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Botazoom, Botanique et Iconographie

Botazoom, Botanique et Iconographie

Ce blog est destiné aux curieux de botanique. En s’appuyant sur les photos que j’ai pu faire en voyage, et sur de l’iconographie ancienne, il rentre un peu dans les détails qui m’ont permis d’identifier une espèce, mais son contenu doit être considéré comme celui d’une botaniste amateur !

Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #jardins botaniques

Ce jardin sur plusieurs niveaux m’a beaucoup plu par la diversité des points de vue qu’il offre sur trois univers différents.

On peut pénétrer dans le Jardin exotique à mi-hauteur par la rue Elie Fréron, d’abord dans un jardin ‘subtropical’ nous montrant donc d’un côté des arbustes à feuillage luxuriant caractéristiques des zones humides et de l’autre sur une large plate-bande accolée à une haute muraille bien exposée, des plantes des zones steppiques arides.

J’ai pu ainsi le long de cette portion de rempart, faire connaissance avec une Broméliacée originaire des Andes : le Puya mirabiliset une Agavacée mexicaine, le Dasylire Chevelin  (Dasylirion acrotrichum) qui présentait une imposante hampe fructifère. De hautes Cordylines (Cordyline australis) abondamment fleuries côtoyaient un Yucca gigantea au pied élargi en patte d’éléphant (synonyme de Yucca elephantipes) et j’avoue avoir été un peu confuse de réaliser qu’il s’agissait ni plus ni moins du Yucca d’intérieur que nous vendent couramment les jardineries.

Puya mirabilis, Dasylirion acrotrichum, et les Cordylines sur fond de ciel.
Puya mirabilis, Dasylirion acrotrichum, et les Cordylines sur fond de ciel.
Puya mirabilis, Dasylirion acrotrichum, et les Cordylines sur fond de ciel.

Puya mirabilis, Dasylirion acrotrichum, et les Cordylines sur fond de ciel.

Un peu plus loin, une solanacée à clochettes bleues qu’on doit nommer dorénavant Eriolarynx australis. Je l’avais déjà vue au Jardin Georges Delaselle de l’ile de Batz, alors étiquetée sous un autre nom (Iochroma australe). Puis un buisson de Trochodendron aralioides, unique en son genre, et c’est vrai : ce genre Trochodendron est assez inclassable semble-t-il ! Décrit dans la Flora Japonica de Siebold, il porte des fleurs et des fruits surprenants en forme de roues.

Eriolarynx australis, puis Trochodendron aralioides.
Eriolarynx australis, puis Trochodendron aralioides.

Eriolarynx australis, puis Trochodendron aralioides.

De l’autre côté de l’allée se trouvent des plantes au feuillage plus opulent, comme des Bananiers, des Abutilons, des Hedychium et surtout ce superbe Dombeya burgessiana, dont il était question dans un autre article du blog, consacré, lui, à un beau Dombeya vu au Portugal.

Une fabacée de grande taille d’origine mexicaine, surprend dès l’entrée du jardin : l’Amicie à fleurs jaunes (Amicia zygomeris), qui reste décorative après la floraison grâce à ses grandes stipules rondes veinées de pourpre.

Dombeya burgessiana, et Amicia zygomeris
Dombeya burgessiana, et Amicia zygomeris
Dombeya burgessiana, et Amicia zygomeris
Dombeya burgessiana, et Amicia zygomeris

Dombeya burgessiana, et Amicia zygomeris

Des vues plongeantes mettent en valeur la belle collection de palmiers abritée dans une parcelle basse organisée en quatre carrés autour d’un bassin central, mettant en même temps en valeur les remparts de Quimper et la Tour Névet. Un escalier mène au jardin méditerranéen qui occupe une terrasse haute un peu à part : c’est le ‘Jardin de la Paix’, que j’ai un peu négligé, ainsi que le ‘Jardin sec’.

 

Au fond de gauche à droite un Washingtonia, deux Dattiers (Phoenix canariensis)  et devant deux Butia.

Au fond de gauche à droite un Washingtonia, deux Dattiers (Phoenix canariensis) et devant deux Butia.

Voici une autre vue sur le jardin de palmiers avec au fond l’abside de la Chapelle des Jésuites, au centre un Washingtonia et à droite un Butia. En métropole, le Washingtonia est le palmier à feuilles palmées le plus haut, sa croissance est rapide, je l’ai rencontré le long du littoral océanique jusqu’au Nord du Cotentin. L’aspect du stipe (le ‘tronc’) avec ses croisillons vient du fait que les pétioles des feuilles tombées se fendent en deux par la base quand le stipe grossit en diamètre.

Le Butia est un palmier à feuilles pennées comme le Dattier des Canaries (Phoenix canariensis) qu’on peut voir en arrière-plan de cette vue, mais le port des feuilles très arquées portant des folioles longues et fines permettent bien de reconnaître un Butia et si on veut rentrer dans le détail, sur cette photo d’une feuille de Butia, on peut voir que les folioles s’insèrent formant un petit toit (folioles redupliquées) ; c’est l’inverse sur le Phoenix (folioles indupliquées : insérées en V).

Le Butia et un détail des folioles redupliquées.
Le Butia et un détail des folioles redupliquées.

Le Butia et un détail des folioles redupliquées.

Quant à ce beau palmier, à feuilles costapalmées (le point d’insertion des segments de la palme s’étire plus ou moins sur une ligne), je ne l’ai pas bien observé de près, il pourrait s’agir d’un Brahea edulis mais je suis étonnée qu’il n’en soit pas fait mention pour ce jardin, alors je n’en suis pas sûre…

La création du jardin date de 1979, ceci n’est qu’un tout petit aperçu et je pense qu’à tout moment de l’année, il est intéressant à explorer !

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanistes, #iconographie

Le comte Johann Centurius von Hoffmansegg fut un de ces naturalistes généralistes du 19ème siècle qui n’étaient pas encore tenus de choisir un très mince créneau de connaissance pour être pris au sérieux ! Il fut donc à la fois botaniste, entomologiste et ornithologue, et il sut s’entourer d’autres naturalistes au cours de différents voyages dont celui qui nous intéresse ici, au Portugal de 1797 à 1801, avec Johann Heinrich Friedrich Link. Tous deux deviennent ensuite très liés au Musée d’Histoire naturelle de Berlin puisque Hoffmannsegg y fonde un musée zoologique en 1810 et Link devient en 1815 directeur du Jardin botanique de Berlin.

La « Flore Portugaise ou Description de toutes les plantes qui croissent naturellement en Portugal… » est éditée à Berlin en 1809. Les planches s’inspirent en partie de dessins faits par le Comte lui-même, en partie « de plantes choisies dans son herbier, et sous sa direction, par le plus habile Peintre fleuriste de Berlin ». Elles sont gravées par « les premiers artistes du pays et imprimées en couleur, selon les principes les plus récents de l’art chalcographique ». Le choix du latin pour les descriptions scientifiques n’est pas surprenant mais celui de la langue française pour tout le texte d’accompagnement, murement réfléchi par ces deux auteurs allemands, comme il est indiqué dans la préface, nous surprend un peu, nous honore… et m’arrangeait bien !

Les deux tomes de cette Flore portugaise sont consultables ici :

https://www.biodiversitylibrary.org/bibliography/71181

La planche 19 de cette Flore portugaise, représente Salvia polymorpha dessiné par Hoffmannsegg (mention au bas de la planche), c’est actuellement un synonyme de Salvia verbenaca L., la Sauge à feuilles de verveine facilement visible dans le midi ; bien que mes photos soient de Catalogne.

Les autres planches sont signées G. W. Voelker pour le dessin, cet artiste a su donner du volume à des planches d’herbier ; mon choix est partial, guidé par la beauté de la représentation et aussi la possibilité d’ajouter des photos en regard des planches !

Ci-dessus sur la Planche 83, une Campanula peregrina L. , qui semble très rare en péninsule ibérique, les mentions sont plutôt libanaises, chypriotes… donc je n’ai pas de photo à joindre, mais le dessin et la gravure sont superbes !

On peut ajouter que dans sa préface, et c'est peut-être en rapport avec son choix du français pour les textes, l’auteur se prononce en faveur du Système naturel, proposé par le célèbre Jussieu, « ce profond connaisseur du Règne végétal ». Malgré des réserves dues aux graves discussions en cours à l’époque, il avoue franchement que : « Le système sexuel de Linné nous déplait à cause de la trop grande variabilité de ses caractères. Qu’y a-t-il en effet de moins constant que le nombre des étamines et des pistils, surtout sous un climat chaud et dans un terrain fertile ? »

1800 est une période charnière pour la botanique. Définitivement séduits par l’ouvrage d’Antoine Laurent de Jussieu présentant les principes de la méthode naturelle de classification des plantes dans son Genera Plantarum de 1789, les botanistes abandonnent le système sexuel de Linné pour ne conserver de ce grand homme que son principe incontournable de nomenclature binomiale.

Ci-contre (Pl 32) L'Anarrhine à feuilles de Pâquerette (Anarrhinum bellidifolium (L.) Willd.) est assez commune dans le Midi ; ce mini-muflier qui forme de longs épis de fleurettes pâles remonte aussi dans les Causses et le Massif central.

Pl 24 : Le Cynoglossum pictum Aiton est un synonyme de Cynoglossum creticum Mill. Ce Cynoglosse de Crète, n’est pas seulement portugais ni crétois d'ailleurs; les corolles vues de près sont magnifiques !

Pl 58 : Le Lasiopera rhinanthina Hoffmanns. & Link . est reconnu maintenant comme le Bellardia trixago de Linné. Cette Bellardie trixagine ou Bartsie est surprenante car elle existe en deux couleurs bien distinctes, elle remonte parfois sur le littoral sablonneux français jusqu’en Bretagne sud. La version jaune me semble plus rare et plus méditerranéenne…

Pl 93 : Helminthia spinosa est d'après la taxonomie en vigueur, un synonyme d’Helminthotheca echioides (L.) Holub , soit la Picride fausse Vipérine que Linné avait nommée Picris echioides. La Picride fausse Vipérine est une espèce méditerranéenne de friches qui s’est beaucoup répandue en montant vers le Nord, l’été on peut la trouver un peu partout et la reconnaître très facilement grâce à la collerette de bractées cordiformes qui entoure son capitule.

 

Pourtant il existe une incertitude sur cette planche qui a donné lieu à des commentaires du fait qu’il a existé une Helminthia lusitanica Welwitsch qui serait très conforme à cette gravure d’Hoffmansegg et de fait, sur cette représentation, la collerette de larges bractées en cœur n’est pas visible !

Il nous reste un grand classique, la Digitale pourpre, elle est figurée sur la planche 29 ; Digitalis tomentosa Hoffmanns. & Link est un synonyme de Digitalis purpurea L. Ma photo est sarthoise ; nous la connaissons bien, on ne peut nier que ses feuilles sont tomenteuses.

Pour un observateur d’Europe du Nord le critère évident de la couleur pourpre suffirait, mais il se trouve que dans la péninsule ibérique il existe une autre Digitale : Digitalis thapsi L. Cette dernière fait aussi l’objet de la planche 30.

La Flora Iberica parle à son sujet de feuilles velues, glutineuses, dont les poils glanduleux sont dorés, ce qui n’apparaît guère dans la planche d’Hoffmansegg qui lui donne néanmoins le nom français de Digitale à feuilles de Molène !

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #iconographie

Les Pigamons sont des Renonculacées, une grande famille complexe. Il est difficile de trouver des points communs dans la structure florale des renoncules, des ancolies, des anémones à la symétrie radiale (corolle actinomorphe) avec les aconits, les delphiniums à la symétrie bilatérale (corolle zygomorphe).

Chez les Pigamons, la corolle est actinomorphe, donc plutôt primitive dans cette grande famille, on note ainsi le foisonnement des étamines (ci-dessus, le Pigamon à feuilles d'ancolie), le remplacement des sépales et pétales par des tépales discrets et peu attractifs sauf dans la dernière espèce ici évoquée, le Pigamon tubéreux.

Le Petit pigamon (Thalictrum minus L.), est une espèce remarquable qui aime des coteaux calcaires (ici, en photo sur les coteaux de la Seine) où la roche se trouve presque à nu. Ses fleurs très discrètes sur des pédoncules longs et fins passent presque inaperçues au premier regard, mais en regardant de plus près les anthères des étamines pendantes, on peut voir qu’elles sont mucronées (terminées en pointe).

Au pied de l’inflorescence les petites feuilles de nuance bleutée rappellent un peu celles de l’Ancolie en modèle réduit.

Voici maintenant le plus spectaculaire : le Pigamon à feuilles d’Ancolie (Thalictrum aquilegiifolium L.), en début de floraison dans les Pyrénées (en tête de l'article), ci-dessous en pleine fleurs dans le Mercantour et enfin en fruits sur le plateau du Revard au-dessus d’Aix les Bains.

Les filets des étamines sont dilatés sous les anthères elles-mêmes.

J’ai vu le Pigamon jaune ou Pigamon des rives (Thalictrum flavum L.) dans le Jura, dans un marais à la frontière suisse, mais il est aussi bien visible en plaine dans tout le Nord de la France, le voilà par exemple dans les prairies de l’Huisne en Sarthe. 

Les fructifications de ce Pigamon jaune sont des carpelles courts côtelés restant dressés, très différents des carpelles pédicellés, ailés et pendants du Pigamon à feuilles d’ancolie. 

 

Je n’ai vu qu’une seule fois le beau Pigamon tubéreux (Thalictrum tuberosum L.) il y a longtemps dans les Pyrénées. Il semble moins rare dans les Corbières, mais les données ne sont pas courantes.

C’est le seul Pigamon dont les tépales, plus grands que les étamines, persistent au point qu’il a longtemps été pris pour une Renoncule, comme dans le volume 3 du « Recueil des plantes gravées par ordre du roi Louis XIV », de Denis Dodart (Imprimerie royale, 1788). Thalictrum tuberosum y est représenté  sous le nom de Ranunculus Thalictri folio asphodeli radicibus, dessiné par Nicolas Robert et gravé à l’eau-forte par Ludovic de Chatillon.

On peut aussi admirer le vélin qui en été peint par Jean Joubert au 17ème siècle en visitant ce lien de la Bibliothèque du Museum national d’Histoire naturelle.

Le Pigamon jaune (Thalictrum flavum) est joliment représenté dans la « Flora regni Borussici », vol. 11 (1843), t. 730 ; d’Albert Gottfried Dietrich (1795-1856).

Dans la « Flora austriacae », (1776) de Nikolaus Joseph Jacquin, on trouve dans le tome 4, Thalictrum aquilegiifolium, et dans le tome 5, le Thalictrum minus, une plante très aérienne, pas commode à représenter.

Dans le volume 11 de 1821 de « Deutschlands flora in abbildungen nach der natur » de Jakob Sturm (1771-1848), nous avons une planche pas très raffinée graphiquement mais assez complète du Pigamon à feuilles d’ancolie dans tous ses états.

Plus récemment, le voici dans l’« Atlas des plantes de jardins et d'appartements exotiques et européenes ... » par Désiré Bois, 1856-1946.

Le texte précise que : «  la Colombine plumeuse (Thalictrum aquilegiifolium), ornement des plates-bandes et des rocailles, est une plante très rustique affectionnant les sols frais et prospérant surtout à exposition un peu ombragée. Multiplication des touffes, au printemps, ou par graines qu’on sème d’avril à juin. » Avis aux amateurs !

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #iconographie

Narcissus pseudonarcissus subsp. moschatus (L.) Baker, que voici, est la vedette de mon article, avec cette découverte d’un seul pied, au Santuari de la Mare de Deù del Mont, dans le secteur d’Albanya. 

Au même endroit se trouvaient des touffes d’un narcisse bien plus commun, le Narcissus assoanus Dufour, soit le Narcisse à feuille de jonc ou Narcisse de Requien.

J’ai souvent rencontré en Catalogne le Narcisse à feuille de jonc, par exemple sur un massif de calcaire composé de trois collines, bien reconnaissable, proche du littoral : la Sierra de Mongri.

Par le chemin de l'Ermitage  de Santa  Catharina on peut accéder en haut, la vue est magnifique sur toute la région depuis un plateau couvert de romarin, de cistes et de chêne kermès ; début Avril, le sol rocailleux est parsemé  de ces petits Narcisses à feuilles de jonc, d'Iris nains (Iris lutescens), et de Valérianes tubéreuses (Valeriana tuberosa). Le Narcisse à feuilles de jonc porte bien son nom car les feuilles sont grêles, filiformes à section recourbée.

Le Narcisse tazetta ou Narcisse à bouquet (Narcissus tazetta L.) est plus précoce, il a en commun avec le précédent de posséder un tube long et étroit avant l’implantation des sépales, mais lui porte ses fleurs en bouquets, des ombelles comptant jusqu’à dix fleurs, alors que chez le Narcisse de Requien elles sont plus souvent solitaires.  Je l’ai photographié près de la frontière vers Capmany, mais bien sûr il n’est pas rare côté français dans les Pyrénées orientales et sur tout le littoral méditerranéen. Les feuilles sont assez larges et planes, et les scapes (tiges florales) comprimées à deux angles. Les tépales sont crème et la paracorolle jaune vif (la coupe centrale) moins profonde chez le Narcisse tazetta que chez le Narcisse de Requien.

Mais parlons un peu plus de ce beau narcisse à fleurs pâles, qui semble exclusivement pyrénéen.

Dans la Flora Iberica, il porte un nom, qui se réfère à Linné : Narcissus moschatus L. (Caroli Linnaei ; Species plantarum, ed 2 de 1762). (Moschatus figure à droite dans la marge). Linné y mentionne son habitat en Espagne.

La Flora Iberica cite en synonyme : Narcissus pseudonarcissus subsp. moschatus (L.) Baker. et la Flora catalana donne ce vocable en priorité (la Jonquille de montagne). C’est sous ce nom latin qu’au final j’ai pu noter mon observation sur Tela Botanica.

Sur l’Inventaire national du patrimoine naturel (INPN), plusieurs noms communs sont cités : Narcisse musqué, Narcisse blanc, Narcisse de montagne, mais le plus adapté pour la France reste Jonquille de montagne.

Un autre synonyme y figure (Narcissus candidissimus Desf. ex Redouté, 1807), ce qui m’a incitée à consulter « Les Liliacées » de Pierre Joseph Redouté, et j’y ai assez bien reconnu ce narcisse bien qu’en réalité, il me semble plus crème que blanc!

Le Curtis’s Botanical Magazine, dans le volume 24 (1806), montre ce Narcissus moschatus « White long flower daffodill » soit Jonquille blanche à longue fleur sans en donner la provenance, il est indiqué : «  Il n'a que peu d'odeur, mais celle qu'il a est agréable, un peu comme le gingembre, ne ressemblant pas du tout au musc. »

 

En 1831, une illustration qui cite ce Narcissus moschatus comme ‘Spanish daffodil’, témoigne de son introduction dans les jardins anglais vers 1759 : « Floral illustrations of the seasons, consisting of the most beautiful, hardy and rare herbaceous plants cultivated in the flower garden, from drawings » par Roscoe, Margaret Lace.

On reconnait encore mieux sur cette représentation les tépales vrillés en hélice et la couleur est bien dite crème dans le texte.

Les divers dessinateurs, influencés par les jonquilles, ont eu tendance à  retrousser les bords de la paracorolle, alors qu’en fait celle-ci est juste évasée avec un effet de plissé sur toute la hauteur qui se termine au bord sur six larges créneaux à peine marqués. Pour finir, j’avoue que ce Narcisse m’a touché par son aspect fantomatique !

 

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #iconographie

Il existe en fait 7 espèces de trèfles jaunes, mais les quatre évoquées ici sont sans doute les plus communes. Ci-dessous le Trèfle bai dans les Alpes à Hauteluce.

Donc, brièvement, il va manquer dans mon propos, le Trèfle filiforme (Trifolium micranthum Viv.), le Trèfle étalé (Trifolium patens Schreb.), et le Trèfle châtain (Trifolium spadiceum L.).

Le Trèfle des champs ou Trèfle jaune (Trifolium campestre Schreb.) et le Trèfle douteux ou Petit trèfle jaune (Trifolium dubium Sibth.), sont les deux espèces les plus répandues. Le Trèfle doré (Trifolium aureum Poli.) et le Trèfle bai (Trifolium badium Schreb.) sont des espèces de montagnes, ce dernier à plus haute altitude.

Il n’est pas bien difficile d’identifier ces quatre espèces jaunes : observons une de leur petite fleur et plus précisément l’étendard qui est le pétale en position haute chez les fabacées. Si cet étendard est replié en toit, comme ci-dessous, il n’y a déjà plus qu’une seule possibilité : c’est le Trifolium dubium, le Petit Trèfle jaune ou Trèfle douteux, qui mérite bien son nom latin car il est si discret qu'on peut le piétiner sans le remarquer !

Mais attention toutefois de vérifier en observant les fleurs fanées qui chez lui doivent pendre entassées en un bloc compact et vérifions aussi que les fruits ne sont pas tortillés comme ceux d’une Luzerne lupuline, car les deux espèces sont trifoliées et les fleurs sont bien ressemblantes ! En comparaison, voici la Luzerne lupuline en fruits et ci-dessous, de nouveau un petit Trifolium dubium sarthois.

Sur les trois autres espèces, l’étendard n’est pas plié en portefeuille mais forme une voute, voire même un rouleau pour les fleurs basses du Trèfle des champs, par exemple. Mes photos ci-dessous de ce Trifolium campestre sont sarthoises.

Sur cette espèce du très commun Trèfle des champs, de petite taille également, on note aussi et c'est bien visible ci-dessus, que la foliole médiane de sa feuille trifoliée est dotée d’un pétiole bien distinct, alors que sur le Trèfle doré (Trifolium aureum Poli.), ci-dessous, par ailleurs de plus grande taille, on perçoit à peine un embryon de pétiole sur la foliole médiane.

Voici encore ce Trèfle doré dans un herbage des Alpes, ici en début de floraison. C'est une espèce de moyenne montagne, les fleurs en fin de floraison peuvent virer au beige clair ou au jaune-orangé, mais ne brunissent pas. Il se tient dressé et se ramifie.

Et voici maintenant le beau Trèfle bai figurant déjà en tête de l'article!

Si, dans une prairie montagnarde, les fleurs de la base d’un trèfle changent nettement de couleur, devenant d’une belle couleur rouille puis brune, nous avons le plus souvent affaire à ce Trèfle bai (Trifolium badium), qui reste assez court sur tige et peu ramifié.

A noter qu’en moyenne montagne et sur une zone humide (marais, tourbière) et si l’inflorescence est plus oblongue, il pourrait s’agir du Trèfle jaune-doré ou Trèfle châtain  (Trifolium spadiceum L.)

Pour ce dernier, dont je ne dispose pas de photo, j'ouvre ma rubrique "iconographie"  avec "Deutschlands flora in abbildungen nach der natur" de Jakob Sturm (1771-1848) qui représente le Trèfle châtain, mais aussi le Trèfle bai et le Trèfle doré (anciennement Trifolium agrarium), ci-dessous dans cet ordre.

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #voyages

Pour terminer cette série sarde, je propose de vous montrer mes découvertes sur deux sites de la côte ouest un peu en retrait du littoral, un peu plus haut et parfois avec en fond de décor une vue spectaculaire sur la Méditerranée.

Par exemple, au-dessus de Bosa, lors d’une balade dans les collines pâturées, on peut voir de beaux chêne-liège, celui-ci entouré au sol de Ciste de Montpellier, et dominant la mer.

Sedum caeruleum L. l’Orpin bleu, est très commun sur les rochers mais aussi bien, peut former un superbe ruban mauve le long des routes côtières ! C’est une espèce courante des iles méditerranéennes (Corse, Sardaigne, Sicile, Malte) et aussi présente de la Tunisie au Maroc, mais pas connue en Espagne.

La Cotonnière pygmée (Filago pygmaea L.), est à chercher sur les sols arides et dénudés pas loin de la mer, elle est beaucoup plus commune que la Filago tyrrhenica Chrtek & Holub, que j’espérais trouver mais n’ai pas vue !

Et sur cette vue, devant l’abreuvoir, c’est le Cardon sauvage (Cynara cardunculus L. subsp. cardunculus),  qui est l’ancêtre du Cardon cultivé, puis de l’Artichaut. Il est plus épineux sur les feuilles comme sur les bractées du capitule qui par ailleurs est beaucoup moins volumineux.

Voici l’Hélianthème à gouttes (Tuberaria guttata (L.) Fourr.), mais celui-là m’a déroutée car ses pétales ne portent pas la petite macule sombre près de l’onglet. En fait cette macule, qui lui a donné son nom, peut être très grande ou inexistante !

Le Liseron fausse mauve (Convolvulus althaeoides L.), très commun dans le Midi, grimpe ici allègrement dans les haies.

Le Maceron de Crète (Smyrnium perfoliatum L.), est une Apiacée très graphique, quand il n’est pas étouffé par l’omniprésent Chardon laiteux (Galactites tomentosa Moench.) et les Vipérines, le long des chemins.

Toujours dans les environs de Bosa, le long de la côte l’Euphorbe arborescente (Euphorbia dendroides L.), en mai forme déjà de grandes coupoles rougeâtres visibles de loin sur les versants.

Alghero et environs :

Le Ciste de Crète (Cistus creticus L.),  la sous-espèce corsicus ou la sous-espèce eriocephalus… les distinguer semble bien difficile !

Le Palmier nain (Chamaerops humilis L.); avec sa silhouette buissonnante, les longues épines présentes sur les pétioles des feuilles, son identité ne laisse pas place au doute. Son statut en Sardaigne n’est pas très clair, bien présent et surtout vers Alghero, il ne serait pas vraiment naturalisé, sa présence est dite occasionnelle…Ici, en lisière de champ, il n’avait pas été planté !

La Thapsia ou Laser du Gargano (Thapsia garganica L.), se tenait aussi entre champ et route. Je suis toujours ravie de voir les jeunes pousses étonnantes des Thapsia !

Celle-ci n’est pas la même qu’en Espagne ou même dans le Midi de la France où on rencontre plutôt la Thapsie velue (Thapsia villosa L.), dont les rosettes de feuilles hivernales sont bien reconnaissables.

Dans de prochains articles je rentrerai davantage dans le détail, pour certaines de ces plantes méditerranéennes, par exemple les genres Sedum ou Thapsia vus à des endroits différents, et avec des illustrations anciennes, comme d’habitude !

 

 

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #voyages

Le premier jour, près d’Olbia, une promenade sur le littoral sableux m’a enchantée.

A l’approche des plages sur un sol très pauvre et au-delà des gais buissons de Ciste jaune (Cistus halimifolius L.), piqués de la Grande Brise ou Grande Amourette (Briza maxima L.), j’y ai découvert sur le sol nu une ravissante Iridacée : le Morea faux sisyrinchium (Moraea sisyrinchium (L.) Ker Gawl.), pour la France existant seulement en Corse du Sud.

En prime j’ai revu à cet endroit une Orchidée que j’avais photographiée en argentique, donc il y a bien longtemps dans le Var, le Sérapias en cœur (Serapias cordigera L.), en compagnie de nombreux Sérapias à languette (Serapias lingua L.).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’Epiaire poisseuse (Stachys glutinosa L.) est une petite espèce endémique de la Corse et de la Sardaigne qui s’accommode d’un tel sol.

Une belle graminée, la Crételle hérissée (Cynosurus echinatus L.) se balançait dans le vent ; hérissée mais pas bien méchante si on la compare au buisson de l’Asperge à tiges blanches (Asparagus albus L.), trouvée un peu plus loin et qui est bien plus vulnérante que l’Asparagus acutifolius qu’on trouve communément dans le Midi!

La Matthiole qui se trouve sur la plage n’est pas Matthiola sinuata mais la plus rare Matthiole à fruits à trois cornes (Matthiola tricuspidata (L.) W.T.Aiton) qui ne se trouve pour la France qu’en Corse et en quelques points du littoral méditerranéen.

A la pointe Nord-ouest de la Sardaigne, sur la commune de Stintino, nous découvrons un littoral paradisiaque, la plage de La Pelosa aux eaux turquoise est très touristique (en haute saison, il faut même réserver sa place à l’avance !).

J’ai appris à ne pas confondre les tours aragonaises de Sardaigne, sous domination espagnole de 1300 à 1700 environ, comme celle qui couronne l’ilot en face de cette plage, avec les tours génoises du littoral corse, la Corse étant, au même moment, un territoire de la république de Gênes. Mais leur fonction est assez similaire : les tours côtières espagnoles de Sardaigne étaient des tours de guet pour contrer les incursions ottomanes.

En arrière de la plage, le sable est stabilisé par une épaisse couche de lanières sèches de Posidonies qui héberge parfois un petit silène rose (Silene canescens Ten.).

Au-dessus de la plage, les rochers se couvrent de fourrés très denses mêlant le Lentisque et la Garance voyageuse, d’où émergeait une labiée nouvelle pour moi, le Grand Prasium (Prasium majus L.). Au loin on voit l’ancienne grande ile-prison d’Asinara qui est devenue un parc national, dont on peut voir les contours approximatifs sur ce fragment de carte ancienne.

On n’y trouve nulle mention du village de Stintino, car celui-ci s’est développé plus tardivement autour d’une communauté de pêcheurs au Thon. Sur la plage, devant ce village, j’ai photographié la Vipérine maritime (Echium sabulicola Pomel), les fleurs en sont de belle taille !

A bientôt, en Sardaigne, dans les collines!

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #voyages

Des paysages grandioses, une nature encore bien préservée, notre trop court séjour en Sardaigne m’a  enchantée !

Situé entre Macomer et Nuoro, en plein cœur de la Sardaigne, le nuraghe et l’église de Santa Sabina méritaient bien notre halte, au milieu d’un voyage à thème surtout naturaliste.

Ce nuraghe est une construction datant de l’âge du Bronze, typique en Sardaigne qui en compterait plus de huit mille. Son aspect assez frustre cache en fait une conception élaborée ; un escalier intérieur permet d’accéder au sommet et l’intérieur recèlent un plafond en dôme.

L’ère nuragique s’étend du 17ème au 6ème  siècle avant J-C et bien que de nombreux vestiges et objets aient été retrouvés, elle reste encore assez mystérieuse car ce peuple ne possédait pas d’écriture. A la base du nuraghe, sur les gros blocs de pierre en partie couverts de lichens jaune-orangé, s’est installée une végétation typique comme par exemple l’Oseille ronde (Rumex scutatus L.), le Silène enflé, des Polypodes et des Vipérines.

Le modeste sanctuaire proche daterait du 11ème siècle ; bien plus récent que le nuraghe, il est tout de même un des plus vieux lieux de culte de la Sardaigne, édifié en partie grâce à des blocs de basalte provenant du nuraghe, il est doté d’une belle coupole centrale. Le mélange des pierres de basalte et du calcaire forme un décor aléatoire parfois en lignes parfois en damier : c’est superbe !

Ce petit ensemble de Santa Sabina est bien intégré dans la nature environnante composée de grandes étendues de graminées rythmées de quelques Poiriers à feuilles d’Amandier (Pyrus spinosa Forssk.) (photo 1) et de Chênes liège (Quercus suber L.).

Les abords des chemins sont peuplés de hautes apiacées (ombellifères) : des Carottes sauvages, la Grande Férule (Ferula communis L.), et l’Oenanthe faux-boucage (Oenanthe pimpinelloides L.), mêlée à de la Vesce fourragère (Vicia sativa L.).

J’ai découvert en Sardaigne la Centaurée à feuilles de navet (Centaurea napifolia L.), qui se distingue par ses feuilles et ses tiges ailées, et le Rumex en thyrse (Rumex thyrsoides Desf.) à regarder de près!

Dans ces lieux se cachent la Caille des blés et l’Outarde canepetière, pour les entendre et les entrevoir, nous étions sur place au lever du jour. Près d’un trou d’eau j’ai eu la surprise de trouver la Morelle de Balbis (Solanum sisymbrifolium Lam.) si bien naturalisée en Sardaigne, semble-t-il, qu’elle y est considérée comme envahissante.

A bientôt pour un second aperçu, plus littoral !

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Arbustes

Trois arbustes très épineux se rencontrent souvent dans le Midi, tous trois ont des fleurs jaunes, tous trois sont des Fabacées (légumineuses ou papilionacées). Comment s’y retrouver ?

LAjonc à petites fleurs (Ulex parviflorus Pourr.) et le Genêt épineux (Genista scorpius (L.) DC.), portent en Provence le même nom d’Argelas. Le premier est très commun en Catalogne et très précoce.

Quand j’ai déterminé l’Ajonc à petites fleurs à la fin du mois de Mars, côté français auprès de la Forteresse de Salses, il portait beaucoup de gousses rondes et velues et encore quelques fleurs.

J’ai photographié le Genêt épineux (Genista scorpius (L.) DC.) trois jours plus tard à Opoul Perillos, au pied du château de Perillos, et lui, était en début de floraison.

On peut noter l’abondance de très petites feuilles dans le buisson entre les longues épines ; elles sont totalement absentes chez l’Ajonc.

Quant au Calicotome ci-dessous, pris en photos du côté catalan et cette fois au mois d’Avril, il porte bien des feuilles, ce sont des feuilles à trois folioles bien visibles.

Le calice des Calicotomes présente la particularité de se rompre transversalement et la fleur, avant de s’ouvrir pleinement, porte un petit capuchon brun très caractéristique.

Le Calicotome épineux, Calicotome spinosa (L.) Link, est maintenant rangé parmi le genre Cytisus, il se nomme Cytisus spinosus (L.) Lam. Je pense l’avoir photographié sur les images ci-dessus, côté catalan vers le cap de Norfeu, mais il existe aussi dans les Albères, un autre Calicotome, maintenant Cytisus infestus (C.Presl) Guss. La différence entre les deux est très subtile, seule une pilosité courte appliquée sur les jeunes rameaux, les calices et les gousses peut aiguiller sur ce dernier et je n’ai pas encore sorti mon compte-fil sur le buisson en photo ; c’est à revoir !

Dans le Botanical Register, le Calicotome dessiné par Miss Drake serait C.spinosa mais je pense qu’en l’absence de fruits, au vu des différenciations plus récentes, il vaut mieux en rester simplement au genre : Calicotome sp.

Je ne peux donc vous montrer d’iconographie fiable pour le Calicotome nuisible, (c’est son nom français !) mais dans la Flora graeca, il existe le Calicotome velu (Calicotome villosa, devenu Cytisus laniger DC.) et on considère que C.infesta est un peu le moyen terme des deux autres : C.spinosus et C.laniger. Le Calicotome velu, pour la France est surtout noté en Corse, mais il est plus présent vers l'Est de l'Europe, les gousses sont très poilues.

Voici donc, dans la Flora graeca de John Sibthorp, Spartium villosum Poir. synonyme de Calicotome villosa (Poir.) Link, planches de Ferdinand Bauer. Illustrations visibles sur Bodleian Libraries, University of Oxford.

 https://digital.bodleian.ox.ac.uk/collections/flora-and-fauna-graeca/


 

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #iconographie
Philippe Picot Lapeyrouse, écrit peu après Antoine Gouan dont je vous avais décrit quelques découvertes dans mon récent article sur les Endémiques Pyrénéennes. Il cite d’ailleurs Gouan avec aussi juste après lui Pourret comme les deux premiers auteurs qui aient publié les descriptions et les figures de quelques plantes pyrénéennes, dans la préface de son ouvrage « Figures de la Flore des Pyrénées », que j’ai eu le plaisir de découvrir numérisé par une bibliothèque de Toulouse. Auparavant, Tournefort avait aussi exploré cette flore particulière mais Lapeyrouse est déçu de ne pas pouvoir exploiter sérieusement ces sources qui ne sont pas accompagnées de descriptions précises. Tournefort est un botaniste prélinnéen et seuls ses herbiers originaux, pourraient être instructifs mais ils lui sont trop difficiles d’accès.

 

L’exigence de Lapeyrouse, c’est de toujours partir de l’observation de plusieurs spécimens d’une même espèce, d’être conscient que les conditions de son implantation peuvent jouer sur sa morphologie et qu’il est important de déterminer les critères qui restent invariables même si la plante a été mise en culture (dans le Jardin botanique de Toulouse). C’est pourquoi aussi, par souci de vérité, dans les pages de présentation de chaque plante d’abord présentée par le nom linnéen, il ne donne que les synonymes qu’il juge incontestables, puis les lieux où cette plante a été trouvée.

Ainsi, il écrit sur l’épiaire des Alpes (Stachys alpina L.) : « Elle n’est point délicate et réussit très bien dans les jardins. La culture ne la déforme point ». Voici ci-dessus, la belle représentation qu’il a fait réaliser par un peintre qu’il dit avoir formé à ce type de travail réalisé « sous ses yeux ». Ce dessinateur mérite d’être nommé : Laferrerie (architecte à Toulouse).

L’auteur présente la Campanule à belles fleurs ou Campanule des Corbières, sous un nom à priori surprenant puisqu’il utilise la première partie de son nom (Campanula longifolia Picot), ce qui déroute un peu pour rechercher la synonymie ! Il est finalement reconnu que c’est son collègue cité dans la préface, l'abbé Pierre-André  Pourret qui le premier a décrit cette plante ; on lui a donc donné le nom de Campanula speciosa Pourr., qui est maintenant valide. Lapeyrouse semblant ignorer cette découverte, précise que le genre Campanula nécessiterait de nombreuses corrections et additions. J’ai pu voir cette plante magnifique dans les environs de Millau car elle n’existe pas seulement dans les Pyrénées et les Corbières mais aussi dans les Causses.

 

 

« Figures de la flore des Pyrénées », reste un ouvrage partiel, le début pour lui d’une entreprise plus vaste ; il préfère cibler là quelques plantes emblématiques et s’intéresse plus particulièrement aux nombreux Saxifrages qu’on peut trouver dans les montagnes pyrénéennes.

 

C’était pour moi l’occasion de réviser un peu ce que j’ai rencontré et photographié en Saxifrages aussi bien en plaine que dans les Alpes, puisque Lapeyrouse ne s’intéresse pas qu’aux plantes endémiques des Pyrénées.

Sur le choix de rédiger cet ouvrage en français, et non en latin, il dit : « C’est au sein des orages et au milieu de la tourmente des révolutions qu’il a vu le jour. J’ai été jaloux de lui conserver le caractère national », voilà un choix qui m’arrangeait bien !

 J’ai choisi quelques Saxifrages dans l’ouvrage, ceux qui ne causent pas trop de soucis de détermination :

Saxifraga recta Lapeyr. est un synonyme de Saxifraga paniculata Mill., ou Saxifraga aizoon Jacq. Cette Saxifrage paniculée est une plante arctico-alpine commune dans nos montagnes. Lapeyrouse affirmait que son S.recta possédait des bords de feuilles « tailladés » et non dentés en scie, ce qui le différencierait du S.aizoon de Jacquin ; il n’a pas fait école ! Pour ces bordures de feuilles, on parle maintenant de marges serrulées. Mes photos sont pyrénéenne pour l’une et jurassienne pour l’autre !

 

 

Le Saxifrage de l’ombre (Saxifraga umbrosa L.) : Voilà, ci-dessous, une espèce gracieuse que j’ai vue souvent dans les Pyrénées. L’auteur la dit : « commune parmi les mousses, le long des cascades », les pétales : « étalés, cunéiformes, blancs ; plus souvent d’un rose foncés ; ponctués dans le milieu d’un rose plus vif, avec une ou deux taches jaune à l’onglet ». Elle existe aussi très localement (naturalisée) dans les Vosges.

 

 

Le Saxifrage hirsute (Saxifraga hirsuta L.): chez celui-ci les feuilles toutes rondes sont dotées de longs pétioles poilus, il est commun et semble facile à reconnaître (photo des feuilles, au col d’Aspin).

Mais Lapeyrouse le fait représenter avec les limbes foliaires moins ronds et moins découpés en cœur à la base…

Par ailleurs, pour la planche suivante qu’il nomme la Saxifrage mignonne, il déclare qu’elle correspondrait davantage à son avis, aux critères de Saxifraga hirsuta L. Cependant il se fie à la détermination de Linné telle qu'elle apparaît ci-dessous, dans son Species Plantarum, et la planche est bien légendée Saxifraga geum L.

Mais actuellement, la situation de cette 'Saxifrage mignonne' semble coïncider avec l’hybride Saxifraga x geum cité dans la Flora gallica, qui le donne comme très polymorphe ; c’est donc le croisement de S.umbrosa par S.hirsuta qui donne le beau spécimen montré par Lapeyrouse ! Je n'ai pas vu cet hybride plutôt cultivé que spontané et souvent nommé aussi Désespoir des peintres.

Le Saxifrage à feuilles rondes (Saxifraga rotundifolia L.) est bien identifiable; des feuilles rondes souples, d’un vert gai, profondément dentées et des pétales tout pointillés, le rendent immanquable.

La photo ci-dessus est prise en Savoie. Dans son texte Lapeyrouse raconte ensuite la découverte d’un hybride S.rotundifolia x S.hirsuta, par un collègue botaniste, Villars, dans le jardin botanique de Grenoble où les deux parents se côtoyaient. Il avoue : «  Je ne vois jamais des ces individus ambigus intermédiaires… » C’est un commentaire anecdotique mais amusant du fait que sa Saxifrage mignonne en était un !

Pour voir des photos d’une ravissante espèce qui porte son nom : le Pavot de Lapeyrouse :

https://www.florealpes.com/fiche_papaversuaveolens.php

Pour tout savoir sur la vie de ce botaniste:

https://sbocc.fr/wp-content/uploads/2020/06/22-Picot-_de_Lapeyrouse_Isatis2017_final2.pdf

« Figures de la flore des Pyrénées » de Lapeyrouse est consultable sur:

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5356587m/f99.item

https://rosalis.bibliotheque.toulouse.fr/ark:/12148/bpt6k5340643n/f129.planchecontact

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