Le 3 juin 2022, j’ai eu le plaisir de trouver une petite station de Rosa gallica dans la région d’Annot (Alpes de Haute-Provence). Bien que les fleurs soient doubles, elles rassemblent beaucoup de critères pour être des vraies Rosa gallica L. La population était éparpillée sur une sorte de crête juste au-dessus d’une carrière qui l’a surement déjà bien entamée.
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Il s’agit d’une espèce à souche rampante qui colonise de petites zones.
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Quelques critères de reconnaissance de ce rosier sont les suivants : des aiguillons inégaux mêlés d’acicules font place à des poils glanduleux sur les pédicelles, les sépales se rabattent bien sur les fruits, le feuillage est assez coriace ; les folioles à dents peu profondes. Les styles forment un petit bouquet velu en hauteur et le canal stylaire fait plus d’1 mm de diamètre.
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Je suppose qu’elle est subspontanée et serais bien curieuse de savoir depuis quand elle se trouve là ! Cependant, le fait que mon rosier soit plus fourni en pétales que sur l’espèce sauvage d’origine, ne plaide pas forcément pour une origine échappée de jardin. J’ai trouvé mention pour le Vaucluse de stations de Rosa gallica de ce type, plus riches en pétales, et l’auteur (Bernard Girerd) rappelle que plusieurs auteurs (Boulenger, Chassagne) reconnaissent à ce rosier une tendance à la duplicature (des pétales). C’est sans doute une des facultés qui en a fait très tôt le parent de toutes les roses galliques de nos jardins.
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Déjà dans la nature, une quantité d’hybrides ont été décrits mais on reconnait par ailleurs que Rosa gallica possède une bonne capacité à se présenter sous diverses variantes (phénotypiques) ; et je suis bien incapable de vous en dire davantage sur un sujet aussi pointu qui fait l’objet des recherches notamment du Conservatoire Botanique Alpin de Gap-Charance !
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Je suis par contre un peu déçue de constater que du point de vue « iconographie » mes recherches sur ce rosier sauvage à l’origine de toutes les autres obtentions horticoles de roses galliques m’ont laissée sur ma faim car ce taxon est si ancien que même à l’époque des bois gravés, la plupart des représentations concernent des roses de jardin.
Dans « L'Herball, ou l'histoire générale des plantes » de John Gerard (1545-1612), dont Rembert Dodoens est coauteur, on trouve ce bois gravé légendé Rosa rubra. Plus loin il présente Rosa holosericea ajoutant en légende ‘The velvet Rose’.
https://archive.org/details/mobot31753000817749/page/1085/mode/1up?ref=ol
https://archive.org/details/mobot31753000817749/page/1079/mode/1up?ref=ol
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Une note plus récente au crayon donne Rosa holosericea comme un Rosa centifolia, mais le même bois gravé dans « L’Icones stirpium » de Matthias de L’Obel (1591) est bien annoté comme Rosa gallica L.
Rosa holosericea nommée ainsi par Matthias de L’Obel, serait en fait un type foncé (et soyeux) de Rosa gallica équivalent au ‘Toscane brunâtre’ de Dodoens (que les rosiéristes assimilent à l’actuel « Tuscany superb »). Dodoens vers 1557 le différencie du type rubra (la Rose de Provins type).
Officiellement aujourd’hui, Rosa rubra Lam. (Lam. pour Lamarck) ainsi que Rosa holosericea ‘Du Roi’ de 1771 sont également reconnus synonymes de Rosa gallica L.
Une petite rose sauvage qui apparaît dans la « Flora austriaca » de Nikolaus Joseph Jacquin (T 198) est légendée Rosa pumila. Il se réfère dans son texte au « Rariorum plantarum historia » de Charles de L’Ecluse (1601), ainsi qu’à Heinrich Johann Nepomuk von Crantz pour Rosa austriaca Crantz (vers 1765). (voir en bas de l'article)
Ces deux noms font également partie des nombreux synonymes de Rosa gallica L. et l’illustration de la Flora austriaca de Jacquin me semble bien la plus conforme à l’espèce sauvage.
Reprenant la division originale ci-dessus, deux belles aquarelles d’Alfred Parsons pour Ellen Willmot dans le « Genus Rosa », nous invitent à différencier les deux variétés primitives de Rosa gallica : la var. pumila et la var. austriaca
Pour consulter ce passage du Genus Rosa d’Ellen Willmot :
https://www.biodiversitylibrary.org/item/213425#page/111/mode/1up
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Je ne peux m’empêcher de montrer aussi une très belle gravure (en noir et blanc) de Gérard van Spaendonck qui fait partie d’un célèbre recueil : « Fleurs dessinées d'après nature » (1799-1801) ; celle-ci représente une Rose de Provins qu’on admet au jardin, comme la forme classique de Rosa gallica L.
Gérard van Spaendonck fut le maître de Pierre Joseph Redouté et bien sûr, ce dernier a amplement représenté toutes variétés de roses. J’ai retenu simplement celle-là car il s’agit de Rosa pumila dans toute sa simplicité, à cinq pétales ; il a bien noté sur la tige les aiguillons inégaux alternés avec des acicules, les pédicelles glanduleux et les stipules étroites. La couleur toujours plus chaude des rouges sur les gravures d’époque provient du fait que n’existaient pas encore des pigments comme la quinacridone qui peuvent maintenant traduire cette couleur pourpre de beaucoup de pétales !
Retrouver les références historiques qui ont amenées à ces synonymies a tout d’un jeu de piste dont j’ai suivi le cours en partant du Species plantarum de Karl Linné. Pour ceux qui voudraient suivre ce fil d’Ariane voici quelques liens :
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Dans le Species plantarum de Karl Linné à Rosa gallica, figure cette seule référence à un auteur antérieur qui m’était inconnu : Dalib.paris. Il s’agit de la Flora parisiensis de M.Dalibard, parue en 1749, à consulter ici, p.145, c’est la rosa n° 6.
La mention de Dalibard est reprise par Heinrich Johann Nepomuk von Crantz dans Stirpium Austriacarum: Rosa austriaca y est mise en synonymie aussi avec Rosa pumila, à voir en p.86 et 87
Et c’est ainsi qu’on peut boucler la boucle avec la « Flora austriaca » de Nikolaus Joseph Jacquin :
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