Un court séjour du côté d’Annecy m’a permis, il y a peu, de découvrir une curiosité, la Gentiane hybride (Gentiana × hybrida Schleich. ex DC.), qui résulte du croisement de la Gentiane jaune (G. lutea L.) et de la Gentiane pourpre (G. purpurea L.). Il faut bien entendu, que coexistent dans un secteur restreint les deux espèces parentes et cela se produit près d’Annecy sur le Semnoz, à la limite des arbres en redescendant sur Leschaux. Il semble que cette observation ne soit pas commune, mais possible aussi que les stations soient laissées assez secrètes…

Pour mémoire, voici les photos prise ce jour là au même endroit de Gentiana lutea puis de Gentiana purpurea
J’ai pourtant retrouvé une ancienne représentation de cet hybride avec cinq aspects évolutifs possibles entre G. lutea L. et G. purpurea L.
Il s’agit de l’illustration d’un article des Mémoires de la Société d’Histoire Naturelle de Paris (vol. 1: t. 5) daté de 1823, dont le titre complet est « L’hybridité des plantes en général et particulièrement sur celle de quelques gentianes alpines » par MM. Guillemin et Dumas.
Une station remarquable découverte au sommet du Môle (au Sud-Est d’Annemasse), sur un revers orienté Nord fait l’objet de l’article : parmi une très riche population de Gentiane pourpres, quelques pieds de Gentianes jaune se trouvent entourés à peu de distance (moins de 2 m) par des hybrides. Il est présumé dans le texte que les pieds de Gentianes jaunes seraient les pères, fécondant de leur pollen (plus mobile du fait de la hauteur de la plante et de l’ouverture de la corolle), les pieds de gentianes pourpres dont les corolles sont plus fermées et les pieds moins hauts.

Les auteurs notent :
- Les hybrides sont presque aussi hauts que G. lutea
- Leurs feuilles sont plus allongées et plus brillantes que celles de G. lutea dont les feuilles sont toujours assez glauques
- Certains hybrides présentent des fleurs pédicellées et non sessiles comme celles de la G.purpurea
- Les divisions de la corolle dépassent la moitié de sa longueur.

Peut-être trouverez-vous certains de ces critères dans mes quelques photos prises de cet hybride du Semnoz… toujours est-il que mon fils, en bon rabatteur, est venu me trouver ce jour-là m’alertant sur la différence de taille et l’allure générale un peu différente de ces pieds au milieu des gentianes pourpres ! J’ai tout de suite été interpellée par la profondeur des découpes des lobes de la corolle. Sur les deux fleurs que j’ai gardées en herbier et dont voici un scan, c’était encore plus évident du fait que la couleur pourprée a beaucoup pâli sur la fleur de l’hybride à droite, la fleur de gentiane pourpre est restée sombre.
Scan de mes deux corolles en herbier: à gauche G.purpurea et à droite l'Hybride: (Gentiana × hybrida Schleich. ex DC.))
Voici une phrase de cet article de 1823 : « Nul doute qu’entre les deux espèces primitives, il n’existe tous les intermédiaires possibles et qu’ils ne forment une chaine non interrompue et même linéaire puisqu’il n’y a de relation qu’entre deux espèces ou deux points donnés ».
A bientôt du côté d’Annecy !
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