En ce début d’année 2020 où certains d’entre vous ont peut-être un pot d’Amaryllis au chaud devant la fenêtre, permettez-moi bien sûr d’abord de vous souhaiter une Très Bonne Année à venir avec cette photo d’Amaryllis Belladonna !
On l’appelle parfois le Lis de Jersey ; c’est plaisant… pourtant il vaudrait mieux éviter de lui donner ce nom : il y a déjà suffisamment de confusions historiques de nomenclature autour de cet Amaryllis ! Le Lis de Jersey, ou Lis de Guernesey correspond avant tout à deux espèces de Nérines (Nerine sarniensis et Nerine bowdenii) de taille plus modeste que notre Amaryllis belladonna mais venant également en pleine terre sous les climats doux et originaires aussi du Cap de Bonne Espérance.

L’Amaryllis Belladonne (c’est le nom commun qu’a choisi Pierre-Joseph Redouté dans "Les Liliacées" est le seul véritable Amaryllis qu’il ne faut pas confondre avec les « Amaryllis » d’intérieur qui sont en fait des Hippeastrum. Redouté en fait d’ailleurs la remarque dans le texte joint à la gravure qu’il en donne, précisant que l’Amaryllis Belladonne est doté d’une spathe portant de 3 à 10 fleurs et que les feuilles sont mortes avant la naissance des fleurs ; puis que les fleurs sont pédonculées, d’un rose clair, en forme d’entonnoir à tube court et large.
La différence est donc notable avec les Hippeastrum, plus pauvres en fleurs, dont les feuilles sont présentes (même courtes) durant la floraison, de plus les fleurs sont presque sessiles et plutôt rouges que roses, sans compter que depuis le siècle de Redouté on sait bien maintenant que les Hippeastrum sont d’origine américaine et beaucoup moins rustique que notre sud-africain, l’Amaryllis belladonna.

La confusion était d’autant plus présente que les Hippeastrum ne portaient pas encore ce nom. Dans « Les Liliacées » il est question d’Amaryllis equestris (ci-dessus) et d’Amaryllis brasiliensis pour une seule espèce reconnue actuellement: le Lis de la Barbade soit Hippeastrum puniceum (Lam.)Voss. ; puis d’Amaryllis reginae (ci-dessous) pour le Lis mexicain soit Hippeastrum reginae (L.) Herb. On comprend qu’il était facile de se tromper surtout que notre Amaryllis Belladonne capable pourtant de venir en pleine terre en fin d’été début d’automne était depuis longtemps cultivé comme plante d’intérieur en Italie, ce qui a d’ailleurs donné son nom de belladonna.


Mes photos ont été prises en Septembre dans un jardin privé du Cotentin, puis dans le jardin exotique de l’Ile de Tatihou à St Vaast la Hougue. Les tiges violines jaillissent du sol et sont pleines et solides pour soutenir un beau bouquet floral. La couleur rose semble d’une nuance assez différente de celle de la première gravure dans cet article (de PJ.Redouté) et même de l’image plus tardive issue de la Flore des serres et des Jardins de l’Europe de Van Houtte (ci-dessous); mais il faut savoir que ce n’est que récemment qu’existent des pigments de couleur capables de restituer une nuance de rose aussi fraîche !

En fait maintenant la confusion qui serait encore possible viendrait d’Asie! Il s’y trouve un Lis de la Résurrection (Lycoris squamigera Maxim.), cultivé pour l’ornement depuis des siècles en Chine, Corée. Celui-là vient également sans feuilles mais il est un peu plus petit et plus précoce (Aout plutôt que Septembre). Le voici sur une gravure du Botanical Magazine :

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