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Botazoom, Botanique et Iconographie

Botazoom, Botanique et Iconographie

Ce blog est destiné aux curieux de botanique. En s’appuyant sur les photos que j’ai pu faire en voyage, et sur de l’iconographie ancienne, il rentre un peu dans les détails qui m’ont permis d’identifier une espèce, mais son contenu doit être considéré comme celui d’une botaniste amateur !

arbres

Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #iconographie, #Botanique, #Arbres

Le terme de Sang-dragon correspond avant tout à une substance colorante et médicinale, une sorte de résine d’origine végétale dont l’usage a couru à travers le monde sur plus d’un millénaire. Plusieurs espèces botaniques produisirent une substance de ce nom comme  Calamus rotang ou Pterocarpus officinalis mais c’est avant tout le Dragonnier des Canaries (Dracaena draco) et le Dragonnier de Socotra (Dracaena cinnabari),  qui fournissent ce remède et cette teinture : en incisant leur tronc âgé, la résine s’en écoule.

Le Dragonnier des Canaries est une espèce macaronésienne (archipels des Açores et de Madère, des îles Canaries, des îles du Cap-Vert) et africaine (Sud-Ouest du Maroc).

« Dragonniers à différents âges », de la Casa de Franchy dans la ville de La Orotava en 1838

« Dragonniers à différents âges », de la Casa de Franchy dans la ville de La Orotava en 1838

J’ai retrouvé cette gravure montrant des « Dragonniers à différents âges », ceux de la Casa de Franchy dans la ville de La Orotava, à Ténériffe, sur une publication de 1838 (Phillip Barker Webb, et Sabin Berthelot, Histoire naturelle des Iles Canaries.), on peut consulter les autres illustrations de l’Atlas en cliquant là: Histoire naturelle des Iles Canaries, Atlas  

Le fameux dragonnier de La Oratava, tombé en 1867, était réputé plusieurs fois millénaire… Le témoignage écrit d’un navigateur vénitien du 15ème siècle, Alvise Cadamosto,  certifie au moins que l’arbre d’Orotava vers 1455 semblait déjà sur son déclin. André Pierre Ledru, prêtre et botaniste français, participant à l'expédition du capitaine Nicolas Baudin aux îles Canaries affirme avoir vu ce dragonnier du jardin de Juan Domingo de Franchy en 1796 et donne comme mensurations 20 mètres de hauteur, 13 mètres de circonférence à mi-hauteur et 24 mètres à la base. Selon ce rapport de Ledru, le tronc de 6 mètres se divisait en 12 branches entre lesquelles on avait dressé une table pouvant recevoir 14 convives !

Sur cette autre gravure de la même époque, apparaît à la base du tronc creux une porte car il abritait une chapelle et on retrouve aussi la même étrange coupure avec entablement qui défigure le houppier. Elle résulte de l’arrachement d’une branche maitresse par une tempête en 1819, le tronc creux a été protégé ainsi des infiltrations.

La légende de la Wellcome Library nous dit: « Un vieux dragon (Dracaena draco) avec une entaille dans sa tige libérant sa résine "sang de dragon" et une porte dans son tronc. Aquatinte avec gravure par RG Reeve d'après JJ Williams, c.1819. »

 https://wellcomecollection.org/works/ram2m2y4

Le plus ancien Dragonnier des Canaries vivant est maintenant celui d’Icod, sur l’ile de Ténériffe (14 mètres de haut) que montre cette vieille photographie. Il est toujours visible au Parque del Drago, un jardin botanique à  Icod de los Vinos au Nord-Ouest de l’ile de Ténériffe.

Le Dragonnier des Canaries est maintenant fort menacé de s’éteindre à l’état sauvage : trop de pillage de jeunes plants pour les jardins méditerranéens. Une zone réputée pour voir une population ‘in situ’ sur Ténériffe, le «Barranco del Infierno» paraît bien protégée car les arbres y sont vraiment hors d’atteinte.

Mes photos d’un jeune Dracaena draco ne sont pas prises là, à mon grand regret, mais sur la côte catalane dans le beau Jardin botanique du Cap Roig

Dracaena draco dans le Jardin botanique du Cap Roig, en Catalogne
Dracaena draco dans le Jardin botanique du Cap Roig, en Catalogne

Dracaena draco dans le Jardin botanique du Cap Roig, en Catalogne

Je vous invite à enrichir cet aperçu de l’iconographie du Dragonnier avec ce bel article d’Arnoldo Santos Guerra, biologiste de l'Institut canarien de recherche agricole, il a cherché et trouvé des Dragonniers figurés en décor d’ambiance dans des gravures anciennes et même des enluminures:

https://www.rinconesdelatlantico.es/num6/lector.php?id=166

L’auteur fait aussi référence (en espagnol) à une autre espèce du Yémen: le Dragonnier de Socotra (Dracaena cinnabari), dont la sève serait la première pourvoyeuse pour le monde antique de la substance Sang-dragon et peut-être dont l’image serait aussi la première parvenue dans l’iconographie européenne. Il faut dire qu’on reconnait de nos jours une bonne vingtaine d’espèces dans le genre Dracaena.

La gravure sur bois figurant dans l’ouvrage de Charles de l’Ecluse : « Rariorum aliquot stirpium per Hispanias observatarum historia » (1576) est inspirée d’un exemplaire acclimaté dans un couvent de Lisbonne, observé en 1564 et dessiné par Van der Borcht.

Ce Draco arbor de Charles de l’Ecluse, qui apparemment pouvait fructifier, était donc bien visible au Portugal, acclimaté très probablement depuis  l’archipel de Madère (découvert par les Portugais en 1418), où les dragonniers (Dracaena draco) abondaient.

 

Dans « An Encyclopaedia of Gardening », London (1835), on apprend que la résine n’est pas le seul bienfait apporté par cet arbre :

« Les îles Canaries sont célébrées pour leur miel plus particulièrement celui produit par les abeilles sur le pic de Ténériffe. Les habitants de chaque village aux alentours du pic portent leurs ruches d'abeilles qui sont formées des troncs creux du Dragonnier au mois de mai et les placent dans des crevasses de rochers. Des millions d'abeilles grouillent alors autour des grands buissons parfumés du Retama blanc (Retama monosperma) ou du Spartium nubigenum Aiton et remplissent très vite les ruches. Le miel qui leur est prélevé deux fois chaque été est toujours en grande abondance et ni Hymettus ni Chamouni n'ont jamais produit quelque chose d'égal à lui, il est si pur et transparent et son goût est si aromatique et délicieux ». Le miel de thym du massif de l’Hymette en Grèce était connu depuis l’Antiquité, celui de Chamouni (il s’agit là de la vallée de Chamonix) est un miel très blanc réputé peut-être dû à la forte présence des mélèzes.

Un dernier article très complet sur le Dragonnier est consultable sur le site du « Cactus francophone » :

https://www.cactuspro.com/articles/dracaena_draco_une_part_de_l_histoire_des_iles_canaries

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Arbres, #iconographie, #Botanique

Le Marronnier d’Inde (Aesculus hippocastanum), figure dans la Flora Gallica mais il y est classé comme espèce plantée et échappée, tendant à se naturaliser, car il s’agit d’une introduction ancienne (1615, à Paris, par Bachelier). L’espèce, originaire des Balkans, s’est intégrée peu à peu dans notre environnement campagnard. La gravure ci-dessous décrit donc pour son auteur une espèce arrivée récemment ; elle est d’Abraham Bosse (1602-1676), un maître de l’eau forte au 17ème siècle ; il travaille ici pour le « Recueil des plantes dessinées et gravées par ordre du roi Louis XIV » de Denis Dodart (Pl.96).

Si vous avez observé les Marronniers plantés en ville, vous avez sûrement remarqué des individus aux belles grappes de fleurs d’un rose parfois vif : il s’agit du Marronnier à fleurs rouges (Aesculus x carnea) un hybride résultant du croisement de notre Marronnier d’Inde avec le Pavier rouge ou Marronnier de Virginie (Aesculus pavia), une espèce plus petite venue de l’Est des Etats-Unis. Le Pavier rouge ne porte aucune épine sur ses bogues, les feuilles sont composées de cinq folioles seulement. Sur l’hybride, les bogues, quand on en trouve, sont très peu épineuses ; les feuilles comptent en général cinq folioles. Aesculus carnea  ‘Briotii’  est  une variété de cet hybride obtenue aux pépinières du Trianon (Versailles) en 1858 ; théoriquement, vous ne lui trouverez pas de fruits car l’espèce est dite stérile.

Dans la Flora Gallica, ce marronnier a maintenant droit de cité au titre de véritable espèce : Aesculus carnea Hayne, 1822, dit le Marronnier rouge mais une mention précise : Allotétraploïde dérivé de A. hippocastaneum et de A. pavia.

Le Pavier rouge (Aesculus pavia), dont les fleurs restent assez tubulaires apporte la couleur rose vif à l’hybride mais la belle corolle déployée et frisottée de ‘Briotii’ vient sans doute de sa parenté avec le Marronnier d’Inde. Pour les plantations d’alignement urbaines, outre la plus séduisante couleur de ce Marronnier à fleurs rouges (Aesculus x carnea), il est apprécié aussi pour sa taille plus modérée, sa résistance meilleure aux maladies et au dessèchement précoce du feuillage en été, et enfin sa fertilité moindre voire nulle (moins ou pas de marrons au sol). De fait, cet arbre est maintenant souvent  planté en ville.

Un très beau Marronnier à fleurs rouges était visible en Mai 2013 au Parc Montsouris, mais également plusieurs sujets de Pavier jaune (Aesculus flava), je n’y suis pas retournée depuis ! Nous avons pu voir  très nettement le point de greffe sur les troncs car ils sont souvent greffés sur le Marronnier d’Inde. Ce Pavier jaune, très décoratif mais moins planté en Europe est originaire de l’Est des Etats-Unis. Son feuillage se pare de belles couleurs orangées à l’automne ; les fruits sont toxiques. Les corolles florales comme chez le Pavier rouge, restant plus fermées que chez les Marronniers, l’épi floral est peut-être un peu moins séduisant.

Aesculus flava au parc Montsouris
Aesculus flava au parc Montsouris

Aesculus flava au parc Montsouris

Un autre Aesculus originaire encore du sud-est des Etats-Unis est parfois visible dans nos jardins mais il convient de bien contrôler l’espace qu’on lui accorde. En effet, il ne forme pas vraiment de tronc, il se présente plutôt comme un grand buisson en nappe dont les branches sortent directement du sol: il s’agit du Pavier blanc (Aesculus parviflora). Les inflorescences ne manquent pas  de charme avec de longues étamines qui donnent à l’épi floral un aspect de goupillon flou.

Aesculus parviflora dans un jardin sarthois
Aesculus parviflora dans un jardin sarthois

Aesculus parviflora dans un jardin sarthois

Deux botanistes et explorateurs, André Michaux puis son fils François-André Michaux (1770-1855), ont grandement contribué à la connaissance des Paviers américains. C’est le père qui introduit le Pavier blanc (Aesculus parviflora) en France et le fils qui envoie des graines du Marronnier à fleurs rouges au jardin des Plantes à Paris ; l’arbre y fleurit pour la première fois en 1815.

Presque tous les arbres d’Amérique du Nord, sont inventoriés par le fils dans son ouvrage « Histoire des arbres forestiers de l’Amérique septentrionale », j’y ai trouvé Aesculus flava (mon Pavier jaune du parc Montsouris) sous le nom de Pavia lutea, dont la synonymie n’est pas très claire.

En effet, Michaux dans le texte traite aussi d’Aesculus glabra, disant que les deux espèces surnommées toutes deux « Buckeye » sont bien des espèces différentes qui peuvent prêter à confusion. Il décide de nommer Aesculus glabra plus précisément ‘Ohio buckeye’ et aussi ‘American horse chesnut’ pour bien le différencier à la fois du Marronnier d’inde (Aesculus hippocastanum) auquel il ressemble assez et du Pavier jaune (Aesculus flava). Je ne connais pas de visu cet Aesculus glabra et il n’est pas illustré dans le livre de Michaux mais je l’ai trouvé dans « Plantes rares du Jardin de Genève » (1825-1827), d’Augustin Pyramus de Candolle avec une allure assez conforme aux photos qu’on peut en trouver maintenant.

Aesculus rubicunda est un synonyme d'Aesculus glabra Willd. (http://www.theplantlist.org/)

 

Voici des illustrations de deux des espèces américaines dans un ouvrage inachevé un peu plus tardif : « Plates prepared between the years 1849 and 1859, to accompany a report on the forest trees of North America » par Asa Gray, 1810-1888

Asa Gray fut un professeur d’Harvard, botaniste américain spécialiste des plantes nord-américaines, connu également pour sa correspondance avec Charles Darwin et son enthousiasme pour les thèses de ce dernier sur l’Origine des espèces.

Isaac Sprague (1811-1895), après avoir assisté John James Audubon qui a même baptisé un passereau en son honneur : le pipit de Sprague (Anthus spragueii), a illustré de nombreuses publications de botanique d’Asa Gray.

Les deux planches dessinées par Isaac Sprague: Aesculus parviflora et Aesculus pavia
Les deux planches dessinées par Isaac Sprague: Aesculus parviflora et Aesculus pavia

Les deux planches dessinées par Isaac Sprague: Aesculus parviflora et Aesculus pavia

Aesculus discolor est un synonyme d'Aesculus pavia L. (http://www.theplantlist.org/)

Ce rapport sur les arbres forestiers d'Amérique du Nord n’a jamais connu de parution intégrale, ces planches font partie du fragment de l'œuvre projetée par le Dr Gray, les planches portent les numéros destinés à l'œuvre originale. Il devait figurer aussi des dessins détaillés de coupes au microscope, l’ampleur du projet le fait d’abord se répartir sur plusieurs années puis finalement abandonner du fait du coût bien supérieur aux prévisions initiales. Les planches sont léguées à la Smithsonian Institution au décès d’Asa Gray et paraîtront ainsi sans aucun support de texte. Il aurait été bien dommage qu’elles restent dans des cartons car je trouve que ces planches de Sprague sont joliment composées, simples et claires à la fois.

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Arbres, #iconographie, #Paysages

Elisée Reclus ne fut pas seulement une célèbre figure du mouvement anarchiste au siècle dernier mais aussi un grand géographe qui a produit une somme considérable avec sa Nouvelle Géographie universelle en vingt volumes publiée entre 1876 et 1894. C’est également un apport certain pour l’ethnographie, mais je vais surtout piocher dans ce gisement énorme quelques éléments de végétation, bien sûr.

Je ne pouvais manquer de m’intéresser à toutes les belles illustrations de paysages et de personnages qui sont réalisées en gravure sur bois de bout, ce qui permet beaucoup de finesse et apporte une dimension artistique supplémentaire bien que ces gravures soient composées d’après des photographies.

 

Le Baobab au Sénégal

Le Baobab au Sénégal

 Texte d’Elisée Reclus : « C'est au Sénégal que le baobab (Adansonia digitata) fut étudié par Adanson, dont le nom appartient désormais à ce géant du monde végétal; mais dès le commencement du seizième siècle Cadamosto parlait avec étonnement de ces arbres de merveilleuse grosseur, qui ‘ceignaient dix- sept brasses autour du tronc‘. L'Adansonia fournit, on le sait, le ‘pain de singe’, qui est aussi le pain de l'homme; ses feuilles servent à la préparation des mets et sont employées en salade. »

Il s’agit donc pour ces illustrations d’une taille d’épargne, pratiquée pour illustrer les livres depuis la Renaissance, c’est-à-dire que les blancs sont creusés sur la plaque de bois. Lors de l’impression les traits préservés en hauteur se retrouvent au même niveau que les caractères typographiques du texte.

Pour les volumes sur l’Afrique, par exemple, on peut détecter parfois dans le graphisme les effets caractéristiques que donne une taille d’épargne, mais en beaucoup plus fin qu’auparavant avec la gravure en bois de fil. On retrouve la même finesse que sur les illustrations de Gustave Doré.

Certaines de ces images trouvées sur le tome 10 consacré à l’Afrique de l’Ouest sont inspirées de dessins d’explorateurs comme celle sur la faune au bord du lac Tchad, mais ce sont toujours des graveurs spécialisés qui gravent les planches. La gravure sur bois de bout (un bois très dense comme le buis par exemple) permet au graveur de rendre un aplat gris par des traits parallèles très fins et serrés comme on le voit ici sur les ciels par exemples. (cliquez pour agrandir l'image!)

On se situe là dans une période charnière où de nombreuses photographies étaient prises par des géographes, ethnologues et naturalistes voyageurs, mais où la reproduction en grand nombre de ces images n’était pas encore bien maîtrisée.

Deux illustrations du tome 10 consacré à l'Afrique de l'Ouest.
Deux illustrations du tome 10 consacré à l'Afrique de l'Ouest.

Deux illustrations du tome 10 consacré à l'Afrique de l'Ouest.

Pour l'illustration au bord du lac Tchad: Dessin de Th. Weber d’après un croquis de Nachtigal. Gustav Nachtigal fut un explorateur allemand (1834-1885): https://fr.wikipedia.org/wiki/Gustav_Nachtigal

Le procédé Gillot de photogravure qui voit le jour vers cette époque, semble avoir été utilisé pour les tomes plus tardifs de la Nouvelle Géographie universelle, il était sans doute bien plus économique de faire travailler l’acide sur une plaque de zinc. Un dessin exécuté avec une encre grasse protège la plaque de la morsure qui va donc creuser légèrement les blancs comme lors d’une taille d’épargne, créant un cliché qui s’intégrera facilement à l’impression typographique. En fait, concernant la Nouvelle Géographie universelle d’Elisée Reclus, je ne sais qu’en penser car pourtant toutes les pages de titres des vingt tomes annoncent des « vues et types gravés sur bois ».

 

 

Texte sur la zone médiane du Nicaragua, (Tome 17 sur les Indes occidentales) à propos du Ceiba, probablement Ceiba pentandra, le Kapokier ou Fromager

« Du haut des croupes herbeuses, où se montre çà et là le ceiba dominateur, sous lequel se réfugient les troupeaux, on aperçoit à ses pieds la lisière noire (des forêts) qui serpente en courbes irrégulières dans les vallées et sur le penchant des monts ». 

 

Dans le tome 18, sur l’Amérique du Sud apparaît une autre illustration (ci-dessous) de Ceiba au Vénézuela (dessin de Boudier d’après photo)

 

« Les arbres les plus majestueux, tel le ceiba ou «fromager», sont presque toujours solitaires. »

Toutes les techniques de gravures et d'impression sont expliquées là dans un glossaire, sur ce site très intéressant :

http://www.gelonchviladegut.com/fr/glosario-del-grabado/

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Arbres

Aujourd’hui je zoome sur le Palmier de Chine ou Palmier à Chanvre (Trachycarpus fortunei (Hook.) H.Wendl. parce que c’est de loin l’espèce de palmier la plus implantée au Nord de la Loire. Dans les ouvrages anciens, on le trouve sous son ancien nom donné par Carl Peter Thunberg en 1784, à savoir : Chamaerops excelsa. Son nom actuel rappelle le célèbre explorateur et jardinier écossais Robert Fortune car c’est en fait lui qui en 1843 ramena le premier de Chine beaucoup de plants de ce palmier. C’est un fait pourtant que dans les pépinières, il est encore souvent mal nommé : Chamaerops excelsa ou même Trachycarpus excelsa !

Ce palmier est donc très rustique, il peut supporter des températures de   -15° à  -18° ! En fait, le Palmier à chanvre préfère le climat plus frais de la moitié nord de la France (surtout du côté océanique), à l’inverse du Dattier des Canaries (Phoenix canariensis) qui lui est la vedette dans les jardins du Midi. Ce Trachycarpus est maintenant considéré comme naturalisé dans certains secteurs de Suisse (le Tessin) où il est même devenu une espèce à surveiller voire à éradiquer !

Le premier Trachycarpus fortunei  aurait été planté en Aquitaine en 1859, il y donc 160 ans, au Jardin Botanique de Bordeaux. Le stipe de ce palmier d’environ 25 cm de diamètre paraît plus gros parce qu’il est recouvert d’une belle épaisseur de fibres (vestiges des feuilles). Il est très cultivé depuis longtemps en Chine pour l’utilisation de ses fibres ; ce crin y  a servi, ainsi qu’au Japon, à faire des tapis, cordes, et balais…

Les feuilles palmées, profondément incisées, forment des éventails d’une quarantaine de segments linéaires rigides (d’une longueur de 50 à 60 cm). Le pétiole est plus long que la palme elle-même et son pourtour est finement denticulé mais sans épines bien marquées comme le Palmier nain dont je vous avais déjà parlé dans un article.

A l’insertion sur la palme, les pennes sont repliées en un éventail serré qui est repris dans l’hastula. Chez ce palmier l’hastula sur le dessus du pétiole prend la forme d’une sorte d’ourlet surélevé en demi-cercle. Sous le pétiole, c’est plutôt une pointe très courte. L’extrémité des pennes est souvent bifide.

Ici, au Mans nous avons beaucoup de ces palmiers dans les jardins, certains assez imposants dans la « Rue des Palmiers » ! J’ai voulu observer de près l’évolution de leur floraison cette année. En principe, l’espèce est dioïque ; en fait, il semble qu’il existe aussi des individus hermaphrodites.

 

Un pied femelle de Trachycarpus fortunei, au Mans

Un pied femelle de Trachycarpus fortunei, au Mans

Sur les pieds mâles les grosses inflorescences en crosses naissant du cœur étaient  bien visibles dans la deuxième quinzaine d’Avril et en ce moment, en Mai elles forment des nuages de fleurs épanouies d’un beau jaune lumineux.

Chez les pieds-femelles, des grappes de fleurs jaune-vert un peu plus tardives évoluent vers des fruits d’un bleu-violacé, portés sur des pédoncules roussâtres.

Je viens de découvrir ces pieds femelles avec les petites crosses florales plus maigres donc plus discrètes qui m’avaient échappées. Prises au téléobjectif car au fond d’un jardin, j’ai enfin vu les belles grappes de fruits bleutés de l’an dernier à maturité, pendantes à la base du bouquet de palmes, mais je n’ai pas pu m’approcher.

 

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #voyages, #Botanique, #Arbres

C’est une côte sableuse pour l’essentiel qui présente des aspects variés.

Juste au Nord de Capesterre Belle Eau se trouve une belle plage de cartes postales, la plage de Roseau. Un large aménagement d’enrochements en épis a protégé le littoral de l’érosion en créant là une succession de petites criques. La plage assez large est parsemée de carbets très convoités et de palmiers, mais pas seulement !

D’autres espèces ponctuent cette plage comme par exemple  l’Amandier pays aux grandes feuilles (Terminalia catappa), une espèce non originaire de Guadeloupe, mais installée aux Antilles pour l’agrément et ensuite naturalisée.

Plus authentiques sont les Poiriers-pays (Tabebuia heterophylla), quelques  Mangles blancs (Laguncularia racemosa).

 

 

 

 

Puis,un bel arbre du rivage à la silhouette tourmentée, à feuilles pointues et petites grappes de fleurs crèmes produisant des fruits plats comme des pastilles, c'est le Bois de mèche (Avicennia germinans).

Le bois de mèche (Avicennia germinans)

Le bois de mèche (Avicennia germinans)

Le fond de la plage, au sable un peu gris, accueille deux sortes de pois très communs (famille des fabacées), un rose : le Pois sabre bord de mer (Canavalia rosea), et un jaune : c’est le Pwa zonbi ou pwa pijon (Vigna luteola).

 

De bonne heure, plage de Roseau

De bonne heure, plage de Roseau

La plage est agréable à fréquenter assez tôt le matin, c’est l’heure où des dames antillaises viennent se rafraichir en marchant dans l’eau coiffées de capelines, l’heure aussi où l’employé communal ratisse les sargasses échouées dans la nuit, l’heure enfin où les sternes royales se posent au bout des épis rocheux !

 

Les sternes royales ne sont pas très farouches.

Les sternes royales ne sont pas très farouches.

Culture de Colocasia esculenta, le Chou-chine

Culture de Colocasia esculenta, le Chou-chine

En arrière de la plage, une zone surbaissée est irriguée. Surement anciennement marécageuse, elle abrite une population de Chou-chine (Colocasia esculenta). Suivant les régions, il s’appelle Taro, Madère ou encore Songe ! C’est une aracée d’origine asiatique et africaine très implantée dans toute zone tropicale dont les tubercules sont surtout consommés cuits en légume. Les jeunes tiges et feuilles ne sont pas consommées crues ; mais leur emploi est important pour cuisiner par exemple le Calalou, une recette traditionnelle de soupe antillaise.

Dans l'illustration ci-dessous, sortie de l’herbier de Basilius Besler « Le Jardin d’Eichstätt » (1620), on peut juger que l’emploi de ce Colocasia esculenta ne date pas d’hier !

Bessler, B., Hortus Eystettensis, vol. 3: t. 348 (1620)

Bessler, B., Hortus Eystettensis, vol. 3: t. 348 (1620)

Revenons sur notre plage de Roseau ; si on continue la promenade vers le Nord, arrivant de ce fait au niveau du bourg de Sainte Marie, la plage s’amenuise, une falaise argileuse fragile la surmonte qui parfois se fissure et s’écroule sur la plage déchaussant puis emportant les arbres qui fixaient ce rivage. Ici, c'est un Poirier-pays (Tabebuia heterophylla).

Les tempêtes et surtout l’ouragan Maria en 2017 ont abîmé ce bout de côte qui était moins bien protégé.

 

Les dégâts de l'ouragan Maria en 2017 sont encore bien visibles.

Les dégâts de l'ouragan Maria en 2017 sont encore bien visibles.

 

 

 

 

Un peu plus au sud à Bananier le sable volcanique donne une plage de sable noir réputée comme un spot de surf. Cette côte aussi a souffert de Maria ; le restaurant d’où j’ai pris les photos a bien failli disparaître !

Ci-dessous, au fond on aperçoit Terre de Haut des Saintes.

A côté, le long du chemin littoral sur le talus d’argile qui accueille le soubassement de la terrasse du restaurant, j’ai découvert un arbuste bien local : l’Icaquier ou Zicaque (Chrysobalanus icaco).

Ses petites prunes à la surface vaguement marquée de facettes quand elles sont jeunes, sont bien rondes une fois mûres et comestibles, consommées en compote, confiture.

Les fleurs de l'Icaquier (Chrysobalanus icaco)

Les fleurs de l'Icaquier (Chrysobalanus icaco)

A bientôt, toujours en Guadeloupe, séjour du 24 Janvier au 9 Février 2020.

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Arbres

Le Calocèdre ou Cèdre à encens ou Cèdre blanc ou encore Libocèdre (Calocedrus decurrens) n’a rien à voir avec un Cèdre : c’est bien un conifère mais de la famille des Cyprès (Cupressacées), un de ces arbres géants de la côte Ouest des Etats-Unis, qui fut introduit en Europe vers 1853. Il figure maintenant dans beaucoup d’anciens parcs conçus au siècle dernier. De vieux Calocèdres peut-être centenaires sont ainsi présents dans le centre-ville du Mans, j’en ai compté 7 ou 8 aux alentours du Jardin des Plantes. J’ai pris le tour de taille de celui qui figure à l’entrée de la roseraie de notre Jardin des Plantes du Mans, sans doute le plus ancien. A une hauteur d’1m 30, comme il se doit, sa circonférence est de 3m 20. Il se trouve ici en compagnie de congénères américains : de grands exemplaires de Séquoia toujours vert (Sequoia sempervirens).

Originaire de la Californie jusqu’au Nord de l’Oregon, le Cèdre à encens peut y vivre plus de 500 ans et dépasser une hauteur de 60 mètres. Dans le célèbre Parc de Yosemite, au cœur de la Sierra Nevada, il pousse souvent en mélange avec le Pin Ponderosa (Pinus ponderosa) et le Douglas (Pseudotsuga menziensii).

Le calocèdre du Quinconce des Jacobins, sans doute moins vieux...
Le calocèdre du Quinconce des Jacobins, sans doute moins vieux...

Le calocèdre du Quinconce des Jacobins, sans doute moins vieux...

 

 

A Paris, au Jardin des Plantes, en tête des pelouses faisant face à la grande galerie de l’évolution du MNHN, on peut s’approcher de sujets jeunes et bien observer les rameaux ainsi que les cônes à hauteur des yeux (photos prises en automne). Les cônes fructifères murs s’ouvrent largement tels des becs de canards, ils contiennent 4 graines ailées autour d’une langue centrale. Les rameaux se présentent aplatis sur un plan et se différencient des thuyas car les petites feuilles squamifères adhèrent sur une plus grande longueur au rameau. Ici, on voit aussi les chatons mâles au bout des rameaux comme de petites massues jaunes pointillées de vert.

 

« The Silva of North-America » par C.S. Sargent (vol10)

« The Silva of North-America » par C.S. Sargent (vol10)

 

 

 

 

La silhouette d’abord bien pyramidale puis fuselée adopte avec l’âge une cime plus irrégulière et le tronc se dénudant des branches basses devient plus visible. Les vieux Calocèdres attirent l’œil sur l’écorce de leur tronc qui est spectaculaire : de profondes fissures verticales dévoilent l’épaisseur de l’écorce qui peut atteindre 15 cm chez les très vieux individus.

 

 

 

 

Les branches restent peu épaisses, elles sortent souvent droit du tronc puis se recourbent vers le ciel en formant des crochets et l’écorce revêt là une allure plus écailleuse.

 

Outre les nombreuses utilisations de « l’Incense Cedar » en menuiserie car son bois est assez imputrescible, et l’utilisation très commune outre-Atlantique pour les crayons, car il se taille facilement, il est comme son nom l’indique, très odoriférant et inflammable. Les Indiens l’utilisaient pour purifier la maison. Branches et brindilles étaient brûlées notamment dans des « Huttes de sudation ». Les énergies négatives sont censées s’échapper en adhérant à la fumée qui porte aussi les prières : en somme la fumée odorante crée un pont entre terre et ciel…

Il reste à dire que ce Calocèdre n’est plus simplement un arbre d’ornement en Europe car il est introduit en peuplements expérimentaux sur des terrains calcaires du Midi de la France où on a constaté une bonne résistance à la sécheresse semblant due à sa capacité d’utiliser la rosée pour s’hydrater.

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Arbres

Le seul palmier vraiment naturel en France, (dans le Midi !) et bien rarement observé à l’état sauvage, c’est Chamaerops humilis L., le Palmier nain qui présente le plus souvent une allure en touffe avec plusieurs rejets sortant d’une même souche, le stipe (le tronc) reste assez court ce qui lui donne un port buissonnant. Mais cependant il existe des spécimens solitaires qui peuvent prendre l’allure d’un jeune palmier à chanvre, très commun en France, car s’il n’est pas nettoyé, le stipe est également très encombré de fibres. Il convient alors de vérifier les pétioles des palmes qui sont chez le palmier nain garnis d’épines très acérées qu’on ne trouve pas chez le Palmier à chanvre.

Dans la réserve de Rio Formosa près d’Olhao, au sud du Portugal

Dans la réserve de Rio Formosa près d’Olhao, au sud du Portugal

Dans le célèbre « Traité des arbres et arbustes » de Duhamel du Monceau (1819), cette illustration n’est pas de P.J. Redouté mais de Pancrace Bessa, un de ses élèves, on y voit que s’il est protégé et entretenu le Palmier nain peut prendre de la hauteur (de 3 à 6m environ) ; dans le texte joint il est déclaré que cette illustration a été réalisé d’après « l’un des plus grands individus de cette espèce existant maintenant au jardin du Roi », c'est à dire maintenant le jardin du Museum National d'Histoire Naturelle.

 

Le Palmier nain est aussi appelé Doum mais c’est impropre car le véritable Doum est un palmier égyptien très particulier dont le stipe peut vraiment se ramifier. Le Palmier nain est souvent cultivé comme une plante d’orangerie au Nord de la France, mais il semble capable de se maintenir l’hiver en pleine-terre puisque mes photos d’octobre le montrent là à Paris, en place, dans les plates-bandes de botanique du Muséum d’Histoire Naturelle, on peut même constater qu’il y présente une belle fructification presque appétissante, mais la chair de cette « datte » est astringente et trop fibreuse.

 

Voici mes photos récentes du palmier nain du Jardin des Plantes à Paris

 

Et voici une illustration issue de la Revue Horticole de 1892 qui donne envie de croquer dedans!

Mais quand j'ai vu ses dattes dans le Sud du Portugal dans la réserve de Rio Formosa près d’Olhao, je n'avais plus envie d'y gouter! Il se trouvait là dans un environnement plus naturel, c’était en février et les fruits étaient en fin de cycle montrant une fibre serrée par endroits sous la pulpe fine et noirâtre. Constatez là aussi la taille des épines longues mais pas très nombreuses le long du pétiole.

 

Les feuilles palmées comptent une trentaine de segments raides longs d’environ 40 cm, assez fins et acuminés, soudés à la base en éventail et indupliqués: la nervure des segments est au fond du pli. L’hastula qui marque le point d’insertion des segments sur le pétiole est ici un ourlet surélevé plutôt triangulaire et non en arc de cercle comme chez le Palmier à chanvre. Cette hastula, l’éventail et le haut du pétiole sont plus ou moins revêtus d’un tomentum blanchâtre.

 

Pour une sous-espèce montagnarde présente au Maroc dans l’Atlas (chamaerops humilis var. cerifera), ce revêtement blanc cireux est si présent sur le dessus comme au revers des palmes que celles-ci en deviennent argentées et ce palmier devient du coup le plus résistant au froid. Les bourgeons apicaux pouvaient se consommer  en légumes au Maghreb en cas de disette, ce qui condamnait le stipe ; la souche devait alors pour survivre produire d’autres stipes puisque ce palmier nain a la capacité de former des drageons après un incendie par exemple. Mais c’est surtout l’exploitation des fibres de ses palmes pour exporter depuis le Maroc des tonnes de crin végétal qui a causé sa raréfaction en milieu naturel.

Les quelques stations françaises de ce palmier nain sont top-secret!

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