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Botazoom, Botanique et Iconographie

Botazoom, Botanique et Iconographie

Ce blog est destiné aux curieux de botanique. En s’appuyant sur les photos que j’ai pu faire en voyage, et sur de l’iconographie ancienne, il rentre un peu dans les détails qui m’ont permis d’identifier une espèce, mais son contenu doit être considéré comme celui d’une botaniste amateur !

fleurs

Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #iconographie, #Fleurs

Digitalis purpurea L., la Digitale pourpre est certainement la plus commune, elle fréquente souvent les friches forestières qui favorisent son installation, surtout sur terrain pauvre et plutôt siliceux. C’est la plus grande, la plus haute, elle peut mesurer 2 mètres. Dans chaque grande fleur en cloche (4 à 5 cm de long), on pourrait glisser le doigt et c’est pourquoi ses noms vernaculaires y font allusion. En Angleterre, c’est Foxglove, en Allemagne, c’est plutôt un dé à coudre (Fingerhut).

En tout cas le décor intérieur des corolles est magnifique avec ses points sombres distribués au hasard mais tous cerclés de blanc !

Les nervures des feuilles saillantes au revers sur un fond duveteux contrastent avec la face supérieure du limbe d’un vert plus soutenu. On trouve facilement des graines de Digitales pourpre à semer, c’est ainsi qu’elles se multiplient au jardin et dans la nature les graines tombent au sol, forment la première année une belle rosette de feuilles et la deuxième année une hampe florale : ce sont des bisannuelles.

Le décor intérieur contrasté et irrégulier des fleurs n’est pas rendu au mieux dans la planche de la "Flore du Royaume de Hanovre" de Georg Friedrich Wilhelm Meyer, publié en 1854, mais en revanche tout le feuillage ainsi que les détails et coupes alignés dans la partie basse, sont vraiment exceptionnels.

 

Digitalis grandiflora, la Digitale à grandes fleurs, vue ici en juin au sud du lac d’Annecy, n’est pas rare en montagne mais n’apprécie pas les Pyrénées. Sur une tige solide et bien feuillée, l’inflorescence se déploie en se tournant volontiers vers la lumière, et en début de floraison, la partie haute encore en boutons se penche de ce côté, formant une crosse élégante. Les fleurs sont un peu plus cambrées que chez la Digitale pourpre, elles présentent à l’intérieur de leur corolle ventrue un décor en fine résille, pointillée de brun-rouille.

Il existe pour elle une autre dénomination qui est un synonyme : Digitalis ambigua Murray. C’est le nom qui figure sur les planches anciennes. On retrouve pour la Digitale à grandes fleurs  la très belle mise en page de la "Flore du Royaume de Hanovre" de Meyer et juste la même petite critique sur les corolles florales que je trouve un peu fades…

Il faut dire que sur l’Herbier général de l'Amateur, de Loiseleur et Delongchamps, figure une planche très lumineuse, peut-être un peu trop colorée car en vérité cette digitale est plus pâle. Le texte en revanche à la fois botanique et plaisant, nous apporte quelques détails : « Une corolle grande, ventrue, à cinq dents, d’un beau jaune, tachée de quelques points bruns dans l’intérieur. Au bout de quelques jours, elle tombe avec les quatre étamines qui y étaient attachées et dont deux sont plus courtes ; alors on aperçoit une capsule ovale, surmontée du style (qui est persistant), biloculaire, quoiqu’elle ait à l’extérieur l’apparence d’avoir quatre loges, enfin pleine de semences très petites, et qui vues à la loupe, se montrent couvertes d’aspérités et parsemées de points métalliques et brillants : elles sont ordinairement mûres à la fin de juillet. »

Mais la plus belle représentation pour la Digitale à grandes fleurs (= D. ambigüa) est sans conteste celle de Ferdinand Bauer ; il est l’artiste qui a réalisé toutes les planches pour la Monographie des Digitales  de John Lindley (1821).

La Digitale jaune (Digitalis lutea L.) porte des fleurs plus petites s’ouvrant en cinq lobes plus marqués, la pointe basse plus longue, semble tirer la langue. L’intérieur de la corolle tubulaire ne porte aucun décor de points ni de réseaux, mais en revanche est très barbu, sans doute pour retenir les pollinisateurs pressé de ressortir !

Elle est toxique dans toutes ses parties. Je l’ai vue à plusieurs reprises, sur la photo,  à Châteauvillain, en Haute-Marne, mais aussi dans les Pyrénées et le Jura.

La répartition des données met en évidence sa présence sur des terrains plutôt calcaires et son absence dans l’Ouest et le Sud-ouest de la France, dont les terrains plutôt acides, conviennent mieux par contre à la Digitale pourpre.

Voici pour l’illustrer une planche sur un dessin de Sydenham Edwards pour le Botanical Register (vol 3 de 1817).

Pour compléter cet article , vous pouvez faire un tour sur cet ancien article du blog, qui évoque la Digitale laineuse et la Digitale des Canaries:

Deux Digitales

Et bien sûr, Bonne année 2025 à mes lecteurs réguliers!

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Fleurs

En cherchant un sujet en accord avec les fêtes de Noël, j’ai découvert sur la toile un beau manuscrit enluminé détenu par la Bibliothèque nationale de Naples. Cet ouvrage du 15ème siècle : le Livre d’heures de la vierge Marie « Flora », est illustré de très fines enluminures chrétiennes et de textes entourés de semis de fleurs pas seulement décoratives mais aussi très bien observées et parfaitement identifiables. Il est moins exclusivement floral que le célèbre codex des « Grandes heures d’Anne de Bretagne », illustré par Jean Bourdichon, mais il mériterait d’être mieux connu !

Ce manuscrit a été réalisé dans les Flandres entre 1483 et 1498 et appartient à la collection Farnèse depuis 1734. On y retrouve les fleurs symboliques classiques associées à la vierge Marie, le Lys blanc, la Rose, mais aussi bien d’autres espèces comme le Bleuet, la Violette, les Œillets, les Chardons, le Compagnon blanc, l’Ancolie, la Bourrache, les Pâquerettes, les Véroniques, les Pensées sauvages et même des brins de Callune toutes ces espèces étant probablement symboliques dans la chrétienté.

La Nielle des blés (Agrostemma githago) (Du grec agros (champ) et stemma (couronne), puis, en latin, gith : nom latin de la Nielle) ; elle apparaît dans le Livre de Job de l’Ancien Testament, mais en général, les plantes qu’on a identifiées dans la Bible sont différentes puisqu’il s’agit d’une flore de Méditerranée orientale alors que ce codex a été peint dans le nord de l’Europe. La Nielle de tout temps était réputée dangereuse lorsque ses graines se mélangeaient aux grains de Blé, c’est pourquoi elle a été fortement combattue et est devenue bien rare sauf dans les jardins. Plante messicole par excellence, elle se trouve beaucoup remplacée dans les enluminures de ce manuscrit par le Bleuet (Centaurea cyanus), lui aussi venu du Sud-Est avec les céréales au Néolithique. La Nielle et le Bleuet sont figurés également dans les « Grandes heures d’Anne de Bretagne ».

Dans la « Flora parisiensis » (1779), de Pierre Bulliard, sont rappelés les nombreux noms communs du Bleuet en usage au 18ème siècle: Barbeau, Casse-lunettes, Bouquet bleu, Aubifoin, Aubiton, Chevalot, Blavéole.

Le Lys blanc ou Lys de la Madone (Lilium candidum) est par excellence la fleur de la vierge Marie, dans les peintures il est souvent placé dans un vase comme ici. Il ne faut pas le confondre avec notre Lis de Saint Bruno (Paradisea liliastrum), car c’est une plante moyen-orientale, il ne pousserait guère naturellement qu’au Liban, mais il fut cultivé dès le Moyen-âge dans les jardins des monastères.

Les Œillets (Dianthus) sont les fleurs de Dieu (ou de Jupiter), c’est la racine du nom latin qui nous l’affirme. On en voit plusieurs variétés figurées sur les enluminures, certains qui sont pointillés pourraient être l’Œillet armeria (Dianthus armeria), ceux qui sont plus pâles, unis et peu dentés seraient la version originelle de l’Œillet des fleuristes (Dianthus caryophyllus), qu’on peut trouver rarement, sur les vieux murs des monuments et qui justement, seraient un vestige de cultures ornementales du Moyen-Age. Caryophyllus  ferait allusion au nom grec du girofle, dont cette plante a l'odeur (Ambroise Gentil).

La Bourrache (Borago officinalis)  et deux Véroniques identifiées (Veronica chamaedrys) (Veronica teucrium), sont figurées également dans les « Grandes heures d’Anne de Bretagne ».

‘Bourrache’ et ‘Borago’ (et par conséquent ‘Borraginacée’), viendraient peut-être du bas-latin burra : étoffe grossière à longs poils ; toutes les plantes de cette famille sont velues et rêches.

Viola tricolor, la Pensée ou Herbe de la Trinité en raison de ses trois couleurs, n’est pas distingué depuis longtemps de la petite Pensée des champs (Viola arvensis), les deux espèces sont ici représentées en semis avec la Callune et des Véroniques. Violettes et Pensées portent les mêmes significations de modestie  et d’humilité, souvent associées à Marie.

Pour la Véronique, voici le texte original de Pierre Fournier, dans Les quatre flores de la France (1946) : « Véronique, d’après la tradition, essuya le visage de Jésus portant sa croix et son voile en garda l’empreinte ; cette empreinte fut appelée Veronicon : la vraie image. C’est elle que l’on a comparée au Moyen-âge à la fleur des véroniques, où l’on trouvait le dessin rudimentaire d’un visage, les deux anthères figurant les yeux ».

L’Ancolie (Aquilegia vulgaris) ou Gant de Notre-Dame, avait aussi sa place dans les jardins du Moyen-Age. Dans le Dictionnaire étymologique de la flore francaise, d’Ambroise Gentil : « De aquilegium, réservoir d'eau. La corolle retient les gouttes de pluie. Suivant d'autres, ce nom vient d’Aquila, aigle, à cause des crochets de la corolle, comparés aux serres de l'aigle. On lui donne vulgairement le nom de ‘Aiglanthine’ ». Au Moyen-Age, Hildegarde de Bingen cultive l’Ancolie dans son jardin de simples pour soigner différents maux, crue ou le jus dilué dans le vin blanc.​​​​​​​

L’Aconit napel ou Casque de Jupiter: En Grèce, l'akoniton est une plante vénéneuse, produisant un poison puissant, on peut en enduire des flèches pour les rendre mortelles. Napellus en latin signifie en forme de navet en raison de la forme de la racine. Au Moyen-âge, la plante pouvait servir à empoisonner des renards ou des loups ; elle est très décorative mais dans cet ouvrage j’ai trouvé sa présence un peu surprenante…​​​​​​​

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #Fleurs, #voyages

Un récent voyage dans les Hautes-Pyrénées m’a permis d’enrichir mes connaissances sur la flore des montagnes particulière à cette région. Je ne pensais pas, en partant, réunir des photos pour tant de plantes endémiques de ce massif ! Je vous en ai déjà présenté deux dans mon précédent article sur les Scilles : la Scille en ombelle (Tractema umbellata), et la Jacinthe améthyste (Brimeura amethystina).

 

En voici donc 10 autres en photo récentes (Juin 2024), et sans recherches iconographiques pour chacune, ce serait trop long ! Les 7 premières sont strictement pyrénéennes.

Erisymum duriaei subsp. pyrenaicum (Nyman) P.W.Ball., le Vélar des Pyrénées ; c’est une plante des rocailles qui forme sur une pelouse rocailleuse dégagée de lumineux coussins ; il est doté de fleurs de même taille que la Giroflée, ici dans le massif de Néouvielle (le long du torrent ci-contre). Mais il peut aussi se présenter sous une forme plus haute dans une zone ombragée. Une loupe ou un compte-fil permet sur place de reconnaître un Vélar à ses poils « naviculaires » (horizontaux et fixés par le milieu).

Antirrhinum sempervirens Lapeyr., le Muflier toujours vert, trouvé sur une paroi calcaire ombragée. Les fleurs ressemblent un peu à celles de l’Asarine couchée (Asarina procumbens) mais les feuilles n’ont rien à voir !

Ramonda myconi (L.) Rchb., la Ramondie des Pyrénées qui est l’emblème de cette flore des Pyrénées.

 

Elle n’est pas rare sur les parois rocheuses ombragées et fraiches. J’ai déjà écrit un article sur elle (et sur d’autres Ramonda européennes) avec plus d’iconographies que de photos :

http://botazoom.over-blog.com/2021/03/la-ramonde-des-pyrenees.html

 

Phyteuma pyrenaicum Rich. Schulz, la Raiponce des Pyrénées, une timide des sous-bois dont l’originalité de couleur (un mauve anémique) attire à peine le regard.

Reseda glauca L., le Réséda glauque présente des brins dressés et un feuillage léger bleu-vert ; j’ai failli le négliger croyant qu’il s’agissait d’un Astérocarpe (Sesamoides purpurascens), dont l’allure est très semblable, mais les Résédas et les Astérocarpes ont des fruits très différents.

 

 

Saxifraga intricata Lapeyr., la Saxifrage intriquée, est une étrange petite espèce, dont les feuilles digitées portent des points blancs comme posés sur la surface: ce sont des hydathodes qui permettent à la plante de ‘suer’ de l’eau chargée des sels…

Geum pyrenaicum Mill., la Benoite des Pyrénées, magnifique en fleur comme en fruits avec ses styles genouillés ! C’est une plante plus haute sur tige que la Benoite des montagnes, que j’ai vue aussi. Dans les Pyrénées, cinq benoites sont possibles.

Pour les 3 suivantes, l’endémisme sur les Pyrénées n’est pas aussi strict :

Viola cornuta L., la Pensée à cornes, bien connu des jardins mais là, elle se trouve dans son aire d’origine qui s’étend à l’ouest jusque sur la Cordillère cantabrique.

Valeriana pyrenaica L., la Valériane des Pyrénées, une grande espèce montagnarde visible en bordure des torrents, qu’on prendrait facilement pour un Adénostyle. Elle est également présente sur les monts cantabriques.

Teucrium pyrenaicum L., la Germandrée des Pyrénées, que j’ai vue plusieurs fois en quelques jours  dans les Hautes Pyrénées, mais qu’il est possible de rencontrer aussi, très rarement, dans le Vercors !

Et six autres plantes endémiques, à voir dans le prochain article!

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #Fleurs, #iconographie

J’ai découvert la petite Tractema umbellata ou Scille en ombelle récemment dans les Pyrénées, c’est une espèce franco-ibérique, qu’en France on ne dissociait pas autrefois de la Scille de printemps (Scilla verna, mais maintenant Tractema verna).

Cette dernière, plus trapue, aux fleurs d’un bleu violacé, est maintenant associée exclusivement au littoral breton et existe aussi du Portugal à la Norvège (je n’ai pas de photos).

La Scille en ombelle (Tractema umbellata), un peu plus gracile, aux feuilles plus dressées est dotée de fleurs bleu-ciel dont les tépales portent une rayure centrale plus soutenue. Je l’ai prise en photo dans le Massif du Néouvielle (Hautes-Pyrénées).

Mais quelle bonne raison y avait-il de dissocier les Tractema des Scilla ? Probablement le fait qu’une bractée existe à la base de chaque pédicelle sur les Tractema et vous pourrez voir plus loin que sur ma Scilla bifolia du Fort de Tamié, aucune bractée n’est visible dans l’inflorescence. C’est également le cas pour la Scille d’automne (Prospero autumnale, mais autrefois Scilla autumnalis L.), aux fleurs lilas, commune dès la fin-aout sur les dunes littorales de Bretagne. (Prospero: ci-dessous, à droite)

 

 

 

 

 

 

 

ci-dessous: Scilla bifolia en Savoie

 

 

Depuis que des genres comme Tractema et Prospero ont été détachés du genre Scilla, il ne reste plus qu’une seule espèce de Scilla indigène en France et c’est donc Scilla bifolia, la Scille à deux feuilles. Elle peut posséder trois feuilles en fait, mais le plus souvent deux, pliées en gouttière. Outre le fait qu’aucune bractée n’existe sur la tige, c’est peut-être la longueur des pédoncules floraux notamment de ceux du bas de la tige, qui permet de reconnaître facilement cette espèce.

Pour Scilla bifolia, la gravure figurant dans la Flora austriaca de N.J.Jacquin paraît bien fidèle, montrant bien comme les pédoncules plus longs à la base qu’au sommet peuvent finir par former une inflorescence en corymbe.  

La ravissante Jacinthe améthyste (Brimeura amethystina, mais autrefois Hyacinthus amethystinus), est aussi une plante franco-ibérique que j’ai pu voir dans le massif du Néouvielle.

Sa grappe unilatérale de clochettes bleues rappelle en plus pastel et en plus discret notre Jacinthe des bois, mais celle-là possède des tépales entièrement libres même s’ils se rassemblent pour former une clochette et deux bractées soulignent le départ du pédicelle floral, alors qu’il n’en existe qu’une sur la Campanète, (c’est le nom occitan donné pour la Jacinthe améthyste dans  la Grande flore illustrée des Pyrénées de Marcel Saule). On voit bien aussi que sur cette Jacinthe améthyste la clochette est un tube soudé presque jusqu’au milieu.

 

Ci-dessous, la Jacinthe améthyste de Néouvielle

Comme vous pouvez le deviner il est difficile  de trouver des représentations anciennes fidèles à ces subtils et récents critères de différenciation parmi les Scilles !

Dans l’ouvrage réputé de Pierre Joseph Redouté sur « Les Liliacées », on trouve plus de matière et du texte en français de l’auteur!

Dans le tome 3, planche 166, il nous montre une Scilla umbellata ; à cette époque Redouté distingue cette espèce seulement de Scilla bifolia et lui donne comme territoire toute la partie occidentale de l’Europe, observée dans les Pyrénées mais aussi dans les Landes et les environs de Brest. Cependant, comme il la décrit et la montre assez pâle et très élancée, on pense plutôt à la Scille en ombelle (Tractema umbellata).

 

Dans le tome 5, planche 254, est gravée la Scille à deux feuilles, qui n’a pas changé de nom : Scilla bifolia. Redouté écrit : « Les filaments des étamines sont en forme d’alène, épais, de moitié plus courts que les segments du périgone. Les anthères sont oblongues, vacillantes, d’un bleu noirâtre et pleines d’un pollen jaune ».

Dans le tome 1, planche 14, on trouve la Jacinthe améthyste (Brimeura amethystina) sous le nom de Hyacinthus amethystinus.

Mais déjà bien auparavant, Charles de L’Ecluse nous montre un bois gravé de la Brimeura amethystina, dans « Exoticorum libri decem » (1605) sous le nom prélinnéen de Hyacinthus minor hispanicus !

 

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #Fleurs, #iconographie

Dans les régions de plaine, les Primevères les plus communes appartiennent à la section Vernales, la section Auricula est plutôt montagnarde. Il existe par exemple, trois espèces de Primula en Sarthe. On ne présente plus le Coucou (Primula veris L.) ni la Primevère acaule (Primula vulgaris Hudson) mais on peut évoquer un peu plus précisément la troisième : la Primevère élevée (Primula elatior (L.)Hill) plus rare. C’est une espèce forestière ou de lisière portant sur une tige unique un petit bouquet de fleurs jaune-pale penchant gracieusement d’un côté. Les corolles ni en clochettes, ni franchement étalées, leur couleur d’un jaune ni très pâle, ni d’un jaune lumineux, en font une sorte de moyen terme entre les deux autres et surtout, les calices ne sont pas enflés comme chez le coucou.

Je n’ai pas de photo pour illustrer ces différences mais pour comparer la Primevère élevée et le Coucou, voici une planche idéale  de H.G.L. Reichenbach, dans le vol.17 de son ouvrage "Icones florae Germanicae et Helveticae".

"Icones florae Germanicae et Helveticae" de H.G.L. Reichenbach, vol 17

"Icones florae Germanicae et Helveticae" de H.G.L. Reichenbach, vol 17

Tout le monde connait bien le Coucou, mes photos sarthoises montrent qu’il possède aussi un bouquet unilatéral et que les calices ne s’emboitent pas sur le tube de la corolle mais sont au contraire très lâches.

La Primevère acaule (photos en Bretagne), a un port beaucoup plus ramassé, une fleur unique sur une tige courte et les corolles bien étalées sont parfois presque blanches. On voit là que les jeunes feuilles sont très gaufrées avec des bords révolutés, c’est un critère commun aux trois espèces; au cours de la floraison les feuilles ont tendance à s’aplanir.

 

 

Les hybrides naturels de ces trois espèces sont donc logiquement au nombre de trois, officiellement nommés :

  • Primula x digenea (P.vulgaris par P.elatior)
  • Primula x media (P.elatior par P.veris)
  • Primula x polyantha (P.vulgaris par P.veris)

Primula x polyantha

En fait, ce dernier serait le plus fréquent du moins en Sarthe. Les territoires des trois espèces s’y recouvrent peu ; les parents sont en présence  surtout  dans l’Ouest du département car la primevère acaule se localise de préférence sur le massif armoricain, et le coucou est plus fréquent dans le Centre et l’Est de la Sarthe. Cet hybride présente un aspect très variable et ressemble parfois beaucoup à la primevère élevée. Je l’ai photographié en 1991 en Charnie au bord du Palais au cours d’une sortie botanique.

On nous fit remarquer sa robustesse, ses clochettes plus larges et plus pâles que sur le Coucou, son bouquet restant dressé sur une tige bien plus haute que celle de la primevère acaule mais non penché en position unilatérale comme sur le Coucou ou la Primevère élevée.

 

 

En 1905, le botaniste sarthois Ambroise Gentil a écrit un article intitulé : « Observations à propos de Primevères hybrides » ou il cite cet hybride  sous son ancien nom : Primula x variabilis entre  Parigné l’évêque et Ruaudin. Il y démontre l’importance du vent supérieure à celle des insectes pour que surviennent ces hybrides, et leur variation d’aspect est, pour lui, due à l’influence plus grande du pied mère : le porte-graine sur lequel est venu se déposer le pollen (qui vient du père) amené par le vent. Deux morphologies bien distinctes en découleraient selon que le pied mère est le coucou ou la primevère acaule.

 

La primevère rouge :

Dans de vieux jardins de plaine se reproduisent d’années en années des primevères du type acaule dont la couleur rose à rose carné prête à polémique. Il existe bien, dans la nomenclature française une Primevère rouge (Primula vulgaris subsp rubra (Sm.) Arcang.) anciennement P.Sibthorpii Hoffmanns, originaire des Balkans, qui se naturalise dans les jardins et s’échappe dans la nature, c’est donc une espèce subspontanée.

Primula vulgaris subsp rubra (Sm.) Arcang.  se croise surtout facilement avec sa cousine sauvage jaune pâle (Primula vulgaris Hudson) et donne ainsi des populations d’un rose plus pâle (Primula x anglica), instables, qui finissent par être réabsorbées par la Primevère acaule.

Des auteurs anglais assurent que la Primevère rouge est arrivée vers 1638. Elle serait, pour eux, impliquée aussi dans la parenté des anciens Polyanthus de jardins : ce nom apparaît à la fin du 17ème siècle.

Primula vulgaris subsp rubra (Sm.) Arcang. apparaît en tant qu’espèce native dans la Flora Graeca (vol 2, t 84). Les dix volumes furent publiés au début du 19ème siècle par John Sibthorp, professeur de botanique à Oxford. Les planches originales furent peintes par le célèbre illustrateur autrichien : Ferdinand Bauer.

Primula x media : Cet hybride de la Primevère élevée et du Coucou est mentionné aussi en Sarthe par Ambroise Gentil, il y a été revu en 2004, mais il est bien plus rare.

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #Fleurs, #iconographie

Le Tussilage et les Pétasites sont des plantes souvent associées et remarquables pour leur floraison hivernale.

Si le Pétasite blanc et le Pétasite hybride (ou Pétasite officinal) sont deux espèces surtout montagnardes qu’on peut rencontrer entre deux névés, le Tussilage est présent aussi en plaine. Enfin une dernière espèce plus récemment nommée le Pétasite des Pyrénées fait mentir la règle comme quoi des feuilles de belle taille se déploient seulement après la floraison.

Le Pétasite officinal, (Photo ci-contre, sur un col de Haute-Savoie en tout début de floraison) figure de belle façon dans un ouvrage de 1774 au titre long : « La botanique mise à la portée de tout le monde, ou, Collection de planches représentant les plantes usuelles d'après nature, avec le port, la forme & les couleurs qui leur sont propres : gravées d'une manière nouvelle...». Auteurs : Nicolas-François Regnault, 1746-1810, Geneviève de Nangis Regnault (1746-1802). Il est difficile d’attribuer la rédaction du texte à l’un ou à l’autre de ces deux auteurs, par contre le dessin d’origine de ce Pétasite est bien signé Geneviève de Nangis Regnault. Vous noterez le nom usuel d’Herbe aux Teigneux et dans le texte joint l’auteur écrit : « On se sert rarement des feuilles, si ce n’est pour les appliquer sur la tête des enfants qui ont la teigne ».

Linné avait bel et bien rapproché le Tussilage des Pétasites, au point qu’il avait nommé notre actuel  Petasites hybridus (L.) G.Gaertn., B.Mey. & Scherb. (soit le Pétasite officinal) : Tussilago petasites L. comme on peut le voir sur la gravure  de  Geneviève de Nangis Regnault. Mais en page 866 du Species Plantarum de Linné, figure aussi un Tussilago hybrida, également reconnu comme notre Pétasite officinal actuel…

Ces confusions anciennes ne sont pas surprenantes car ces deux genres de Composées à floraison hivernale font pousser après la floraison des feuilles assez semblables, et leur tige florale est garnie de bractées écailleuses. En dehors de l’évidente différence de couleur des fleurs, les Pétasites ont des fleurons tous hermaphrodites alors que le Tussilage possède des ligules sur la circonférence.

Le Tussilago alba de Linné est devenu notre Petasites albus (L.) Gaertn., le Pétasite blanc, une plante montagnarde qui évite les Pyrénées, ici prise en photo sur le Semnoz, entre des plaques de neige et avec un tout début de feuillage.

Ces deux premières espèces sont illustrées, en compagnie du Tussilage, dans le vol. 16 d’un autre bel ouvrage en 24 volumes : « Icones florae Germanicae et Helveticae… », les auteurs sont H.Gottlieb Ludwig Reichenbach, puis son fils H.Gustav Reichenbach, sans doute l’auteur des dessins signant  Rchb fil.del.

https://www.biodiversitylibrary.org/item/29324#page/115/mode/1up

Pétasite blanc, Pétasite officinal, et Tussilage, dans « Icones florae Germanicae et Helveticae… »
Pétasite blanc, Pétasite officinal, et Tussilage, dans « Icones florae Germanicae et Helveticae… »
Pétasite blanc, Pétasite officinal, et Tussilage, dans « Icones florae Germanicae et Helveticae… »

Pétasite blanc, Pétasite officinal, et Tussilage, dans « Icones florae Germanicae et Helveticae… »

Sur la deuxième gravure figure Petasites vulgaris Desf. C'est un synonyme reconnu de Petasites hybridus (L.) G.Gaertn., B.Mey. & Scherb. pour le Pétasite officinalLe Pétasite blanc et le Tussilage n'ont pas changé de nom latin.

Voici le Tussilage (Tussilago farfara L.), photographié près d'Annecy sur le lit caillouteux d'un cours d'eau montagnard.

Et pour finir, voici donc ce dernier Pétasite, inconnu de Linné.

Le Pétasite odorant  ou Pétasite des Pyrénées (Petasites pyrenaicus (L.) G.Lopez), se distingue aisément car feuillage et floraison sont chez lui synchrones. Il n’est pas spécialement montagnard (mes photos viennent de St Nazaire). Les feuilles en forme de rein, forment un tapis d’où émergent des tiges plus élancées et un bouquet floral plus ouvert. Il faut noter la présence sur le pourtour des petits capitules de quelques fleurs courtement ligulées, c’est un autre critère notoire qui le différencie des deux autres.

J’ai consulté le texte historique témoignant de son apparition tardive dans notre flore d’Europe de l’Ouest dans les "Actes de la société d'histoire naturelle de Paris : tome premier" (1792), sous le titre : « Nouvelle espèce de Tussilage » par M.Villars. L’auteur, après sa description latine, faite d’après des exemplaires du Jardin botanique de l’Ecole vétérinaire de Lyon, provenant d’une cueillette locale ‘au bas du Pila’, nous dit que l’espèce trace et ne se multiplie que trop par ses racines et il ajoute quatre Observations :

  1. Elle fleurit la première, et vers la fin de décembre
  2. Ses feuilles sont entières, et accompagnent les fleurs
  3. Ses fleurs sont très odorantes, sentant le noyau
  4. Ses fleurs sont vraiment radiées à la marge

Ce Pétasite odorant est encore nommé Tussilago fragrans sur l’illustration jointe au texte de M.Villars, puis Petasites fragrans (Vill.) C.Presl avant de gagner son nom latin actuel : Petasites pyrenaicus (L.) G.Lopez.

En fait sa provenance semble plus méridionale : Italie, Sardaigne, Sicile, Afrique septentrionale, et pourtant il n’y est plus répertorié en abondance alors que sur la façade Ouest de l’Europe, il s’est facilement naturalisé.

 

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #voyages, #Fleurs

Les Causses, sur leurs pelouses sèches et rocailleuses offrent au botaniste et au photographe, un terrain de jeu exceptionnel au mois de Mai-Juin. Ce printemps 2023, notre semaine de balade  sur ces lieux, m’a enthousiasmée ; j’ai choisi trois sites sur le Causse du Larzac, mais le Causse noir et le Causse Méjean auraient tout autant à montrer…

Premier site sur le Larzac : nous allons vers Pierrefiche, une belle pelouse sèche avec de nombreuses orchidées : l’Orchis singe (Orchis simia), et l’Orchis bouffon (Orchis morio), puis en lisière d’un bois clair la Platanthère à deux feuilles (Platanthera bifolia), l’Ophrys mouche des Causses ou Ophrys d’Aymonin (Ophrys aymoninii) qu’on reconnait au bord jaune du labelle.

Orchis simia, Orchis morio, Ophrys aymoninii, Platanthera bifolia.
Orchis simia, Orchis morio, Ophrys aymoninii, Platanthera bifolia.
Orchis simia, Orchis morio, Ophrys aymoninii, Platanthera bifolia.
Orchis simia, Orchis morio, Ophrys aymoninii, Platanthera bifolia.
Orchis simia, Orchis morio, Ophrys aymoninii, Platanthera bifolia.

Orchis simia, Orchis morio, Ophrys aymoninii, Platanthera bifolia.

Voici une dernière orchidée, l’Homme pendu (Aceras anthropophorum), mais nous sommes déjà sur un autre site près du hameau de La Blaquière, sur une pelouse rocailleuse où abondait le Rosier pimprenelle (Rosa pimpinellifolia L.) montré récemment dans le blog ; il est ici mélangé avec une crucifère, l’Ibéris penné (Iberis pinnata L.) (ci-dessous en fruits).

Au-delà  des Buis, une autre parcelle montrait une graminée typique qui dit clairement d’où vient le vent, le Stipe penné, en mélange avec les taches bleues que forment les touffes d’Aphyllante, au loin un spectaculaire rocher percé, le Roc Trauca.

 

Le Stipe penné, (Stipa pennata L.), à maturité déploie de très longues et souples arêtes plumeuses ; Christian Bernard dans « Fleurs et  paysages des Causses », (Editions du Rouergue), donne deux autres noms évocateurs : Cheveu d’ange et Cheveu de vieille.

On ne confondra pas la Cardoncelle molle (Carduncellus mitissimus) avec la Cardabelle (ou Carline à feuilles d’acanthe, Carlina acanthifolia), les deux espèces sont présentes sur ce site. C’est aussi aux alentours du Roc Traucat que j’ai eu le plaisir de voir fleurie  l‘Anémone pulsatille de Coste (Pulsatilla vulgaris var. costeana) qui est très soyeuse. C’est celle qui est le plus souvent citée dans les Causses bien qu’il existe aussi dans cette région une Anémone pulsatille tardive, plus rougeâtre et moins velue.

Cardoncelle molle, Cardabelle et Anémone pulsatille de Coste
Cardoncelle molle, Cardabelle et Anémone pulsatille de Coste
Cardoncelle molle, Cardabelle et Anémone pulsatille de Coste

Cardoncelle molle, Cardabelle et Anémone pulsatille de Coste

Sur le troisième site, pas loin du Viaduc, j’ai trouvé un arbrisseau typique des landes rocailleuses, la Spirée à feuilles de Millepertuis (Spiraea hypericifolia subsp. obovata), vue ici sur le bord du Causse ; on aperçoit Millau au fond. Un Ophrys jaune (Ophrys lutea) bien tardif m’a prise par surprise et j’ai révisé mes composées jaunes avec deux nouveautés pour moi : le Crépis blanc (Crepis albida) et le Scorzonère hirsute (Scorzonera hirsuta).

Spirée à feuilles de Millepertuis, Ophrys jaune, Crépis blanc et Scorzonère hirsute.
Spirée à feuilles de Millepertuis, Ophrys jaune, Crépis blanc et Scorzonère hirsute.
Spirée à feuilles de Millepertuis, Ophrys jaune, Crépis blanc et Scorzonère hirsute.
Spirée à feuilles de Millepertuis, Ophrys jaune, Crépis blanc et Scorzonère hirsute.

Spirée à feuilles de Millepertuis, Ophrys jaune, Crépis blanc et Scorzonère hirsute.

Pas de gravures anciennes cette fois-ci, beaucoup de photos!

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #Botanistes, #Fleurs, #iconographie

J’ai pu voir et photographier les trois Frankénies visibles en France ; ce sont des plantes vivaces rampantes, des sous-arbrisseaux qui ne craignent pas la sécheresse et apprécient les zones salées. Leurs tiges fines mais assez ligneuses sont très divisées et à rameaux courts ce qui donne une allure en tapis et le randonneur perçoit leurs fleurettes roses souvent trop tard pour les éviter ! Ci-dessous, la Frankénie hirsute, en Catalogne sur le cap de Creus.

Le limbe des petites feuilles à bords plus ou moins révolutés, présente des glandes excrétrices de sel. Ces glandes sont sans doute responsables de l’aspect de surface des feuilles de la Frankénie pulvérulente (ci-dessous), j’avais d’abord cru à des grains de sable restés collés en surface.

Seule la  Frankénie lisse ou Bruyère maritime (Frankenia laevis L.) remonte le long des côtes atlantiques jusqu’en Grande Bretagne. Par rapport aux deux autres espèces elle reste cantonnée plutôt en Europe de l’Ouest. Mes photos sont prises sur l’ile d’Oléron.

Frankenia laevis, sur l'ile d'Oléron.
Frankenia laevis, sur l'ile d'Oléron.

Frankenia laevis, sur l'ile d'Oléron.

En 1753 Linné crée le nom de genre Frankenia, dont découle la famille des Frankeniaceae, en hommage à Johannes Franck. Johannes Franck ou Johan Franckenius, (1590 -1661) était un botaniste et professeur suédois, recteur de l'Université d'Uppsala.

Les trois Frankénies figurent donc dans le Species Plantarum de Linné, avec plus de références anciennes pour Frankenia laevis. Pour sa répartition, il cite « Habitat en Europe australe maritime », et pour la Frankénie hirsute (Frankenia hirsuta L.) il mentionne «Habitat dans les Pouilles, Crète».

 

 

Mais sur une planche de Pier Antonio Michelli (1679-1737), dans son « Nova Plantarum Genera », figurent Frankenia laevis en haut (Fig 1) et Frankenia hirsuta en bas (Fig 2). On peut voir que c’est en réalité ce botaniste italien du 17ème siècle qui avait créé le genre Franca faisant référence à un médecin florentin, le docteur Jean Sébastien Franchi, inconnu de Linné.

https://bibdigital.rjb.csic.es/records/item/11953-nova-plantarum-genera

Frankenia laevis en haut (Fig 1) et Frankenia hirsuta en bas (Fig 2), planche de Pier Antonio Michelli.

Frankenia laevis en haut (Fig 1) et Frankenia hirsuta en bas (Fig 2), planche de Pier Antonio Michelli.

Sur la Frankénie hirsute, ce sont surtout les calices qui sont hérissés de longs poils. Ma photo est prise en Catalogne, sur le cap de Creus, très exposé aux embruns, mais elle peut aussi se trouver dans des prés salés littoraux. Sa répartition n’est pas que méditerranéenne. Vers l’Est, elle est présente en Europe centrale et méridionale et atteint les bords de la Mer noire et de la mer Caspienne.

La Frankénie pulvérulente (Frankenia pulverulenta L.), figure déjà sous une ancienne nomenclature de Charles de l’Ecluse (1526-1609) : Anthyllis valentina dans son Rariorum Plantarum Historia (1601).

https://www.biodiversitylibrary.org/page/529649#page/562/mode/1up

On retrouve la même planche dans l’Icones Stirpium (1581) de Matthias de L’Obel (1538-1616).

La Frankénie pulvérulente s’étend vers l’Est à peu près de la même façon que la Frankénie hirsute, sur l’hémisphère Nord mais grande différence : elle existe aussi dans l’hémisphère Sud (Argentine, Afrique du Sud, Australie).

Photo ci-dessous, prise en Catalogne.

Comme d’habitude, les deux gravures originales qui suivent, tirées de la Flora Graeca et illustrées par Ferdinand Bauer ont été numérisées par les Bibliothèques Bodleian, de l’Université d'Oxford, je les remercie de m’avoir autorisée à vous montrer ces deux Frankénies.

https://digital.bodleian.ox.ac.uk/collections/flora-and-fauna-graeca/

 

Frankenia pulverulenta , puis Frankenia hirsuta, Flora Graeca, gravures de Ferdinand Bauer
Frankenia pulverulenta , puis Frankenia hirsuta, Flora Graeca, gravures de Ferdinand Bauer

Frankenia pulverulenta , puis Frankenia hirsuta, Flora Graeca, gravures de Ferdinand Bauer

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #Fleurs, #iconographie

Ceux d’entre vous qui me suivent ne seront pas surpris si une fois de plus je me reporte au texte fondateur de Carl Linné : le Species Plantarum. Il se trouve que je n’ai pas encore abordé une série d’œillets qui ont en commun d’être disposés agrégés en haut de la tige, et voyant que dans le texte de Linné, ils figuraient regroupés en début du chapitre dédié aux Dianthus sous la rubrique générale « Dianthus flores aggregati », j’y ai vu un appel pour ce nouvel article !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’œillet arméria (Dianthus armeria L.), n’est pas rare du tout mais il passe inaperçu, ses petits pétales étroits pointillés de blanc sont pourtant bien élégants ; il est doté de bractées très longues et fines, vertes et velues au contraire de l’œillet des Chartreux Dianthus carthusianorum L. dont les bractées scarieuses sont brunes, plus larges et assez brusquement terminées par une pointe au sommet. Ci-dessous Dianthus armeria , puis Dianthus carthusianorum.

L’Œillet armeria est illustré, magnifié et toutes ses parties détaillées dans  la « Deutschlands flora » (1798-1855) auteurs : Sturm, J., Sturm, J.W. On y trouve aussi une étude semblable pour l’Œillet des Chartreux.

« Deutschlands flora » (1798-1855) auteurs : Sturm, J., Sturm, J.W. , Dianthus armeria puis Dianthus carthusianorum
« Deutschlands flora » (1798-1855) auteurs : Sturm, J., Sturm, J.W. , Dianthus armeria puis Dianthus carthusianorum

« Deutschlands flora » (1798-1855) auteurs : Sturm, J., Sturm, J.W. , Dianthus armeria puis Dianthus carthusianorum

Ce bel Œillet des Chartreux trouvé sur le Mont Olympe (mention en bas à droite), fut peint par Ferdinand Bauer, c’est une étude préparatoire à l’aquarelle pour la Flora Graeca de John Sibthorp, peut-être est-ce lui ou Sibthorp qui a signalé en bas à gauche une correction à apporter : les pétales doivent porter quelques poils ! 

Dianthus carthusianorum, pour la Flora Graeca de John Sibthorp, dessin de Ferdinand Bauer

Dianthus carthusianorum, pour la Flora Graeca de John Sibthorp, dessin de Ferdinand Bauer

Cet Œillet figure enfin sur les belles planches de la flore du Royaume de Prusse « Flora regni Borussici » (1832-1844), auteur : A.G.Dietrich, et on le trouve aussi sur une planche (pl 2039) du Curtis’s Botanical Magazine.

 « Flora regni Borussici » (1832-1844), auteur : A.G.Dietrich; puis pl 2039 du Curtis’s Botanical Magazine.
 « Flora regni Borussici » (1832-1844), auteur : A.G.Dietrich; puis pl 2039 du Curtis’s Botanical Magazine.

« Flora regni Borussici » (1832-1844), auteur : A.G.Dietrich; puis pl 2039 du Curtis’s Botanical Magazine.

Aux deux vrais Dianthus, Dianthus armeria L. (l’œillet arméria) et Dianthus carthusianorum L. (l’œillet des Chartreux), on peut ajouter Dianthus barbatus L. (l'Œillet barbu), plus commun dans les jardins que dans la nature (c’est une espèce vulnérable dans son habitat naturel). Ces trois-là figurent toujours de nos jours en début de la clé d’identification de la Flora Gallica.

 

Je n’ai pas de photo pour l’Œillet barbu, dont les feuilles sont plus larges que sur l’œillet des Chartreux et les têtes florales plus fournies et globuleuses. Voici ci-contre un morceau d’un vélin attribué à Madeleine Basseporte (1701-1780), protégée de Madame de Pompadour et auteur de superbes vélins détenus maintenant par la BNF et par la Morgan Library.

 

Une autre peinture de Hans Simon Holtzbecker provient du Gottorfer Codex (1649-1659), car cet Œillet barbu est depuis le moyen-âge un ornement des jardins.

La classification linnéenne, ci-dessus, si elle semblait pertinente à l’époque ne l’est plus aujourd’hui car l’Œillet prolifère, autrefois nommé Dianthus prolifer, puis Tunica prolifera (L.)Scop., ne fait plus partie des Œillets, mais du genre Petrorhagia, c’est Petrorhagia prolifera (L.)P.W.Ball & Heywood.

 

 

 

Une aquarelle originale de Georg Dyonisius Ehret provenant d’une collection d’originaux détenue par la Morgan Library and Museum, représente ce Dianthus prolifer L.

 Dianthus prolifer L. par Georg Dyonisius Ehret

Dianthus prolifer L. par Georg Dyonisius Ehret

Il fut peint aussi par Ferdinand Bauer, c’est une étude préparatoire à l’aquarelle pour la Flora Graeca de John Sibthorp. Dans la nature, il est parfois abondant, parfois sa couleur est plus vive et il semble uniflore comme sur la planche de Bauer, mais il s’agit bien du même !

Dianthus prolifer pour la Flora Graeca de John Sibthorp, par Ferdinand Bauer

Dianthus prolifer pour la Flora Graeca de John Sibthorp, par Ferdinand Bauer

Les dessins et aquarelles originaux de la Flora Graeca par Ferdinand Bauer ont été numérisés par les Bibliothèques Bodleian, de l’Université d'Oxford, je les remercie de m’avoir autorisée à vous montrer ces deux Œillets.

https://digital.bodleian.ox.ac.uk/collections/flora-and-fauna-graeca/

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #Fleurs, #iconographie

Ce printemps, pendant mon séjour en Juin dans les environs de Millau, j’ai enrichi mes connaissances en matière de Silènes. Il s’agit d’une très vaste famille et j’en suis aux balbutiements !

Un silène que je désirais voir depuis longtemps, le Silène conique (Silene conica L.), n’est pourtant pas rare, mais il se trouve que sur les Causses à l’altitude moyenne d’un peu plus de 1000 mètres il fleurit un peu plus tard que dans le Midi et il est très présent sur ces sols rocailleux. Quand on le découvre, aucune erreur possible : c’est le seul doté d’un calice très gonflé en vessie et ornementé de plus de trente nervures en relief.

Silene conica, du côté de Millau
Silene conica, du côté de Millau

Silene conica, du côté de Millau

Sa fleur est munie au cœur d’une couronne d’écailles, mais c’est vrai aussi pour d’autres espèces comme le Silene rubella (ci-dessous), que j’ai vu en Catalogne;

ou encore le Silene colorata (ci-dessous), un autre espagnol déterminé de façon un peu approximative peut-être…

Je n’ai pu résister à montrer ces photos qui illustrent bien la diversité de morphologie sur les calices de silènes.

Le Silène de France (Silene gallica L.) est très commun dans les herbages catalans, il possède aussi de petites corolles roses et une couronne d’écailles centrale ; il est surtout doté d’une pilosité impressionnante sur ses calices. Bien que l’allure floue et confuse ne le montre pas bien, l’inflorescence terminale reste simple, cela se voie sur le rameau de gauche dans la photo.

 

Le Silène de Nice (Silene nicaeensis All.) existe dans le Midi ; on peut le trouver sur les plages ; son écologie et son allure avec tous ces petits grains de sable collés au calice, laissent peu de doute sur son identité. Il fait partie de ces silènes blancs dont le revers des pétales est teinté d’une belle couleur fumée qui se révèle quand les pétales se retroussent en fin de floraison. Il est visqueux au contact tout comme les deux espèces suivantes.

Le Silène de Nice (Silene nicaeensis All.) sur une plage de Catalogne
Le Silène de Nice (Silene nicaeensis All.) sur une plage de Catalogne

Le Silène de Nice (Silene nicaeensis All.) sur une plage de Catalogne

Le Silène penché (Silene nutans L.), avec son inflorescence unilatérale et penchée se distingue du Silène d’Italie dont les fleurs se tiennent plus dressées.

Et puis la silhouette allongée du calice du Silène d’Italie (Silene italica (L.) Pers.), révèle un plus long carpophore: lorsque la capsule se forme on voit bien apparaître un pied auparavant compris dans le calice et qui se détecte au vu de la base amincie du calice au moment de la floraison. La hauteur de cette espèce de pied interne, relative à celle de la capsule qui s’est formée au-dessus à la fructification, est un critère important à considérer !

Le Silene d'Italie (Silene italica (L.) Pers.) sur le Causse noir
Le Silene d'Italie (Silene italica (L.) Pers.) sur le Causse noir

Le Silene d'Italie (Silene italica (L.) Pers.) sur le Causse noir

Le Silene fortunei tiré du Curtis’s botanical magazine (ill 7649), représente Silene fissipetala, une espèce chinoise ; je le montre ici parce qu’il est assez proche morphologiquement du Silène d’Italie d’après le texte de Curtis comme le montre aussi la coupe sur le calice.

On croirait presque avoir affaire à l’un de ces beaux Œillets montagnards très laciniés (Dianthus superbus ou Dianthus hyssopifolius), dont j’avais traité dans cet article : 

http://botazoom.over-blog.com/2021/08/sur-le-col-de-crozet.html

 

Les dessins et aquarelles originaux de la Flora Graeca par Ferdinand Bauer ont été numérisés par les Bibliothèques Bodleian, de l’Université d'Oxford, je les remercie de m’avoir autorisée à vous montrer les deux silènes qui suivent.

https://digital.bodleian.ox.ac.uk/collections/flora-and-fauna-graeca/

 

Silene conica L., puis Silene italica (L.) Pers., dessins préparatoires de Ferdinand Bauer pour la Flora graeca, de John Sibthorp
Silene conica L., puis Silene italica (L.) Pers., dessins préparatoires de Ferdinand Bauer pour la Flora graeca, de John Sibthorp

Silene conica L., puis Silene italica (L.) Pers., dessins préparatoires de Ferdinand Bauer pour la Flora graeca, de John Sibthorp

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