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Botazoom, Botanique et Iconographie

Botazoom, Botanique et Iconographie

Ce blog est destiné aux curieux de botanique. En s’appuyant sur les photos que j’ai pu faire en voyage, et sur de l’iconographie ancienne, il rentre un peu dans les détails qui m’ont permis d’identifier une espèce, mais son contenu doit être considéré comme celui d’une botaniste amateur !

fleurs

Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Fleurs, #Botanique, #iconographie

Chez les carlines les feuilles sont très épineuses mais la tige elle-même n’est pas hérissée de piquants. Sur le capitule, les nombreux fleurons (ou fleurs tubulées) du centre sont entourés d’une couronne de fausses ligules qui sont en fait les bractées internes de l’involucre qui se retournent élégamment.

Ces fausses ligules bien visibles (sauf chez une espèce rare du genre : C. gummifera) ont d’ailleurs une texture plus coriace et nacrée, bien différente de la fragilité d’une ligule (‘pétale’ de la marguerite par exemple) qui ne trompe pas. C’est ce qui les différencie principalement des autres genres dans la famille des Astéracées et plus précisément dans la tribu des Cardueae qui regroupe tous les chardons et cirses de notre flore.

Les bractées externes de l’involucre portent en revanche des divisions latérales sur toute leur longueur (pennatipartites à pennatiséquées) et tous ces petits segments sont épineux, on distingue ces bractées externes des feuilles hautes de la tige car leur courbure emboite la forme du capitule.

La couleur de ces fausses ligules est plus variable qu’on le penserait : jaune très pâle sur la Carline vulgaire (Carlina vulgaris L.), d’un jaune plus franc chez la Carline à feuilles d’acanthe (Carlina acanthifolia All.), d’un superbe blanc nacré sur la Carline acaule (Carlina acaulis subsp. caulescens (Lam.) Schübl. & G.Martens), elles sont roses sur la Carline laineuse (Carlina lanata L.).

 

Carlina vulgaris est très commune, ici, sur les anciennes ardoisières de Trélazé près d'Angers
Carlina vulgaris est très commune, ici, sur les anciennes ardoisières de Trélazé près d'Angers

Carlina vulgaris est très commune, ici, sur les anciennes ardoisières de Trélazé près d'Angers

La Carline à feuilles d’acanthe, Cardabelle, Chardousse ou encore Baromètre, (mais ce dernier nom vernaculaire s’applique presque autant aux autres carlines) se rencontre fréquemment sur les Causses. Une fois bien secs, les grands capitules (10 à 15 cm de diamètre) blonds et très légers sont emportés par le vent. Le revers de ses feuilles est assez glauque presque blanchâtre.

Carlina acanthifolia, sur les Causses
Carlina acanthifolia, sur les Causses
Carlina acanthifolia, sur les Causses

Carlina acanthifolia, sur les Causses

Cette Carline acaule ci-dessous, a été prise en photo sur le Mont Ventoux. Le nom commun de Baromètre pour les carlines vient du fait que les capitules s’étalent ou se referment selon l’humidité ambiante. On peut consommer le cœur de ce capitule en bouton, comme l’artichaut, mais je m’en voudrais de faire une telle cueillette !

Carlina acaulis, sur le Mont Ventoux

Carlina acaulis, sur le Mont Ventoux

La Carline laineuse que j’ai eu le plaisir de trouver sur la plaine steppique de Crau ne pousse que sur des terrains arides et pierreux. Son capitule est de taille plus modeste comme celui de la Carline vulgaire mais il est plus rare !

Carlina lanata, sur la plaine de Crau
Carlina lanata, sur la plaine de Crau

Carlina lanata, sur la plaine de Crau

Voici maintenant une belle carline espagnole dont les fausses ligules ont une teinte caramel autour d’une boule fournie de fleurons jaune d’or, photographiée en Galice. C’est très probablement une Carlina corymbosa mais en Espagne il existe trois sous-espèces, et celle-ci semble un peu différente de la sous-espèce française (subsp. corymbosa), de toute façon très méditerranéenne.

Carlina corymbosa, en Galice
Carlina corymbosa, en Galice
Carlina corymbosa, en Galice

Carlina corymbosa, en Galice

Deux illustrations pour C.corymbosa et C.lanata se trouvent dans le volume 9 de 1837 de la « Flora Graeca », par John Sibthorp, James Edward Smith,  John Hawkins et John Lindley; ouvrage illustré et gravé par Ferdinand Bauer, James Sowerby, James de Carle Sowerby, et John White.

Carlina corymbosa et Carlina lanata, dans la Flora graeca, de John Sibthorp (1837)
Carlina corymbosa et Carlina lanata, dans la Flora graeca, de John Sibthorp (1837)

Carlina corymbosa et Carlina lanata, dans la Flora graeca, de John Sibthorp (1837)

Pour la belle Carline acaule, j’ai trouvé une eau-forte dans le « Recueil des plantes gravées par ordre du roi Louis XIV », de Dodart (1788). Nicolas Robert, y représente Carlina acaulos magno flore, ce qui correspond de nos jours à la Carline acaule.

A mon avis la gravure de Nicolas Robert évoque plus la Carline à feuilles d’acanthe qui elle, est vraiment acaule, car ce n’est pas le cas du moins en France pour la Carlina acaulis L. subsp. caulescens (Lam.) Schübl. & G.Martens ; la sous espèce acaulis n’étant pas présente en France. Dans la légende, les fleurs sont d’ailleurs décrites comme jaune pâle et d’autre part, les feuilles présentent des limbes élargis qui ne correspondent guère à une description actuelle de la Carline acaule.

Recueil des plantes gravées par ordre du roi Louis XIV, dessin et gravure de Nicolas Robert

Recueil des plantes gravées par ordre du roi Louis XIV, dessin et gravure de Nicolas Robert

Sur cette autre représentation de Carlina acaulos magno flore qui se trouve dans « Thesaurus rei herbariae », de Georg Wolfgang Knorr (1750-1772), en revanche, on a bien une vraie tige (même un peu longue !), et des feuilles très épineuses et pennatiséquées comme il se doit pour cette espèce.

"Thesaurus rei herbariae", de Georg Wolfgang Knorr

"Thesaurus rei herbariae", de Georg Wolfgang Knorr

On trouve au sujet de la Carline acaule quelques notes anciennes de Cazin, (Traité des plantes médicinales, 1868) sur :

https://uses.plantnet-project.org/fr/Carline_(Cazin_1868)

Il nous y apprend entre autres détails, que « Les chèvres la recherchent, les vaches et les autres bestiaux la négligent ».

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Fleurs, #voyages, #iconographie

En attendant avec impatience de pouvoir retourner en séjour aux Antilles, je révise toutes les photos que j’ai prises en janvier dernier et parfois je parviens même à identifier certaines plantes qui restaient plus difficiles à nommer ! Je vous ai parlé déjà de différents sites de Guadeloupe mais je m’aperçois que je n’ai montré aucune image de la pointe Nord de Grande-Terre. Deux sites entre autres, sont remarquables : la Pointe de la Grande Vigie et la Porte d’Enfer. Il s’agit d’une côte rocheuse assez haute qui domine la mer ; un sentier littoral y offre des vues magnifiques bien évidemment !

 

 

Sur la Pointe de la Grande Vigie, on trouve la flore typique des sites secs et ventés. Elle se présente de préférence sous la forme prostrée de coussins composés de plusieurs espèces entremêlées. Un peu en arrière des arbustes parviennent à dominer par exemple ce Câprier (ci-contre) ou encore le Gommier rouge (Bursera simaruba) ci-dessous.

Nous faisons ce jour-là un petit tour de la pointe et je photographie les plantes suivantes pour lesquelles j’ai choisi de vous donner les noms créoles qui sont si imagés.

Une Composée jaune très commune : Wedelia calycina  (Bouton d’or, Zèb solèy, Zèb a bèf)

Un Lantana qui donne de petits fruits ressemblant à des framboises, c'est le Ti bòm, Bòm blan, Sòj, Mari dèyè lopital et en latin Lantana involucrata. Cet arbrisseau est un peu différent de l’arbuste qui se trouve à l’occasion dans nos jardins de métropole (Lantana camara).

Une Euphorbiacée très étonnante : Pedilanthus tithymaloides (Pantouf, Bwa lèt, Patagon).

En alternance avec mes photos, vous verrez des planches de botanique sur ces mêmes espèces. En effet, en cherchant des illustrations anciennes des plantes particulières que j’avais vues là, je suis tombée sur l’Expédition Sessé et Mociño, (Expedición Botánica al Virreinato de Nueva España) (1787 à 1803).  

Demeurant déjà au Mexique, Martín Sessé, médecin espagnol est l’initiateur de cette expédition ; José Mariano Mociño en fut le botaniste le plus actif mais pas le seul. Lors de ce long voyage, de nombreuses espèces nouvelles ont été inventoriées pour les vastes territoires de la Nouvelle-Espagne et beaucoup de dessins et d’aquarelles botaniques furent réalisés. Deux artistes mexicains, Juan de Dios Vicente de la Cerda et surtout Atanasio Echeverría (Plus tard De Candolle donnera son nom aux plantes du genre Echeveria), sont les principaux auteurs de ces illustrations. Souvent inachevées, elles ne sont mises en couleur que sur des zones-témoin, par exemple sur une ou deux corolles (de face et de profil) puis sur une tige un pétiole et une ou deux feuilles (le dessus et le dessous) et elles sont certainement exécutées d’après nature. Dommage qu’elles ne soient pas signées.

Lantana et Pedilanthus (Expedición Botánica al Virreinato de Nueva España) (1787 à 1803).
Lantana et Pedilanthus (Expedición Botánica al Virreinato de Nueva España) (1787 à 1803).

Lantana et Pedilanthus (Expedición Botánica al Virreinato de Nueva España) (1787 à 1803).

A la Porte d’Enfer, le coteau est occupé en partie par l’Acacia tortuosa, (en créole : Ponpon jòn, Akasya bòd lanmè, Akasya savann) très épineux avec des fleurs en boules jaunes, et des branches en zigzag.

De l'autre côté de la route un éboulis rocheux avec trois nouveautés tapissant le cailloutis :

Ernodea littoralis, la Liane sèche, qui porte de petites baies comme des groseilles à maquereau.

 

Ernodea littoralis (Expedición Botánica al Virreinato de Nueva España) (1787 à 1803).

Ernodea littoralis (Expedición Botánica al Virreinato de Nueva España) (1787 à 1803).

Erithalis fruticosa, le Bois chandelle noir

 

Erithalis fruticosa  (Expedición Botánica al Virreinato de Nueva España) (1787 à 1803).

Erithalis fruticosa (Expedición Botánica al Virreinato de Nueva España) (1787 à 1803).

Une petite plante hirsute de la famille des Héliotropes, dont les fleurs en plus petit évoquent des corolles de primevères, c’est Euploca ternata (en créole : Saryèt, Vèvèn blan savann, Vèvèn savann)

Voici des liens pour mes précédents articles sur la flore de Guadeloupe:

canne-a-sucre-ananas-et-leurs-adventices

un-etang-de-basse-terre

terre-de-bas

ipomees-et-autres-lianes

un-jardin-creole

basse-terre-cote-est

 

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Fleurs, #Botanique, #iconographie

A dix années d’écart, j’ai pu voir les deux Jusquiames de la Flore de France fleuries et non pas dans des jardins de simples mais bien en pleine nature. C’est vrai que la Jusquiame noire (Hyoscyamus niger L.), je l’ai vu en fait en Catalogne (en 2018)… et d’ailleurs pour la Jusquiame blanche (Hyoscyamus albus L.), je n’en étais pas loin puisque c’était en 2008, côté français près de Gruissan.

En haut, la Jusquiame noire (Hyoscyamus niger), en bas, la Jusquiame blanche (Hyoscyamus albus)
En haut, la Jusquiame noire (Hyoscyamus niger), en bas, la Jusquiame blanche (Hyoscyamus albus)

En haut, la Jusquiame noire (Hyoscyamus niger), en bas, la Jusquiame blanche (Hyoscyamus albus)

La Jusquiame blanche semble plus fréquente dans le Midi, que la noire, alors qu’en Catalogne elles sont très présentes toutes les deux :

http://www.floracatalana.net/hyoscyamus-niger-l-

Les deux principaux critères qui différencient les jusquiames des autres solanacées sont que l’inflorescence est en épi unilatéral et que le fruit typique est une pyxide (une sorte de petite boite avec son couvercle). On peut voir cette pyxide à deux loges sur le dessin précis d’Auguste Faguet dans l’Histoire des Plantes de Henri Ernest Baillon.

Baillon, H.E., Histoire des plantes (1866-1895)

Baillon, H.E., Histoire des plantes (1866-1895)

La Jusquiame blanche, en fait, est jaune pâle et il arrive qu’elle ne soit même pas dotée de sa gorge et de ses filets d’étamine lie de vin, ce qui la rend plus fade ! Sa corolle est courbée et fendue assez profondément, c’est une corolle presque zygomorphe (symétrie bilatérale), une forme atypique pour une solanacée. Elle pousse sur les murs ou à leur pied, dans les décombres, les friches, les galets.

La Jusquiame noire possède une corolle presque régulière, peu fendue dont les lobes sont plus étalés et finement réticulés de cette même couleur d’un violet noirâtre que dans sa gorge.

 

Blackwell, E., Herbarium Blackwellianum (1747-1773)

Blackwell, E., Herbarium Blackwellianum (1747-1773)

Les feuilles caulinaires de ma Jusquiame noire (Hyoscyamus niger L.) sont bien sessiles et non pétiolées comme celles de Hyoscyamus albus, mais beaucoup plus découpées que le montrent les illustrations anciennes que j’ai trouvées. Je l’ai rencontrée plus à l’intérieur des terres, elle semble moins présente que l’autre sur les côtes, c’était une zone assez sauvage et très pâturée par les moutons qui les avaient épargnées malgré les dires de  Cazin dans son Traité des Plantes médicinales de 1868, voir sur PlantUse :

« La jusquiame noire, plante bisannuelle, croît dans toute la France, autour des villages, des hameaux, des fermes, sur le bord des chemins, des fossés. Les chèvres et les vaches la broutent sans inconvénient; les cochons et les brebis l'aiment beaucoup. »

La Jusquiame noire, médicinale depuis l’Antiquité, entrait au Moyen-âge dans la composition d’une « pommade des sorcières ». Au même titre que la Belladone, elle contient des alcaloïdes : la scopolamine, l’hyoscyamine et l’atropine, ce qui en fait une plante dangereuse mais encore utile dans la Pharmacopée.

Il existe une troisième espèce en Grèce, Hyoscyamus aureus L., qui est si bien représentée d’abord par Georges Dionysius Ehret avec cette aquarelle originale datée de 1736 et visible sur :

https://wellcomecollection.org/works/pkht9es5

Hyoscyamus aureus, flowering stem and floral segments, aquarelle de Georges Dyonisius Ehret

Hyoscyamus aureus, flowering stem and floral segments, aquarelle de Georges Dyonisius Ehret

Puis par Ferdinand Bauer sur les gravures colorées de la Flora graeca de John Sibthorp. Je ne pouvais oublier de vous montrer ces planches!

Sibthrop, J., Smith, J.E., Flora Graeca (1806-1840), sur un dessin de Ferdinand Bauer

Sibthrop, J., Smith, J.E., Flora Graeca (1806-1840), sur un dessin de Ferdinand Bauer

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #Fleurs, #iconographie, #jardins botaniques

En automne, il reste intéressant de faire une visite au Jardin exotique de Tatihou car quelques fleurs de l’hémisphère austral, décalées dans leur floraisons sont encore visibles parmi une grande variété des feuillages et des fructifications aussi spectaculaires. Je vais m’arrêter sur deux de ces plantes d’Afrique du Sud.

 

Le Fuchsia du Cap (Phygelius capensis E.Meyer ex Benth)
Le Fuchsia du Cap (Phygelius capensis E.Meyer ex Benth)

Le Fuchsia du Cap (Phygelius capensis E.Meyer ex Benth)

Le Fuchsia du Cap (Phygelius capensis E.Meyer ex Benth), est une scrofulariacée vivant au bord des ruisseaux de montagne d’Afrique du Sud. On peut ici la voir fleurie jusqu’en novembre, son feuillage persiste sauf par des grands froids qui ne se produisent pas dans le Nord-Cotentin. Une illustration issue du Curtis’s botanical magazine (vol.81 de 1855), sur un dessin de Walter Hood Fitch nous le montre au tout début de son installation dans les jardins d’Europe. En 1886, un article de la Revue Horticole écrit qu’on a pris la mesure de sa très bonne rusticité et du fait qu’il s’agit plus d’un arbuste que d’une plante herbacée.

Curtis, W., Curtis's botanical magazine, tab 4881, vol.81 de 1855.

Curtis, W., Curtis's botanical magazine, tab 4881, vol.81 de 1855.

A Tatihou, vous ne verrez surement pas à l’action un de ses charmants pollinisateur : le Souimanga chalybée (Cinnyris chalybeus), alors pour vous consoler voici au moins une belle lithographie représentant ce petit oiseau sud-africain du genre Nectarinia, (à ne pas confondre avec les colibris qui sont américains), illustré par un célèbre peintre d’oiseaux du 19ème siècle,  John Gerrard Keulemans.

Shelley, G.E. (1880) A monograph of the Nectariniidae, or family of sun-birds, auteur John Gerrard Keulemans

 

On peut aussi regarder des photos sur Wikimédia :

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Sunbird_Southern_Double-collared_2017_06_18_9873.jpg

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Lesser_double_collared_sunbird_on_white_protea_(5860290983).jpg

Les Protées également visitées par ces souimangas sont présentes aussi dans le jardin de Tatihou. La famille des Protéacées compte environ 80 genres dont Banksia, Grevillea et Protea. Il est assez probable que j’ai vu là la Protée duchesse : Protea eximia  (Knight) Fourc. ou un de ses cultivars car c’est la plus adaptée semble-t-il au climat côtier. Un cultivar de Protea eximia nommé ’Sylvia’ y ressemble beaucoup.

La Protée de Tatihou
La Protée de Tatihou
La Protée de Tatihou
La Protée de Tatihou

La Protée de Tatihou

J’ai découvert à ce propos l’existence d’un florilège de 18ème siècle montrant pas moins d’une quinzaine de planches de Protéacées qui, du fait que l’ouvrage est pré linnéen, représentent des « scolymocephalus », avec ensuite toute une description en latin pour établir des différences (voir à ce propos mon article du blog sur Linné, ici).

Ci-dessous vous pouvez voir la Protée royale (Protea cynaroides), emblème de l’Afrique du Sud, sous le nom Scolymocephalus africanus folio late retundo), puis une espèce de plus grande taille encore (un arbre) la Protea nitida Mill. sous le nom de Scolymocephalus foliis oblongis…

Protée royale (Protea cynaroides), puis Protea nitida Mill. dans Weinmann, J.W., Phytanthoza iconographia (1737-1745)
Protée royale (Protea cynaroides), puis Protea nitida Mill. dans Weinmann, J.W., Phytanthoza iconographia (1737-1745)

Protée royale (Protea cynaroides), puis Protea nitida Mill. dans Weinmann, J.W., Phytanthoza iconographia (1737-1745)

C’est Johann Wilhem Weinmann (1683-1741), apothicaire à Ratisbonne, qui est à l’origine de ce remarquable ouvrage en huit volumes. Pour les illustrations, il a engagé au début Georg Dionysius Ehret, dont il a, semble-t-il profité de la jeunesse et de l’indigence. G.D.Ehret deviendra ensuite un très réputé peintre de fleurs en Angleterre et produira de bien plus belles estampes pour peu qu’on lui verse une rémunération correcte et qu’on respecte le temps nécessaire à la réalisation d’une bonne planche botanique ! Il faut reconnaître néanmoins que Phytanthoza iconographia est le premier florilège vraiment gravé en couleurs avec l’apport, en plus du trait d’eau-forte, d’une technique nouvelle, le Mezzotinto ou Manière noire. Il me semble qu’il y a tout de même des rehauts de couleur sur chaque estampe.

C’est surtout une somme remarquable d’images de plantes connues à l’époque. J’ai été surprise de constater que ces protéacées sud-africaines étaient déjà assez bien différenciées au 18ème siècle.

Ma collection de timbres floraux comporte une petite série d’Afrique du Sud, P.eximia se trouve en bas à droite.

 

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #iconographie, #Fleurs, #Botanique

A l’occasion de ma visite dans le jardin breton (voir avant-dernier article), j’ai réalisé qu’une crucifère à quatre pétales jaunes que je connaissais sauvage et très commune sur le littoral de Bretagne et de Normandie en fin d’été, le Diplotaxis tenuifolia (L.) DC., était en fait la plus utilisée des Roquettes sauvages dans les salades !

La Roquette sauvage : Diplotaxis tenuifolia vu en 2011 à l’Anse du Verger près de Cancale

La Roquette sauvage : Diplotaxis tenuifolia vu en 2011 à l’Anse du Verger près de Cancale

Cette Roquette sauvage poussait librement éparpillée dans le jardin breton, mais il y avait aussi un pied de Roquette cultivée connue actuellement sous deux noms latins : Eruca sativa Mill. et Eruca vesicaria (L.) Cav ). Les fleurs en croix, blanches ou crème sont veinées de fins filets d’un violet-noirâtre. J’avais vu et identifié une Eruca vesicaria une première fois en 2007 dans un voyage en Espagne et j’ai retrouvé les photos ci-dessous. Cette Eruca vesicaria me semble pourtant beaucoup plus raide et hirsute que l’Eruca sativa photographiée dans le jardin breton, je suppose qu’une sélection des graines a fini par donner des plantes moins coriaces et peut-être à la saveur un peu moins piquante... La Flora catalana par exemple, que je consulte assez souvent, donne pour la roquette cultivée un nom plus précis de sous-espèce : Eruca vesicaria (L.) Cav. subsp. sativa (Mill.) Thell. in Hegi

Voir ici : http://www.floracatalana.net/eruca-vesicaria-l-cav-subsp-sativa-mill-thell-in-hegi

La roquette cultivée: Eruca vesicaria (L.) Cav. (dans la région de Huesca)
La roquette cultivée: Eruca vesicaria (L.) Cav. (dans la région de Huesca)

La roquette cultivée: Eruca vesicaria (L.) Cav. (dans la région de Huesca)

La Roquette cultivée figure aussi sous un nom actuellement synonyme d’Eruca vesicaria (L.) Cav ), soit Eruca longirostris Uechtr. dans l’ouvrage de Heinrich Moritz Willkomm « Figures des Plantes nouvelles ou rares récemment découvertes en Espagne et aux iles Baléares » (1880-1885) et le détail précis du fruit en haut à gauche nous montre une silique assez courte et massive surmontée d’un bec triangulaire aplati : c’est la marque du genre Eruca.

Willkomm, H.M., Illustrationes florae Hispaniae insularumque Balearium (1880-1885)

Willkomm, H.M., Illustrationes florae Hispaniae insularumque Balearium (1880-1885)

Une troisième espèce sauvage, Diplotaxis erucoides (L.) DC, surtout méditerranéenne, répond également au nom commun de Roquette sauvage ; elle ressemble du fait de la couleur blanche des pétales à la Roquette cultivée. Mais on peut remarquer sur cette espèce que la silique est un peu différente, comme chez tous les Diplotaxis (et donc aussi la Roquette sauvage qui est aussi un Diplotaxis), elle est longue fine et ne porte au sommet qu’un petit bec cylindrique. Cette roquette reste moins utilisée en cuisine.

 Ref. pour les Roquettes : « Les salades sauvages », des Ecologistes de l’Euzière , voir là: https://librairie.euziere.org/accueil/64-les-salades-sauvages-9782906128330.html

Je suis un peu vexée de ne pas la retrouver dans mes photos passées car dans le midi elle est extrêmement commune comme mauvaise herbe par exemple entre les rangs de vignes et je l’ai vue très souvent ! C’est ainsi que parfois on néglige les choses les plus communes…

Sous le nom latin synonyme de Sinapis erucoides, je peux tout de même vous montrer son portrait avec cette lithographie extraite de l’ouvrage « Hortus botanicus vindobonensis »  de Nikolaus Joseph Jacquin (1770-1776) 

 « Hortus botanicus vindobonensis »  de Nikolaus Joseph Jacquin (1770-1776) vol.2 pl. 170

« Hortus botanicus vindobonensis » de Nikolaus Joseph Jacquin (1770-1776) vol.2 pl. 170

Quant au Radis ravenelle, soit Raphanus raphanistrum L., si on se contente d’observer les fleurs sans détailler le feuillage et la silique, on peut la confondre avec la Roquette cultivée ! Voyez par exemple cette photo prise près de Barfleur où il est très commun sur le littoral : même disposition des pétales en croix et mêmes filets un peu plus sombres sur un fond crème (mais souvent jaune pâle aussi). Par contre la grosse silique très caractéristique « en chapelet » soit composée d’articles séparés par des étranglements parfois inégaux oriente aussitôt vers le genre Raphanus qui ne compte que cette espèce à part le Radis cultivé (Raphanus sativus L.). Le Radis ravenelle est maintenant une plante adventice donnée comme très nuisible dans les cultures.

Le Radis ravenelle: Raphanus raphanistrum, près de Barfleur
Le Radis ravenelle: Raphanus raphanistrum, près de Barfleur

Le Radis ravenelle: Raphanus raphanistrum, près de Barfleur

Voici une gravure de 1823, dont le dessin, joliment composé, complet et très clair est du à Pierre Jean François Turpin pour : Delessert, J.P.B., Candolle, A.P. de, Icones selectae plantarum (1820-1846)

Delessert, J.P.B., Candolle, A.P. de, Icones selectae plantarum (1820-1846)

Delessert, J.P.B., Candolle, A.P. de, Icones selectae plantarum (1820-1846)

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Fleurs, #iconographie, #Botanique

Pour cette famille des Caprifoliacées, autrefois les Dipsacacées il est bon de savoir faire la différence entre un involucre et un involucelle ! Ceci permettra de mieux différencier ces trois espèces assez communes rencontrées en plaine au bord des chemins que sont la Scabieuse colombaire (Scabiosa columbaria), la Succise des prés (Succisa pratensis) et la Knautie des champs (Knautia arvensis).

Silhouette du capitule :

Chez la Scabieuse, le capitule est doté de belles fleurs périphériques rayonnantes qui donne à l’inflorescence une forme en soucoupe. Chez la Succise, qui possède des corolles à 4 lobes et pas asymétriques sur le pourtour, l’inflorescence reste plus ronde. Pour la silhouette du capitule, la Knautie se situe un peu entre les deux.

Les trois capitules de la Scabieuse de la Succise et de la Knautie
Les trois capitules de la Scabieuse de la Succise et de la Knautie
Les trois capitules de la Scabieuse de la Succise et de la Knautie

Les trois capitules de la Scabieuse de la Succise et de la Knautie

Les bractées :

L’involucre des bractées (rosette de petites feuilles située juste sous l’inflorescence) dépasse surtout autour du bouton. Chez la Succise et la Scabieuse, on note  la présence d’autres petites bractées dites ‘florales’ qui se trouvent intercalées entre les fleurs et les dépassent ; sur le scan ci-dessous, on voit quelques-unes de ces languettes parsemées entre les fruits surtout à droite sur la succise. De petites bractées florales existent aussi entre les fleurs de la Scabieuse ; mais elles restent collées sur le réceptacle. Il n’y a que la Knautie qui ne possède pas du tout de ces languettes intercalées.

cliquez dessus pour voir mieux les détails!

cliquez dessus pour voir mieux les détails!

L’involucelle concerne chaque petite fleur prise à part sur le capitule. Chez ces trois espèces assez proches, l’involucelle est en fait une sorte d’étui autour de chaque petit calice renfermant à terme un akène (la graine). Chez la Scabieuse, la base de cet involucelle est sillonnée et le haut est doté d’une collerette juponnée de texture scarieuse. A l’intérieur de cet étui se trouve le vrai calice et au sommet de ce calice une étoile de sépales résiduels effilés (des sortes de soies plus ou moins sombres) qui paraît sortir de l’involucelle.

Chez la Knautie qui, à la floraison, est visuellement proche de la scabieuse ; l’involucelle est très velu, une étoile de sépales en est séparée visuellement par un très petit espace occupé par un pied. Tout ceci est à observer à la loupe ou au compte-fil voire même à la loupe binoculaire!

 

Les involucelles très velus de la Knautie
Les involucelles très velus de la Knautie

Les involucelles très velus de la Knautie

Quand le capitule de fruits de la Scabieuse colombaire est bien mûr l’effet global est magnifique vu de près. Attention, l’observation des seules soies noires qui semblent si caractéristiques chez la Scabieuse peut induire en erreur car sur la Succise le calice à la fructification forme un anneau à pointes courtes d’où sortent des pointes effilées noires également,  mais le jupon n’y est pas !

Les involucelles juponnés de la Scabieuse et les soies noires chez Scabieuse et Succise.
Les involucelles juponnés de la Scabieuse et les soies noires chez Scabieuse et Succise.

Les involucelles juponnés de la Scabieuse et les soies noires chez Scabieuse et Succise.

Iconographie :

Auparavant, les botanistes n’y regardaient pas d’aussi près, si bien que la Knautie des champs a longtemps été considérée comme une scabieuse. Voyez par exemple dans l’ouvrage historique de Denis Dodart : « Recueil des plantes dessinées et gravées par ordre du roi Louis XIV » où se trouvent de magnifiques gravures à l’eau-forte, celle de Louis de Chatillon représentant la ‘Scabieuse commune’, c’est en fait une Knautia arvensis. La précision des détails floraux gravés en haut à gauche rend cette identification certaine, même à postériori.

L’ouvrage est visible sur la Bibliothèque digitale du jardin botanique royal de Madrid https://bibdigital.rjb.csic.es/viewer/15078

Eau-forte de Louis de Chatillon pour Denis Dodart : « Recueil des plantes dessinées et gravées par ordre du roi Louis XIV »

Eau-forte de Louis de Chatillon pour Denis Dodart : « Recueil des plantes dessinées et gravées par ordre du roi Louis XIV »

C’est la même chose pour cette aquarelle originale du 16ème  siècle légendée ‘Scabiosa’ de Jacques Le Moyne de Morgues qui provient des collections du Victoria and Albert Museum : https://collections.vam.ac.uk. Celle-ci ne fait pas figurer de fleurs rayonnantes sur le pourtour, caractéristiques de la Scabieuse et même un peu de la Knautie… et les feuilles de la Succise ne sont pas découpées comme c’est le cas ici… Les planches anciennes sont très belles mais pas toujours très fiables du point de vue botanique !

Aquarelle de Jacques Le Moyne de Morgues légendée 'Scabiosa'

Aquarelle de Jacques Le Moyne de Morgues légendée 'Scabiosa'

La Succise est finalement beaucoup plus facile à distinguer, déjà par sa couleur d’un bleu plus profond puis par ses corolles à 4 lobes et enfin par ses feuilles non découpées. Pour en apprendre davantage sur la Succise : https://www.zoom-nature.fr/une-belle-automnale-diabolique/

Quant à la Knautie, pour la différencier de la Scabieuse, le plus simple est de séparer les petites fleurs sur le capitule pour observer s’il se trouve  entre elles quelques languettes : les fameuses « bractées florales ». Leur absence confirme qu’il s’agit bien d’une Knautie. Il existe plusieurs espèces de Knauties, voici une alpine que je pense être Knautia dipsacifolia, dont le capitule intéresse deux Adèles aux très longues antennes et toute mordorées.

Sur l’excellent site de FLOREALPES, vous pouvez lancer une comparaison entre deux taxons ! Voici par exemple une page comparant la Knautie des champs et la Scabieuse colombaire :

https://www.florealpes.com/comparaison.php?compar_code_1=scabieusevetue&compar_code_2=knautiechamps&nouveau=1

Knautia dipsacifolia dans les environs d'Annecy

Knautia dipsacifolia dans les environs d'Annecy

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #iconographie, #voyages, #Fleurs

La Verveine citronnelle (Aloysia citrodora Palau) figure en bonne place au fond de ce jardin breton. Pourtant réputée peu rustique en climat tempéré, elle paraît en grande forme, très fleurie. En situation abritée, le pied a plus de vingt-cinq ans et n’a sans doute jamais souffert du gel !

La Verveine citronnelle (Aloysia citrodora Palau)
La Verveine citronnelle (Aloysia citrodora Palau)

La Verveine citronnelle (Aloysia citrodora Palau)

Cette plante sud-américaine, qui a porté quantité de noms différents (Aloysia triphylla (L'Hér.) Britton, Lippia citriodora Kunth, Lippia triphylla (L'Hér.) Kuntze, Verbena triphylla L'Hér., Zappania citrodora Lam.)  a repris finalement celui donné à sa première arrivée en Espagne, soit Aloysia citrodora Palau.

C’était alors l’Herbe de la Princesse en espagnol, en l'honneur de Marie-Louise de Parme, princesse des Asturies, femme de l'Infant Charles de Bourbon, alors propriétaire du Real Jardín Botánico de Madrid, dont la bibliothèque peut fournir cette image sans doute la première représentation, datée de 1784, extraite de «Parte práctica de Botánica del caballero Cárlos Linneo… » par Don Antonio Paláu y Verdéra (Tome I).

C’est bien elle qui fournit la verveine en herboristerie, et la tisane est délicieuse j’en suis témoin !

Pour mémoire, la véritable Citronnelle (Cymbopogon citratus), est une graminée, que j’ai vue en 2017, au Parc archéologique et botanique des roches gravées de Trois Rivières (Guadeloupe).

 

 

 

 

 

Mais retour au fond de ce jardin breton ! Abritée sous serre, se trouve une treille d’où pendent de belles grappes de raisin qui seraient du Muscat noir ; en cette saison le coup d’œil est vraiment tentant pour un photographe !

La treille abritée au fond du jardin (cliquez!)

La treille abritée au fond du jardin (cliquez!)

Quelques vues de l’ambiance du jardin dont les murs sont occupés par des poiriers en espaliers qu’on peut voir en arrière-plan d’une rangée de Bettes (ou Blettes, Poirée) soit Beta vulgaris L. subsp. vulgaris dont un pied se prépare à montrer sa floraison fort peu spectaculaire (les fleurs sont apétales).

Cette Bette est proche botaniquement parlant, de la Bette maritime (Beta vulgaris L. subsp. maritima) qui pousse abondamment sur le littoral atlantique, elle n’en diffère qu’au niveau de la sous-espèce, puis par une sélection ciblée sur l’intérêt gustatif propre à tous les légumes.

Beta vulgaris L. c’est aussi le nom latin pour la Betterave qui serait obtenue à l’origine depuis la Bette maritime... bien qu’on considère maintenant que tous les cultivars, donc les bettes et betteraves que nous connaissons, doivent être regroupés dans la sous-espèce vulgaris soit : Beta vulgaris L. subsp. vulgaris. 

Pour illustrer, une planche de Ferdinand Bauer dans  la Flora graeca de John Sibthrop, il s’agit là de Beta maritima.

Sibthrop, J., Smith, J.E., Flora Graeca (1806-1840) Dessin de Ferdinand Bauer

Sibthrop, J., Smith, J.E., Flora Graeca (1806-1840) Dessin de Ferdinand Bauer

Un pied fleuri de 'Feuille De Chêne' (Lactuca sativa var. crispa 'Feuille De Chêne') dans sa forme rouge se dresse entre les rames de haricots.

L’Oca du Pérou (Oxalis tuberosa Molina, ou Oxalis crenata Jacq.), occupe une plate-bande ; il semble fleurir assez rarement mais toujours du fait de la douceur du climat breton il l’était pour mon plaisir, par contre les tubercules n’étaient pas encore formés.

Pour finir, une vue générale sous un autre angle, au premier plan la Grande Camomille (Tanacetum parthenium (L.) Sch. Bip.)

Un grand merci pour leur accueil aux heureux propriétaires des lieux!

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Fleurs, #iconographie, #voyages, #jardins botaniques

Situé sur une pointe de l’ile de Batz, ce jardin botanique fondé il y a cent ans environ par Georges Delaselle, bien protégé par le Gulf Stream, abrite de nombreuses espèces originaires de l’hémisphère Sud. Voici un bref aperçu après une visite au mois de Septembre mais il faudrait le voir aussi à d’autres saisons !

De grands Cyprès de Lambert (Cupressus macrocarpa) plantés dès la création du jardin, et qui sont devenus extrêmement présents sur toute la côte bretonne autrefois très dénudée, ont créé une protection et un écrin pour les plantes fragiles.

Dans un jardin exotique de cette côte, il n’est pas surprenant de trouver le Palmier à Chanvre (Trachycarpus fortunei) et de beaux groupes de Cordylines (Cordyline australis) mais devant le Cocotier du Chili (Jubaea chilensis) réputé plus sensible au froid, j’étais admirative. Le voir ainsi, bien mis en valeur avec assez de recul, fait plaisir car il est installé dans la partie de pelouse qui abrite quelques vestiges archéologiques.

En ce mois de Septembre le secteur un peu ombragé de la palmeraie qui suit la nécropole, nous a offert quelques floraisons spectaculaires :

  • Le Boulos (Sonchus palmensis) une Astéracée des Iles Canaries.
  • Une Acanthacée sud-américaine, Justicia carnea Lindl. figure en plusieurs endroits du jardin
  • Une Solanacée à clochette bleue velue originaire de Colombie : Iochroma cyanea (Lindl.) M.L. Green.

Voici maintenant une superbe liane Polémoniacée originaire du Mexique que j’ai mitraillée de photos, la Cobée grimpante (Cobaea scandens).

 

 

 

 

Vers la pointe de l’Ile, le jardin comporte une partie dégagée réservée à des plantes de plein soleil comme des cactées, des succulentes et des graminées et il offre de beaux points de vue sur la côte et sur Roscoff.

Vue sur la côte depuis la pointe Sud du jardin
Vue sur la côte depuis la pointe Sud du jardin

Vue sur la côte depuis la pointe Sud du jardin

En revenant par le centre du jardin, j’ai d’abord croisé la route d’une imposante chilienne, le Tabac du diable ou Tupa (Lobelia tupa).

Puis dans un secteur consacré aux plantes des terres australes,  j’ai eu le plaisir de voir un arbuste que je ne connaissais que par les livres, un Banksia (Banksia integrifolia), dont les fruits sont aussi spectaculaires que les fleurs mais celles-ci n’étaient pas encore bien ouvertes.

Ce genre dédié à Sir Joseph Banks fut représenté de façon magistrale par Ferdinand Bauer, après le voyage en Australie (1801-1805) sous la direction de Matthew Flinders, commandant de l’Investigator, et avec le naturaliste Robert Brown. Je vous montre ici le Banksia coccinea car dans mes livres, il figure en bonne place sous deux formes. Voici d’abord la peinture originale de Bauer réalisée d’après ses notes pour l’Amirauté britannique au retour du voyage ; ces planches à l'aquarelle sont maintenant au British Museum.  

Dans un second temps Ferdinand Bauer, déçu de ne pas voir paraître l’important ouvrage prévu sur l’expédition, a réalisé une série de fines gravures sur cuivre qu’il a lui-même rehaussé de couleurs d’après ses notes prises sur place, très précises et comportant des codes chiffrés innombrables qui définissent des nuances subtiles de couleurs.

 Ferdinand Bauer « Illustrationes florae Novae Hollandiae »

De nombreuses fois depuis, de talentueuses illustratrices australiennes ont représenté le genre Banksia.

Pour finir, voici le lien sur le site du Jardin Georges Delaselle et son histoire:

http://www.jardin-georgesdelaselle.com/03_historique_FR/historique1_FR.html

 

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Fleurs, #iconographie, #Botanique

La Valériane grecque  ou Echelle de Jacob (Polemonium caeruleum L.) n’a de grec que le nom ; elle est bien indigène en Europe mais dans des types de milieux qui ne se trouveraient guère en Grèce puisqu’elle préfère un climat frais de moyenne altitude. On la trouve notamment dans des vallées jurassiennes ou alsaciennes, dans des lieux humides (prairies, bords de ruisseau). Pour ma part je l’ai prise en photo en Franche-Comté à proximité des tourbières de Frasnes. C’est une grande espèce des mégaphorbiaies qui est protégée au niveau national.

 Comme preuve que cette belle plante est depuis bien longtemps en Europe, voici deux bois gravés du 16ème siècle qui en attestent ! Pourtant, son statut de seule Polémoniacée à l’état naturel chez nous est parfois discuté, il pourrait s’agir d’une très ancienne introduction. Ci-dessous: Lobel, M. de, Plantarum seu stirpium icones (1581) vol. 1 (1591)

 

Dans son célèbre ouvrage de 1591 «Plantarum seu stirpium icones », Matthias de l’Obel classe la Valériane grecque avec les autres valérianes. Il reprend les noms donnés par Rembert Dodoens dans « Stirpium historiae pemptades sex » à peine antérieur (1583), dont « Valeriana graeca ».

Le bois gravé est en fait le même qui a servi pour les deux ouvrages, comme ce fut souvent le cas avec trois botanistes contemporains qui éditèrent dans ces années-là chez Plantin à Anvers : Dodoens, Lobel et Charles de l’Ecluse. Les dessins d’origine, modèles de ces gravures, sont probablement de Pieter van der Borcht.

 

Comme les Polemonium, les Phlox et les Collomia appartiennent à cette tribu des Polemoniae, originaire d’Amérique du Nord et d’Eurasie. En taxonomie, une tribu dénote une plus grande proximité des espèces que la famille (Polemoniaceae).

La Valériane grecque (Polemonium caeruleum L.)
La Valériane grecque (Polemonium caeruleum L.)

La Valériane grecque (Polemonium caeruleum L.)

Alors que les Phlox sont uniquement horticoles, Collomia grandiflora Douglas ex Lindl., est en France une échappée de jardin, mais il semble qu’on l’ait un peu aidée en 1846 en Alsace le long de la Thur d’où elle s’est propagée, choisissant de s’installer sur les berges sablonneuses des cours d’eau notamment dans le Massif central. Elle devient plus ou moins indésirable mais pas envahissante : elle ne mérite certes pas le terme de peste végétale, comme la Jussie par exemple !

A l’origine la Collomie à grandes fleurs habite le Nord-Ouest des Etats-Unis, elle y est observée et nommée par  David Douglas au bord de la rivière Columbia ; il récolte des graines de cette annuelle en 1828, puis elle est introduite dans le jardin de la Société d’Horticulture de Londres, d’où elle se disséminera dans les jardins européens.

La Collomie à grandes fleurs (Collomia grandiflora Douglas ex Lindl.)
La Collomie à grandes fleurs (Collomia grandiflora Douglas ex Lindl.)

La Collomie à grandes fleurs (Collomia grandiflora Douglas ex Lindl.)

Très peu de temps après son apparition, Jean Henri Jaume Saint-Hilaire (1772-1845) botaniste et peintre de fleurs, représente la Collomia grandiflora dans : « La Flore et la Pomone françaises : histoire et figure en couleur, des fleurs et des fruits de France ou naturalisés sur le sol français » (1828-1833).

 

J’ai eu la surprise de découvrir la Collomie à grandes fleurs pour la première fois au bord de l’Ardèche dans une zone caillouteuse, à Vogué et je l’ai crue d’abord vraiment accidentelle à cet endroit. La couleur saumonée pâle des corolles en trompettes rehaussée par le bleu des anthères n’est pas commune et ressort bien sur la tête florale scintillante grâce aux poils glanduleux des calices.

Collomia grandiflora Douglas ex Lindl. à Vogué (Ardèche)

Collomia grandiflora Douglas ex Lindl. à Vogué (Ardèche)

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Fleurs, #iconographie, #Botanique

En cherchant à identifier quelques centaurées les mois derniers, j’ai vu que deux éléments étaient prioritaires à détailler : les bractées de l’involucre qui sont d’une incroyable variété et aussi la présence ou non d’une couronne de fleurs rayonnantes sur la périphérie de la corolle.

Cette gravure de 1700, sortie de « Institutiones rei herbariae » de Joseph Pitton de Tournefort, montre assez  clairement les deux formes de fleurs pouvant figurer sur le réceptacle des centaurées. Claude Aubriet a représenté ici le Bleuet.

Jusque récemment le Bleuet ou Barbeau faisait partie du genre Centaurea ; Centaurea cyanus L. est devenu Cyanus segetum Hill. Il est amusant qu’il ait repris le nom de genre que lui donne Tournefort : Cyanus. En fait les Cyanus ne diffèrent guère des centaurées en dehors du fait qu’ils sont franchement bleus.

La Centaurée des montagnes (Cyanus montanus (L.)Hill),  que je vous montre ici, vue sur le plateau du Revard au-dessus du lac du Bourget, a du coup été rangée dans le genre Cyanus.

On peut y reconnaître comme sur la gravure de 1700 les deux formes de fleurs figurant en général sur le réceptacle des centaurées. Sur le centre, des corolles plus tubulaires et fertiles, sur le pourtour des fleurs plus grandes à corolles évasées en entonnoir mais tout à fait stériles (sans pistils ni étamines), qui ne sont là que comme pôle d’attraction visuel pour les pollinisateurs.

Centaurea pectinata L. (Centaurée en peigne, Centaurée pectinée)

La centaurée en peigne possède de longs appendices sur les bractées de l’involucre, prolongées par un filament cilié roussâtre qui se retourne en boucle créant une sorte de petite cage aérée autour de l’involucre. Il est notable que les fleurs du pourtour ne sont pas rayonnantes, ce qui pourrait permettre de la distinguer de la suivante mais de toute façon elle ne figure pas dans les mêmes zones ; elle préfère une zone méditerranéenne et remonte un peu dans le massif central. Ma photo est prise en Ardèche.

Ci-dessus, la gravure : Reichenbach, H.G.L., Iconographia botanica seu plantae criticae (1823-1832)

 

Centaurea nervosa Willd.

Cette centaurée ne possède pas de nom vernaculaire car elle a probablement été autrefois assimilée à la Centaurée uniflore (Centaurea uniflora L.) et comme elle, elle est monocéphale et montagnarde ce qui ne facilite pas la tâche. 

La différence la plus notable serait dans la pilosité des feuilles : C.nervosa possède des feuilles velues mais assez rudes au toucher alors que sur C.uniflora les feuilles semblent plus pelucheuses. L’involucre de bractées est bien plus volumineux que sur la centaurée en peigne mais très similaire.

Par contre sur la périphérie de la corolle figurent de belles fleurs rayonnantes. Mes photos sont prises sur le Semnoz près d’Annecy.

Centaurea aspera L. (Centaurée rude)

Là aussi, les bractées de l’involucre permettent tout de suite l’identification. Cinq petites épines rousses retournées dont la centrale est un peu plus longue. Les fleurs du pourtour sont un peu rayonnantes mais pas tellement. J’étais contente de la trouver dans une limite assez septentrionale de sa répartition sur des dunes littorales près de Saint Malo. Elle habite plutôt le midi et remonte le long de la côte atlantique.

 

Un grand groupe initial des Centaurea paniculata de Linné (on ajoute sensu latissima pour exprimer ce groupement d’espèces très proches) s’est divisé en nombreuses espèces maintenant reconnues et c’est surtout le détail très précis des appendices des bractées médianes de l’involucre qui a compté pour établir ces différences ainsi peut-être que leur territoires de répartition. Cette illustration issue de la Florae Austriaceae (1773-1778) de Nicolaus Joseph von Jacquin montre Centaurea paniculata L. dont les involucres restent de petite taille et la tige est très ramifiée.

Centaurea maculosa Lam. (Centaurée maculée, Centaurée tachetée) s’est détachée de ce grand groupe. J’ai découvert cette centaurée sur les plateaux calcaires très arides de l’Ardèche. Elle est dégingandée, avec des ramifications aériennes pourvues de feuilles maigres, velues-blanchâtres. Les capitules sont assez hauts et fins. Les bractées en sont notablement rayées et ornées de dents qui se détachent en clair sans se retourner. Elle semble porter une simple couronne de longues fleurs rayonnantes sur le tour de la corolle.

 

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