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Botazoom, Botanique et Iconographie

Botazoom, Botanique et Iconographie

Ce blog est destiné aux curieux de botanique. En s’appuyant sur les photos que j’ai pu faire en voyage, et sur de l’iconographie ancienne, il rentre un peu dans les détails qui m’ont permis d’identifier une espèce, mais son contenu doit être considéré comme celui d’une botaniste amateur !

Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Fleurs, #iconographie, #Botanique

Pour cette famille des Caprifoliacées, autrefois les Dipsacacées il est bon de savoir faire la différence entre un involucre et un involucelle ! Ceci permettra de mieux différencier ces trois espèces assez communes rencontrées en plaine au bord des chemins que sont la Scabieuse colombaire (Scabiosa columbaria), la Succise des prés (Succisa pratensis) et la Knautie des champs (Knautia arvensis).

Silhouette du capitule :

Chez la Scabieuse, le capitule est doté de belles fleurs périphériques rayonnantes qui donne à l’inflorescence une forme en soucoupe. Chez la Succise, qui possède des corolles à 4 lobes et pas asymétriques sur le pourtour, l’inflorescence reste plus ronde. Pour la silhouette du capitule, la Knautie se situe un peu entre les deux.

Les trois capitules de la Scabieuse de la Succise et de la Knautie
Les trois capitules de la Scabieuse de la Succise et de la Knautie
Les trois capitules de la Scabieuse de la Succise et de la Knautie

Les trois capitules de la Scabieuse de la Succise et de la Knautie

Les bractées :

L’involucre des bractées (rosette de petites feuilles située juste sous l’inflorescence) dépasse surtout autour du bouton. Chez la Succise et la Scabieuse, on note  la présence d’autres petites bractées dites ‘florales’ qui se trouvent intercalées entre les fleurs et les dépassent ; sur le scan ci-dessous, on voit quelques-unes de ces languettes parsemées entre les fruits surtout à droite sur la succise. De petites bractées florales existent aussi entre les fleurs de la Scabieuse ; mais elles restent collées sur le réceptacle. Il n’y a que la Knautie qui ne possède pas du tout de ces languettes intercalées.

cliquez dessus pour voir mieux les détails!

cliquez dessus pour voir mieux les détails!

L’involucelle concerne chaque petite fleur prise à part sur le capitule. Chez ces trois espèces assez proches, l’involucelle est en fait une sorte d’étui autour de chaque petit calice renfermant à terme un akène (la graine). Chez la Scabieuse, la base de cet involucelle est sillonnée et le haut est doté d’une collerette juponnée de texture scarieuse. A l’intérieur de cet étui se trouve le vrai calice et au sommet de ce calice une étoile de sépales résiduels effilés (des sortes de soies plus ou moins sombres) qui paraît sortir de l’involucelle.

Chez la Knautie qui, à la floraison, est visuellement proche de la scabieuse ; l’involucelle est très velu, une étoile de sépales en est séparée visuellement par un très petit espace occupé par un pied. Tout ceci est à observer à la loupe ou au compte-fil voire même à la loupe binoculaire!

 

Les involucelles très velus de la Knautie
Les involucelles très velus de la Knautie

Les involucelles très velus de la Knautie

Quand le capitule de fruits de la Scabieuse colombaire est bien mûr l’effet global est magnifique vu de près. Attention, l’observation des seules soies noires qui semblent si caractéristiques chez la Scabieuse peut induire en erreur car sur la Succise le calice à la fructification forme un anneau à pointes courtes d’où sortent des pointes effilées noires également,  mais le jupon n’y est pas !

Les involucelles juponnés de la Scabieuse et les soies noires chez Scabieuse et Succise.
Les involucelles juponnés de la Scabieuse et les soies noires chez Scabieuse et Succise.

Les involucelles juponnés de la Scabieuse et les soies noires chez Scabieuse et Succise.

Iconographie :

Auparavant, les botanistes n’y regardaient pas d’aussi près, si bien que la Knautie des champs a longtemps été considérée comme une scabieuse. Voyez par exemple dans l’ouvrage historique de Denis Dodart : « Recueil des plantes dessinées et gravées par ordre du roi Louis XIV » où se trouvent de magnifiques gravures à l’eau-forte, celle de Louis de Chatillon représentant la ‘Scabieuse commune’, c’est en fait une Knautia arvensis. La précision des détails floraux gravés en haut à gauche rend cette identification certaine, même à postériori.

L’ouvrage est visible sur la Bibliothèque digitale du jardin botanique royal de Madrid https://bibdigital.rjb.csic.es/viewer/15078

Eau-forte de Louis de Chatillon pour Denis Dodart : « Recueil des plantes dessinées et gravées par ordre du roi Louis XIV »

Eau-forte de Louis de Chatillon pour Denis Dodart : « Recueil des plantes dessinées et gravées par ordre du roi Louis XIV »

C’est la même chose pour cette aquarelle originale du 16ème  siècle légendée ‘Scabiosa’ de Jacques Le Moyne de Morgues qui provient des collections du Victoria and Albert Museum : https://collections.vam.ac.uk. Celle-ci ne fait pas figurer de fleurs rayonnantes sur le pourtour, caractéristiques de la Scabieuse et même un peu de la Knautie… et les feuilles de la Succise ne sont pas découpées comme c’est le cas ici… Les planches anciennes sont très belles mais pas toujours très fiables du point de vue botanique !

Aquarelle de Jacques Le Moyne de Morgues légendée 'Scabiosa'

Aquarelle de Jacques Le Moyne de Morgues légendée 'Scabiosa'

La Succise est finalement beaucoup plus facile à distinguer, déjà par sa couleur d’un bleu plus profond puis par ses corolles à 4 lobes et enfin par ses feuilles non découpées. Pour en apprendre davantage sur la Succise : https://www.zoom-nature.fr/une-belle-automnale-diabolique/

Quant à la Knautie, pour la différencier de la Scabieuse, le plus simple est de séparer les petites fleurs sur le capitule pour observer s’il se trouve  entre elles quelques languettes : les fameuses « bractées florales ». Leur absence confirme qu’il s’agit bien d’une Knautie. Il existe plusieurs espèces de Knauties, voici une alpine que je pense être Knautia dipsacifolia, dont le capitule intéresse deux Adèles aux très longues antennes et toute mordorées.

Sur l’excellent site de FLOREALPES, vous pouvez lancer une comparaison entre deux taxons ! Voici par exemple une page comparant la Knautie des champs et la Scabieuse colombaire :

https://www.florealpes.com/comparaison.php?compar_code_1=scabieusevetue&compar_code_2=knautiechamps&nouveau=1

Knautia dipsacifolia dans les environs d'Annecy

Knautia dipsacifolia dans les environs d'Annecy

Commenter cet article
M
Article très clair, très documenté , agréable à consulter <br /> Il m'a permis de découvrir votre blog <br /> Bravo ! J'y reviendrai !
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C
Merci Marie Pierre ! Cet article doit être pas mal référencé car c'est peut être le plus consulté !
A
Bjr, et merci. Le calicule de Knautia arvensis est-il acrescent? est-ce lui qui enveloppe finalement la graine? Le nombre de dents du calice est de 5 à 8? Merci.
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C
Si on considère une seule petite fleur sur le capitule de Knautia arvensis, le tube de la corolle est entouré d'un calice (6 à 10 arêtes selon Jauzein) puis par un petit calicule poilu mais il existe un petit espace, un fin pied qui les sépare de l'akène proprement dit. donc le calicule n'envelopperait pas la graine, et j'avoue ne pas avoir ouvert un akène en 2 pour voir l'intérieur, mais en principe un akène renferme une seule graine...
B
Bonjour,<br /> Faire de la botanique sans détruire les plantes, c'est encore mieux.<br /> Se servir de ce qui a déjà été fait.<br /> La flore française est déjà suffisamment malmenée comme cela.
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E
Article vraiment pointu ! Merci pour tout ce travail.
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C
Je viens de passer une petite semaine dans le nord Cotentin, je devrais avoir plusieurs articles à venir sur le sujet! Merci de ta fidélité au blog!
F
Très précis, pédagogique et superbement illustré comme d'habitude merci.
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C
Merci de votre réaction aussi rapide que positive, Françoise!