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Botazoom, Botanique et Iconographie

Botazoom, Botanique et Iconographie

Ce blog est destiné aux curieux de botanique. En s’appuyant sur les photos que j’ai pu faire en voyage, et sur de l’iconographie ancienne, il rentre un peu dans les détails qui m’ont permis d’identifier une espèce, mais son contenu doit être considéré comme celui d’une botaniste amateur !

iconographie

Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #iconographie, #Arbres

Voici deux arbres que nous rencontrons assez souvent en ville dans les parcs et jardins, et comme ils sont tous deux dotés de panicules de fleurs érigées à la façon des Marronniers, et de grandes feuilles en cœur, Catalpa et Paulownia sont souvent confondus.

De la famille des Bignoniacées bien qu’il n’ait rien d’une liane, le Catalpa bignonioides, soit Catalpa commun est originaire du Sud-Est des Etats Unis et c’est une essence réputée résistante à la pollution. Sa floraison est estivale ; les grandes corolles blanches en trompettes s’évasent en larges lobes ondulés ornementés de dessins jaune d’or et rouge et le fruit ressemble à une longue gousse brunâtre, mais c’est une capsule. Ci-dessous le Catalpa en Sardaigne.

 

Notre japonais, maintenant: Le Paulownia

En fait dans nos parcs il s’agit de Paulownia tomentosa, fait partie d’une autre famille, les Paulowniacées, regroupant des espèces des régions tempérées d’Extrême-Orient. La floraison est printanière ; les corolles en cloches sont plus droites et d’une teinte mauve clair ornée de fines lignes sombres assez similaires au Catalpa mais la tonalité générale est plus froide. Le fruit très différent est une capsule ronde de la taille d’une noix qui s’ouvre en deux à maturité et libère des graines entourées d’une large aile circulaire. Le duvet roussâtre du revers des feuilles qui caractérise aussi cette espèce est bien visible quand celles-ci tombent au sol. Cet arbre accepte bien la taille et supporte la pollution des villes où on le trouve fréquemment depuis qu’il fut ramené en Europe vers 1834, pour l’ornement. Ci-dessous un Paulownia en Catalogne.

Le premier à l’avoir décrit et nommé est Carl Peter Thunberg en 1784, il pense à tort qu’il s’agit d’une nouvelle espèce de bignone et le baptise Bignonia tomentosa.

Je vous donne ici la description qui en est faite plus tard dans la Flora Japonica de Siebold et Zuccarini (en 1835) puisque ce sont eux qui ont vraiment porté connaissance de ce bel arbre japonais en Europe :

« Le Kiri est un des plus magnifiques végétaux du Japon. Son tronc, dont le diamètre et de deux à trois pieds, s'élève jusqu' à une hauteur de 30 à 10 pieds. Il se divise en branches peu nombreuses mais fortes, en angle droit, formant une vaste couronne. Les larges feuilles sont opposées, pétiolées, échancrées en cœur à la base, ovales et parfaitement entières ou découpées en trois lobes inégaux, dont celui du milieu est le plus long, pointues et couvertes d'un duvet blanchâtre. Les belles fleurs odorantes poussent dès le commencement du mois d'Avril, après que les feuilles se sont développées. Elles sont disposées en vastes grappes composées et rappellent par cela l'idée de notre marronnier d'Inde, comme elles ressemblent par leur figure leur grandeur et couleur de rose aux fleurs du Digitalis purpurea. »

Ci-dessous la représentation de la Flora Japonica:

Plus loin les auteurs expliquent le choix de ce nom latin de Paulownia, en l'honneur d'Anna Pavlowna, alors reine des Pays-Bas. Il nous reste le genre, le nom de l’espèce elle-même a été modifié : Paulownia imperialis est devenu Paulownia tomentosa, une manière de se souvenir que c’est quand même Thunberg qui l’a décrit en premier, mais en attestant que le genre est différent de Bignonia.

« Nous avons pris la liberté, de nommer Paulownia le nouveau genre, que forme le Kiri, qui jusqu' à présent passait à tort pour une Bignonia, pour rendre hommage au nom de Son Altesse Impériale et Royale, la Princesse héréditaire des Pays-Bas. »

 

J’ai trouvé également une illustration presque contemporaine (de 1843) dans le volume 10 de Paxton's magazine of botany, and register of flowering plants:

Le Dictionnaire universel d'histoire naturelle, de Charles d’Orbigny, montre aussi le Paulownia, en 1837.

 

La feuille du Paulownia au revers tomenteux, la capsule fermée puis ouverte avec les graines ailées.La feuille du Paulownia au revers tomenteux, la capsule fermée puis ouverte avec les graines ailées.
La feuille du Paulownia au revers tomenteux, la capsule fermée puis ouverte avec les graines ailées.

La feuille du Paulownia au revers tomenteux, la capsule fermée puis ouverte avec les graines ailées.

Revenons à notre américain, le Catalpa:

Il est représenté dans les planches non publiées de la Morgan library and Museum, c’est une belle aquarelle sur vélin de Madeleine Basseporte ou de son école datée de 1750 environ.

Puis par Pancrace Bessa, nommé alors Bignonia catalpa, vers 1819 pour la « North American sylva » de F.A.Michaux .

Mais aussi dans un ouvrage néerlandais de 1868 : « Flora : illustrations et descriptions des arbres, arbustes, plantes annuelles, etc., que l'on trouve dans les jardins néerlandais. » sous un autre nom : Catalpa syringaefolia.

Et enfin dans les Collections numériques de la bibliothèque universitaire d'Erlangen-Nuremberg, une aquarelle originale de J.Karell comprise dans la collection de Christoph Jacob Trew , à ce sujet , voir un autre article du blog :

 

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanistes, #iconographie

Il est très fréquent de rencontrer des plantes non indigènes en Catalogne. Certaines ne sont pas vraiment des invasives, peut-être juste des échappées de jardin mais il est difficile d’évaluer leur capacité de nuisance sur la flore locale au début et ensuite, c’est parfois trop tard : bien que souvent assez plaisantes à voir, il devient difficile de les éradiquer. C’est évidemment le cas de plusieurs plantes d’Afrique du Sud comme les Aizoacées, ou d’Amérique du Sud comme les Opuntias qui retrouvent dans le climat méditerranéen des conditions qui leur conviennent.

Les Aizoacées :

Les Fameuses Griffes de sorcière ou Figues des Hottentots sont devenues des incontournables du littoral méditerranéen, qu’il soit rocheux ou sableux.

La Ficoïde douce :

La Ficoïde douce (Carpobrotus edulis (L.) N.E.Br.) est introduite tôt en Europe par les Hollandais (les Afrikaners), un intéressant article du Botanical magazine de Curtis daté de 1918, retrace les péripéties de son introduction puis de sa naturalisation en Europe : « L’histoire culturelle de Mesembryanthemum edule a commencé bien avant qu’elle ne reçoive ce nom. En 1732, comme le montre une illustration de Dillenius, elle se trouvait dans le jardin de Sherard à Eltham. De plus comme Dillenius le savait, elle figurait dans la collection Breynian ; Breyn nous apprend qu’elle était présente dans son jardin en Hollande en 1668. »

Ci-dessous la planche illustrant l'article du BotMag de 1918:

Et sur sa rusticité avérée vers 1918 : « Dans certaines localités de Cornouailles, du Sud du Devon et de Jersey, elle est désormais établie comme espèce exotique. Dans les régions du Royaume-Uni au climat similaire, l’espèce est rustique et se développe particulièrement bien lorsqu’elle est plantée en haut d’un muret et laissée retomber »

Les deux planches de Dillenius (en 1732)
Les deux planches de Dillenius (en 1732)

Les deux planches de Dillenius (en 1732)

Toujours selon cet auteur du Botanical Magazine de 1918, en 1753, Linné sur des échantillons secs ne perçoit pas d’abord toutes les différences entre les deux plantes que sont la Ficoïde douce et la Ficoïde à feuilles en sabre. Il donne donc deux variétés de Mesembryanthemum falcatum, (nom qu’on retrouve sur les planches de Dillenius) mais plus tard dans le Species Plantarum de 1762, il reconnait deux espèces distinctes qu’il nomme alors Mesembryanthemum edule et Mesembryanthemum acinaciforme.

La Ficoïde douce (nom actuel : Carpobrotus edulis (L.) N.E.Br.), comme le suggère d'ailleurs Linné, n’est pas vraiment de couleur pourpre, mais parfois plus claire voire même jaune ou d’un orangé pâle et ses feuilles sont un peu plus longues que celles de la Ficoïde à feuilles en sabre (nom actuel : Carpobrotus acinaciformis (L.) L.Bolus) qui semble depuis quelques années prendre le dessus.

La Ficoïde à feuilles en sabre: ci-dessous, photos prises à Cadaquès

En 1865, Mesembryanthemum acinaciforme L. (son appellation linnéenne d’origine) apparaît dans le Botanical Magazine de Curtis (Tab 5539), dans une version bizarrement pâlotte ; c’est néanmoins un synonyme actuel pour Carpobrotus acinaciformis (L.) L.Bolus que je connais toujours d’un pourpre très intense ! La plante représentée ci-dessous poussait dans les Iles Scilly et ne présente pas non plus les lignes rouges sur les arêtes des feuilles qu’on trouvera sur la planche suivante, mais qui ne semblent pas un critère fiable pour différencier les deux espèces. 

En 1835 déjà, Mesembryanthemum rubrocinctum Haw. se trouvait dans la Botanical Register d’Edward ; la planche dessinée par Miss Drake montrait une fleur plus vive, le texte parlant d': un jardin du Dorset où la plante fleurit abondamment sur un vieux mur à peine protégée l’hiver de l’humidité par quelques couches de feutre. Il s’agissait encore d’un synonyme pour la Ficoïde à feuilles en sabre.

D’autres Ficoïdes non indigènes sont très courantes s’échappant des jardins côtiers

Le Drosanthème :

Drosanthemum floribundum (Haw.) Schwantes est celui qui figure actuellement dans la Flora catalana. Il y est fréquemment noté sur le littoral, et s’y répand sous forme d’un tapis.

Mon observation de Catalogne dans une friche ou manifestement il s’était propagé tout seul autour d’un tronc couché, m’avait enchantée mais je ne devrais pas le dire, car cette plante bien que moins invasive que la Ficoïde en sabre commence à remonter sur le littoral d’Occitanie.

On trouve dans son historique Mesembryanthemum hispidum L., (synonyme actuel :  Drosanthemum hispidum (L.) Schwantes ). Il figure dans l’Herbier général de l’amateur (tome 2 de 1817), auteurs : Delaunay, M., Loiseleur-Deslongchamps, J.L.A. ; c’est alors la Ficoïde hispide, selon l’auteur rapportée du Cap de Bonne Espérance, cultivée en Europe en potées dehors durant la belle saison et rentrée en serre pour l’hivernage. La description des feuilles « chargées de petites vésicules cristallines » montre bien sa parenté étroite avec le Drosanthème très fleuri, et d’ailleurs on retrouve dans les synonymes de ce Drosanthemum floribundum une variété : Mesembryanthemum hispidum var. pallidum Haw.

 

Ce Drosanthème apparaît toujours sous les noms de Ficoïde hispide et  Mesembryanthemum hispidum, décrit par De Candolle et dessiné par Redouté, dans un ouvrage de 1801 sur les Plantes grasses.

Mesembryanthemum hispidum est mentionné pour la première fois dans le Species Plantarum de Linné de 1753 (p. 482).

Le Délosperme de Cooper:

Le Pourpier de Cooper ou Délosperme de Cooper (Delosperma cooperi (Hook.f.) L.Bolus) ressemble à première vue au Drosanthème mais cette aizoacée n’a pas les mêmes feuilles et elle est plus ligneuse. Bien présente et pas seulement dans les jardins du Midi, le Délosperme s’échappe aussi dans la nature mais ne préfère pas forcément le littoral. Je n’ai pas de photos mais voici une gravure du Botanical magazine de Curtis (Tab. 6312).

Le texte toujours précieux de Joseph Dalton Hooker nous donne des feuilles une description précise qui peut aider à faire la différence avec le Drosanthème : « Feuilles assez rapprochées, opposées, longues de 3,8 à 5 cm, étalées et recourbées, presque linéaires, se rétrécissant progressivement vers l'apex subobtus, semi-cylindriques, angles de la face supérieure arrondis, très souples et charnues ; papilles disposées en rangées, donnant à la feuille un aspect finement strié. »

 

En conclusion : les fameuses papilles cristallines qui font l’originalité des Drosanthèmes et du Délosperme de Cooper ne sont pas disposées de la même façon sur les feuilles : sur le Drosanthème, (ci-contre) elles sont plus gonflées et couvrent toute la surface de façon aléatoire.

Il semble aussi qu'une différence importante entre Delosperma et Drosanthemum réside dans le fruit dont les loges sont couvertes (Drosanthemum) ou non couvertes (Delosperma)...

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #iconographie

Les Apocynacées sont une grande famille dans laquelle les Asclépiadacées sont maintenant incluses. Je vous reporte à un article du blog écrit à mon retour du Sénégal où j’ai pu photographier des espèces de la tribu des Asclepiadeae plus évoluée dans la structure florale, les genres Calotropis, Pergularia.

Asclépiadacées, Apocynacées

Cependant les Apocynacées les plus courantes chez nous sont incontestablement les Pervenches et le Laurier-rose bien que ce dernier soit surtout une espèce horticole.

La couronne pétaloïde frangée centrale dans la fleur de Laurier rose, qui rappelle un peu les paracorolles des narcisses n’est pas nectarifère, c’est un leurre pour les insectes. Il existe à cet endroit chez les pervenches un simple pli triangulaire bien marqué entre le tube de cette corolle (gamopétale) et la partie libre des pétales qui se déploie en hélice. Par contre chez la pervenche, il existe bien deux nectaires au fond du tube. L’aspect turbiné (vrillé) du bouton est plus marqué chez le Laurier rose mais il est bien visible aussi chez les Pervenches.

Les cinq étamines très particulières de la Pervenche sont très bien figurées par Fayet sur cette planche de la « Monographie des Gentianacées et Apocynacées » de H.Baillon ; l’auteur décrit leur insertion haute dans le tube de la corolle, leur filet géniculé, leurs anthères fixées « sur un connectif aplati ». On peut deviner que ce connectif prolongé en une sorte de visière poilue peut facilement piéger des insectes sur le plateau haut du style.

Les Pervenches sont au nombre de trois : la Petite Pervenche (Vinca minor L.) la Grande Pervenche (Vinca major L. subsp major) et Vinca difformis Pourr. subsp. difformis, la Pervenche difforme ou Pervenche intermédiaire.

 

La Grande Pervenche possède une fleur plus grande, mais c’est surtout l’allure de son calice dont les segments sont longs et ciliés, et la forme de ses feuilles larges et presqu’en cœur à la base qui permettent de l’identifier. Dans l’Ouest et le Nord de la France elle est naturalisée.

 

La Grande Pervenche (Vinca major)
La Grande Pervenche (Vinca major)

La Grande Pervenche (Vinca major)

Les feuilles de la Petite Pervenche sont plus étroites et de profil, son calice montre des lobes triangulaires moins longs et glabres. Elle se trouve partout en France, appréciant des situations un peu ombragées et fleurit très tôt dès que les jours rallongent.

La Petite Pervenche (Vinca minor)
La Petite Pervenche (Vinca minor)

La Petite Pervenche (Vinca minor)

Vinca difformis est souvent plus claire voire blanche et sa corolle présente des lobes tronqués vraiment en biais. C’est une espèce plutôt méditerranéenne que je vois plus souvent en Espagne.

La Pervenche intermédiaire (Vinca difformis)
La Pervenche intermédiaire (Vinca difformis)

La Pervenche intermédiaire (Vinca difformis)

Chez le Laurier-rose, on ne retrouve pas vraiment le dispositif dessiné plus haut sur la coupe d’une Pervenche, mais les étamines sont surmontées elles aussi d’un long pinceau plumeux propre à retenir des pollinisateurs : ces filets poilus ne sont pas les stigmates d’un pistil comme on pourrait le penser à première vue. Le plateau stigmatique se trouve en dessous et on ne le voit pas.

Le Laurier-rose très toxique dans toutes ses parties n’a bien sûr rien à voir avec le Laurier sauce (Laurus nobilis) ni avec le Laurier cerise synonyme du Laurier palme (Prunus laurocerasus), encore moins avec le Laurier-tin (Viburnum tinus) !

Le Laurier-rose est décrit et nommé Nerium oleander par Linné en 1753, ce genre présente quelques sous-espèces selon les territoires car il existe de l’Europe méridionale jusqu’au Japon. Les cultivars de nos jardins sont des hybrides de ces sous-espèces. Les fruits sont de longs follicules qui laissent échapper des graines à aigrettes rousses. On peut consulter ce site:  Le Peuple d'À Côté pour en savoir bien plus.

le Laurier rose (Nerium oleander), en fleurs en Sardaigne, puis en fruits en Algarve
le Laurier rose (Nerium oleander), en fleurs en Sardaigne, puis en fruits en Algarve

le Laurier rose (Nerium oleander), en fleurs en Sardaigne, puis en fruits en Algarve

Quelques iconographies sur le sujet :

La Grande Pervenche figure (dessin de Pierre Joseph Redouté) dans le « Traité des arbres et arbustes », de Duhamel du Monceau (1800-1819), il la qualifie de sous-arbrisseau.

Une aquarelle non signée de la collection de Christoph Jacob Trew (Bibliothèque de l’Université Friedrich-Alexander, Erlangen-Nürnberg), représente la Petite Pervenche.

Cette belle aquarelle de Laurier-rose fait partie d’une collection américaine précieuse de 117 vélins peints par Madeleine Basseporte et son école, on peut les admirer à la « Morgan Library » (New-York)

https://www.themorgan.org/artist/basseporte-madeleine-francoise

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #iconographie

Une nouvelle fois je vais vous parler de la collection précieuse qui se trouve dans la bibliothèque de l’Université Friedrich-Alexander (Erlangen-Nürnberg), et qui pour notre grand plaisir a été digitalisée et donc facilement consultable pour le grand public. La Bibliothèque de Christoph Jacob Trew comprend, entre autres richesses, 13 volumes de dessins et aquarelles botaniques rassemblés par lui.

Ce riche médecin et botaniste de la ville de Nuremberg, haut lieu de l’illustration et de la gravure à thème scientifique au 18ème siècle, a commandé beaucoup d’aquarelles botaniques à Georg Dyonisius Ehret, mais il a aussi enrichi sa collection avec de nombreuses planches d’autres peintres naturalistes comme par exemple Johann Christoph Keller, qui a été le plus productif et qui fait l’objet de cet article.

Les planches originales de Johann Christoph Keller nous plaisent par leur précision botanique, leur mise en page inventive mais aussi par l’excellence de la calligraphie. Cette planche représente Pentapetes phoenicea, une belle malvacée écarlate de l’Asie tropicale, assez peu connue chez nous.

Johann Christoph Keller, peintre graveur allemand, naturaliste, et parfois éditeur, est né en 1737 à Nuremberg et décédé en 1796 à Erlangen. C’est à peu près tout ce qu’il est possible de savoir de la vie de cet artiste qui collabore avec Melchior Payerlein (1716-1751) à plusieurs reprises notamment pour le Plantae rariores de Christoph Jacob Trew.  

On trouve dans le tome 1 de ce recueil de Trew la version de la cacahuète (Arachis hypogaea) d’après un dessin original de Payerlein, (voir la mention au fond du pot : M.M.Payerlein pinxit) ; et en bas à droite la mention ‘excudit’ , par Keller. Il semble que cela ne veuille pas dire que Johann Christoph Keller est forcément le graveur mais surtout l’éditeur, propriétaire de la gravure avec les droits pour la reproduire.

 

 

J’ai choisi quelques cucurbitacées qui ne nous sont pas étrangères, comme par exemple la Margose ou Momordique que je connais surtout de La Réunion et de la Guadeloupe : Momordica charantia.

Sa culture est plus adaptée aux zones tropicales, il existe de nombreuses variétés de cette plante grimpante annuelle, qui est menée parfois sur des fils en hauteur comme sur la photo ci-dessous prise sur Basse-Terre en Guadeloupe.

 

Les Momordiques de La Réunion.
Les Momordiques de La Réunion.

Les Momordiques de La Réunion.

 

Luffa cylindrica, la Courge éponge ou Luffa, est l’éponge végétale exfoliante qui ne noircit jamais dans votre salle de bains, et dont on distingue à peine l’ancien nom sur la planche : Momordica Luffa. Jeune, elle peut être consommée. Pour en savoir plus :

http://nature.jardin.free.fr/1102/nmauric_luffa_aegyptiaca.html

Cucumis dudaim, le Concombre de Perse (Cucumis melo var. dudaim), ci-dessous, reste une curiosité à ne pas confondre avec la Coloquinte ; il serait plutôt iranien à l’origine, puis popularisé dans les catalogues Vilmorin mais plus pour la décoration, bien qu’il soit comestible.

Et voici la vraie Coloquinte figurant sous le nom Cucumis colocynthis L., mais maintenant il faut dire Citrullus colocynthis.

http://nature.jardin.free.fr/vivace/jp_citrullus_colocynthis.html

 

Cucumis africanus L. a conservé son nom latin, c’est un Concombre sauvage originaire d’Afrique australe qu’on ne confondra donc pas avec le Concombre d'âne (Ecballium elaterium) facile à voir sauvage dans la Midi.

Vous pouvez voir en complément cet ancien article sur la bibliothèque de Trew et aussi sur Linné et Ehret : http://botazoom.over-blog.com/2022/01/carl-von-linne-et-christoph-jakob-trew.html

Et pour une visite plus complète de cette collection de Nuremberg:

Voir là : https://ub.fau.de/en/history/trew-library/

Ouvrir une image puis cliquer sur (H62/MS 2380) et ensuite sur 'contenu’ à gauche

Pour finir cet article avec quelques photos de Cucurbitacées, je me suis souvenue d’une escapade à Terra Botanica, près d’Angers, où j’ai vu quelques espèces surtout décoratives :

Le Concombre à confire (Melothria scabra) dont les petits fruits sont croquants (et craquants !)

Diplocyclos palmatus, qui est seulement ornemental.

La Patole ou Concombre serpent (Trichosanthes cucumerina), un légume qui peut mesurer plus d’un mètre de long et dont les fleurs sont petites mais splendides !

Melothria scabra
Melothria scabra

Melothria scabra

Diplocyclos palmatus
Diplocyclos palmatus

Diplocyclos palmatus

Les Cucurbitacées de Johann Christoph Keller
Les Cucurbitacées de Johann Christoph Keller

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #iconographie

Au fil de mes promenades, j’ai fini par rassembler des photos des principales espèces du genre Echium. Le genre appartient à la famille des Boraginacées dont on connait bien quelques représentants comme les Myosotis, les Pulmonaires, la Bourrache ou la Grande Consoude. Cette famille présente la particularité ‘décorative’ de posséder des inflorescences en crosse dont la floraison s’échelonne petit à petit du bas vers le haut.  En déroulant cette inflorescence, dans plusieurs espèces (buglosses, myosotis, pulmonaires, cynoglosses), la couleur des fleurs passe du rose quand elles sont en bouton dans la crosse au bleu quand elles sont épanouies plus bas.

Les Vipérines ou Echium possèdent une corolle gamopétale dont le tube s’évase progressivement en un cornet plus ou moins coudé, les lobes terminaux de la corolle prenant une forme un peu irrégulière. Pour les plus grandes espèces on perçoit bien un début de symétrie bilatérale avec aussi le faisceau d’étamines recourbées vers le ciel.

Pour reconnaître les espèces, on regarde l’allure générale (dressée ou prostrée), la pilosité des feuilles et des tiges, la taille de la corolle, puis si les étamines sont saillantes au dehors ou restent comprises dans la corolle.

Allure générale de la Vipérine à feuilles de plantain, de la Vipérine vulgaire et de la Vipérine de Crète
Allure générale de la Vipérine à feuilles de plantain, de la Vipérine vulgaire et de la Vipérine de Crète
Allure générale de la Vipérine à feuilles de plantain, de la Vipérine vulgaire et de la Vipérine de Crète

Allure générale de la Vipérine à feuilles de plantain, de la Vipérine vulgaire et de la Vipérine de Crète

La Vipérine à feuilles de Plantain (Echium plantagineum L.) présente une particularité : au contraire de toutes les autres espèces, l’extérieur de ses grandes corolles reste glabre. En hiver, sa rosette de feuilles molles et velues, qu’on voit souvent dans le midi est assez reconnaissable, mais il n’en reste rien à la floraison.

Plus tard dans la hampe florale, on trouve aussi de longs poils, mais qui ne sont pas raides comme chez les autres espèces et les fleurs sont aussi plus grandes (25 à 30mm). Plutôt méditerranéenne, cette vipérine se rencontre aussi plus au nord sur des plates-bandes au sol pauvre quand la volonté est d’y installer des plantes peu exigeantes, florifères et mellifères. Dans ma commune sarthoise, elles sont encore abondamment fleuries en Octobre !

La corolle glabre à l'extérieur de la Vipérine à feuilles de Plantain.La corolle glabre à l'extérieur de la Vipérine à feuilles de Plantain.

La corolle glabre à l'extérieur de la Vipérine à feuilles de Plantain.

La Vipérine de Crète (Echium creticum L.), hormis sa belle couleur rouge diffère aussi car sa grande fleur, extérieurement est un peu velue. Bien observée de profil, elle ne laisse saillir que deux étamines, comme E.plantagineum mais la pilosité sur ses tiges est beaucoup plus rude. L’espèce est aussi plus méditerranéenne.

 

 

La Vipérine commune (Echium vulgare L.), montre toutes ses étamines jaillissant de corolles plus modestes en taille. Le contraste des étamines roses avec le bleu cobalt de la corolle est saisissant. Son inflorescence est toujours plus resserrée en une sorte d’épi, car les axes secondaires sont plus courts que dans les deux premières espèces.

La Vipérine à calice persistant ou Vipérine à petites fleurs (Echium calycinum Viv.) est toujours moins haute, sans pour autant être prostrée comme la Vipérine des sables (Echium arenarium Guss.). Ces deux-là, qui sont très hirsutes, ne possèdent pas non plus de belles corolles en cornet, mais plutôt des petits tubes discrets, à peine évasés, rose ou violet vif pour Echium arenarium, et bleu ciel pour Echium calycinum, qu’il vaut mieux semble-t-il nommer maintenant Echium parviflorum Moench.

Echium calycinum (fleurs bleues), en Catalogne et Echium arenarium (Fleurs violines), à Leucate
Echium calycinum (fleurs bleues), en Catalogne et Echium arenarium (Fleurs violines), à Leucate

Echium calycinum (fleurs bleues), en Catalogne et Echium arenarium (Fleurs violines), à Leucate

La particularité de la petite Vipérine à calice persistant est de posséder des calices accrescents, deux fois plus longs au stade des fruits, on peut le voir sur ces photos prises en Sardaigne.

On peut observer la Vipérine des sables (Echium arenarium Guss.) au printemps sur les plages de l’Aude comme ici à Leucate.

Voici quelques illustrations anciennes pour les deux premières espèces :

Pour Echium vulgare, dans la « Flora Batava » de J. Kops (1800-1934), vol. 3

Dans « English botany, or, Coloured figures of British plants » aussi titrée « Sowerby's English botany », j’ai trouvé Echium plantagineum, ainsi qu’Echium vulgare, dans une version très rose et blanche mais accidentellement ces couleurs sont possibles chez la Vipérine vulgaire.

https://www.biodiversitylibrary.org/item/44549#page/255/mode/1up

Et aussi, bien sûr, deux belles planches de la « Flora graeca » de John Sibthorp (1845-1847) représentant Echium plantagineum, mais aussi Echium pustulatum qui est reconnue maintenant comme une variété méditerranéenne d’Echium vulgare à la pilosité plus agressive et pustuleuse.

 

 

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanistes, #iconographie

Le comte Johann Centurius von Hoffmansegg fut un de ces naturalistes généralistes du 19ème siècle qui n’étaient pas encore tenus de choisir un très mince créneau de connaissance pour être pris au sérieux ! Il fut donc à la fois botaniste, entomologiste et ornithologue, et il sut s’entourer d’autres naturalistes au cours de différents voyages dont celui qui nous intéresse ici, au Portugal de 1797 à 1801, avec Johann Heinrich Friedrich Link. Tous deux deviennent ensuite très liés au Musée d’Histoire naturelle de Berlin puisque Hoffmannsegg y fonde un musée zoologique en 1810 et Link devient en 1815 directeur du Jardin botanique de Berlin.

La « Flore Portugaise ou Description de toutes les plantes qui croissent naturellement en Portugal… » est éditée à Berlin en 1809. Les planches s’inspirent en partie de dessins faits par le Comte lui-même, en partie « de plantes choisies dans son herbier, et sous sa direction, par le plus habile Peintre fleuriste de Berlin ». Elles sont gravées par « les premiers artistes du pays et imprimées en couleur, selon les principes les plus récents de l’art chalcographique ». Le choix du latin pour les descriptions scientifiques n’est pas surprenant mais celui de la langue française pour tout le texte d’accompagnement, murement réfléchi par ces deux auteurs allemands, comme il est indiqué dans la préface, nous surprend un peu, nous honore… et m’arrangeait bien !

Les deux tomes de cette Flore portugaise sont consultables ici :

https://www.biodiversitylibrary.org/bibliography/71181

La planche 19 de cette Flore portugaise, représente Salvia polymorpha dessiné par Hoffmannsegg (mention au bas de la planche), c’est actuellement un synonyme de Salvia verbenaca L., la Sauge à feuilles de verveine facilement visible dans le midi ; bien que mes photos soient de Catalogne.

Les autres planches sont signées G. W. Voelker pour le dessin, cet artiste a su donner du volume à des planches d’herbier ; mon choix est partial, guidé par la beauté de la représentation et aussi la possibilité d’ajouter des photos en regard des planches !

Ci-dessus sur la Planche 83, une Campanula peregrina L. , qui semble très rare en péninsule ibérique, les mentions sont plutôt libanaises, chypriotes… donc je n’ai pas de photo à joindre, mais le dessin et la gravure sont superbes !

On peut ajouter que dans sa préface, et c'est peut-être en rapport avec son choix du français pour les textes, l’auteur se prononce en faveur du Système naturel, proposé par le célèbre Jussieu, « ce profond connaisseur du Règne végétal ». Malgré des réserves dues aux graves discussions en cours à l’époque, il avoue franchement que : « Le système sexuel de Linné nous déplait à cause de la trop grande variabilité de ses caractères. Qu’y a-t-il en effet de moins constant que le nombre des étamines et des pistils, surtout sous un climat chaud et dans un terrain fertile ? »

1800 est une période charnière pour la botanique. Définitivement séduits par l’ouvrage d’Antoine Laurent de Jussieu présentant les principes de la méthode naturelle de classification des plantes dans son Genera Plantarum de 1789, les botanistes abandonnent le système sexuel de Linné pour ne conserver de ce grand homme que son principe incontournable de nomenclature binomiale.

Ci-contre (Pl 32) L'Anarrhine à feuilles de Pâquerette (Anarrhinum bellidifolium (L.) Willd.) est assez commune dans le Midi ; ce mini-muflier qui forme de longs épis de fleurettes pâles remonte aussi dans les Causses et le Massif central.

Pl 24 : Le Cynoglossum pictum Aiton est un synonyme de Cynoglossum creticum Mill. Ce Cynoglosse de Crète, n’est pas seulement portugais ni crétois d'ailleurs; les corolles vues de près sont magnifiques !

Pl 58 : Le Lasiopera rhinanthina Hoffmanns. & Link . est reconnu maintenant comme le Bellardia trixago de Linné. Cette Bellardie trixagine ou Bartsie est surprenante car elle existe en deux couleurs bien distinctes, elle remonte parfois sur le littoral sablonneux français jusqu’en Bretagne sud. La version jaune me semble plus rare et plus méditerranéenne…

Pl 93 : Helminthia spinosa est d'après la taxonomie en vigueur, un synonyme d’Helminthotheca echioides (L.) Holub , soit la Picride fausse Vipérine que Linné avait nommée Picris echioides. La Picride fausse Vipérine est une espèce méditerranéenne de friches qui s’est beaucoup répandue en montant vers le Nord, l’été on peut la trouver un peu partout et la reconnaître très facilement grâce à la collerette de bractées cordiformes qui entoure son capitule.

 

Pourtant il existe une incertitude sur cette planche qui a donné lieu à des commentaires du fait qu’il a existé une Helminthia lusitanica Welwitsch qui serait très conforme à cette gravure d’Hoffmansegg et de fait, sur cette représentation, la collerette de larges bractées en cœur n’est pas visible !

Il nous reste un grand classique, la Digitale pourpre, elle est figurée sur la planche 29 ; Digitalis tomentosa Hoffmanns. & Link est un synonyme de Digitalis purpurea L. Ma photo est sarthoise ; nous la connaissons bien, on ne peut nier que ses feuilles sont tomenteuses.

Pour un observateur d’Europe du Nord le critère évident de la couleur pourpre suffirait, mais il se trouve que dans la péninsule ibérique il existe une autre Digitale : Digitalis thapsi L. Cette dernière fait aussi l’objet de la planche 30.

La Flora Iberica parle à son sujet de feuilles velues, glutineuses, dont les poils glanduleux sont dorés, ce qui n’apparaît guère dans la planche d’Hoffmansegg qui lui donne néanmoins le nom français de Digitale à feuilles de Molène !

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #iconographie

Les Pigamons sont des Renonculacées, une grande famille complexe. Il est difficile de trouver des points communs dans la structure florale des renoncules, des ancolies, des anémones à la symétrie radiale (corolle actinomorphe) avec les aconits, les delphiniums à la symétrie bilatérale (corolle zygomorphe).

Chez les Pigamons, la corolle est actinomorphe, donc plutôt primitive dans cette grande famille, on note ainsi le foisonnement des étamines (ci-dessus, le Pigamon à feuilles d'ancolie), le remplacement des sépales et pétales par des tépales discrets et peu attractifs sauf dans la dernière espèce ici évoquée, le Pigamon tubéreux.

Le Petit pigamon (Thalictrum minus L.), est une espèce remarquable qui aime des coteaux calcaires (ici, en photo sur les coteaux de la Seine) où la roche se trouve presque à nu. Ses fleurs très discrètes sur des pédoncules longs et fins passent presque inaperçues au premier regard, mais en regardant de plus près les anthères des étamines pendantes, on peut voir qu’elles sont mucronées (terminées en pointe).

Au pied de l’inflorescence les petites feuilles de nuance bleutée rappellent un peu celles de l’Ancolie en modèle réduit.

Voici maintenant le plus spectaculaire : le Pigamon à feuilles d’Ancolie (Thalictrum aquilegiifolium L.), en début de floraison dans les Pyrénées (en tête de l'article), ci-dessous en pleine fleurs dans le Mercantour et enfin en fruits sur le plateau du Revard au-dessus d’Aix les Bains.

Les filets des étamines sont dilatés sous les anthères elles-mêmes.

J’ai vu le Pigamon jaune ou Pigamon des rives (Thalictrum flavum L.) dans le Jura, dans un marais à la frontière suisse, mais il est aussi bien visible en plaine dans tout le Nord de la France, le voilà par exemple dans les prairies de l’Huisne en Sarthe. 

Les fructifications de ce Pigamon jaune sont des carpelles courts côtelés restant dressés, très différents des carpelles pédicellés, ailés et pendants du Pigamon à feuilles d’ancolie. 

 

Je n’ai vu qu’une seule fois le beau Pigamon tubéreux (Thalictrum tuberosum L.) il y a longtemps dans les Pyrénées. Il semble moins rare dans les Corbières, mais les données ne sont pas courantes.

C’est le seul Pigamon dont les tépales, plus grands que les étamines, persistent au point qu’il a longtemps été pris pour une Renoncule, comme dans le volume 3 du « Recueil des plantes gravées par ordre du roi Louis XIV », de Denis Dodart (Imprimerie royale, 1788). Thalictrum tuberosum y est représenté  sous le nom de Ranunculus Thalictri folio asphodeli radicibus, dessiné par Nicolas Robert et gravé à l’eau-forte par Ludovic de Chatillon.

On peut aussi admirer le vélin qui en été peint par Jean Joubert au 17ème siècle en visitant ce lien de la Bibliothèque du Museum national d’Histoire naturelle.

Le Pigamon jaune (Thalictrum flavum) est joliment représenté dans la « Flora regni Borussici », vol. 11 (1843), t. 730 ; d’Albert Gottfried Dietrich (1795-1856).

Dans la « Flora austriacae », (1776) de Nikolaus Joseph Jacquin, on trouve dans le tome 4, Thalictrum aquilegiifolium, et dans le tome 5, le Thalictrum minus, une plante très aérienne, pas commode à représenter.

Dans le volume 11 de 1821 de « Deutschlands flora in abbildungen nach der natur » de Jakob Sturm (1771-1848), nous avons une planche pas très raffinée graphiquement mais assez complète du Pigamon à feuilles d’ancolie dans tous ses états.

Plus récemment, le voici dans l’« Atlas des plantes de jardins et d'appartements exotiques et européenes ... » par Désiré Bois, 1856-1946.

Le texte précise que : «  la Colombine plumeuse (Thalictrum aquilegiifolium), ornement des plates-bandes et des rocailles, est une plante très rustique affectionnant les sols frais et prospérant surtout à exposition un peu ombragée. Multiplication des touffes, au printemps, ou par graines qu’on sème d’avril à juin. » Avis aux amateurs !

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #iconographie

Narcissus pseudonarcissus subsp. moschatus (L.) Baker, que voici, est la vedette de mon article, avec cette découverte d’un seul pied, au Santuari de la Mare de Deù del Mont, dans le secteur d’Albanya. 

Au même endroit se trouvaient des touffes d’un narcisse bien plus commun, le Narcissus assoanus Dufour, soit le Narcisse à feuille de jonc ou Narcisse de Requien.

J’ai souvent rencontré en Catalogne le Narcisse à feuille de jonc, par exemple sur un massif de calcaire composé de trois collines, bien reconnaissable, proche du littoral : la Sierra de Mongri.

Par le chemin de l'Ermitage  de Santa  Catharina on peut accéder en haut, la vue est magnifique sur toute la région depuis un plateau couvert de romarin, de cistes et de chêne kermès ; début Avril, le sol rocailleux est parsemé  de ces petits Narcisses à feuilles de jonc, d'Iris nains (Iris lutescens), et de Valérianes tubéreuses (Valeriana tuberosa). Le Narcisse à feuilles de jonc porte bien son nom car les feuilles sont grêles, filiformes à section recourbée.

Le Narcisse tazetta ou Narcisse à bouquet (Narcissus tazetta L.) est plus précoce, il a en commun avec le précédent de posséder un tube long et étroit avant l’implantation des sépales, mais lui porte ses fleurs en bouquets, des ombelles comptant jusqu’à dix fleurs, alors que chez le Narcisse de Requien elles sont plus souvent solitaires.  Je l’ai photographié près de la frontière vers Capmany, mais bien sûr il n’est pas rare côté français dans les Pyrénées orientales et sur tout le littoral méditerranéen. Les feuilles sont assez larges et planes, et les scapes (tiges florales) comprimées à deux angles. Les tépales sont crème et la paracorolle jaune vif (la coupe centrale) moins profonde chez le Narcisse tazetta que chez le Narcisse de Requien.

Mais parlons un peu plus de ce beau narcisse à fleurs pâles, qui semble exclusivement pyrénéen.

Dans la Flora Iberica, il porte un nom, qui se réfère à Linné : Narcissus moschatus L. (Caroli Linnaei ; Species plantarum, ed 2 de 1762). (Moschatus figure à droite dans la marge). Linné y mentionne son habitat en Espagne.

La Flora Iberica cite en synonyme : Narcissus pseudonarcissus subsp. moschatus (L.) Baker. et la Flora catalana donne ce vocable en priorité (la Jonquille de montagne). C’est sous ce nom latin qu’au final j’ai pu noter mon observation sur Tela Botanica.

Sur l’Inventaire national du patrimoine naturel (INPN), plusieurs noms communs sont cités : Narcisse musqué, Narcisse blanc, Narcisse de montagne, mais le plus adapté pour la France reste Jonquille de montagne.

Un autre synonyme y figure (Narcissus candidissimus Desf. ex Redouté, 1807), ce qui m’a incitée à consulter « Les Liliacées » de Pierre Joseph Redouté, et j’y ai assez bien reconnu ce narcisse bien qu’en réalité, il me semble plus crème que blanc!

Le Curtis’s Botanical Magazine, dans le volume 24 (1806), montre ce Narcissus moschatus « White long flower daffodill » soit Jonquille blanche à longue fleur sans en donner la provenance, il est indiqué : «  Il n'a que peu d'odeur, mais celle qu'il a est agréable, un peu comme le gingembre, ne ressemblant pas du tout au musc. »

 

En 1831, une illustration qui cite ce Narcissus moschatus comme ‘Spanish daffodil’, témoigne de son introduction dans les jardins anglais vers 1759 : « Floral illustrations of the seasons, consisting of the most beautiful, hardy and rare herbaceous plants cultivated in the flower garden, from drawings » par Roscoe, Margaret Lace.

On reconnait encore mieux sur cette représentation les tépales vrillés en hélice et la couleur est bien dite crème dans le texte.

Les divers dessinateurs, influencés par les jonquilles, ont eu tendance à  retrousser les bords de la paracorolle, alors qu’en fait celle-ci est juste évasée avec un effet de plissé sur toute la hauteur qui se termine au bord sur six larges créneaux à peine marqués. Pour finir, j’avoue que ce Narcisse m’a touché par son aspect fantomatique !

 

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #iconographie

Il existe en fait 7 espèces de trèfles jaunes, mais les quatre évoquées ici sont sans doute les plus communes. Ci-dessous le Trèfle bai dans les Alpes à Hauteluce.

Donc, brièvement, il va manquer dans mon propos, le Trèfle filiforme (Trifolium micranthum Viv.), le Trèfle étalé (Trifolium patens Schreb.), et le Trèfle châtain (Trifolium spadiceum L.).

Le Trèfle des champs ou Trèfle jaune (Trifolium campestre Schreb.) et le Trèfle douteux ou Petit trèfle jaune (Trifolium dubium Sibth.), sont les deux espèces les plus répandues. Le Trèfle doré (Trifolium aureum Poli.) et le Trèfle bai (Trifolium badium Schreb.) sont des espèces de montagnes, ce dernier à plus haute altitude.

Il n’est pas bien difficile d’identifier ces quatre espèces jaunes : observons une de leur petite fleur et plus précisément l’étendard qui est le pétale en position haute chez les fabacées. Si cet étendard est replié en toit, comme ci-dessous, il n’y a déjà plus qu’une seule possibilité : c’est le Trifolium dubium, le Petit Trèfle jaune ou Trèfle douteux, qui mérite bien son nom latin car il est si discret qu'on peut le piétiner sans le remarquer !

Mais attention toutefois de vérifier en observant les fleurs fanées qui chez lui doivent pendre entassées en un bloc compact et vérifions aussi que les fruits ne sont pas tortillés comme ceux d’une Luzerne lupuline, car les deux espèces sont trifoliées et les fleurs sont bien ressemblantes ! En comparaison, voici la Luzerne lupuline en fruits et ci-dessous, de nouveau un petit Trifolium dubium sarthois.

Sur les trois autres espèces, l’étendard n’est pas plié en portefeuille mais forme une voute, voire même un rouleau pour les fleurs basses du Trèfle des champs, par exemple. Mes photos ci-dessous de ce Trifolium campestre sont sarthoises.

Sur cette espèce du très commun Trèfle des champs, de petite taille également, on note aussi et c'est bien visible ci-dessus, que la foliole médiane de sa feuille trifoliée est dotée d’un pétiole bien distinct, alors que sur le Trèfle doré (Trifolium aureum Poli.), ci-dessous, par ailleurs de plus grande taille, on perçoit à peine un embryon de pétiole sur la foliole médiane.

Voici encore ce Trèfle doré dans un herbage des Alpes, ici en début de floraison. C'est une espèce de moyenne montagne, les fleurs en fin de floraison peuvent virer au beige clair ou au jaune-orangé, mais ne brunissent pas. Il se tient dressé et se ramifie.

Et voici maintenant le beau Trèfle bai figurant déjà en tête de l'article!

Si, dans une prairie montagnarde, les fleurs de la base d’un trèfle changent nettement de couleur, devenant d’une belle couleur rouille puis brune, nous avons le plus souvent affaire à ce Trèfle bai (Trifolium badium), qui reste assez court sur tige et peu ramifié.

A noter qu’en moyenne montagne et sur une zone humide (marais, tourbière) et si l’inflorescence est plus oblongue, il pourrait s’agir du Trèfle jaune-doré ou Trèfle châtain  (Trifolium spadiceum L.)

Pour ce dernier, dont je ne dispose pas de photo, j'ouvre ma rubrique "iconographie"  avec "Deutschlands flora in abbildungen nach der natur" de Jakob Sturm (1771-1848) qui représente le Trèfle châtain, mais aussi le Trèfle bai et le Trèfle doré (anciennement Trifolium agrarium), ci-dessous dans cet ordre.

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #iconographie
Philippe Picot Lapeyrouse, écrit peu après Antoine Gouan dont je vous avais décrit quelques découvertes dans mon récent article sur les Endémiques Pyrénéennes. Il cite d’ailleurs Gouan avec aussi juste après lui Pourret comme les deux premiers auteurs qui aient publié les descriptions et les figures de quelques plantes pyrénéennes, dans la préface de son ouvrage « Figures de la Flore des Pyrénées », que j’ai eu le plaisir de découvrir numérisé par une bibliothèque de Toulouse. Auparavant, Tournefort avait aussi exploré cette flore particulière mais Lapeyrouse est déçu de ne pas pouvoir exploiter sérieusement ces sources qui ne sont pas accompagnées de descriptions précises. Tournefort est un botaniste prélinnéen et seuls ses herbiers originaux, pourraient être instructifs mais ils lui sont trop difficiles d’accès.

 

L’exigence de Lapeyrouse, c’est de toujours partir de l’observation de plusieurs spécimens d’une même espèce, d’être conscient que les conditions de son implantation peuvent jouer sur sa morphologie et qu’il est important de déterminer les critères qui restent invariables même si la plante a été mise en culture (dans le Jardin botanique de Toulouse). C’est pourquoi aussi, par souci de vérité, dans les pages de présentation de chaque plante d’abord présentée par le nom linnéen, il ne donne que les synonymes qu’il juge incontestables, puis les lieux où cette plante a été trouvée.

Ainsi, il écrit sur l’épiaire des Alpes (Stachys alpina L.) : « Elle n’est point délicate et réussit très bien dans les jardins. La culture ne la déforme point ». Voici ci-dessus, la belle représentation qu’il a fait réaliser par un peintre qu’il dit avoir formé à ce type de travail réalisé « sous ses yeux ». Ce dessinateur mérite d’être nommé : Laferrerie (architecte à Toulouse).

L’auteur présente la Campanule à belles fleurs ou Campanule des Corbières, sous un nom à priori surprenant puisqu’il utilise la première partie de son nom (Campanula longifolia Picot), ce qui déroute un peu pour rechercher la synonymie ! Il est finalement reconnu que c’est son collègue cité dans la préface, l'abbé Pierre-André  Pourret qui le premier a décrit cette plante ; on lui a donc donné le nom de Campanula speciosa Pourr., qui est maintenant valide. Lapeyrouse semblant ignorer cette découverte, précise que le genre Campanula nécessiterait de nombreuses corrections et additions. J’ai pu voir cette plante magnifique dans les environs de Millau car elle n’existe pas seulement dans les Pyrénées et les Corbières mais aussi dans les Causses.

 

 

« Figures de la flore des Pyrénées », reste un ouvrage partiel, le début pour lui d’une entreprise plus vaste ; il préfère cibler là quelques plantes emblématiques et s’intéresse plus particulièrement aux nombreux Saxifrages qu’on peut trouver dans les montagnes pyrénéennes.

 

C’était pour moi l’occasion de réviser un peu ce que j’ai rencontré et photographié en Saxifrages aussi bien en plaine que dans les Alpes, puisque Lapeyrouse ne s’intéresse pas qu’aux plantes endémiques des Pyrénées.

Sur le choix de rédiger cet ouvrage en français, et non en latin, il dit : « C’est au sein des orages et au milieu de la tourmente des révolutions qu’il a vu le jour. J’ai été jaloux de lui conserver le caractère national », voilà un choix qui m’arrangeait bien !

 J’ai choisi quelques Saxifrages dans l’ouvrage, ceux qui ne causent pas trop de soucis de détermination :

Saxifraga recta Lapeyr. est un synonyme de Saxifraga paniculata Mill., ou Saxifraga aizoon Jacq. Cette Saxifrage paniculée est une plante arctico-alpine commune dans nos montagnes. Lapeyrouse affirmait que son S.recta possédait des bords de feuilles « tailladés » et non dentés en scie, ce qui le différencierait du S.aizoon de Jacquin ; il n’a pas fait école ! Pour ces bordures de feuilles, on parle maintenant de marges serrulées. Mes photos sont pyrénéenne pour l’une et jurassienne pour l’autre !

 

 

Le Saxifrage de l’ombre (Saxifraga umbrosa L.) : Voilà, ci-dessous, une espèce gracieuse que j’ai vue souvent dans les Pyrénées. L’auteur la dit : « commune parmi les mousses, le long des cascades », les pétales : « étalés, cunéiformes, blancs ; plus souvent d’un rose foncés ; ponctués dans le milieu d’un rose plus vif, avec une ou deux taches jaune à l’onglet ». Elle existe aussi très localement (naturalisée) dans les Vosges.

 

 

Le Saxifrage hirsute (Saxifraga hirsuta L.): chez celui-ci les feuilles toutes rondes sont dotées de longs pétioles poilus, il est commun et semble facile à reconnaître (photo des feuilles, au col d’Aspin).

Mais Lapeyrouse le fait représenter avec les limbes foliaires moins ronds et moins découpés en cœur à la base…

Par ailleurs, pour la planche suivante qu’il nomme la Saxifrage mignonne, il déclare qu’elle correspondrait davantage à son avis, aux critères de Saxifraga hirsuta L. Cependant il se fie à la détermination de Linné telle qu'elle apparaît ci-dessous, dans son Species Plantarum, et la planche est bien légendée Saxifraga geum L.

Mais actuellement, la situation de cette 'Saxifrage mignonne' semble coïncider avec l’hybride Saxifraga x geum cité dans la Flora gallica, qui le donne comme très polymorphe ; c’est donc le croisement de S.umbrosa par S.hirsuta qui donne le beau spécimen montré par Lapeyrouse ! Je n'ai pas vu cet hybride plutôt cultivé que spontané et souvent nommé aussi Désespoir des peintres.

Le Saxifrage à feuilles rondes (Saxifraga rotundifolia L.) est bien identifiable; des feuilles rondes souples, d’un vert gai, profondément dentées et des pétales tout pointillés, le rendent immanquable.

La photo ci-dessus est prise en Savoie. Dans son texte Lapeyrouse raconte ensuite la découverte d’un hybride S.rotundifolia x S.hirsuta, par un collègue botaniste, Villars, dans le jardin botanique de Grenoble où les deux parents se côtoyaient. Il avoue : «  Je ne vois jamais des ces individus ambigus intermédiaires… » C’est un commentaire anecdotique mais amusant du fait que sa Saxifrage mignonne en était un !

Pour voir des photos d’une ravissante espèce qui porte son nom : le Pavot de Lapeyrouse :

https://www.florealpes.com/fiche_papaversuaveolens.php

Pour tout savoir sur la vie de ce botaniste:

https://sbocc.fr/wp-content/uploads/2020/06/22-Picot-_de_Lapeyrouse_Isatis2017_final2.pdf

« Figures de la flore des Pyrénées » de Lapeyrouse est consultable sur:

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5356587m/f99.item

https://rosalis.bibliotheque.toulouse.fr/ark:/12148/bpt6k5340643n/f129.planchecontact

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