richard : Dendrobium macranthum A.Rich. trouvé pendant le même voyage mais sur Vanikoro)
Voici maintenantEpidendrum ciliare L.
Pour Epidendrum ciliare L. il existe de nombreuses gravures ; une des plus séduisantes est celle dePierre-Joseph Redouté dans son recueil sur « Les Liliacées » (1802-1816) et le texte est intéressant aussi :
« L’Epidendre à longs cils est originaire des Antilles et de Cayenne : on le trouve dans les bois ; les botanistes qui l’ont observé dans son pays natal, disent qu’il n’est pas parasite ; les individus qu’on cultive au Jardin des Plantes sont simplement placés dans de la terre, et y prospèrent depuis plusieurs années ; ils ont été rapportés des Antilles par le capitaine Baudin. Cette plante est cultivée dans la serre chaude, où elle fleurit dans le milieu de l’été. »
J’aime aussi la clarté de la représentation deLoddiges dans le « Botanical cabinet » (1817-1833).
Epidendrum ciliare L. dans « Les Liliacées » de Pierre-Joseph Redouté , puis dans le « Botanical cabinet » de Loddiges
Pour se souvenir des origines, on peut regarder la planche dessinée avant 1700 par le Père Charles Plumier dans le « Plantarum americanarum » édité par Burmann (1755-1760). Voici ce qu’en dit à posteriori P.J Redouté : « On trouve dans l’ouvrage de Plumier, publié par Burman, une bonne description de cette plante, accompagnée d’une gravure qui donne assez bien l’idée de sa fleuraison ; mais où l’on a représenté les fleurs comme n’ayant, outre le labellum, que quatre lanières au lieu de cinq qu’elles ont réellement. »
Avec,Cyrtorchis arcuata (Lindl.) Schltr. c’est l’occasion de parler de Jean Jules Linden (1817-1898), un des co-auteurs d’une revue très connue au 19ème siècle : « L’Illustration horticole, journal spécial des serres et des jardins », Gand-Bruxelles, 1854–1884 (édité avec Charles Lemaire et Ambroise Verschaffelt. Impr. 1868-1896.
C’est dans un de ses ouvrages, « Lindenia - Iconographie des Orchidées »(Bruxelles, 1885-1906) que j’ai trouvé cette lithographie de Cyrtorchis arcuata alors nommée Angraecum (lithrostachys) sedeni Rchb. mais on peut remarquer que la belle couleur abricot que prennent les pétales en fin de floraison (après la pollinisation) n’y apparaît pas et les éperons semblent moins longs et plus colorés !
Cyrtorchis arcuata , dans « Lindenia - Iconographie des Orchidées » de Jean Jules Linden
Voici enfinPhaius wallichii Lindl.
Phaius wallichii Lindl.est intéressant à plus d’un titre ; il apparaît dans le « Plantae Asiaticae Rariores » (1830-1832) de Nathaniel Wallich ; la planche a été dessinée par un célèbre illustrateur indien Vishnupersaud. Dans le texte, Wallich évoque l’équivalence avec une plante nommée Limodorum tankervillae par William Roxburgh dans son «Hortus Bengalensis : ou, un catalogue des plantes qui poussent dans le Jardin botanique royal de Calcutta » (de l’East India Company).
Phaius wallichii Lindl. dans le « Plantae Asiaticae Rariores » de Nathaniel Wallich.
Une belle représentation figure dans le Botanical Magazine de Curtisde 1888. Il s’agit d’une orchidée terrestre et non épiphyte dont les fleurs parmi les plus grandes sont aussi les plus belles selon William Curtis. Il ajoute que la couleur des trois sépales et des deux pétales peut varier du brun-chocolat au jaune-primevère mais que la couleur du labelle reste assez constante.
Phaius wallichii Lindl. dans le Botanical Magazine de Curtis de 1888.
Il y avait bien sûr, dans la grande serre du MNHN, beaucoup d’autres belles espèces ; il faudrait plus d’un article pour en faire le tour !
Une courte balade en février nous a menés dans l’Hérault et nous avons fréquenté des anciens marais salants dits Salins ou Salines qui sont maintenant protégés par le Conservatoire du Littoral et sont devenus un refuge pour les oiseaux et un beau lieu de promenade.
Je n’avais pas encore prêté attention à la floraison de la Soude en buisson(Suaeda vera) qui est presque plus discrète que les étoiles rouges qui terminent parfois ses rameaux, ici dans les Salins de Frontignan.
La Soude en buisson (Suaeda vera) dans les Salins de Frontignan
Le sol est un amas de coquillages brisés. En toute fin de journée une lumière rasante illuminait les flamants roses !
Fin de journée sur les Salins de Frontignan
Les couleurs qu’arbore la sansouire en cette fin d’hiver, ici tout près de Sète et en bordure de l’étang de Thau, sont spectaculaires. Les squelettes de tiges de la Salicorne à gros épis(Arthrocnemum macrostachyum), sortes d’empilements de petites coupelles argentées, puis les calices ajourés de la Jusquiame blanche(Hyoscyamus albus) font ressortir les nappes rouges de la Salicorne en buisson (Sarcocornia fruticosa).
La Salicorne à gros épis (Arthrocnemum macrostachyum)
Calices ajourés de la Jusquiame blanche (Hyoscyamus albus) devant Sète
La Salicorne en buisson (Sarcocornia fruticosa) près de Sète et en bordure de l’étang de Thau
Dans les fourrés denses de Soude en buisson(Suaeda vera) et de Salicorne en buisson(Sarcocornia fruticosa), on peut à cette époque, avec un peu de chance, voir surgir et replonger aussi vite une petite fauvette sédentaire: la Fauvette pitchou.
Si tôt en saison, j’ai rencontré avec plaisir dans les Salines de Frontignan et dans celles de Villeneuve les Maguelonne, quelques amandiers en fleur, c’est un ligneux à floraison très précoce qui tolère assez bien les sols salés comme bien sûr aussi le Tamaris.
Amandier en fleurs dans les Salines de Villeneuve les Maguelonne
Sur tout ce littoral, en lisière des sansouires et des lagunes, s’étendent de belles roselières. Les plumets blonds des Phragmites s’animent dans la lumière. A défaut d’y voir les ravissantes Panures à moustache, on peut du moins en prêtant bien l’oreille entendre leurs petits « ding ding » discrets !
Deux espèces d'origine asiatique Musa acuminata Colla et Musa balbisiana Colla, sontreconnues pour être à l’origine de l’hybrideMusa × paradisiaca L. sous toutes ses formes (la dénominationMusa × sapientum L. est un synonyme). Cet hybride mérite bien que je lui consacre plusieurs articles, tant il a été représenté dans l’iconographie. Il possède ainsi en matière d’images, une histoire asiatique et une histoire américaine ; mais mon premier sujet, « Bananes ancestrales »vise déjà à faire connaître les deux espèces originelles qui en sont vraisemblablement les parents.
Linné distinguait deux espèces Musa paradisiacaet Musa sapientum, qui sont maintenant incluses dans cet hybrideMusa × paradisiaca L. Cette distinction semblait alors très valide car Musa paradisiaca, était le nom du Plantain, féculent, à cuire en légume alors que Musa sapientum correspondaitau fruit sucré.
Ci-contre, une fleur de bananier (Musa × paradisiaca L.)d'une variété non identifiée, photographiée sur Basse-Terre, en Guadeloupe.
Les deux ancêtres :
Pour les représentations de l’hybride, il y en a pléthore, mais il est plus délicat de trouver des représentations exactes des parents dans l’iconographie !
Musa acuminataColla a une large aire de répartitiondepuis le nord-est de l'Inde à travers l'Asie continentale, le sud de la Chine, les Philippines, et de la Malaisie jusqu'au nord-est de l'Australie.
Musa chinensis Sweet est synonyme de Musa acuminata Colla.
On trouve deux belles représentations sur vélin de Toussaint-François Node-Véran, dans la Collection de l’Université de Montpellier. Les images scannées de cette imposante collection de peintures sont à mon grand regret très réduites en taille, il faudra nous en contenter !
Sous ce même nom équivalent de Musa chinensis Sweet, on peut trouver l’espèce dans le Dictionnaire universel d’histoire naturelle, Atlas t.3, pl 12 (1841-1849) de Charles d’Orbigny
Musa chinensis Sweet= Musa acuminata , dans le Dictionnaire universel d’histoire naturelle de Charles d’Orbigny.
Musa sinensis = Musa acuminata, dans l’Herbier général de l’amateur, dessin de Maubert
L’auteur, Antoine-Charles Lemaire, nous délivre quelques éléments sur l’arrivée de ce Bananier de la Chine dans la grande serre chaude du Museum où cultivé en pleine terre, il n’atteint pas deux mètres de haut mais forme des touffes de plusieurs individus d’une silhouette trapue, dotés de feuilles amples et nuancées de pourpre dessus, glauques et pulvérulentes dessous. Il décrit les spathes florales « révolutées en dehors, d’un pourpre violet finement rayé de blanc et d’un brun marron en dedans ».
Musa zebrina Van Houtte ex Planch. dont on peut voir une illustration, qui évoque bien sa vocation surtout décorative, dans la Flore des serres et des jardins de l'Europe de Louis Van Houtte, est considérée actuellement comme un synonyme de Musa acuminata Colla.
Musa zebrina Van Houtte ex Planch. = Musa acuminata Colla, dans la Flore des serres et des jardins de l'Europe de Van Houtte
Musa balbisianaColla se trouve en Inde, Birmanie, Thaïlande, en Indochine, Chine du Sud et Philippines. Ce Bananier plus imposant que le Bananier de Chine (Musa acuminata) s’élève à cinq mètres de haut, son stipe (tronc) est assez épais (20 à 30 cm de diamètre), les longues feuilles sont vert-foncé. Sur cette espèce volontiers plantée pour l’ornement, les belles bractéesde la Popote, rouge-vif à l’intérieur, ne se retournent pas en arrière en formant des rouleaux comme chez le Musa acuminata. Les petits fruits sont presque toujours très chargés de graines et très chargés en amidon donc peu consommables tels quels.
Elle apparaît dans le tableau 253, vol.22 de l’Hortus sempervirens (1795-1830) de Johann Simon Kerner, texte à voir là pour ceux qui lisent le latin.
Musa balbisiana Colla, dans l’Hortus sempervirens (1795-1830) de Johann Simon Kerner
Matthias Schmutzer (1752-1824), peint cette inflorescence de Musa balbisiana Colla, alors nommée Musa rosacea Jacq. pour "Das Florilegium Kaiser Franz I", c’est-à-dire un Florilège du Jardin de François 1er (Empereur d’Autriche), sous l’œil attentif de Nikolaus Joseph von Jacquin.
Musa rosacea Jacq.= Musa balbisiana Colla, dans "Das Florilegium Kaiser Franz I", par Matthias Schmutzer
L’intérieur des bractées de cette plante de serre ne montre pas la couleur lumineuse de l’illustration précédente de l’Hortus sempervirens,qui pourtant est réelle comme on peut le constater sur le site de Monaco Nature Encyclopedia.
De nos jours ces deux espèces ancestrales sont considérées comme une banque de gènes toujours utile pour continuer d’améliorer Bananes (fruits) et Plantains (légumes à cuire).
Il semble que lorsque chez l’hybride Musa x paradisiaca prédomine le parent Musa acuminata, on s’oriente plutôt vers une banane dessert, alors que si c’est le parent Musa balbisiana qui domine, c’est vers le Plantain qu’on se dirige.
C’est une gravure magnifique d’après Franz Bauer qui m’a donné envie de creuser le sujet, par ailleurs de saison, puisque cet arbuste fleurit en ce moment ! Le voilà en photo dans un jardin du Mans.
Chimonanthus praecox, dans un jardin manceau.
Ci-dessous : gravure d’après un dessin de Franz Bauer(1758-1840) dans « Hortus Kewensis, ou, un catalogue des plantes cultivées dans le Royal Botanic Garden de Kew », par William Aiton (vol 2 de 1789), sous le nom alors en usage de Calycanthus.
Calycanthus praecox, dessin de Franz Bauer pour l'Hortus Kewensis
La plante originaire de Chine et du Japon, apparaît pour la première fois dans le livre d’un médecin et explorateur allemand Engelbert Kaempfer(1651–1716) daté de 1712 :
"Amoenitatum exoticarum" ;Kaempfer fut par ailleurs le premier Européen à décrire le Gingko biloba.
Le Chimonanthus y est figuré sur une gravure en p. 878 avec ce nom "Obai seu Robai" et cette description est ainsi l’holotype de ce chimonanthus/calycanthus. On retrouve d’ailleurs cette référence dans le Species Plantarum de Linné (ci-dessous).
Le Chimonanthus praecox apparaît ensuite dans différentes parutions comme par exemple, dans le troisième volume de « l’Herbier général de l’amateur » de Loiseleur-Deslongchamps (1819) sous le nom de Meratia fragrans, c’est une gravure d'après Pancrace Bessa (un élève de Redouté). La gravure n’est pas très séduisante, je ne m’explique pas bien pourquoi les tépales ne sont pas jaune-paille mais plutôt d’un blanc sale comme l’écrit d’ailleurs Loiseleur-Deslongchamps mais le texte témoigne de l’époque de son arrivée en Europe en Angleterre depuis le Japon en 1766.
Meratia fragrans = Chimonanthus praecox, dans « l’Herbier général de l’amateur »
Les horticulteurs ont d’abord cru bien faire en le maintenant à l’abri des grands froids et c’est pourquoi il a végété un certain temps jusqu’à ce qu’on se décide à l’installer en pleine terre dans les jardins d’Europe. Loiseleur-Deslongchamps déclare que les fruits sont souvent absents sous nos climats mais que la plante se marcottant très facilement, le mieux est de la reproduire de cette façon-là. En Chine, le Chimonanthe pousse dans des forêts de l’étage montagnard.
Toutes les gravures en couleurs de l’époque de son introduction nous le montre plutôt de cette couleur blanc-crème, par exemple sur cette planche du Botanical magazinede WilliamCurtis.
Même chose pour le Botanical register, ci-dessous, c'estune variété ‘grandiflorus’ représentée par John Lindley lui-même ; il y commente son illustration dans ces termes:
« L'une, qui est celle représentée dans l'Hortus Kewensis et le Curtis's Magazine, a des fleurs jaune verdâtre, dont les segments extérieurs sont réguliers sur les bords et à peine étalés, et les intérieurs d'un violet profond ; l'autre, dont ma figure en fleur est une représentation, a de grandes fleurs jaunes claires, arrondies, dont les segments extérieurs sont parfois recourbés sur les bords et étalés, et les intérieurs d'un rouge vif. »
« D'après les dessins des Chinois, je suis disposé à croire qu'il existe chez eux au moins une autre espèce à très petites fleurs jaunes. Il y a aussi, dans une collection inestimable de bois gravés japonais (de plantes) dans la bibliothèque de Sir Joseph Banks, une représentation de ce que je suis prêt à considérer comme une quatrième espèce de Chimonanthus, avec des fruits lisses et ovoïdes et un port très rabougri. »
Chimonanthus praecox 'grandiflorus' représenté par John Lindley, dans le Botanical register
Ma petite recherche sur l’étymologie du nom de genre m’a amené sur un texte de Georges Métailié, « Notes à propos des citations implicites dans les textes techniques chinois », et par chance, le Chimonanthus sert là d’exemple à son propos ce qui nous donne quelques détails complémentaires sur les variétés chinoises de notre Chimonanthe.
En Chine, le chimonanthus praecox s’appelle Lamei, mais son parfum délicieux l’a très tôt fait connaître et on distingue au moins 3 variétés qui sont énumérées par Li Shizhen dans le Bencao gangmuen 1596 (un texte technique chinois sur les plantes)
- La 1ère variété, issue de graines, ni greffée, ni bouturée donne de petites fleurs peu odorantes, elle est considérée comme médiocre et ne mérite que le nom de Mei-mouche de chien (Goulingmei)
- La 2ème, greffée ou bouturée donne des fleurs plus espacées et épanouies bien que toujours en forme de coupe, c’est le Mei-bol de moine (Qingkoumei), la variété la plus précoce.
- La 3ème, à fleurs denses et très parfumées, d’un jaune profond a pris le nom de Mei-parfum de santal (Tanxiangmei)
Chimonanthus praecox, dans un jardin manceau
Li Shizhen nous apprend en outre que les chinois faisaient macérer l’écorce du Chimonanthe dans l’eau destinée à broyer l’encre et que celle-ci prend alors des reflets brillants.
A propos du parfum dégagé, une notion bien subjective, chaque texte que j’ai consulté donne une idée différente, parfois c’est la Jacinthe ou le Narcisse tazetta qui est évoqué, Curtis pour le Botanical magazine le compare à la violette et prétend qu’il devient vite entêtant et désagréable !
Pour de plus amples renseignements si jamais cet article vous a donné envie d’en planter un, ou pour voir en photo le joli cultivar « grandiflorus » aux pétales plus longs plus pointus et effectivement de couleur crème :