Le terme de Sang-dragon correspond avant tout à une substance colorante et médicinale, une sorte de résine d’origine végétale dont l’usage a couru à travers le monde sur plus d’un millénaire. Plusieurs espèces botaniques produisirent une substance de ce nom comme Calamus rotang ou Pterocarpus officinalis mais c’est avant tout le Dragonnier des Canaries (Dracaena draco) et le Dragonnier de Socotra (Dracaena cinnabari), qui fournissent ce remède et cette teinture : en incisant leur tronc âgé, la résine s’en écoule.
Le Dragonnier des Canaries est une espèce macaronésienne (archipels des Açores et de Madère, des îles Canaries, des îles du Cap-Vert) et africaine (Sud-Ouest du Maroc).
J’ai retrouvé cette gravure montrant des « Dragonniers à différents âges », ceux de la Casa de Franchy dans la ville de La Orotava, à Ténériffe, sur une publication de 1838 (Phillip Barker Webb, et Sabin Berthelot, Histoire naturelle des Iles Canaries.), on peut consulter les autres illustrations de l’Atlas en cliquant là: Histoire naturelle des Iles Canaries, Atlas
Le fameux dragonnier de La Oratava, tombé en 1867, était réputé plusieurs fois millénaire… Le témoignage écrit d’un navigateur vénitien du 15ème siècle, Alvise Cadamosto, certifie au moins que l’arbre d’Orotava vers 1455 semblait déjà sur son déclin. André Pierre Ledru, prêtre et botaniste français, participant à l'expédition du capitaine Nicolas Baudin aux îles Canaries affirme avoir vu ce dragonnier du jardin de Juan Domingo de Franchy en 1796 et donne comme mensurations 20 mètres de hauteur, 13 mètres de circonférence à mi-hauteur et 24 mètres à la base. Selon ce rapport de Ledru, le tronc de 6 mètres se divisait en 12 branches entre lesquelles on avait dressé une table pouvant recevoir 14 convives !
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Sur cette autre gravure de la même époque, apparaît à la base du tronc creux une porte car il abritait une chapelle et on retrouve aussi la même étrange coupure avec entablement qui défigure le houppier. Elle résulte de l’arrachement d’une branche maitresse par une tempête en 1819, le tronc creux a été protégé ainsi des infiltrations.
La légende de la Wellcome Library nous dit: « Un vieux dragon (Dracaena draco) avec une entaille dans sa tige libérant sa résine "sang de dragon" et une porte dans son tronc. Aquatinte avec gravure par RG Reeve d'après JJ Williams, c.1819. »
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Le plus ancien Dragonnier des Canaries vivant est maintenant celui d’Icod, sur l’ile de Ténériffe (14 mètres de haut) que montre cette vieille photographie. Il est toujours visible au Parque del Drago, un jardin botanique à Icod de los Vinos au Nord-Ouest de l’ile de Ténériffe.
Le Dragonnier des Canaries est maintenant fort menacé de s’éteindre à l’état sauvage : trop de pillage de jeunes plants pour les jardins méditerranéens. Une zone réputée pour voir une population ‘in situ’ sur Ténériffe, le «Barranco del Infierno» paraît bien protégée car les arbres y sont vraiment hors d’atteinte.
Mes photos d’un jeune Dracaena draco ne sont pas prises là, à mon grand regret, mais sur la côte catalane dans le beau Jardin botanique du Cap Roig.
Je vous invite à enrichir cet aperçu de l’iconographie du Dragonnier avec ce bel article d’Arnoldo Santos Guerra, biologiste de l'Institut canarien de recherche agricole, il a cherché et trouvé des Dragonniers figurés en décor d’ambiance dans des gravures anciennes et même des enluminures:
https://www.rinconesdelatlantico.es/num6/lector.php?id=166
L’auteur fait aussi référence (en espagnol) à une autre espèce du Yémen: le Dragonnier de Socotra (Dracaena cinnabari), dont la sève serait la première pourvoyeuse pour le monde antique de la substance Sang-dragon et peut-être dont l’image serait aussi la première parvenue dans l’iconographie européenne. Il faut dire qu’on reconnait de nos jours une bonne vingtaine d’espèces dans le genre Dracaena.
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La gravure sur bois figurant dans l’ouvrage de Charles de l’Ecluse : « Rariorum aliquot stirpium per Hispanias observatarum historia » (1576) est inspirée d’un exemplaire acclimaté dans un couvent de Lisbonne, observé en 1564 et dessiné par Van der Borcht.
Ce Draco arbor de Charles de l’Ecluse, qui apparemment pouvait fructifier, était donc bien visible au Portugal, acclimaté très probablement depuis l’archipel de Madère (découvert par les Portugais en 1418), où les dragonniers (Dracaena draco) abondaient.
Dans « An Encyclopaedia of Gardening », London (1835), on apprend que la résine n’est pas le seul bienfait apporté par cet arbre :
« Les îles Canaries sont célébrées pour leur miel plus particulièrement celui produit par les abeilles sur le pic de Ténériffe. Les habitants de chaque village aux alentours du pic portent leurs ruches d'abeilles qui sont formées des troncs creux du Dragonnier au mois de mai et les placent dans des crevasses de rochers. Des millions d'abeilles grouillent alors autour des grands buissons parfumés du Retama blanc (Retama monosperma) ou du Spartium nubigenum Aiton et remplissent très vite les ruches. Le miel qui leur est prélevé deux fois chaque été est toujours en grande abondance et ni Hymettus ni Chamouni n'ont jamais produit quelque chose d'égal à lui, il est si pur et transparent et son goût est si aromatique et délicieux ». Le miel de thym du massif de l’Hymette en Grèce était connu depuis l’Antiquité, celui de Chamouni (il s’agit là de la vallée de Chamonix) est un miel très blanc réputé peut-être dû à la forte présence des mélèzes.
Un dernier article très complet sur le Dragonnier est consultable sur le site du « Cactus francophone » :
https://www.cactuspro.com/articles/dracaena_draco_une_part_de_l_histoire_des_iles_canaries
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