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Botazoom, Botanique et Iconographie

Botazoom, Botanique et Iconographie

Ce blog est destiné aux curieux de botanique. En s’appuyant sur les photos que j’ai pu faire en voyage, et sur de l’iconographie ancienne, il rentre un peu dans les détails qui m’ont permis d’identifier une espèce, mais son contenu doit être considéré comme celui d’une botaniste amateur !

Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #iconographie, #Botanistes

Médecin et botaniste allemand, de Nuremberg (1695-1769), Christoph Jakob Trew nait 12 ans avant Carl von Linné. Comme médecin, il participe à la vulgarisation des nouvelles connaissances  médicales du siècle des lumières. Son nom reste surtout associé à un très talentueux illustrateur botanique, Georg Dionysius Ehret, car il fut son mécène et leur association permit la parution de trois ouvrages successifs de botanique.

Les planches de ces recueils sont peut-être les premières à être si bien documentées avec en marge, des coupes sur les différents organes, des éclatés sur les corolles, les calices, montrant en détail la structure florale, le nombre et la position des étamines : la théorie sexuelle des plantes devient à l’époque la base pour classifier les différentes familles.

Cette théorie, largement et fidèlement adoptée pendant une centaine d’année sera bien établie par Carl von Linné, qui ne pouvait qu’apprécier les planches dessinées par Ehret.

Dans son « Species Plantarum », Linné, après le nom de genre figurant en capitales, ajoute quelques traditionnelles phrases descriptives en les associant à l’ouvrage de référence et l’auteur qui les a données. La révolution linnéenne c’est le petit « nom trivial » simple qu’il ajoute dans la marge en italique, bien différent pour chaque espèce (voir plus loin pour la banane). L’association de ses références d’auteur avec le nom trivial qui devient en fait le nom d’espèce, permet maintenant de confirmer l’équivalence des taxons.

Arachis hypogaea, gravure dans le Plantae rariores, (tome 1), puis une aquarelle de Georg Dionysius Ehret
Arachis hypogaea, gravure dans le Plantae rariores, (tome 1), puis une aquarelle de Georg Dionysius Ehret

Arachis hypogaea, gravure dans le Plantae rariores, (tome 1), puis une aquarelle de Georg Dionysius Ehret

Carl von Linné admirait surement Christoph Jakob Trew; il avait affiché sur ses murs des gravures extraites du "Plantae rariores", qu’on peut consulter ici .

Il s’agit d’un ouvrage à la parution plus tardive (1764) de Trew, qui porte cette fois en légende les simples appellations binominales linnéennes. Voici par exemple l’Arachide sur un dessin de M. M. Payerlein, (actuellement c’est Arachis hypogaea), dans le Plantae rariores, (tome 1), qu’on pourra comparer avec une aquarelle originale d’Ehret sur le même sujet. Cette aquarelle fait partie d’un ensemble d’originaux consultables sur le site de la  Bibliothèque universitaire d'Erlangen-Nürnberg qui conserve la Bibliothèque de Trew, riche de 34000 volumes.

Voir là : https://ub.fau.de/en/history/trew-library/

Des descriptions prélinnéennes figurent encore sur quelques beaux ouvrages comme le « Plantae selectae » de Christoph Jakob Trew, en marge des estampes gravées par Johann Jacob Haid et Johann Elias Haid basées sur des dessins de Georg Dyonisius Ehret. L’ensemble des planches est visible  .

La Banane fait l’objet de six planches, trois pour la variété à fruits longs et trois pour celle à fruits courts, dont je montre ici la popote et quelques fruits en formation. D’après le Species plantarum de Linné, cette planche (n°22 chez Trew) représente Musa sapientum qu’on nommait en Amérique du Sud Figue-banane ou Bacobe. En fait il s’agit de l’une des deux variétés anciennes d’un même hybride qui rassemble toutes les bananes cultivées : Musa x Paradisiaca L.  On sait maintenant qu’à l’origine existe un croisement entre Musa acuminata et Musa balbisiana, deux espèces asiatiques dont Linné n’avait sans doute pas connaissance.

La Figue-banane (Musa sapientum) dans le « Plantae selectae », puis son identification par Linné dans le "Species plantarum"
La Figue-banane (Musa sapientum) dans le « Plantae selectae », puis son identification par Linné dans le "Species plantarum"

La Figue-banane (Musa sapientum) dans le « Plantae selectae », puis son identification par Linné dans le "Species plantarum"

Les planches dessinées là pour Trew sont souvent enrichies de nombreux détails autour du sujet principal parfois décliné en « variétés » différentes, comme on peut le voir sur les gravures très détaillées représentant le Grenadier, puis la grenade.

Le Grenadier, puis la grenade, dans le « Plantae selectae » de Christoph Jakob Trew
Le Grenadier, puis la grenade, dans le « Plantae selectae » de Christoph Jakob Trew

Le Grenadier, puis la grenade, dans le « Plantae selectae » de Christoph Jakob Trew

Juste après le grenadier figure le Figuier puis les figues, faisant l’objet de longues légendes manuscrites en latin.

Ce début de paragraphe du « Plantae selectae » pour déterminer le nom latin précis du figuier donne une idée de la quantité de périphrases descriptives faites par des auteurs précédents et qu’il était nécessaire, dans l’incertitude, de mentionner.

Le Figuier puis les figues, dans le « Plantae selectae » de Christoph Jakob Trew
Le Figuier puis les figues, dans le « Plantae selectae » de Christoph Jakob Trew

Le Figuier puis les figues, dans le « Plantae selectae » de Christoph Jakob Trew

La figue est dotée d’une structure très spéciale refermée sur elle-même, qui a fait couler beaucoup d’encre par les botanistes depuis l’Antiquité !

voir là : http://www.snv.jussieu.fr/bmedia/Fruits/figue.htm

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #Arbustes, #iconographie

Peut-être vous souviendrez-vous de ce premier article posté en Avril 2020 au retour d’un voyage en Guadeloupe:

http://botazoom.over-blog.com/2020/04/un-jardin-creole.html

Durant ce voyage, j’ai fait la connaissance d’autres arbustes dans les jardins antillais, c’est pourquoi je vous propose ce nouvel article sur le sujet, qui nous mettra un peu de soleil et de chaleur au cœur !

Ce sont souvent des plantes d’introduction assez récente aux Antilles, et j’ai eu parfois du mal à les identifier sans en connaître l’origine.

La Léea de Guinée (Leea guineense G.Don):

Comme son nom actuel nous l’indique, son origine est le centre de l’Afrique, dans une zone plutôt équatoriale qui correspond à son besoin d’une hygrométrie suffisante pour prospérer. Introduite en Guadeloupe, elle est par contre, indigène à la Réunion où on la nomme Bois de Sureau.

Leea guineense G.Don = Leea coccinea Planch. et illustr: Curtis bot mag vol.88 de 1862, t.5299
Leea guineense G.Don = Leea coccinea Planch. et illustr: Curtis bot mag vol.88 de 1862, t.5299

Leea guineense G.Don = Leea coccinea Planch. et illustr: Curtis bot mag vol.88 de 1862, t.5299

A propos de l’ancien nom, figurant en 1862 dans le Curtis’s botanical magazine, Planchon est bien mentionné dans le texte joint à cette seule et unique planche. L’auteur évoque  comme origine du nom l’« Hortus donatensis » de Planchon (1858). En fait il a existé une foule de synonymes pour cette plante. En 1862, Curtis affirme qu’elle est depuis plusieurs années cultivée dans les serres d’Europe, et que l’arbuste fleurit très jeune. Mais malgré tous ces synonymes et la beauté de ses corymbes, cette Léea de Guinée est peu représentée dans les anciens ouvrages.

La Perle de Zanzibar (Majidea zanguebarica J.Kirk ex Oliv.)

C’est un arbuste spectaculaire de la famille des Sapindacées. Quand ses fruits gonflés en vessies s’ouvrent, ils montrent leurs graines d’un gris-ardoise velouté, sur un fond rouge carmin, les fleurs sont plus discrètes, les feuilles ondulées et lustrées. Il est cultivé en Guadeloupe depuis une quarantaine d’années seulement. Originaire de Zanzibar et de Madagascar, il ne semble pas du tout représenté dans les parutions anciennes et c’est bien dommage !

Majidea zanguebarica J.Kirk ex Oliv. Perle de Zanzibar, sur Basse-Terre en Guadeloupe
Majidea zanguebarica J.Kirk ex Oliv. Perle de Zanzibar, sur Basse-Terre en Guadeloupe

Majidea zanguebarica J.Kirk ex Oliv. Perle de Zanzibar, sur Basse-Terre en Guadeloupe

Bignonia corymbosa (Vent.) L.G.Lohmann. (Pas de nom commun courant en français…)

Comme pour les deux premières espèces, le feuillage est persistant et satiné presque brillant. J’ai failli confondre cette liane avec le Saritéia, mais le calice en forme de spathe m’a heureusement orientée vers la bonne espèce de Bignone : Bignonia corymbosa (Vent.) L.G.Lohmann. auparavant nommée Macfadyena corymbosa (Vent.) Griseb.

Bignonia corymbosa (Vent.) L.G.Lohmann. sur Basse-Terre en Guadeloupe
Bignonia corymbosa (Vent.) L.G.Lohmann. sur Basse-Terre en Guadeloupe

Bignonia corymbosa (Vent.) L.G.Lohmann. sur Basse-Terre en Guadeloupe

Bignonia corymbosa=  Macfadyena corymbosa (Vent.) Griseb. dans « The Journal of Botany, british and foreign »  édité par Barthold Seemann (1863).

Bignonia corymbosa= Macfadyena corymbosa (Vent.) Griseb. dans « The Journal of Botany, british and foreign » édité par Barthold Seemann (1863).

Encore plus tôt, dans le « Recueil de planches de botanique de l'encyclopédie. » (Tableau encyclopédique et méthodique des trois règnes de la nature : Botanique), de Jean-Baptiste Pierre Antoine de Monet de Lamarck (1744-1829), cette bignone apparaît sous le nom de Spathodea corymbosa Vent.

Puis, dans la « Flora Brasiliensis » de Karl Friedrich Philipp von Martius 1794-1868, elle est finement dessinée au trait et légendée Pryganocydia corymbosa.

Bignonia corymbosa= Spathodea corymbosa Vent. dans le « Recueil de planches de botanique de l'encyclopédie. »

Bignonia corymbosa= Spathodea corymbosa Vent. dans le « Recueil de planches de botanique de l'encyclopédie. »

Bignonia corymbosa=Pryganocydia corymbosa. dans la « Flora Brasiliensis » de Karl Friedrich Philipp von Martius

Bignonia corymbosa=Pryganocydia corymbosa. dans la « Flora Brasiliensis » de Karl Friedrich Philipp von Martius

L'Allamanda pourpre ou Liane à caoutchouc

Pour finir ma série je vous montre une Apocynacée, l'Allamanda pourpre ou Liane à caoutchouc, probablement Cryptostegia madagascariensis Bojer ex Decne., mais la distinction avec une espèce très proche Cryptostegia grandiflora R. Br, est difficile avec seulement quelques photos au retour ! Les deux espèces souvent confondues, sont endémiques de Madagascar, voir à ce propos le site réunionnais de Mi-aime-a-ou :

https://www.mi-aime-a-ou.com/Cryptostegia_grandiflora.php

Cryptostegia madagascariensis Bojer ex Decne., sur Basse-Terre en Guadeloupe
Cryptostegia madagascariensis Bojer ex Decne., sur Basse-Terre en Guadeloupe
Cryptostegia madagascariensis Bojer ex Decne., sur Basse-Terre en Guadeloupe

Cryptostegia madagascariensis Bojer ex Decne., sur Basse-Terre en Guadeloupe

 Cryptostegia madagascariensis Bojer ex Decne., semble plus probable cultivée aux Antilles pour l’ornement. Les ponctuations verruqueuses plus nettes sur le rameau orientent aussi sur celle-là.

Les deux espèces figurent dans d’anciennes parutions, j’ai choisi C.grandiflora dans le 5ème volume du Botanical Register (pl 435)

Cryptostegia grandiflora dans le 5ème volume du Botanical Register (pl 435)

Cryptostegia grandiflora dans le 5ème volume du Botanical Register (pl 435)

On trouve les deux dans « Choix de plantes rares ou nouvelles, cultivées et dessinées dans le jardin botanique de Buitenzorg » (1863-1864), de nos jours c’est le Jardin botanique de Bogor sur l’Ile de Java. Auteur : Friedrich Anton Wilhelm Miquel, dessins de J.Ljung et Th. Rocke d’après nature. Les illustrations originales étant sombres et piquées de rouille, j’ai procédé à un petit nettoyage !

D'abord Cryptostegia madagascariensis:

puis Cryptostegia grandiflora :

PS : et bien sûr, Joyeuses fêtes de fin d’année à mes lecteurs!

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #iconographie, #voyages, #Botanistes

Un portrait de Carolus Linnaeus (1707-1778) en robe lapone est réalisé dès 1737, c’est au départ, une peinture à l'huile de Martin Hoffmann qui sera reprise par différents peintres et graveurs.

Version gravée par Dunkarton, figurant dans l’ouvrage de Robert John Thornton (1837) « Nouvelle illustration du système sexuel de Carolus von Linnaeus : et le temple de Flore, ou jardin de la nature ».

Version gravée par Dunkarton, figurant dans l’ouvrage de Robert John Thornton (1837) « Nouvelle illustration du système sexuel de Carolus von Linnaeus : et le temple de Flore, ou jardin de la nature ».

Je vous rappelle que le « Species Plantarum » de Carl Linné (1707-1778) parait en 1753. Cet ouvrage établit la nouvelle nomenclature binominale qui va rendre obsolètes tous les systèmes précédemment conçus pour nommer une plante, systèmes devenus trop complexes et confus, nécessitant de longues périphrases latines. 

Cependant, quand Linné âgé de 25 ans accomplit son voyage en Laponie, en 1732 puis quand paraît la publication qui lui est consacrée en 1737 : la « Flora Lapponica », il n’a pas encore écrit son Species Plantarum. Sur les gravures qui vont suivre de la première édition de 1737, les légendes (pas visibles là, car elles sont en page précédente)  sont encore assez longues et descriptives, mais j’ai trouvé le texte d’une édition postérieure de 1792 ( ) où Linné a ajouté le nom donné dans le Species Plantarum, ce qui m’a permis de m’assurer de la détermination exacte des plantes figurant sur les planches.

 

https://bibdigital.rjb.csic.es/records/item/11540-flora-lapponica

 

Le voyage en Laponie de Carl Linné :

Son journal de ce séjour écrit en suédois à son seul usage, a été traduit en anglais, et édité en 1811, on peut le consulter en ligne :

Lachesis Lapponica, or a tour in Lapland, now first published from the original manuscript journal of the celebrated Linnaeus; / by James Edward Smith, M.D. F.R.S. etc. President of the Linnaean Society. In two volumes. Vol. I https://bibdigital.rjb.csic.es/records/item/13059-lachesis-lapponica-vol-i

J’ai trouvé ( ) une version actualisée de cette première traduction du Lachesis Lapponica, datant de 2010, c’est un Ebook en accès libre plus simple à traduire et j’ai pu ainsi sélectionner quelques passages en relation avec les planches de la Flora lapponica ; on peut y voir le texte intégral, mais mes traductions sont surement perfectibles ! 

 

Dans son journal, le 5 Juin :

« Sur le terrain montagneux jouxtant la rivière, j'ai rencontré une plante herbacée jamais observée auparavant en Suède. Les fleurs n'étaient pas encore écloses, mais elles n’étaient qu’à quelques jours de leur pic de floraison. J'en ai ouvert quelques-unes, et les ai trouvées d'une structure papilionacée. L'extrémité de l'étendard, ainsi que la carène, qui était fendue, avaient une teinte violacée. L’ensemble de la plante montrait qu'il s'agissait d'un astragale, ce qui fut confirmé par les gousses de l'année précédente, restées sur leurs tiges. Je l'ai appelé pour l’instant Liquiritia minor (Petite Réglisse). »

Sur la planche 9 de la Flora lapponica, figure à gauche cette fabacée que Linné  en 1792 nomme Astragalus alpinus (Sp.Pl. 1070), et qui a conservé son nom Astragalus alpinus subsp. alpinus. Comme c’est une boréo-alpine, voici un peu de couleur : j’ai pu la photographier dans le Mercantour, au Pont de la cascade le 17/06/2019.

Astragalus alpinus subsp. alpinus, au Pont de la cascade dans le Mercantour.
Astragalus alpinus subsp. alpinus, au Pont de la cascade dans le Mercantour.

Astragalus alpinus subsp. alpinus, au Pont de la cascade dans le Mercantour.

Sur la planche 10 sont représentés deux autres boréo-alpines dont j’ai des photos:

 

An centre (3) une toute petite Liliacée, la Tofieldie à calicule,  pour Linné en 1792 Anthericum calyculatum L. (Sp.Pl. 447). C’est un synonyme de l’actuel Tofieldia calyculata (L.) Wahlenb. Linné la rapproche de l'Ossifrage brise-os (Narthecium ossifragum).

Texte de Linné de fin-Juin: « Sur la colline nommée Wollerim, j'ai rencontré une petite espèce très rare d'Asphodèle, avec des fleurs blanches en épi rond (Anthericum calyculatum). Les feuilles sont disposées sur le dos l'une de l'autre, équitantes (: ce terme en botanique qualifie les feuilles pliées longitudinalement, qui se font face et se chevauchent) comme chez l'Asphodèle des marais »

Tofieldia calyculata (L.) Wahlenb. (Planche 10 au centre), puis, en photo vers Jausiers dans le Mercantour.
Tofieldia calyculata (L.) Wahlenb. (Planche 10 au centre), puis, en photo vers Jausiers dans le Mercantour.
Tofieldia calyculata (L.) Wahlenb. (Planche 10 au centre), puis, en photo vers Jausiers dans le Mercantour.

Tofieldia calyculata (L.) Wahlenb. (Planche 10 au centre), puis, en photo vers Jausiers dans le Mercantour.

A gauche de la planche 10, (1) la Scheuchzérie des tourbières,  Scheuchzeria palustris L. (Sp.Pl. 482) est un nom accepté actuellement. Mes photos ont été prises dans les tourbières de Frasnes, mais je n’ai que les fruits.

 « A une petite distance dans les marais j'ai trouvé le petit jonc fleuri de Bauhin, le ‘Juncoidi affinis’ de Scheuchzer, (Scheuchzeria palustris L.). Le calice est composé de six feuilles oblongues pointues, réfléchies et permanentes. Pétales inexistants… Capsules à deux valves, avec une graine dans chaque capsule. Feuilles concaves, engainant la partie inférieure de la tige. »

Scheuchzeria palustris L. en fruits dans les tourbières de Frasnes.
Scheuchzeria palustris L. en fruits dans les tourbières de Frasnes.

Scheuchzeria palustris L. en fruits dans les tourbières de Frasnes.

Une mention spéciale peut être faite pour la Linnée boréale, que Linné tient dans sa main sur tous les portraits. Elle est représentée sur la planche 12, c’est le n°4. En 1792, Linné l’énonce modestement «Planta nostra Tabula XII. Figura 4», mais aussitôt lui reconnait le nom de Linnaea borealis et nous reporte pour preuve au n° 880 du Species Plantarum. En fait un confrère et ami hollandais, Johan Frederik Gronovius, avait déjà pris l’initiative de baptiser cette plante Linnaea borealis et Linné confirme surement avec plaisir cette appellation dans le Species Plantarum. Au vu du texte ci-dessous, dans son journal il avait déterminé de prime abord une espèce du genre Campanula.

Le 14 Mai : « Une quantité de grosses pierres gisaient sur le bord de la route, que le gouverneur de la province avait fait déterrer afin de réparer la chaussée. Elles ressemblaient à un amas de ruines, et étaient couvertes de Campanula serpyllifolia (= Linnæa borealis), dont les pousses et les feuilles verdoyantes étaient entrelacées avec celles du lierre (Hedera Helix). »

Comme il serait dommage de ne pas l’admirer en couleur voici une planche tirée de « Flora regni Borussici : flora des Königreichs Preussen oder Abbildung und Beschreibung der in Preussen wildwachsenden Pflanzen » (1833-1844) par Albert Gottfried Dietrich, et Johann Friedrich Klotzsch. (Remarquez que Gronovius est bien cité comme auteur dans la légende)

La Linnée boréale, (planche 12, au centre) puis dans "Flora regni Borussici"
La Linnée boréale, (planche 12, au centre) puis dans "Flora regni Borussici"

La Linnée boréale, (planche 12, au centre) puis dans "Flora regni Borussici"

 Le 17 Mai : « A un quart de mille du relais de poste, sur la gauche, se dresse la plus haute montagne de Medelpad, selon les habitants, qui s'appelle Norby Kullen, ou plus exactement Norby Knylen. Elle est en effet d'une hauteur très considérable ; et étant désireux de l'examiner plus minutieusement, je me suis rendu à Norby, où j'ai attaché mon cheval à une ancienne pierre monumentale runique, et, accompagné d'un guide, j’ai gravi la montagne sur son côté gauche. Il y avait là beaucoup de plantes peu communes, comme la Fumaria bulbosa minima, la Campanula serpyllifolia (= Linnæa borealis), l’Adoxa moschatellina , etc., toutes en plus parfait état que je ne les avais jamais vues auparavant. »

Toujours sur la planche 12 de la « Flora Lapponica », le Cypripedium figurant à droite (n°5) nommé par Linné Cypripedium bulbosum L. en 1792 (Sp.Pl. 1347)… c’est la mythique Calypso  (Calypso bulbosa (L.) Oakes), mais je n’ai pas trouvé d’extrait sur cette belle orchidée dans son journal…

Voici pour finir sur la planche 1, l’Andromède à feuilles de polium (Andromeda polifolia L.), dont le nom de genre a été donné par Linné à la suite de ces observations, comme il l’explique dans le texte poétique qu’il rédige le 12 Juin (soyez indulgent sur cette traduction suédois/anglais/français !):

Andromeda polifolia L. sur la planche 1, à droite, puis dans "Flora regni Borussici"
Andromeda polifolia L. sur la planche 1, à droite, puis dans "Flora regni Borussici"

Andromeda polifolia L. sur la planche 1, à droite, puis dans "Flora regni Borussici"

« Le Chamædaphne de Buxbaum était à cette époque dans sa plus grande beauté, décorant les terrains marécageux d'une manière des plus agréables. Les fleurs sont rouge sang avant leur éclosion, mais lorsqu'elles ont atteint leur pleine maturité, la corolle est de couleur chair. Il est rare que l'art d'un peintre puisse imiter avec autant de bonheur la beauté d'un beau teint féminin ; encore moins qu'une couleur artificielle sur le visage lui-même puisse soutenir la comparaison avec cette charmante fleur. En la contemplant, je ne pouvais m'empêcher de penser à Andromède telle qu'elle est décrite par les poètes ; et plus je méditais sur leurs descriptions, plus elles me semblaient applicables à la petite plante que j'avais devant moi, de sorte que si ces écrivains l'avaient vu, ils n'auraient guère pu inventer une fable plus appropriée.

Andromède est représentée par eux comme une vierge aux charmes les plus exquis et les plus incomparables ; mais ces charmes ne demeurent dans leur perfection qu'autant qu'elle conserve sa pureté virginale, ce qui s'applique aussi à la plante, qui se prépare à célébrer ses noces. Cette plante est toujours fixée sur une petite butte verte au milieu des marais, comme Andromède elle-même était enchaînée à un rocher dans la mer, qui baignait ses pieds, tout comme l'eau douce le fait pour les racines de la plante. Des dragons et des serpents venimeux l'entouraient, comme les crapauds et autres reptiles qui fréquentent la demeure de son modèle végétal, lorsqu'ils s'accouplent au printemps, jettent de la boue et de l'eau sur ses feuilles et ses branches. De même que la vierge affligée baisse son visage rougissant sous l'effet d'une affliction excessive, de même la fleur rosée pend sa tête et devient de plus en plus pâle jusqu'à ce qu'elle se dessèche. C'est pourquoi, comme cette plante forme un nouveau genre, j'ai choisi pour elle le nom d'Andromède. »

 

Voici donc la fraiche Andromède dans le Jura en 2005, ayant vaincu sa timidité après la floraison, la capsule redresse bien la tête.

Sur la planche 1, l’Andromède à feuilles de polium, connue de France est celle de droite (n°2), qu’il nomme en 1792 Andromeda polifolia L. (Sp.Pl. 564), mais trois autres Andromeda (d’après Linné, à l'époque) entourent une Diapensia au centre.

Le n°3 est l’Andromeda caerulea de Linné (Sp.Pl. 563) devenu Phyllodoce caerulea (L.) Bab., très rare dans les Pyrénées, mais surtout dans le grand Nord.

Le n°4, Andromeda hypnoides (Sp.Pl. 563) de Linné est devenu Cassiope hypnoides (L.) D.Don, il a une répartition circumpolaire tout comme le n° 5, Cassiope tetragona (L.) D.Don  que Linné avait d’abord nommée Andromeda tetragona (Sp.Pl. 563).

 

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #iconographie, #voyages, #Paysages

Jusqu’au 19ème siècle, la Géographie, consiste surtout en une cartographie qui doit rester la plus actualisée possible, reposant sur des mesures précises prises dans un espace en deux dimensions, plat. Elles est ainsi une notion abstraite, indépendante de la vision humaine, notre perception visuelle restant partielle, anecdotique bien qu’en trois dimensions. Dès que sur une carte ancienne, on voit figurer par exemple, des montagnes ou des monuments figurés un peu de trois quart, on peut commencer à parler de Chorographie. On pourrait ainsi dire que la Chorographie ‘humanise’ la Géographie. Les cartes anciennes étaient peuplées de ces détails ajoutés qui permettaient aussi de pallier à une insuffisance de données cartographiques laissant des blancs sur les terres inconnues. Par la suite, les cartes devenant de plus en plus détaillées, le domaine de la Chorographie s’est déplacé ; c’est devenu l’apport de dessinateurs croquant sur place les paysages, les villages et même les habitants, et leurs modes de vie. C’est donc forcément une vision plus locale, la chorographie ne prétend pas donner une vision générale sur une seule image, elle multiplie les points de vue en une somme de représentations diverses qui peuvent être un apport à la géographie mais aussi bien à l’ethnographie, à la botanique, etc… 

Camp de la Comisión Corográfica à Yarumito, province de Soto, aquarelle de Carmelo Fernandez

Camp de la Comisión Corográfica à Yarumito, province de Soto, aquarelle de Carmelo Fernandez

C’est dans cet esprit, je crois, qu’est née cette Commission Chorographique en Colombie qui commença ses travaux en 1850, chargée d'étudier la géographie, la cartographie, les ressources naturelles, l'histoire naturelle, la culture régionale et l'agriculture de la Nouvelle-Grenade.

L’ambiance du campement de la Comisión Corográfica à Yarumito, province de Soto est représentée dans l'aquarelle ci-dessus de Carmelo Fernandez (1809-1887), devenu le premier dessinateur de la Commission chorographique.

Du même artiste, la vue sur le détroit de Furatena sur la rivière Minero, dans la province de Vélez montre Fura et Tena, deux sommets imposants qui s'élèvent brusquement de la rivière Minero. La légende de Fura et Tena est le mythe de la création des Indiens Muzos, qui ont habité ce territoire riche en émeraudes pendant des siècles.

Fura et Tena, deux sommets mythiques dans la province de Vélez, aquarelle de Carmelo Fernandez

Fura et Tena, deux sommets mythiques dans la province de Vélez, aquarelle de Carmelo Fernandez

D’Henry Price (1819-1863), peintre et musicien britannique qui reprend le flambeau après Carmelo Fernandez, pour la troisième expédition, en 1852, j’avais envie de vous montrer cette belle vue de la ville de Santa Rosa de Osos, dans la province d'Antioquia.

Santa Rosa de Osos, Aquarelle d'Henry Price

Santa Rosa de Osos, Aquarelle d'Henry Price

D'Henry Price: La cascade de Guadalupe, dans la province de Medellín et une vue panoramique du confluent de la rivière Grande et de la rivière Chico, province d'Antioquia.
D'Henry Price: La cascade de Guadalupe, dans la province de Medellín et une vue panoramique du confluent de la rivière Grande et de la rivière Chico, province d'Antioquia.

D'Henry Price: La cascade de Guadalupe, dans la province de Medellín et une vue panoramique du confluent de la rivière Grande et de la rivière Chico, province d'Antioquia.

L’ingénieur et géographe italien Agostino Codazzi (1793-1859), un des cofondateurs de cette commission chorographique,  combattit aux côtés de Simón Bolívar. Il est ici en train de prendre des mesures sur le plateau d'Herveo dans la province de Cordoba, comme il est indiqué en légende sur cette aquarelle d’Henry Price.

 

Manuel María Paz (1820-1902) le troisième contributeur, est l’auteur des aquarelles suivantes montrant deux points de vue naturels, une vue sur les Andes, et une cascade légendaire ‘l'Excomulgado’ (l'excommunié), puis une scène assez frappante de portage au-dessus d’un torrent !

Une vue sur les Andes, aquarelle de Manuel María Paz

Une vue sur les Andes, aquarelle de Manuel María Paz

Une cascade légendaire ‘l'Excomulgado’ (l'excommunié), aquarelle de Manuel María Paz

Une cascade légendaire ‘l'Excomulgado’ (l'excommunié), aquarelle de Manuel María Paz

Portage au-dessus d’un torrent, aquarelle de Manuel María Paz

Portage au-dessus d’un torrent, aquarelle de Manuel María Paz

Pour finir, toujours de Manuel María Paz, une technique ancestrale de lavage de l'or, dans la province de Barbacoas, puis le pont sur la rivière Ingará, Province de Chocó, qui semble bien rudimentaire, fait  de bois et de lianes utilisées comme liens et cordes ; ces ponts enjambaient des rivières et ruisseaux impétueux.

Lavage de l'or, dans la province de Barbacoas, aquarelle de Manuel María Paz

Lavage de l'or, dans la province de Barbacoas, aquarelle de Manuel María Paz

Pont de bois et de lianes sur la rivière Ingará, Province de Chocó, aquarelle de Manuel María Paz

Pont de bois et de lianes sur la rivière Ingará, Province de Chocó, aquarelle de Manuel María Paz

Les dessins et aquarelles de terrain de Carmelo Fernandez, puis de Henry Price, et ensuite de Manuel María Paz sont conservés à la Bibliothèque nationale de Colombie. J’ai repris beaucoup de texte des légendes sur ce site où vous pouvez voir d’autres aquarelles :

Colombie, commission chorographique

Sur la notion de Chorographie différente de celle de Géographie, un article très intéressant:

https://topophile.net/savoir/le-lieu-chorographique/

 

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #iconographie, #Botanistes

Me voilà encore à vous montrer des images d’un ouvrage de Nikolaus Joseph Jacquin, (1727-1817) ce célèbre botaniste autrichien qui passa l’essentiel de de son existence à Vienne où, il dirigera le Jardin botanique de l’Université. Son apport à la connaissance des plantes aussi bien européennes qu’américaines fut considérable, par le biais de très beaux ouvrages, aidé en cela par des peintres très doués comme, (dans leur ordre d’intervention) : Franz Anton von Scheidel, Joseph Hofbauer puis Franz et Ferdinand Bauer.

De cet ouvrage de 1773, la « Flora austriaca », j’ai extrait des planches qui me séduisaient et dont je connaissais les sujets, ayant rencontré ces plantes dans leur milieu naturel, ce qui me permet comme d’habitude d’ajouter en contrepoint quelques photos que j’en ai faites.

Le Cormier (Sorbus domestica), Flora austriaca (v5) et en photo en Sarthe
Le Cormier (Sorbus domestica), Flora austriaca (v5) et en photo en Sarthe

Le Cormier (Sorbus domestica), Flora austriaca (v5) et en photo en Sarthe

La « Flora austriaca » est une somme de cinq volumes, qui se composent d’une soixantaine de pages de textes (numérotées en chiffres romains), puis d’une centaine de planches en couleurs heureusement numérotées mais pas légendées. Ce n’est donc pas si facile de s’y retrouver ! Avec le numéro de la planche on peut se reporter au texte qui indique d’abord tous les synonymes : c’est malheureusement la seule chose que je comprends car le reste du texte est en latin conformément à la tradition botanique. Les synonymes sont indispensables car Nikolaus Joseph Jacquin se référait certes à Linné, mais beaucoup de plantes ont depuis perdu leur appellation linnéenne.  

La Fraxinelle (Dictamnus albus), Flora austriaca (v5) et en photo dans un jardin alpin
La Fraxinelle (Dictamnus albus), Flora austriaca (v5) et en photo dans un jardin alpin

La Fraxinelle (Dictamnus albus), Flora austriaca (v5) et en photo dans un jardin alpin

Le sous-titre précis de la « Flora austriaca » traduit, serait : « Reproduction d’une sélection de plantes poussant à l’état sauvage dans l’archiduché d’Autriche, coloriées d’après nature et accompagnées de descriptions et de synonymes ».

L'Oreille d'Ours (Primula lutea Vill. susp lutea), Flora austriaca (v5) et en photo au col de la Colombière
L'Oreille d'Ours (Primula lutea Vill. susp lutea), Flora austriaca (v5) et en photo au col de la Colombière

L'Oreille d'Ours (Primula lutea Vill. susp lutea), Flora austriaca (v5) et en photo au col de la Colombière

Donc, la « Flora austriaca » est riche de 500 illustrations réalisées en gravure taille-douce sur cuivre par des graveurs restés anonymes. Pour cet ouvrage, il est reconnu que presque tous les dessins d’origine sont de Franz Anton von Scheidl.

La Clématite des Alpes (Atragene alpina), Flora austriaca (v3) et en photo dans le Mercantour.
La Clématite des Alpes (Atragene alpina), Flora austriaca (v3) et en photo dans le Mercantour.

La Clématite des Alpes (Atragene alpina), Flora austriaca (v3) et en photo dans le Mercantour.

Gentiane croisette (Gentiana cruciata L.), Flora austriaca (v4), rare dans le nord-ouest de la France
Gentiane croisette (Gentiana cruciata L.), Flora austriaca (v4), rare dans le nord-ouest de la France

Gentiane croisette (Gentiana cruciata L.), Flora austriaca (v4), rare dans le nord-ouest de la France

Nikolaus Joseph Jacquin déclare dans ses écrits que Scheidl est le premier illustrateur auquel il fit appel et qui l’accompagna dans ses randonnées alpines et il vante sa grande efficacité. Aucun des ouvrages de Jacquin ne porte sur les planches-mêmes, de signatures des dessinateurs comme des graveurs.

Aucun… sauf peut-être pour quelques précieuses pages de titre, comme cette aquarelle unique, signée Franz Bauer pour le « Selectarum stirpium americanarum Historia ». Je n’aurai guère l’occasion autrement de montrer ce frontispice majestueux, enrichi de nombreux papillons (un peu anachroniques car ce sont des papillons européens!). En fait, il s’agit d’une version tardive et luxueuse contenant de nouvelles illustrations adaptées des planches que Nikolaus Joseph Jacquin avait réalisées de A à Z après  son voyage de jeunesse en Amérique, c’est un sujet déjà abordé sur ce blog. Voir cet article :

http://botazoom.over-blog.com/2020/06/selectarum-stirpium-americanarum-historia.html

Page de garde par Franz Bauer pour « Selectarum stirpium americanarum Historia » édition de 1780

Page de garde par Franz Bauer pour « Selectarum stirpium americanarum Historia » édition de 1780

Il existe plusieurs pages de titres différentes pour ce « Selectarum stirpium americanarum Historia » dans sa version remaniée de 1780. Les autres sont moins ouvragées mais valent bien le coup d’œil !

Je n’ai trouvé en ligne que deux autres frontispices, celui de New-York (Digital Public Library of America), qui serait signé de Ferdinand Bauer :

 https://digitalcollections.nypl.org/items/944f8c8c-5f1f-6a9c-e040-e00a18067faf

Un autre exemplaire est visible à la Bibliothèque nationale de Colombie : https://www.wdl.org/fr/item/8982/

Page de garde par Ferdinand Bauer pour « Selectarum stirpium americanarum Historia » (New-York)

Page de garde par Ferdinand Bauer pour « Selectarum stirpium americanarum Historia » (New-York)

Page de garde pour « Selectarum stirpium americanarum Historia » édition de 1780 (Colombie)

Page de garde pour « Selectarum stirpium americanarum Historia » édition de 1780 (Colombie)

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Arbustes, #Botanique, #iconographie

Deux rosiers montagnards sauvages sont remarquables par leurs couleurs et par l’effet décoratif qu’ils produisent dans leurs stations : ce sont le Rosier glauque (Rosa ferruginea Vill.) et le Rosier des Alpes (Rosa pendulina L.).

Tous deux pourvus de belles corolles rose vif, et peu ou pas du tout épineux, on pourrait les confondre s’il n’y avait cette caractéristique très particulière au Rosier glauque qui est justement la couleur nettement bleutée avec des reflets gris acier ou violacés de son feuillage. L’effet glauque de surface est très marqué avec une lumière sommitale mais la couleur vert vif du limbe peut réapparaître en contrejour, ce qui peut donner au soleil un bel effet bigarré. Les pédoncules et les nervures plus ou moins pourprés et les pétales magenta-vif ajoutent encore à l’effet de fraicheur que donne visuellement ce rosier. En Juillet de cette année, j’ai pris en photo ce Rosa ferruginea sur le col de Crozet au-dessus de Gex puis auprès de la Tourbière des Rousses.  En observant les calices, j’ai remarqué la longue pointe foliacée au bout de chaque sépale qui dépasse en longueur les pétales. Les petits fruits en formation sur mes images montrent déjà une forme assez ronde.

 

Rosa ferruginea près du lac des Rousses
Rosa ferruginea près du lac des Rousses

Rosa ferruginea près du lac des Rousses

L’ensemble de ces détails est superbement rendu sur une aquarelle de Pierre-Joseph Redouté que j’ai dénichée sur le site de la Morgan Library.

 

Rosa glauca = Rosa ferruginea, aquarelle sur vélin par Pierre-Joseph Redouté (Morgan Library).

Rosa glauca = Rosa ferruginea, aquarelle sur vélin par Pierre-Joseph Redouté (Morgan Library).

 

 

Dans le « Botanical register », en 1815, on trouve une gravure de ce rosier glauque sur un dessin de John Lindley.

 

 

Ci-dessous, dans un ouvrage de Nicolas Joseph Jacquin « Fragmenta botanica, figuris coloratis illustrata » (1800-1809), figure cette planche foisonnante d’un Rosa rubrifolia Vill. C’est un synonyme de  Rosa glauca Pourr.

Nicolas Joseph Jacquin « Fragmenta botanica, figuris coloratis illustrata », rosa rubrifolia= rosa glauca

Nicolas Joseph Jacquin « Fragmenta botanica, figuris coloratis illustrata », rosa rubrifolia= rosa glauca

Le Rosier des Alpes, en revanche porte ce nom de Rosa pendulina pour marquer l’aspect de ses fruits pendants plutôt fusiformes et qui restent longtemps couronnés de leurs sépales. Le feuillage diffère notablement du Rosier glauque: les folioles d’un vert gai sont plus nombreuses (de 7 à 11), et bordées de 7 à 21 paires de dents fines qui peuvent être composées (double indentation). C’est un rosier souvent presque inerme ; sur celui que j’avais vu du côté de Barcelonnette, je n’avais trouvé aucun aiguillon. En général les sépales sont entiers, prolongés d’une longue pointe un peu spatulée et persistent longtemps sur le fruit tout comme sur le Rosa ferruginea mais à la différence de ce dernier, le plus souvent les fleurs sont solitaires sur Rosa pendulina.

Ci-dessus et ci-dessous, le Rosier des Alpes au Col de la Faucille

 

Rosa pendulina, dans le vallon de Laverq (près de Barcelonnette), puis les fruits sur le plateau du Revard
Rosa pendulina, dans le vallon de Laverq (près de Barcelonnette), puis les fruits sur le plateau du Revard

Rosa pendulina, dans le vallon de Laverq (près de Barcelonnette), puis les fruits sur le plateau du Revard

On trouve bien sûr Rosa pendulina chez Nikolaus-Joseph Jacquin, cette fois-ci dans « Plantarum rariorum horti caesarei Schoenbrunnensis descriptiones et icones » vol. 4 de 180. Elle y figure sous un nom surprenant : Rosa pyrenaica, mais il s’agit bien de notre Rosier des Alpes (Rosa pendulina L.).

Jacquin, N.J. von, Plantarum rariorum horti caesarei Schoenbrunnensis descriptiones et icones, vol. 4 (1804), t. 416 p. 8

Jacquin, N.J. von, Plantarum rariorum horti caesarei Schoenbrunnensis descriptiones et icones, vol. 4 (1804), t. 416 p. 8

Nikolaus-Joseph Jacquin fait figurer également le Rosier des Alpes dans le troisième volume de sa « Flora austriaca », c’est la planche 279 sur la bibliothèque en ligne du Real Jardin botanico  de Madrid :

https://bibdigital.rjb.csic.es/records/item/14950-florae-austriacae-vol-iii

Nikolaus-Joseph Jacquin « Flora austriaca », Rosa pendulina

Nikolaus-Joseph Jacquin « Flora austriaca », Rosa pendulina

Connaissez-vous le « Genus Rosa » d’Ellen Ann Willmott ? C’est un très beau recueil en nombreux cahiers édité entre 1910 et 1914, illustré d’aquarelles d’Alfred Parsons, pleines de sensibilité et de charme. On peut le consulter en ligne maintenant :

https://www.biodiversitylibrary.org/item/213425#page/526/mode/1up

Je vous ai extrait les deux roses qui nous occupent ici, Rosa rubrifolia figure dans le vol 2, pl. 133, texte (en anglais) p.399 et Rosa pendulina dans le vol 2, pl 99, texte p 293

« Genus Rosa » d’Ellen Ann Willmott, rosa glauca, puis rosa pendulina, aquarelles d'Alfred Parsons
« Genus Rosa » d’Ellen Ann Willmott, rosa glauca, puis rosa pendulina, aquarelles d'Alfred Parsons

« Genus Rosa » d’Ellen Ann Willmott, rosa glauca, puis rosa pendulina, aquarelles d'Alfred Parsons

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Fleurs, #Botanique, #iconographie

Il existe dans notre flore de France quatre espèces de Cyclamens dont deux, méditerranéens, (Cyclamen repandum et Cyclamen balearicum) sont rares avec une floraison printanière, et deux autres, plus fréquents fleurissent en été et en automne, de ceux-là, je peux montrer quelques photos en regard de belles représentations plus anciennes.

Le Cyclamen d’Europe, autrefois le « Pain de Pourceau » doit maintenant être nommé Cyclamen purpurescens Mill. et non plus Cyclamen europaeum L. comme l’avait voulu Linné. C’est une plante de l’étage montagnard qui fleurit de Juin à Octobre dans l’humus et l’ombrage procuré par les arbres. J’ai fini par le rencontrer fleuri dans le Jura mais il n’est pas si fréquent de le voir !

On peut constater sur les deux planches anciennes ci-dessous, montrant plusieurs plants de Cyclamen qu’il n’est pas si évident de reconnaître le Cyclamen d’Europe à coup sûr. En partie basse il s’agit sûrement du Cyclamen de Naples mais en partie haute, il s’agit bien de notre Pain de Pourceau : les feuilles sont plus rondes ou du moins possèdent un contour régulier et les marbrures souvent plus discrètes que pour ma part j’ai observées, enfin, la corolle en est plus courte, plus simple, et d'une couleur plus unie. Cette planche peinte à la gouache sur parchemin vers 1650 par Johannes Simon Holtzbecker provient d’un bel ensemble connu sous le nom de Gottorfer Codex. 

Gottorfer Codex, gouache sur parchemin par Johannes Simon Holtzbecker

Gottorfer Codex, gouache sur parchemin par Johannes Simon Holtzbecker

Voici une seconde planche du Gottorfer Codex (toujours pas de légendes), pour le plaisir, car ces gouaches sur parchemin sont splendides !

Gottorfer Codex, gouache sur parchemin par Johannes Simon Holtzbecker

Gottorfer Codex, gouache sur parchemin par Johannes Simon Holtzbecker

 Malgré tout, le contour plus rond du Cyclamen d’Europe et les marques plus légères ne se rencontrent pas dans toutes les représentations anciennes ; parfois le contour est presque trop rond, parfois les marques me semblent trop contrastées…mais sans doute sont-elles plus nettes dans des zones plus ensoleillées.

Le Cyclamen rotundifolium, synonyme de Cyclamen purpurascens Mill. représenté par Abraham Munting (1626-1683) porte des feuilles très rondes ; il est intéressant car il montre aussi les pédoncules qui se tortillent en fin de floraison et le gros bulbe chevelu.

 Cyclamen rotundifolium = Cyclamen purpurascens Mill. représenté par Abraham Munting

Cyclamen rotundifolium = Cyclamen purpurascens Mill. représenté par Abraham Munting

Le célèbre vélin de la collection du muséum peint par Nicolas Robert montre un plant en pot très feuillu aux macules foliaires très contrastées, il lui manque peut-être juste le revers pourpre du feuillage qui est caractéristique de cette espèce.  

Voici encore une autre image tirée de « The British Flower garden »  par Robert Sweet et Edwin Dalton Smith pour les illustrations (1825-1827) ; les nervures soulignées de clair qui sortent du limbe au bord de la feuille en créant une légère pointe sont un peu exagérées ici, mais en plus atténué, c’est bien le cas sur cette espèce. La stylisation extrême du bulbe et l’absence de chevelu des racines gâche un peu cette représentation.

Cyclamen purpurescens  « The British Flower garden » dessin de Edwin Dalton Smith

Cyclamen purpurescens « The British Flower garden » dessin de Edwin Dalton Smith

Le Cyclamen de Naples ou Cyclamen à feuilles de lierre (Cyclamen neapolitanum Ten. ou plutôt maintenant Cyclamen hederifolium Aiton) est une petite espèce qui se naturalise au jardin sous les arbres ; on trouve très facilement, en jardinerie, les bulbes à planter. La feuille de ce cyclamen comme le dernier nom l’indique est un peu différente de celle du Cyclamen d’Europe, moins ronde mais plutôt pentagonale et disparaît totalement en été. La floraison survient en toute fin d’été mais est surtout automnale. Au début, seules les tiges florales sortent du sol, puis en Octobre comme c’est visible sur les photos prises en ce moment dans mon jardin, une belle touffe de feuilles bigarrées de marques argentées entoure les fleurs et ce feuillage persiste tout l’hiver. Notons quand même qu’il s’agit dans mes photos de plants horticoles alors que les plants d’origine, indigènes, seraient moins bigarrées. Enfin, chez les deux espèces, en fin de saison les pédoncules fructifères s’enroulent en spirales si serrées que le fruit s’enterre naturellement dans le sol.

Une autre différence notable entre les deux espèces se trouve sur la fleur ; la ligne circulaire de pliure de la corolle qui semble à tort être sa base alors qu’en fait une partie des pétales ainsi que le calice se trouvent cachés au milieu, est ornée chez le cyclamen de Naples de petites excroissances de chaque côté, ce qui complique un peu plus une forme qui est déjà bien tarabiscotée !

En 1838, Miss Drake dessine ce petit bouquet de Cyclamen de Naples pour l’Edwards’s Botanical Register (vol 24). Elle met bien en valeur la corolle aux lobes auriculés qui est le critère le plus efficace pour distinguer les deux espèces.

Cyclamen hederifolium pour l' Edwards's Botanical Register, dessin de Miss Drake

Cyclamen hederifolium pour l' Edwards's Botanical Register, dessin de Miss Drake

Une belle aquarelle sur vélin de Madeleine Basseporte ou de son école, se trouve à la Morgan Library elle fut peintre officiel du Jardin du Roi sous Louis XV. Vous pouvez vous promener sur ce bel album là : https://www.themorgan.org/drawings/item/299690

Cyclamen hederifolium, Aquarelle sur vélin de Madeleine Basseporte

Cyclamen hederifolium, Aquarelle sur vélin de Madeleine Basseporte

Pour finir, une image tirée du livre en néerlandais « Flora: afbeeldingen en beschrijvingen van boomen… » (1868) par Heinrich Witte et illustré par  Abraham Jacobus Wendel.

Cyclamen hederifolium, dessin de Abraham Jacobus Wendel, pour "Flora..." d'Heinrich Witte (1868)

Cyclamen hederifolium, dessin de Abraham Jacobus Wendel, pour "Flora..." d'Heinrich Witte (1868)

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Publié le par Claire Felloni
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Le botaniste dit de préférence : Cypripedium calceolus L. et Corallorhiza trifida  Châtel.

Le Sabot de Vénus (Cypripedium calceolus L.) est certainement l’orchidée la plus spectaculaire de notre flore de France et de ce fait une des plus menacées de cueillette ou même d’arrachage, c’est pourquoi ses stations restent confidentielles. Je me contenterai de dire que mes photos ont été prises il y a longtemps (à l’époque des diapositives !), dans les Gorges du Tarn d’une part, et d’autre part en 2019 dans les Bauges, dans les deux cas sur des pentes raides ombragées.

Quelques autres noms évocateurs comme Soulier de la Vierge, Pantoufle de Notre-Dame se retrouvent dans la littérature. De nombreuses et belles illustrations ont été réalisées pour cette vedette des orchidées ! j’en ai choisi seulement quelques-unes.

Dans le « Recueil des plantes Gravées par ordre du Roi Louis XIV » de Denis Dodart (vol. 2), édité en 1788, on retrouve le Sabot de Vénus sous le simple nom de Soulier, la planche a été dessinée et gravée à l’eau-forte par Nicolas Robert, peintre en miniature du roi Louis XIV. Il peint à l’origine pour la première collection de Vélins de Gaston d’Orléans qui devient par la suite collection de Vélins du Roi (475 vélins sont de sa main) puis la collection actuelle des Vélins du Museum.

« Recueil des plantes Gravées par ordre du Roi Louis XIV » eau-forte de Nicolas Robert

« Recueil des plantes Gravées par ordre du Roi Louis XIV » eau-forte de Nicolas Robert

A peu près à la même époque, on retrouve également une belle planche gravée à l’eau forte dans « Historia stirpium indigenarum Helvetiae inchoata », par Albrecht von Haller, (tome 2 pl 43), publié à Berne en 1768.

Dans ce recueil figure aussi la fameuse Racine de corail (Corallorhiza trifida  Châtel.), une étrange toute petite espèce que j’ai eu le bonheur de découvrir dans un humus épais au pied de mes Sabot de Vénus des Gorges du Tarn.

Les illustrations ne sont pas signées, cependant certains noms sont cités par exemple C.J. Rollinus (comme dessinateur et graveur), qui semble avoir collaboré à plusieurs reprises pour des ouvrages d’Albrecht von Haller, plus souvent consacrés à l’anatomie humaine.

Cypripedium calceolus, puis Corallorhiza trifida  Châtel. dans « Historia stirpium indigenarum Helvetiae inchoata »
Cypripedium calceolus, puis Corallorhiza trifida  Châtel. dans « Historia stirpium indigenarum Helvetiae inchoata »

Cypripedium calceolus, puis Corallorhiza trifida  Châtel. dans « Historia stirpium indigenarum Helvetiae inchoata »

 

En 1833, un botaniste allemand, Albert Gottfried Dietrich, fait représenter Cypripedium calceolus L. parmi les 864 planches de sa « Flora regni Borussici » vol 1, pl 24.

 

 

Ci-contre, Moritz Michael Daffinger (1790-1849) a peint quelques très belles miniatures de flore, il était peintre sur porcelaine à la manufacture de Vienne mais par ailleurs, son œuvre est surtout celle d’un portraitiste.

 

Ci-dessous, une gravure sur un dessin de Pancrace Bessa (élève de P.J.Redouté) figure dans l’Herbier général de l’amateur (1816), de  Jean-Louis-Auguste Loiseleur-Deslongchamps. Dans le texte joint, l’auteur donne le nom vernaculaire de Sabot des Alpes, et parle d’un parfum de ‘fleur d’orange’.

A cette époque, il explique comment il parvient à le cultiver depuis 7 à 8 ans en terre de bruyère en prenant garde d’y toucher le moins possible. De nos jours, la culture in vitro permet d’en obtenir de jeunes plants à cultiver dans nos jardins, chez des horticulteurs spécialisés car le prélèvement dans la nature est interdit. C’est une espèce protégée en France sur le plan national.

 

Dans la station des Bauges, en 2019.
Dans la station des Bauges, en 2019.

Dans la station des Bauges, en 2019.

La Racine de corail (Corallorhiza trifida  Châtel.), est protégée également dans l’Est de la France où se situent ses stations. Elle est si menue et discrète que cette protection concerne surtout les milieux qui l’abritent. Son nom lui vient du grec koralion (corail) et rhiza (racine) en l’occurrence plutôt un rhizome ; il faut une loupe pour détailler les fleurs ! Mes diapos scannées ne sont pas très piquées, mais pas sûr que j’aurai l’occasion d’améliorer, il faudrait déjà la trouver !

 

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #Arbustes, #iconographie

Dans la seconde partie de son premier roman, « Amours défendues » Allissa York, une romancière canadienne, nous parle de la faune et de la flore des tourbières de son pays ; la comparaison possible avec nos tourbières d’Europe de l’Ouest n’a pas manqué de m’intéresser.

Au Canada on distingue deux sortes de tourbières les bogs (nos tourbières bombées ou ‘ombrogènes’) qui ne sont alimentés en eau que par pluie et neige ; et les fens (plutôt nos ‘bas-marais’, ou ‘minérogènes’) qui sont alimentés en eau de surface ou souterraine.

Pour en savoir plus si vous le désirez, il est possible de consulter cette page instructive :

https://www.hww.ca/fr/espaces-sauvages/les-tourbieres-du-canada.html

 

Comme il existe un certain nombre d’espèces végétales, que j’ai eu le plaisir de voir même sans traverser l’Atlantique puisqu’elles sont circumboréales, ou encore, pour la Sarracénie, introduite en Europe, je ne résiste pas à vous montrer quelques images prises dans des tourbières franc-comtoises ou écossaises, en regard de certains paragraphes du roman.

Je donne donc la parole à Alissa York ou plus exactement à son personnage, Marie Tourbière qui a grandi dans une tourbière du Manitoba:

Le bouleau nain :

« Qu’est-ce que vous faîtes ? - Je balaie. » Le grattement cesse. « Touchez ça. » Elle pose une sorte de brosse sur ses genoux. Les mains de Carl réagissent instinctivement et reconnaissent un fagot de brindilles minces et verruqueuses. « Du bouleau nain. Il n’y a pas de meilleur balai. » Elle le reprend et le grattement recommence. « On l’appelle aussi bouleau verruqueux. C’est sans doute là-dedans que vous vous êtes pris les pieds. »

J’ai fait ma première observation de Bouleau nain (Betula nana L.) dans la tourbière de Mouthe ; c’est l’une des très rares stations françaises de cet arbrisseau plus ou moins rampant. Le voici également dans l’ouvrage danois : « Bilder ur Nordens Flora » par Carl Axel Magnus Lindman, vol 2 de 1922.

  

La Sarracénie pourpre :

« Le drosera n’est pas la seule plante carnivore du coin, au cas où vous poseriez la question. » Elle retourne à ses pots. « Il y a aussi la sarracénie pourpre. J’en ai des fraiches. Vous voulez toucher ? »

« D’accord, je vous explique. Les feuilles sont un peu caoutchouteuses, vertes avec des nervures pourpres. Elles sont creuses avec une grosse lèvre gonflée. A l’intérieur, c’est tout glissant et les petits poils raides vous conduisent au fond. Un insecte repère cette jolie lèvre pourpre et s’y pose, commence à l’explorer et avant même de s’en rendre compte, il se retrouve au fond et perd prise. Ensuite, il essaie de remonter, glisse de côté, en arrière ou la tête la première, mais il ne peut aller nulle part, sauf au fond, dans la petite flaque de la sarracénie. » Elle tape des mains. « Plouf. Il s’y noie. Pourrit. Et la sarracénie détrempe tout ce qu’elle attrape. »

« Drôle de plante, poursuit Mary. Les indiens Cree s’en servaient pour ceux qui étaient très, très malades. Vous allez voir. J’en ai mis un peu dans votre tisane. »

Une station de Sarracénie perdure dans les tourbières de Frasnes, mes photos datent de 2005, elle est devenue assez populaire pour qu’il soit difficile de l’éradiquer sans soulever un tollé chez les passionnés de plantes carnivores si bien que son extension est très contrôlée par des arrachages réguliers de jeunes pousses, mais sa présence reste tolérée pour le moment… Dans mes photos elle cohabite avec la Drosera à feuilles rondes (circumboréale) mais dans la tourbière de Mary, cela pourrait aussi bien être le Rossolis filiforme (Drosera filiformis Raf.) qui lui, n’existe pas en Europe.

Le Piment royal :

« Vous voulez que je vous en roule une ? demande-t-elle. – Je ne fume pas. Et en plus, ça ne sent pas le tabac. – C’est du piment royal. Ça pousse dans la tourbière. Une pincée dans du papier éloigne les bestioles. »

En Europe, le Piment royal (Myrica gale L.) est une espèce atlantique, elle n’est pas si rare dans les marais littoraux tout le long de la côte ; voici d’anciennes photos prises dans une tourbière écossaise (Tullock moor).

Myrica gale dans « Flora von Deutschland, Österreich und der Schweiz », du Prof. Dr. Thomé, vol 2 de 1885;

et  dans l'ouvrage danois : « Bilder ur Nordens Flora » par Carl Axel Magnus Lindman, vol 2 de 1922.

Pour finir, quelques photos d’autres plantes circumboréales des tourbières qui pourraient donc se trouver aussi dans celle de Mary : Andromeda polifolia L. (l’Andromède à feuilles de polium), Vaccinium vitis-idaea (l’Airelle rouge, ou  Vigne du mont Ida), Vaccinium oxycoccos L. (la Canneberge) et  Empetrum nigrum L. (la Camarine noire).

Andromède à feuille de polium, en Franche-Comté

Andromède à feuille de polium, en Franche-Comté

L'Airelle rouge ou Vigne du Mont Ida, en Franche-Comté

L'Airelle rouge ou Vigne du Mont Ida, en Franche-Comté

La Canneberge, en Franche-Comté

La Canneberge, en Franche-Comté

La Camarine noire en Ecosse, à Tullock moor

La Camarine noire en Ecosse, à Tullock moor

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #iconographie, #voyages

J’ai envie de vous faire partager le plaisir de découvrir ce col au-dessus de Gex, accessible facilement par des télécabines, ou pour les courageux à pied puisque le GR Balcon du Léman passe par le Col de Crozet. La vue est bien sûr, spectaculaire sur le Léman et les Alpes tout autour, bien que la limpidité de l’air et donc la visibilité ne soit pas toujours celle qu’on voudrait…mais pour faire de la botanique c’était parfait.

Dans un article précédent je vous ai montré un beau rosier, Rosa dumalis Bechst. vu sur ce col mais il n’était pas tout seul ! Tout près se tenait une autre espèce très emblématique des montagnes, le Rosier glauque ou Rosier des Vosges (Rosa ferruginea Vill.). Les fleurs de petite taille sont d’un rose-magenta vif et le feuillage vert glauque de ce rosier se nuance de reflets bleutés voire gris-acier (comme le suggère son nom latin). C’est un cas très particulier de modification de surface du vert par l’apport d’un pigment rouge qu’on retrouve d’ailleurs bien plus nettement sur les tiges et jeunes pousses. En contrejour, l’effet bleuté disparaît et le feuillage s’illumine en vert vif ; au soleil c’est un enchantement !

 le Rosier glauque ou Rosier des Vosges (Rosa ferruginea Vill.) synonymes: Rosa glauca Pourr. et Rosa rubrifolia auct.
 le Rosier glauque ou Rosier des Vosges (Rosa ferruginea Vill.) synonymes: Rosa glauca Pourr. et Rosa rubrifolia auct.
 le Rosier glauque ou Rosier des Vosges (Rosa ferruginea Vill.) synonymes: Rosa glauca Pourr. et Rosa rubrifolia auct.

le Rosier glauque ou Rosier des Vosges (Rosa ferruginea Vill.) synonymes: Rosa glauca Pourr. et Rosa rubrifolia auct.

Non loin de mes rosiers dans la pelouse d’altitude, j’ai admiré un très bel œillet frangé qu’un peu rapidement j’avais baptisé Œillet superbe, mais non ! à y regarder de plus près, c’est en fait l’Œillet de Montpellier (Dianthus hyssopifolius L.), qui n’est pas si méditerranéen que son nom le suggère. Il semble quand même qu’avec le Jura, il s’agit de la limite nord de sa répartition.

Dès 1601, dans le « Rariorum plantarum historia », de Charles de L'Écluse, figurent en page 284 deux œillets frangés assez semblables. Celui de gauche légendé (donc avant Linné) ‘Caryophylleus sylvestris V species altera’ fut identifié d’abord comme Dianthus plumosus DC. ex Sprengel, puis la botanique actuelle a finalement retenu le nom donné par Linné à l’Œillet de Montpellier (Dianthus hyssopifolius L.). A droite c’est ‘Caryophylleus sylvestris VI ‘ soit Dianthus superbus L., l’Œillet superbe, qu’on peut trouver aussi en Franche-Comté dans des zones humides et marais de plaine.

« Rariorum plantarum historia », de Charles de L'Écluse, à gauche l'Oeillet de Montpellier, à droite l'Oeillet superbe

« Rariorum plantarum historia », de Charles de L'Écluse, à gauche l'Oeillet de Montpellier, à droite l'Oeillet superbe

Pour mémoire, en voici une ancienne photo de l'Oeillet superbe prise dans les tourbières de Frasnes.

Puis mon Oeillet de Montpellier. Ces deux œillets vus séparément paraissent identiques mais on voit bien là que ce sont deux espèces différentes !

Et puis, parmi les rochers, on pouvait trouver une ombellifère commune dans les hauteurs jurassiennes, le Laser siler ou Sermontain (Siler montanum Crantz). Attention toutefois de ne pas le confondre avec le Laser à larges feuilles (Laserpitium latifolium), qui porte parfois abusivement les mêmes noms vernaculaires alors que c’est une espèce différente.

Pour comparaison voici, ci-dessous, le Laser à larges feuilles que j’ai vu également pas très loin mais en milieu plus arboré près du col de la Faucille.

Les affleurements rocheux se fragmentent parfois donnant l’illusion de murets bas  et du coup l’impression d’un beau jardin alpin se renforce !

Dans cette zone, on trouve sans surprise le Saxifrage aizoon (Saxifraga paniculata Mill.) car saxifraga vient du latin ‘saxum’, (rocher) et ‘frango’  (briser). Intriguée par le terme aizoon qui revient à plusieurs reprises en botanique, j’ai cherché à comprendre son origine et d’après wikipédia, aizoon proviendrait du grec aeí (pour toujours) et zỗion (être vivant).

C’est un fait que ce mot est employé aussi pour d’autres plantes succulentes capables de survivre dans des conditions difficile de sécheresse. Les petites feuilles de la rosette du Saxifrage aizoon sont en effet assez charnues, elles semblent aussi bordées de minuscules cristaux blancs.

Dans sa Flora austriaca, tome 5 et pl. 438, Nikolaus Joseph Jacquin le nomme encore Saxifraga aizoon Jacq. On peut trouver quantité de synonymes pour ce Saxifraga paniculata Mill., la famille des Saxifrages est très fournie et certaines espèces sont difficiles à distinguer !

 Le Saxifrage aizoon (Saxifraga paniculata Mill.)
 Le Saxifrage aizoon (Saxifraga paniculata Mill.)

Le Saxifrage aizoon (Saxifraga paniculata Mill.)

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