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Botazoom, Botanique et Iconographie

Botazoom, Botanique et Iconographie

Ce blog est destiné aux curieux de botanique. En s’appuyant sur les photos que j’ai pu faire en voyage, et sur de l’iconographie ancienne, il rentre un peu dans les détails qui m’ont permis d’identifier une espèce, mais son contenu doit être considéré comme celui d’une botaniste amateur !

arbres

Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #iconographie, #Arbres

Voici deux arbres que nous rencontrons assez souvent en ville dans les parcs et jardins, et comme ils sont tous deux dotés de panicules de fleurs érigées à la façon des Marronniers, et de grandes feuilles en cœur, Catalpa et Paulownia sont souvent confondus.

De la famille des Bignoniacées bien qu’il n’ait rien d’une liane, le Catalpa bignonioides, soit Catalpa commun est originaire du Sud-Est des Etats Unis et c’est une essence réputée résistante à la pollution. Sa floraison est estivale ; les grandes corolles blanches en trompettes s’évasent en larges lobes ondulés ornementés de dessins jaune d’or et rouge et le fruit ressemble à une longue gousse brunâtre, mais c’est une capsule. Ci-dessous le Catalpa en Sardaigne.

 

Notre japonais, maintenant: Le Paulownia

En fait dans nos parcs il s’agit de Paulownia tomentosa, fait partie d’une autre famille, les Paulowniacées, regroupant des espèces des régions tempérées d’Extrême-Orient. La floraison est printanière ; les corolles en cloches sont plus droites et d’une teinte mauve clair ornée de fines lignes sombres assez similaires au Catalpa mais la tonalité générale est plus froide. Le fruit très différent est une capsule ronde de la taille d’une noix qui s’ouvre en deux à maturité et libère des graines entourées d’une large aile circulaire. Le duvet roussâtre du revers des feuilles qui caractérise aussi cette espèce est bien visible quand celles-ci tombent au sol. Cet arbre accepte bien la taille et supporte la pollution des villes où on le trouve fréquemment depuis qu’il fut ramené en Europe vers 1834, pour l’ornement. Ci-dessous un Paulownia en Catalogne.

Le premier à l’avoir décrit et nommé est Carl Peter Thunberg en 1784, il pense à tort qu’il s’agit d’une nouvelle espèce de bignone et le baptise Bignonia tomentosa.

Je vous donne ici la description qui en est faite plus tard dans la Flora Japonica de Siebold et Zuccarini (en 1835) puisque ce sont eux qui ont vraiment porté connaissance de ce bel arbre japonais en Europe :

« Le Kiri est un des plus magnifiques végétaux du Japon. Son tronc, dont le diamètre et de deux à trois pieds, s'élève jusqu' à une hauteur de 30 à 10 pieds. Il se divise en branches peu nombreuses mais fortes, en angle droit, formant une vaste couronne. Les larges feuilles sont opposées, pétiolées, échancrées en cœur à la base, ovales et parfaitement entières ou découpées en trois lobes inégaux, dont celui du milieu est le plus long, pointues et couvertes d'un duvet blanchâtre. Les belles fleurs odorantes poussent dès le commencement du mois d'Avril, après que les feuilles se sont développées. Elles sont disposées en vastes grappes composées et rappellent par cela l'idée de notre marronnier d'Inde, comme elles ressemblent par leur figure leur grandeur et couleur de rose aux fleurs du Digitalis purpurea. »

Ci-dessous la représentation de la Flora Japonica:

Plus loin les auteurs expliquent le choix de ce nom latin de Paulownia, en l'honneur d'Anna Pavlowna, alors reine des Pays-Bas. Il nous reste le genre, le nom de l’espèce elle-même a été modifié : Paulownia imperialis est devenu Paulownia tomentosa, une manière de se souvenir que c’est quand même Thunberg qui l’a décrit en premier, mais en attestant que le genre est différent de Bignonia.

« Nous avons pris la liberté, de nommer Paulownia le nouveau genre, que forme le Kiri, qui jusqu' à présent passait à tort pour une Bignonia, pour rendre hommage au nom de Son Altesse Impériale et Royale, la Princesse héréditaire des Pays-Bas. »

 

J’ai trouvé également une illustration presque contemporaine (de 1843) dans le volume 10 de Paxton's magazine of botany, and register of flowering plants:

Le Dictionnaire universel d'histoire naturelle, de Charles d’Orbigny, montre aussi le Paulownia, en 1837.

 

La feuille du Paulownia au revers tomenteux, la capsule fermée puis ouverte avec les graines ailées.La feuille du Paulownia au revers tomenteux, la capsule fermée puis ouverte avec les graines ailées.
La feuille du Paulownia au revers tomenteux, la capsule fermée puis ouverte avec les graines ailées.

La feuille du Paulownia au revers tomenteux, la capsule fermée puis ouverte avec les graines ailées.

Revenons à notre américain, le Catalpa:

Il est représenté dans les planches non publiées de la Morgan library and Museum, c’est une belle aquarelle sur vélin de Madeleine Basseporte ou de son école datée de 1750 environ.

Puis par Pancrace Bessa, nommé alors Bignonia catalpa, vers 1819 pour la « North American sylva » de F.A.Michaux .

Mais aussi dans un ouvrage néerlandais de 1868 : « Flora : illustrations et descriptions des arbres, arbustes, plantes annuelles, etc., que l'on trouve dans les jardins néerlandais. » sous un autre nom : Catalpa syringaefolia.

Et enfin dans les Collections numériques de la bibliothèque universitaire d'Erlangen-Nuremberg, une aquarelle originale de J.Karell comprise dans la collection de Christoph Jacob Trew , à ce sujet , voir un autre article du blog :

 

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Arbres, #Botanistes

Une fois n’est pas coutume, je me suis promenée ce mois-ci dans les Parcs et Jardins pour traquer la présence de beaux érables colorés par l’automne. J’ai fait ces quelques  promenades un peu trop tardivement pour les identifier au moyen des samares, mais les couleurs et la forme du feuillage ainsi que parfois l’écorce réjouissent les yeux !

Je ne parlerai pas dans cet article des espèces plus communes que sont l’Erable negundo (Acer negundo), l’Erable plane (Acer platanoides) sous toutes ses formes et l’Erable sycomore (Acer pseudoplatanus).

Aux alentours de chez moi, dans une zone périurbaine,  j’ai photographié l’Erable de Tartarie (Acer tataricum) et l’Erable trident (Acer buergerianum) ainsi que l’Erable palmé (Acer palmatum), dont il existe de beaux exemplaires dans les parcs du Mans. Toujours au Mans, au Jardin des Plantes on peut voir en outre un Erable de Cappadoce (Acer cappadocicum), un Erable du Japon (Acer japonicum), et j’ai identifié dans un autre parc plusieurs individus d’Erable blanc ‘laciniatum’(Acer saccharinum), dont la taille est plus imposante.

Non loin de là, en pleine ville, trois Erables de David (Acer davidii), forment une sorte de gros bouquet dont les troncs déjà conséquents montrent une écorce très décorative.

La plupart des érables possèdent des feuilles à nervation palmée, il convient d’être attentif au nombre des nervures, aux découpes plus ou moins profondes des lobes, ainsi qu’aux contours de ces lobes, dentés ou non

L’Erable trident (Acer buergerianum) pousse naturellement en altitude de la Chine au Japon. Il semble très bien convenir pour créer des Bonsaïs, sa feuille palmatilobée est caractéristique car les trois nervures forment un éventail assez fermé et les contours des trois lobes aux pointes atténuées ne portent aucune dent.

Sur l’Erable de Cappadoce (Acer cappadocicum), originaire d’Asie, la feuille, dotée de cinq à sept lobes séparés par des sinus peu profonds, nous rappelle un peu l’Erable plane en plus petite taille et avec des contours plus simples car les lobes qui se terminent en pointes effilées ne sont pas eux-mêmes dentés.

Sur l’Erable palmé (Acer palmatum), les feuilles plutôt petites sont aussi plus profondément échancrées sur cinq à sept lobes bordés de dents aigües et les nervures se déploient en un éventail plus ouvert ; Chine Japon et Corée sont ses patries d’origine.

Il existe de nombreuses formes de jardin plus petites et plus compactes, et des formes très découpées comme Acer palmatum ‘dissectum’. 

On peut aisément le confondre avec des variétés de l’Erable du Japon (Acer japonicum), mais sur celui-là les feuilles seraient un peu plus grandes et peuvent compter jusqu’à 12 lobes déployés dans une forme générale presque circulaire. Sur la gravure d’époque de l' Icones plantarum Japonicarum  de Carl Peter Thunberg , ou sur celle un peu plus tardive de Trattinnick (voir plus bas), on note une allure assez différente des cultivars actuels, souvent beaucoup plus profondément découpés, comme par exemple la forme ‘aconitifolium’. On pourrait penser maintenant que ces gravures montrent déjà une variété, un Acer japonicum ‘vitifolium’ ou encore une autre espèce japonaise, Acer shirasawanum Koidzumi.

 

Pas simple de s’y retrouver ! On peut souvent s’interroger : palmatum ou japonicum ? Sur l'individu ci-dessus, pris en photo au jardin des Plantes du Mans, je ne compte que neuf nervures : trop pour palmatum et pas assez pour japonicum!

Sur les feuilles de l’Erable blanc ici photographié (Acer saccharinum ‘laciniatum’), chacun des cinq lobes séparés par des sinus profonds est lui-même lobé, les pointes sont aigües et c’est le revers du feuillage qui est blanc.

Des feuilles à nervation pennée :

Mais parfois, les feuilles d’érables ne sont pas palmées ! L’Erable de David (Acer davidii), porte des feuilles ovales au contour simple discrètement denté et à pointe fine.

Un peu des deux :

Pour l’Erable de Tartarie (Acer tataricum), on constate une sorte de compromis des deux, la feuille semble palmée à la base puis la nervure centrale évolue vers une nervation pennée !

En iconographie :

J’ai choisi de montrer trois gravures illustrant un ouvrage de Leopold Trattinnick, le « Botanisches Album » (1850-1851) car je trouve ces représentations très claires bien qu’il semble qu’elles soient des reprises d’ouvrages célèbres, ici sans doute ceux du suédois  Carl Peter Thunberg : « Flora japonica » (1784) et « Icones plantarum Japonicarum » (1805), que cet auteur édite après un voyage au Japon (1775-1776). Vous pourrez constater les différences qui sont l'apanage de ces érables ornementaux!

La feuille de l'Acer japonicum figurée par les auteurs classiques n'est pas profondément découpée!

Par contre la feuille de l'Acer palmatum est très découpée, c'est une sous-espèce dissectum.

Et la feuille d'Acer saccharinum est moins découpée que la sous-espèce laciniatum en photo plus haut!

Six espèces d’Acer figurent dans la Flora japonica de Thunberg, dont dissectum, japonicum et palmatum ; il nous rappelle dans le texte, une mention plus ancienne encore d’un auteur prélinnéen, Engelbert Kaempfer dans « Amoenitatum exoticarum » (1712), pour Thunberg il s'agit d'un Acer palmatum. 

La célèbre « Flora japonica » (1835-1870) de P.F. von Siebold et J.G. Zuccarini est un peu postérieure. Pour l’anecdote j’ai ajouté ce portrait de Von Siebold à la mode japonaise puisqu’il est passé à la postérité pour son grand apport de connaissance sur la flore et la faune du Japon où il a résidé six années. 

 

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #iconographie, #Arbres

Natif d’Aix en Provence, en 1727, Michel Adanson n’a pas été de son vivant apprécié à sa juste valeur. Heureusement, le Baobab, nommé en son honneur par Linné (Adansonia digitata) et l’étude détaillée qu’il en donna, nous rappelle qu’il fut un voyageur et botaniste important. Un original aussi qui voulait réformer l’orthographe et, indifférent aux honneurs, s’insurgeait que le nom scientifique du baobab ne soit pas dérivé de son nom local sénégalais !

Mais ici nous allons nous intéresser un peu aux recherches de ce théoricien de la botanique. Il fut un novateur dont la méthode de classification des végétaux pourrait s’inscrire entre le « Système sexuel » de Linné et la  « Méthode naturelle » développée par Antoine-Laurent de Jussieu. Mais, en fait, il était impossible de mettre en œuvre efficacement toute sa démarche qui nécessitait de prendre en compte une infinité de données, puis de lancer des comparaisons, au point qu’il existe maintenant une « Méthode adansonienne de taxonomie » qui s’appuie sur les moyens modernes de calcul par ordinateur.

La statue en pied de Michel Adanson, vient du Palais archiépiscopal d'Aix-en-Provence. 

Adanson est donc passé sous les radars, il était pourtant un précurseur de la « méthode naturelle » de classification des végétaux qui remit en question la classification « artificielle » de Linné.

La Méthode naturelle prit son essor avec le « Genera Plantarum » d’Antoine-Laurent de Jussieu et prospéra grâce à toutes les plantes encore inconnues qui arrivaient d’un peu partout et qu’on tentait d’organiser en genres et familles en considérant tous leurs organes, depuis les racines jusqu’à la graine, donc bien plus d’éléments que n’en proposait Linné, et en procédant par comparaisons mais finalement un peu par intuition, tâtonnements et ajustements successifs.

En réalité Adanson n’a voulu créer que des familles car il était bien conscient des grandes difficultés de cette méthode. Pour lui, la création de groupes supérieurs ne pouvait intervenir qu’à posteriori. En effet, il pensait que le principe alors prôné de subordination des caractères au sein d’un groupe de plantes ne devrait pas se faire « a priori » mais seulement après une très longue et complète étude comparative de tous ces caractères. Dans son ouvrage principal « Familles des Plantes », en 1763 ; il détaille sa méthode.

A noter que cette méthode de classification concernait toute forme de vie (faune et flore), il l’a mise en pratique pour étudier les coquillages : « Histoire naturelle du Sénégal : coquillages : avec la relation abrégée d'un voyage fait en ce pays pendant les années 1749, 50, 51, 52 et 53 ». 

C'est pourquoi la statue en pied de Michel Adanson, tient un coquillage en main.

Baobabs au Sénégal, le "Pain de singe" suspendu, puis écrasé au sol.
Baobabs au Sénégal, le "Pain de singe" suspendu, puis écrasé au sol.
Baobabs au Sénégal, le "Pain de singe" suspendu, puis écrasé au sol.

Baobabs au Sénégal, le "Pain de singe" suspendu, puis écrasé au sol.

Le Baobab :

Sur le lien ci-dessous (Académie des Sciences, Archives, Institut de France), vous pouvez lire son étude sur le Baobab :

Adanson, Michel, 1763. Description d'un arbre d'un nouveau genre, appelé Baobab, observé au Sénégal. Histoire de l'Académie Royale des Sciences, année 1761, Paris.

C’est une longue description du Baobab : ce qui le  rapproche des Malvacées et ce qui, par quelques différences permet de créer un genre distinct en restant au sein de cette grande famille. Ce texte annonce le projet de l’ouvrage : « Familles des Plantes ». 

Deux planches en noir et blanc, que voici, sont figurées à la fin de ce texte.

Un peu d'iconographie:

Une illustration par Théodore Descourtilz, pour "La Flore médicale des Antilles"

Et cette illustration du fruit qui vient de la Bibliothèque de Christoph Jacob Trew de l’Université Friedrich-Alexander (Erlangen-Nürnberg); elle est particulièrement belle mais peut-être Adanson l’aurait critiquée car il estimait qu’un dessin au trait précis, et dépouillé même des hachures qui donnent le volume, était ce qui convenait le mieux en botanique ; il admirait les planches du Père Plumier pour cette raison.

Pour mémoire, cet ancien article sur le Baobab, à mon retour du Sénégal:

http://botazoom.over-blog.com/2023/02/trois-arbres-du-sine-saloum.html

Exceptionnellement, pour finir, j’illustre l’article avec deux photos Wikimedia, dont je ne suis pas l’auteur, car je n’ai malheureusement pas vu la superbe fleur du baobab pendant mon voyage au Sénégal.

Adansonia digitata, flower; between Masekwaspoort and Waterpoort, Limpopo, South Africa  Auteur : https://commons.wikimedia.org/wiki/User:SAplants

Adansonia digitata, flower; between Masekwaspoort and Waterpoort, Limpopo, South Africa Auteur : https://commons.wikimedia.org/wiki/User:SAplants

Français : Coupe longitudinale d'une fleur de Baobab africain (Adansonia digitata). Photo prise dans la campagne Burkinabée, entre Fada N'Gourma et Ouagadougou, Photo : Author	Marco Schmidt : https://commons.wikimedia.org/wiki/User:Marco_Schmidt

Français : Coupe longitudinale d'une fleur de Baobab africain (Adansonia digitata). Photo prise dans la campagne Burkinabée, entre Fada N'Gourma et Ouagadougou, Photo : Author Marco Schmidt : https://commons.wikimedia.org/wiki/User:Marco_Schmidt

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Arbres, #Botanique, #iconographie

Le genre Cryptomeria ne compte que cette espèce : Cryptomeria japonica. On le place dans la grande famille des Cupressaceae, une famille dans laquelle il n’est pas toujours facile de se retrouver ; mais le Cryptomeria japonica porte de petits cônes femelles sphériques hérissés de pics, très caractéristiques, ce qui le rend facile à identifier.

Ce Cèdre du Japon, est d’abord inventorié par Carl Peter Thunberg  dans sa Flora Japonica (1784) comme Cupressus japonica. Sa description (il n’y a pas d’illustration), mentionne qu’il est toujours vert, muni de feuilles raides en forme d’aiguilles, que c'est un arbre très haut et droit, avec une tête pyramidale, qui porte des fleurs en mars ; que le bois est très tendre, de sorte qu'il peut être facilement travaillé, et qu’il est très utilisé à diverses fins, en particulier pour l'ébénisterie chez les Japonais. Les japonais le nomment San ou Sugi. Une forme ‘pendula’ est nommée Ito Sugi.

Ensuite on retrouve deux dessins européens : dans le volume 18 (tab 13) des « Transactions of the Linnean Society of London ». Il y figure encore sous le nom Cupressus japonica ; l’auteur signale que les feuilles aciculaires sont comprimées latéralement et que les chatons mâles sont rassemblés en épis à l’extrémité des rameaux, et non solitaires comme sur les autres Cupressacés.

On le voit clairement sur ma photo ci-dessous, prise sur les Hauts de La Réunion où les ‘Sapins créoles’ (Cryptomeria japonica), implantés à la fin du 19ème siècle sont nombreux et parfois imposants.

Puis il apparaît dans « The journal of the Horticultural Society of London, 1846-1855 », titre de l’article : « Some account of the Cryptomeria japonica, or Japan Cedar » by Mr Georges Gordon, v1 (1846) p.57. L’auteur y cite cette phrase de Philipp Franz von Siebold dans sa Flora Japonica (1844) : « Un dixième de la forêt qui couvre les flancs des montagnes entre 500 et 1200 pieds (150 à 360 m) d'altitude est composé de ce Cèdre du Japon ».

Ci-dessus la planche de  la Flora Japonica (1844), de Philipp Franz von Siebold.

Quelques Cryptomeria japonica (photos prises en Sarthe)
Quelques Cryptomeria japonica (photos prises en Sarthe)
Quelques Cryptomeria japonica (photos prises en Sarthe)

Quelques Cryptomeria japonica (photos prises en Sarthe)

Au Japon :

Kan-en Iwasaki   (1786-1842), le fait représenter dans le  Honzo zufu (Livre illustré des plantes médicinales) vol. 76 (1830-1844), ouvrage réédité en 1920. Pour les premiers volumes, ce sont des bois gravés : des estampes ukiyo-e. La spontanéité du trait pour cette planche fait penser à un original qui appartient sans doute aux parutions plus tardives peintes à la main et dont très peu de copies complètes ont survécu.

https://www.guimet.fr/fr/nos-collections/tresors-de-la-bibliotheque/honzo-zufu-flore-japonaise

Au Japon, les Cryptomérias sont protégés et de vieux ensembles figurent dans l’entourage où à l’approche des temples. Sur cette ancienne carte postale, un bel escalier de pèlerinage de 2446 marches en pierre est ainsi bordé de Cèdres du japon trois fois centenaires, il mène sur le Mont Haguro.

Les Cryptomérias de Nara : au 16ème siècle, 10 000 cèdres du Japon ont été plantés dans la forêt primitive de Kasugayama, située à Nara, c’est une forêt classée Monument naturel national spécial en 1955 et classée en 1998 Patrimoine mondial de l'UNESCO.

Voici une gouache d’Albert Brenet, peintre de la marine et peintre voyageur (1903-2005). « Forêt de Nara, allée des trois mille lanternes », la gouache est accompagnée d’un texte témoignage : « Lorsque l’on se rend au temple des trois mille lanternes, on passe sous deux Torii, portes sacrées, d’un temple shintoïste, puis on s’engage dans une allée qui serpente au travers d’une magnifique forêt de cryptomérias. Cette allée est bordée de lanternes de pierre (il y en avait trois-mille), offertes par les fidèles et que l’on allume deux fois par an. »

Pour finir, il faudrait ajouter que le pollen des Cryptomeria est très allergisant quand les populations sont importantes comme au Japon.

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Arbres, #iconographie, #voyages

Le Fromager (Ceiba pentandra) est un arbre majestueux, un géant qui peut dominer la canopée et dont la base est dotée de contreforts imposants. Au Sénégal, j’en ai vu de très beaux, mais difficile de prendre du recul pour faire une belle photo de sa silhouette sans être gênée par la végétation environnante ! 

 

En Casamance, le Fromager (Ceiba pentandra) mais aussi le Baobab (Adansonia digitata) sont les ‘arbres à palabres’, le grand Fromager de Mlomp (ci-dessus) possède des contreforts si hauts et  contournés sur eux-mêmes qu’il a été possible d’y installer un petit musée à ciel ouvert des traditions Diola, qui abritent des vanneries, des outils divers de la vie courante et des fétiches, l’ensemble entouré d’une clôture faite de feuilles de palmiers rôniers. Le bois léger du Fromager peut servir pour tailler dans la masse des pirogues, et ses hauts contreforts sont parfois taillés pour faire des portes, en trois coups de scie, j’ai vu une de ces entailles qui cicatrise avec le temps mais j’étais un peu choquée ! 

On peut trouver dans l’iconographie de belles représentations en pied ; en voici une d'un spécimen en situation isolée. 
Kapok ou Arbre de coton de soie (Ceiba pentandra) poussant près d'un village du Surinam. 

Lithographie couleur par P. Lauters, v. 1839, d'après PJ Benoit. Crédit: Wellcome Collection . Attribution 4.0 International (CC BY 4.0)

Puis une autre peinture de Louise van Panhuys (1763-1844) qui vécut au Surinam de 1811 à 1816. 
https://sammlungen.ub.uni-frankfurt.de/panhuys/nav/index/all

Et puis, en rappel d’un ancien article du blog sur Elisée Reclus :
http://botazoom.over-blog.com/2020/11/elisee-reclus-les-illustrations.html

Le Fromager développe des branches à l’horizontale qui peuvent former un large houppier en parasol s’il dispose d’un espace suffisant. J’ai eu la chance de voir de très beaux exemplaires en Casamance près de la Pointe Saint-Georges, avec quelques branches fleuries en position basse. 


Par contre, sur celui-ci, je n’ai pu observer le feuillage ni le fruit qui est une capsule oblongue à cinq valves, ni le kapok s’en échappant à maturité : une fibre très légère, imperméable et imputrescible (mais malheureusement inflammable). 
Les fleurs sont pollinisées par des chauves-souris. Un autre grand fromager de Casamance était feuillu (et sans fleurs, de ce fait) ; sa silhouette, presque triangulaire du fait des contreforts, était spectaculaire. En principe, le tronc lisse devrait montrer de grosses épines à base larges, mais je n’ai pas vu beaucoup de ces épines sauf sur des certaines zones des contreforts, sur des branches et des rameaux.

 

Le Fromager est plutôt originaire d’Amérique centrale et du Sud, et des Antilles, mais il est devenu une espèce pantropicale, très présente en Afrique de l’Ouest et cultivé surtout en Asie du Sud-Est. Son introduction en Afrique de l'Ouest pourrait peut-être être naturelle et très ancienne (précolombienne), des graines portées par de forts vents auraient ainsi traversé l'Atlantique, ou encore des capsules qui flottent très bien auraient fait de même, portées par des courants!

A Mlomp, c'est un arbre sacré protégé au cœur du village, on y dépose des offrandes. Pour tailler des pirogues on s'éloigne des villages afin d'épargner les beaux individus souvent plantés là volontairement par de lointains ancêtres. 

Il faut noter que la production du Kapok est abondante sur les grands fromagers de l’Afrique de l’Ouest mais ne donne pas le meilleur kapok, car les Ceiba ont depuis longtemps été améliorés en Indo-Malaisie. L’appellation suivante : Ceiba pentandra var indicum DC. Bakh. ne semble pas vraiment reconnue, seul est officiel le nom de Ceiba pentandra (L.) Gaertn.


William Roxburgh, dirigea le Jardin botanique de Calcutta à la fin du 18ème siècle. Il publia les descriptions botaniques de toutes les plantes locales qu’il pouvait observer.

Sa riche collection d’aquarelles consacrée à la flore de l’Inde, peintes d’après nature par des artistes locaux, est conservée à la bibliothèque du Royal Botanic Garden de Kew. J’ai trouvé (sur le site web) les aquarelles de deux espèces cousines : Bombax pentandrum, un ancien synonyme de Ceiba pentandra, notre Fromager , le voici: 

et Bombax heptaphyllum qui est devenu Bombax ceiba L. soit le Fromager rouge ou Kapokier rouge, dont on récolte aussi le kapok qui serait d’une qualité un peu moindre que celui du Fromager. Cet arbre est d’origine plus asiatique.

Roxburgh, W., Icones Roxburgianae (Roxburgh Flora Indica drawings at Kew)
https://archive.bsi.gov.in/b-illustrations/en?list=Bombax&column=szGenus&secCat=1

Pour Bombax ceiba, le Red silk cotton tree des anglais, voici une autre représentation d’Elizabeth Twining, (1805-1889), une illustratrice botanique britannique.

Je ne peux vous montrer des photos du Bombax ceiba L.; mais j’ai vu au Sénégal une espèce très proche avec aussi de belles fleurs rouges : c’est le Bombax costatum Pellegr. & Vuillet , un autre Kapokier rouge qui lui ressemble beaucoup ! on le trouve du Sénégal au Cameroun et le kapok est utilisé aussi pour des coussins, des matelas et des selles. 

 

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanistes, #Arbres, #iconographie

Parmi les « Pères » célèbres de la Botanique, le père Charles Plumier tient une place éminente. Il a défriché le terrain pour une grande partie de la flore tropicale américaine, même si avant lui quelques personnages sont connus, surtout des spécialistes de la botanique de ce continent, ce sont Margraf, Piso et Sloane. Le père Plumier nous a laissé un nombre considérable de dessins précis de sa main accompagnés de descriptions très pointues qui ont permis ensuite à Carl Linné d’établir une nomenclature fiable concernant ces plantes que lui-même n’avait pas vues in-situ.

Je vous propose d’aller un peu plus loin dans le détail en prenant comme exemple les Frangipaniers. Ce sont des Plumeriaparfois orthographié Plumieria, mais Linné a fait sauter un i pour plus de lisibilité sans doute…

Ci-dessus un Plumeria dans la Grande serre du MNHN.

Dans le Species Plantarum de 1753, Carl Linné cite trois frangipaniers : Plumeria alba, Plumeria rubra et Plumeria obtusa.

Reprenons les anciennes descriptions latines qui servaient de légendes avant Linné. On les retrouve en légende avec les illustrations originales de deux espèces, les actuels P. rubra et P. alba (planches 231 et 232) dans le Plantarum americanarum (1755-1760), remanié par C.Burmann après le décès de Charles Plumier en 1704. Ce sont bien les dessins de Charles Plumier.

https://www.biodiversitylibrary.org/item/15475#page/213/mode/1up

 Plumeria rubra et Plumeria alba (pl. 231 et 232) dans le Plantarum americanarum
 Plumeria rubra et Plumeria alba (pl. 231 et 232) dans le Plantarum americanarum

Plumeria rubra et Plumeria alba (pl. 231 et 232) dans le Plantarum americanarum

Plumeria rubra

Pour Plumeria rubra : « PLUMIERIA foliis ovato-oblongis », c’est exactement la première référence latine de Linné. Je vous rappelle que dans le Species Plantarum , le nom d’espèce rubra figure assez discrètement en italique dans la marge, ici à droite pour le bas de la p 209.

On retrouve aussi ce Frangipanier dans le « Plantae selectae » de C.J.Trew, c’est une gravure de Georg Dyonisius Ehret avec une mention en référence de Tournefort « Flore roseo odoratissimo » (c’est la deuxième mention qui figure dans le Species Plantarum, en haut de la p 210).

Plumeria alba

Pour Plumeria alba, voici la légende du père Plumier : « PLUMIERIA foliis lanceolatis revolutis ». On retrouve là le Plumeria alba de Linné (marge gauche), et la description latine donne clairement la caractéristique qui le différencie du premier hormis la couleur : les bords révolutés de ses longues feuilles. Linné le donne comme originaire de la Jamaïque, je l’ai photographié aux Antilles sur Terre de bas (Les Saintes) ; mais il était en fruits.

 

Plumeria alba sur Les Saintes, à Terre de Bas.
Plumeria alba sur Les Saintes, à Terre de Bas.

Plumeria alba sur Les Saintes, à Terre de Bas.

On le retrouve sans surprise dans la Flore médicale des Antilles  de Descoutilz, avec l’orthographe Franchipanier. Pour voir le texte associé : https://www.biodiversitylibrary.org/item/21847#page/155/mode/1up

 

Plumeria obtusa

Plumeria obtusa, figure en troisième place dans le Species Plantarum, mais on ne trouve pas pour lui de planche originale de Plumier. Linné fait référence à une planche de Catesby; la voici ci-dessous (en compagnie d'une passiflore), ce spécimen aurait été vu aux Bahamas…

« L'histoire naturelle de la Caroline, de la Floride et des îles Bahama », par Mark Catesby, est publiée de 1729 à 1747.

Il est décrit comme porteur de feuilles dont l’extrémité est très arrondie voire tronquée, voir des échantillons d’herbier là :

https://florida.plantatlas.usf.edu/SpecimenDetails.aspx?PlantID=1313

Il faut ajouter pourtant que des travaux récents reconnaissent environ 28 espèces de Plumeria originaires des Antilles ! On peut supposer que ce Plumeria obtusa, moins typique que les deux autres, a rassemblé plusieurs de ces espèces…

Plumeria obtusa dans « L'histoire naturelle de la Caroline, de la Floride et des îles Bahama », par Mark Catesby

Plumeria obtusa dans « L'histoire naturelle de la Caroline, de la Floride et des îles Bahama », par Mark Catesby

Deux études d’Atanasio Echeverria :

Mon avis est que l’espèce légendée Plumieria muricata, qu’on retrouve bien exprimée dans l’aquarelle d’Atanasio Echeveria (Drawings from the Spanish Royal Expedition to New Spain) représente plus probablement un Plumeria alba Pour Plumeria muricata, on ne trouve pas d’équivalence dans la nomenclature.

Echeveria a peint un autre frangipanier qu’il nomme Plumieria multiflora, pour celui-ci on connait sa synonymie et ce serait un Plumeria obtusa bien que les feuilles me semblent assez pointues ! La superbe chenille qui dévore ses feuilles et celle d'un papillon nocturne: le Sphinx du frangipanier (Pseudosphinx tetrio).

Dans son « Prodromus systematis naturalis… », Augustin Pyramus de Candolle citait pas moins de 30 espèces de Plumeria (t 8, p 389 à 395) ; mais de nos jours on en reconnait généralement huit.

La plupart sont naturalisées en Asie ; d’ailleurs Plumeria obtusa est en anglais « Singapore graveyard flower ». (Les frangipaniers laissent tomber de nombreuses corolles entières au sol le matin et ce serait une offrande aux morts).

J’ai pris en photo celui-ci, au Sénégal, mais je ne me risquerai pas à lui donner une identité précise…

Plumeria sp. au Sénégal
Plumeria sp. au Sénégal

Plumeria sp. au Sénégal

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Arbres, #iconographie, #voyages

En Casamance, quelques arbres fréquemment rencontrés m’ont inspirée pour faire des recherches à leur sujet.

Le Pommier de Cayor (Neocarya macrophylla, et auparavant Parinari macrophylla), était omniprésent dans les alentours d’Abene ; pour les Diolas de Casamance, il est ‘Ba’. Beaucoup d’utilisations médicinales sont notées par la Société Française d’Ethnopharmacologie (voir sur leur site, ). Le peuple Diola semble l’utiliser surtout traditionnellement pour divers maux de dents par des macérations ou décoctions d’écorces et inhalation des vapeurs. Les jeunes feuilles sont recouvertes d’un duvet roux magnifique, très photogénique !

J’ai trouvé des illustrations anciennes sur « Florae Senegambiae tentamen », par JA Guillemin, GS Perrottet et A Richard, parution en 1830-1833.

Le Pommier de Cayor ne semble pas trop impacté par les feux de brousse. Nous avons pu rester assez proches d’un de ces feux car nous étions sur la plage un peu en contrebas. Les moutons ne semblaient pas très affolés et c’était buffet à volonté pour les oiseaux qui chassaient les insectes au-dessus des flammes, insectes qui se réfugiaient près de nous sur le sable comme par exemple ce criquet étonnant qui se nomme Truxalis !

Le Ditax:

Pour Detarium senegalense, il existe dans tout le Sénégal, de nombreuses utilisations du Ditax (en wolof : ditaq) : des fruits murs contre la toux, bronchite et diverses affections pulmonaires, et aussi de l’écorce, des racines, et du bois en macération ou en infusion comme fortifiant.

Le Ditax est donné comme antiscorbutique et soignerait bien d’autres affections et même la Lèpre. voir

Le Ditax pousse  naturellement dans le Siné-Saloum et la Casamance et le fruit très riche en vitamines C, y est consommé frais ou sous forme de boisson, j’ai testé cette boisson un soir et c’était très bon !

Mais il existe des Detarium senegalense qui produisent des fruits toxiques sans qu’on puisse comprendre vraiment pourquoi et c’est un frein pour en produire plus généralement en culture… Dans l’état où j’ai pu photographier les fruits, c’est-à-dire en fin de saison quand la pulpe a disparu et qu’il ne reste qu’un réseau très serré de fibres durcies enserrant un gros noyau, on a du mal à imaginer sa consommation comme un plaisir ! Le fruit est mûr vers septembre-octobre, ceux qui restent au sol ont quelques chances d’être toxiques car les animaux les ont boudés !

C’est ainsi que les sénégalais peuvent sélectionner autour de chez eux les arbres qui produisent des fruits sains (une technique pas très scientifique mais efficace !).

Le Doussié ou Lingué (Afzelia africana), est un grand arbre que j’ai pu reconnaître grâce à ses fruits très spéciaux, à voir plus en détail sur PlantUse, car je n’ai pas en photo l’intérieur de cette très grosse et très dure gousse, qui d’ailleurs peut servir pour faire de la musique (une sorte des castagnette).

https://uses.plantnet-project.org/fr/Afzelia_africana

A l’intérieur de cette gousse, cinq ou six loges abritent de grosses graines entourées d’une sorte d’arille orangée (un élaïosome) qui attire les fourmis et contribue ainsi à la dissémination et la germination de jeunes Afzelia (Myrmécochorie). Le fait est qu’il ne restait aucune de ces graines au sol sous les arbres ! Ce grand arbre est principalement menacé par son exploitation comme bois d’œuvre.

Pour finir sur une note moins purement botanique, voici un aperçu d’une soirée à la pointe Saint-Georges avec la plage au bord du fleuve Casamance et ma pirogue préférée toute simple et creusée dans un beau tronc mais je n’ai pas bien compris de quel bois…

Son propriétaire m’a dit quelque chose comme « Santin » me signalant que c’était du Mandingue, et j’en suis restée sur ma faim… si quelqu’un a une idée ?

 

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Arbres, #voyages

Au cours de notre récent voyage au Sénégal, l’ile de Mar Lodj dans le Siné Saloum nous a accueillis durant deux jours. En arrière de nos logements assez paradisiaques donnant sur le petit débarcadère où nous avons accosté, c’est le village puis une savane arborée que nous avons parcouru avec des charrettes en faisant des arrêts pour observer les oiseaux (but réel de ce voyage).  Un peu en marge du groupe, j’ai fait beaucoup de photos de botanique qui reste mon intérêt principal. Je vais parler ici de trois arbres emblématiques du Sénégal.

Les Boababs (Adansonia digitata), toujours impressionnants, sont parfois feuillés et parfois nus ; la base du tronc porte souvent la trace de longues cicatrices dues à un écorçage à des fins utilitaires.

 Les textes repris ci-dessous sont issus d’une étude de P. L. GIFFARD conservateur des eaux et forêts : « L’ARBRE DANS LE PAYSAGE SÉNÉGALAIS » parue en 1974. On peut consulter ce copieux Pdf là :

https://agritrop.cirad.fr/336905/1/ID336905.pdf

« En pratiquant des incisions parallèles horizontales autour du tronc et des incisions verticales, on arrache aisément de larges bandes au moment de la montée de la sève. Les paysans en extraient des fibres pour confectionner des cordes et des cordages; jadis ils s’en servaient pour fabriquer des vêtements. L’écorce se reconstitue lentement mais les bourrelets cicatriciels blanchâtres demeurent visibles à la base des arbres »

Et pour l’alimentation humaine :

« Récoltées en juin, quelques semaines après leur épanouissement, les feuilles sont bouillies et servies comme des épinards ou séchées au soleil, pulvérisées et conservées pour être incorporées aux céréales sous forme de sauce. Les analyses révèlent une extraordinaire richesse de ce produit en calcium et en fer. »

« Le fruit communément désigné sous le nom de Pain de singe est une grosse masse ovoïde pouvant atteindre 35 cm de longueur et 17 cm de diamètre, suspendue à l’extrémité d’un pédoncule de 25 à 30 cm, semblable à une corde. L’enveloppe, dure et coriace, extérieurement gris-jaunâtre, veloutée, pelucheuse, contient une pulpe blanche farineuse compartimentée en petits blocs qui englobent des graines réniformes protégées par un tégument ligneux noir. La pulpe, spongieuse quand elle est fraîche, aussi dure que de la craie après avoir séché, renferme 80 % de glucides et des teneurs importantes en calcium, en phosphore, en vitamines B et C. On l’utilise encore dans les campagnes sénégalaises mélangée avec du lait ou de la bouillie de mil. » J’ai gouté à cette pulpe blanche, elle a un peu la consistance de la meringue.

Un autre arbre important pour tout le Sénégal est le Faidherbia albida, le Kad, bien qu’hérissé de longues et dangereuses épines, il est une source importante de fourrage et à son propos, il est écrit :

« Ce sont toutefois les gousses qui jouent un rôle de premier ordre dans l’économie rurale. La fructification ayant lieu entre février et mai, période critique pour l’alimentation du bétail, les fruits sont pâturés au fur et à mesure qu’ils tombent mais, de plus en plus fréquemment, les paysans les ramassent au lever du jour pour nourrir les animaux maintenus dans les enclos ou pour les vendre aux citadins qui possèdent des moutons. »

J'ai pu photographier le Rollier d'Abyssinie sur une branche de ce Kad!

A propos des Rôniers, deux espèces sont très proches: (Borassus aethiopum, ou Borassus akeassii). Ils furent pour la première fois signalés, sans distinction des deux taxons, par Adanson (qui a donné son nom latin au Baobab) :

« Il les observa vers 1750 au Sénégal et les baptisa ‘Ron’ comme les Ouolofs, mot qui, ultérieurement, fut transformé en Rônier. »

« Le limbe sert à couvrir les cases installées dans les champs pendant la saison des pluies. Avec les fibres allongées et peu lignifiées, avec les nervures souples et coriaces, on tisse ou on tresse des couffins pour l’emballage des fruits et des légumes, des corbeilles à pain et à papier, des sacs à main, des coupes, des chapeaux, des éventails, etc... Le pétiole dont les faisceaux vasculaires, isolés les uns des autres, sont entourés de fibres lignifiées, procure un matériau léger, flexible et résistant. En le fendant, on obtient des lamelles qui permettent de confectionner des tables, des chaises, des pliants, des fauteuils, des lits, des berceaux, des cages à oiseaux, des lampes, des valises, etc... »

On peut ajouter que ce Rônier, sujets mâles comme sujets femelles, peut donner aux Diolas de Casamance qui ne sont pas musulmans le Vin de palme, mais l’extraction, mal pratiquée risque fort de  tuer le Rônier. Ce breuvage est aussi produit, avec moins de risque pour le palmier, par Elaeis guineensis, le Palmier à huile, très présent en Casamance. La récolte du vin de palme sur les palmiers à huile représente l’activité principale des Diolas pendant la saison sèche. (ci-dessous, photo de Christian Kerihuel)

Sur cette photo d’un groupe de Rôniers à différents âges on voit tout à fait à gauche un sujet qui commence à se dénuder sur le tronc ; en fait le stipe vers l’âge de 25 ans environ grossit et cause alors le déchirement et la chute, du haut vers le bas, des gaines de ces feuilles fanées qui l’encombrent. Ensuite le tronc plus lisse comme sur les sujets à droite permet d’y grimper pour récolter les fruits, mais ce n’est pas sans danger ! Le sujet de droite, femelle, au stipe plus épais, porte ces régimes de fruits qu’il convient de récolter avant qu’ils tombent si on veut consommer l’albumen de la noix en cours de formation.

« Il a la consistance d’une gelée incolore qui possèderait des propriétés aphrodisiaques. On le mange frais ou grillé. »  

Ci-dessus un Rônier mâle avec ses épis floraux (un peu fanés). Pour les photos précédentes, il pourrait s'agir plutôt de Borassus akeassii, car les rachis des feuilles ne sont que très peu dentés.

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanistes, #Arbres, #iconographie

Dans les parcs et jardins, il n’est pas toujours facile au néophyte de distinguer les conifères du type « Sapin ». Ecartons d’emblée ceux qui perdent des cônes entiers qu’on retrouve à leur pied car ce ne sont pas des sapins mais soit des Douglas, soit des Epicéas. Les sapins conservent, dressés souvent très en hauteur, les axes de leurs cônes qui se débobinent et dont on peut trouver les écailles et les graines au sol. C’est le cas pour le Sapin d’Andalousie, Abies pinsapo Boiss. Les photos qui suivront ont été prises au Mans dans un espace urbain.

C’est pour moi l’occasion d’évoquer un botaniste genevois du 19ème siècle : Edmond Boissier. Issu d’une riche famille genevoise, il s’initie tôt à la botanique grâce à son grand-père puis suit les cours d’Augustin-Pyramus de Candolle à l’Académie de Genève.

Ci-contre un portrait d'Edmond Boissier (1810-1885) par Rodolphe Piguet.

Lorsqu’il arrive en 1837 à Malaga pour herboriser en Andalousie, Edmond Boissier s’est sérieusement préparé : doué pour les langues, il a appris l’espagnol et un peu d’andalou et il dispose d’une base formidable qu’il a étudiée à fond : l’herbier très fourni d’un botaniste anglais, Philip Webb. Ce dernier a exploré le Royaume de Grenade durant des années et lui a confié toutes ses collectes. La description d’Abies pinsapo  par Edmond Boissier, une espèce européenne qui était encore inconnue, l’a grandement fait connaître mais il faut ajouter qu’il a décrit 5990 espèces botaniques nouvelles en accomplissant d’autres voyages ; il publiera plus tard une Flora orientalis en 5 tomes (1867-1884).

Pour Le sapin d’Andalousie, j’ai trouvé les trois belles planches illustrant son ouvrage : « Voyage botanique dans le midi de l'Espagne pendant l'année 1837 » (par Edmond Boissier, membre de la Société de Physique et d'Histoire naturelle de Genève).

Abies pinsapo dans  « Voyage botanique dans le midi de l'Espagne pendant l'année 1837 »
Abies pinsapo dans  « Voyage botanique dans le midi de l'Espagne pendant l'année 1837 »
Abies pinsapo dans  « Voyage botanique dans le midi de l'Espagne pendant l'année 1837 »

Abies pinsapo dans « Voyage botanique dans le midi de l'Espagne pendant l'année 1837 »

Les passages de son texte à propos de ce sapin nommé d’abord simplement Pinsapo comme s’il pouvait s’agir d’un pin, sont intéressants ; en voici quelques extraits (p 158) :

Pour souligner son propos, voici la photo prise des écailles de mon pinsapo : à gauche l’intérieur portant encore ses deux graines ailées, et à droite le dos de l’écaille montrant la très petite bractée qui sur d’autres espèces d’Abies peut aller jusqu’à déborder du contour de l’écaille, puis (photo2) les graines recto-verso.

En p 159, il retrouve une belle population et cette fois, peut récolter des graines !

Il s’est avéré que ces graines ont fourni de beaux spécimens dans les jardins d’Europe, puisqu’on trouve un article plus tardif rédigé par Boissier lui-même en 1861 dans le tome 14 de la « Flore des serres et des jardin de l’Europe » de Louis Van Houtte. Il y déclare : «  Les premières graines que je rapportai d’Espagne en 1837 ont donné naissance à des arbres  qui ont aujourd’hui de 7 à 9 mètres de hauteur ». La planche montrant un jeune sapin est issue de cet article.

Un jeune Abies pinsapo dans la "Flore des serres et des jardin de l’Europe" de Louis Van Houtte

Un jeune Abies pinsapo dans la "Flore des serres et des jardin de l’Europe" de Louis Van Houtte

En ce qui concerne la silhouette de mon sapin du Mans je n’ai pas pu constater qu’elle devient cylindrique avec l’âge car il a malheureusement été amputé de beaucoup de branches basses…

 

Ceux qui voudraient en savoir plus sur Edmond Boissier qui par ailleurs ne partageait pas les nouvelles thèses de Darwin, pourront consulter cet article d’une revue de l’Université de Genève, là:

https://www.unige.ch/campus/numeros/120/tetechercheuse/

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #voyages, #iconographie, #Arbres, #Paysages

J’ai découvert ces magnifiques lithographies sur les Temples mayas du Yucatan en me promenant sur le catalogue d’images en ligne de la Yale University Library et me suis interrogée sur le plaisir que j’ai à les admirer alors que tout archéologue digne de ce nom doit frémir en voyant à quel point la végétation échappée de la jungle environnante les endommageait gravement à l’époque. Ces mêmes sites archéologiques débroussaillés, restaurés et entourés de grandes pelouses bien entretenues, reçoivent des milliers de touristes maintenant, mais l’émotion qu’ils suscitent n’est sans doute plus du même ordre…

Cliquez sur les images pour les voir en grand!

Planche 8 : Vue générale de Las Monjas à Uxmal (Yucatan, Mexique), litho John C.Bourne

Planche 8 : Vue générale de Las Monjas à Uxmal (Yucatan, Mexique), litho John C.Bourne

Les expéditions de l’américain John Lloyd Stephens accompagné de l’anglais Frederick Catherwood dans la région du Yucatan en 1839 et 1840, puis de nouveau en 1841, firent connaître en Europe la civilisation maya par le biais de deux ouvrages qui furent des succès de librairie, «Incidents of Travel in Central America, Chiapas and Yucatan» et «Incidents of Travel in Yucatan» illustré de 120 gravures.

Les lithographies visibles ici d’après les dessins de Catherwood sont par ailleurs rassemblées dans « Views of ancient monuments in Central America Chiapas and Yucatan », ouvrage publié en 1844, avec la précision suivante : Chromolithographie de Owen Jones (pour le frontispice), lithographies en deux couleurs et typographie sur papier vélin ivoire. La qualité des 24 estampes de ce recueil des sujets les plus marquants est incomparablement meilleure. Les auteurs anglais des lithographies de ce recueil sont : Andrew Picken (1815-1845), Henry Warren (1794-1879), William Parrott (1813-1869), John C.Bourne (1814-1896), Thomas Shotter Boys (1803-1874) et George Belton Moore (1806-1875).

Ci-dessous trois lithographies d'Andrew Picken:

Planche 22 : Teocallis à Chichen Itza (Yucatan, Mexique), Planche 10 : Casa del Gobernador, Uxmal. (Yucatan), et Planche 14 : Partie d'un bâtiment appelé Las Monjas à Uxmal (Yucatan)

Planche 22 : Teocallis à Chichen Itza (Yucatan, Mexique), litho Andrew Picken

Planche 22 : Teocallis à Chichen Itza (Yucatan, Mexique), litho Andrew Picken

Planche 10 : Casa del Gobernador, Uxmal. (Yucatan), litho Andrew Picken

Planche 10 : Casa del Gobernador, Uxmal. (Yucatan), litho Andrew Picken

Planche 14 : Partie d'un bâtiment appelé Las Monjas à Uxmal (Yucatan) , litho Andrew Picken

Planche 14 : Partie d'un bâtiment appelé Las Monjas à Uxmal (Yucatan) , litho Andrew Picken

En tant qu’artiste européen du 19ème siècle associé à l’expédition, on sent bien que Catherwood, dont les dessins sont un apport précieux pour l’archéologie par leur grande précision, (il utilise pour cela une chambre claire) n’est pas insensible à l’effet pittoresque donné par l’invasion du végétal dans les ruines des temples mayas, mais étant également architecte, il se désole néanmoins des détériorations qu’il constate.

L’élément végétal pourtant n’a pas seulement causé des dégâts aux monuments mayas. Par exemple, un arbre emblématique de cette région, le Sapotillier (Manilkara zapota ou Achras sapota), en plus de produire aux indiens le chiclé pour fabriquer une gomme à mâcher ou encore des balles de jeux, fournissait un bois très solide et imputrescible dont Catherwood a retrouvé la trace : des  linteaux à Chichen Itza :

«Les portes simples sont orientées vers l'est, le sud et l'ouest, avec des linteaux massifs en bois de sapotillier recouverts de sculptures élaborées, et les montants en pierre sont ornés de figures ».

Vers 2013, un linteau en bois de sapotillier, qui porte une série de dates indiquant quand il a été taillé, sculpté et consacré a été daté au carbone 14 par une équipe canadienne et l’époque correspondrait au 7ème siècle de notre ère.

Déjà, dans son texte préliminaire, F. Catherwood nous parle à plusieurs reprises de l’impact du végétal sur les monuments qu’ils ont découvert, mais aussi des déductions qu’il est possible ou non d’en tirer quant à l’âge de ces constructions :

« L'accumulation de moisissure végétale jusqu'à une profondeur de neuf pieds, est une autre preuve qui a été avancée en faveur de la haute antiquité des bâtiments où elle se produit; et sans doute, dans un climat septentrional, cela indiquerait un âge éloigné, mais pas sous les tropiques; la végétation y est si dense et si rapide que moins de douze mois après notre première visite à Uxmal, nous avons trouvé tout l'endroit si envahi d'arbustes et de petits arbres, que rien d'autre que le haut teocalli et le contour des autres monuments n'étaient visibles, et un épais dépôt de moisissure végétale recouvrait les endroits que nous avions déblayés si peu de temps auparavant. »

« Les racines des arbres et les pluies tropicales sont les principaux éléments de destruction, et le travail se poursuit chaque jour et chaque heure. Un siècle à peine s'écoulera avant que l'ensemble de ces monuments intéressants ne soit devenu un amas de ruines indiscernable. »

Planche 4 : Idole brisée à Copan (à l’Ouest du Honduras) litho Henry Warren

Planche 4 : Idole brisée à Copan (à l’Ouest du Honduras) litho Henry Warren

« Cette idole, dans son état de ruine, est l'une des plus belles de Copan, et son exécution est égale aux meilleurs vestiges de l'art égyptien. Son état actuel peut donner une idée de la scène de désolation et de ruine présentée à Copan. Toute la région n'est qu'une forêt envahie par la végétation et, au milieu de la désolation et des ruines des bâtiments et des terrasses, on voit une "Idole" déplacée de son piédestal par des racines monstrueuses, une autre enfermée dans l'étreinte de branches d'arbres et presque soulevée de la terre, et une autre projetée sur le sol et attachée par de grandes vignes et lianes ; de ce fait, la partie tombée est complètement liée à la terre, et, avant de pouvoir la tirer, il est nécessaire de les délier, et d'arracher les fibres des crevasses. »

Planche 19 : Porte à Labnah (Yucatan, Mexique), litho John C.Bourne

Planche 19 : Porte à Labnah (Yucatan, Mexique), litho John C.Bourne

Planche 23 : Château à Tulum, (Yucatan, Mexique), litho Andrew Picken

Planche 23 : Château à Tulum, (Yucatan, Mexique), litho Andrew Picken

Selon Paul C. Standley (Flora of Yucatan, 1930) : « Les figuiers étrangleurs sont peut-être les principales plantes responsables de la destruction des anciens bâtiments mayas ». Le figuier étrangleur qu’on peut voir à droite de l’estampe presque recouvrir ce petit bâtiment de Tulum, serait très probablement un Ficus cotinifolia. 

https://www2.palomar.edu/users/warmstrong/ploct99.htm

J’ai pu admirer un ficus impressionnant en Guadeloupe dont les racines aériennes retombaient en rideaux, un « Figuier maudit » dont je n’ai pas su déterminer l’espèce exacte.

Figuier maudit (Ficus sp.), sur Basse-Terre
Figuier maudit (Ficus sp.), sur Basse-Terre

Figuier maudit (Ficus sp.), sur Basse-Terre

Planche 24 : Temple à Tulum, litho William Parrott

Planche 24 : Temple à Tulum, litho William Parrott

On peut voir sur l’image ci-dessus nos deux explorateurs Frederick Catherwood et John Lloyd Stephens mesurant le temple. A l’époque : « Deux solides piliers, soutenant des poutres en bois, sont encore debout dans la porte principale et, au centre, les restes d'une tête, entourée d'une profusion de plumes ».

Planche 25 : Tête colossale à Izamal, (Yucatan, Mexique), litho Henry Warren

Planche 25 : Tête colossale à Izamal, (Yucatan, Mexique), litho Henry Warren

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