Pour cette famille des Caprifoliacées, autrefois les Dipsacacées il est bon de savoir faire la différence entre un involucre et un involucelle ! Ceci permettra de mieux différencier ces trois espèces assez communes rencontrées en plaine au bord des chemins que sont la Scabieuse colombaire (Scabiosa columbaria), la Succise des prés (Succisa pratensis) et la Knautie des champs (Knautia arvensis).
Silhouette du capitule :
Chez la Scabieuse, le capitule est doté de belles fleurs périphériques rayonnantes qui donne à l’inflorescence une forme en soucoupe. Chez la Succise, qui possède des corolles à 4 lobes et pas asymétriques sur le pourtour, l’inflorescence reste plus ronde. Pour la silhouette du capitule, la Knautie se situe un peu entre les deux.
Les bractées :
L’involucre des bractées (rosette de petites feuilles située juste sous l’inflorescence) dépasse surtout autour du bouton. Chez la Succise et la Scabieuse, on note la présence d’autres petites bractées dites ‘florales’ qui se trouvent intercalées entre les fleurs et les dépassent ; sur le scan ci-dessous, on voit quelques-unes de ces languettes parsemées entre les fruits surtout à droite sur la succise. De petites bractées florales existent aussi entre les fleurs de la Scabieuse ; mais elles restent collées sur le réceptacle. Il n’y a que la Knautie qui ne possède pas du tout de ces languettes intercalées.
L’involucelle concerne chaque petite fleur prise à part sur le capitule. Chez ces trois espèces assez proches, l’involucelle est en fait une sorte d’étui autour de chaque petit calice renfermant à terme un akène (la graine). Chez la Scabieuse, la base de cet involucelle est sillonnée et le haut est doté d’une collerette juponnée de texture scarieuse. A l’intérieur de cet étui se trouve le vrai calice et au sommet de ce calice une étoile de sépales résiduels effilés (des sortes de soies plus ou moins sombres) qui paraît sortir de l’involucelle.
Chez la Knautie qui, à la floraison, est visuellement proche de la scabieuse ; l’involucelle est très velu, une étoile de sépales en est séparée visuellement par un très petit espace occupé par un pied. Tout ceci est à observer à la loupe ou au compte-fil voire même à la loupe binoculaire!
Quand le capitule de fruits de la Scabieuse colombaire est bien mûr l’effet global est magnifique vu de près. Attention, l’observation des seules soies noires qui semblent si caractéristiques chez la Scabieuse peut induire en erreur car sur la Succise le calice à la fructification forme un anneau à pointes courtes d’où sortent des pointes effilées noires également, mais le jupon n’y est pas !
Iconographie :
Auparavant, les botanistes n’y regardaient pas d’aussi près, si bien que la Knautie des champs a longtemps été considérée comme une scabieuse. Voyez par exemple dans l’ouvrage historique de Denis Dodart : « Recueil des plantes dessinées et gravées par ordre du roi Louis XIV » où se trouvent de magnifiques gravures à l’eau-forte, celle de Louis de Chatillon représentant la ‘Scabieuse commune’, c’est en fait une Knautia arvensis. La précision des détails floraux gravés en haut à gauche rend cette identification certaine, même à postériori.
L’ouvrage est visible sur la Bibliothèque digitale du jardin botanique royal de Madrid https://bibdigital.rjb.csic.es/viewer/15078
Eau-forte de Louis de Chatillon pour Denis Dodart : « Recueil des plantes dessinées et gravées par ordre du roi Louis XIV »
C’est la même chose pour cette aquarelle originale du 16ème siècle légendée ‘Scabiosa’ de Jacques Le Moyne de Morgues qui provient des collections du Victoria and Albert Museum : https://collections.vam.ac.uk. Celle-ci ne fait pas figurer de fleurs rayonnantes sur le pourtour, caractéristiques de la Scabieuse et même un peu de la Knautie… et les feuilles de la Succise ne sont pas découpées comme c’est le cas ici… Les planches anciennes sont très belles mais pas toujours très fiables du point de vue botanique !
La Succise est finalement beaucoup plus facile à distinguer, déjà par sa couleur d’un bleu plus profond puis par ses corolles à 4 lobes et enfin par ses feuilles non découpées. Pour en apprendre davantage sur la Succise : https://www.zoom-nature.fr/une-belle-automnale-diabolique/
Quant à la Knautie, pour la différencier de la Scabieuse, le plus simple est de séparer les petites fleurs sur le capitule pour observer s’il se trouve entre elles quelques languettes : les fameuses « bractées florales ». Leur absence confirme qu’il s’agit bien d’une Knautie. Il existe plusieurs espèces de Knauties, voici une alpine que je pense être Knautia dipsacifolia, dont le capitule intéresse deux Adèles aux très longues antennes et toute mordorées.
Sur l’excellent site de FLOREALPES, vous pouvez lancer une comparaison entre deux taxons ! Voici par exemple une page comparant la Knautie des champs et la Scabieuse colombaire :
/image%2F0952523%2F20191123%2Fob_94303f_anemone-ranunculoides.jpg)
/image%2F3915138%2F20200924%2Fob_a9911c_scabiosa-columbaria-2918.jpg)
/image%2F3915138%2F20200924%2Fob_3779e1_succisa-pratensis-2980.jpg)
/image%2F3915138%2F20200924%2Fob_6d289a_img-1937-knautia-arvensis.jpg)
/image%2F3915138%2F20200924%2Fob_aa6f27_img-20200915-0005.jpg)
/image%2F3915138%2F20200924%2Fob_cfa445_img-1947-knautia-arvensis.jpg)
/image%2F3915138%2F20200924%2Fob_10b37e_img-1989-knautia-arvensis.jpg)
/image%2F3915138%2F20200924%2Fob_ff890b_scabiosa-columbaria-2907.jpg)
/image%2F3915138%2F20200924%2Fob_f98e13_succisa-pratensis-2987.jpg)
/image%2F3915138%2F20200924%2Fob_8220ed_6344-50.jpg)
/image%2F3915138%2F20200924%2Fob_6d87e4_jacques-le-moyne-de-morgues-field-scab.jpg)
/image%2F3915138%2F20200924%2Fob_a4a82b_img-1651knautia-dipsacifolia.jpg)