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Botazoom, Botanique et Iconographie

Botazoom, Botanique et Iconographie

Ce blog est destiné aux curieux de botanique. En s’appuyant sur les photos que j’ai pu faire en voyage, et sur de l’iconographie ancienne, il rentre un peu dans les détails qui m’ont permis d’identifier une espèce, mais son contenu doit être considéré comme celui d’une botaniste amateur !

iconographie

Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #iconographie, #Botanistes

Vous allez remarquer qu’un nom revient régulièrement dans les nomenclatures de ces six autres espèces endémiques pyrénéennes, celui d’Antoine Gouan, qui donne en 1765, après avoir herborisé dans la région occitane, une « Flore de la région de Montpellier ».

J’ai trouvé le Saule des Pyrénées, dans la Neste de La Géla, tout près de la frontière espagnole : encore une belle promenade !

 

Salix pyrenaica Gouan, le Saule des Pyrénées, plus ou moins prostré sur la rocaille, ne craint pas un long enneigement : c’est une plante chionophile. J’ai pu vérifier, dans la Neste de la Géla, l’association de ce saule avec la Dryade à huit pétales que cite Marcel Saule dans la « Grande Flore illustrée des Pyrénées ».

 

Les quatre gravures de Pfeninger (sur des dessins originaux de Gouan) qui figurent ici pour ces espèces proviennent d’un autre des ouvrages d'Antoine Gouan qui paraît en 1773 : « Illustrationes et observationes botanicae, ad specierum historiam facientes »

https://bibdigital.rjb.csic.es/records/item/10336-illustrationes-et-observationes-botanicae

Carduus carlinoides Gouan subsp. carlinoides, le Chardon fausse Carline, souvent très prostré dans des éboulis, il présente une inflorescence très dense : un corymbe de capitules rose-vif. Ce chardon existe aussi dans les monts cantabriques.

 

 

Eryngium bourgati Gouan., le Panicaut de Bourgat, bien connu pour sa spectaculaire couleur bleue qui, malheureusement pour moi, ne se révèle que plus tardivement dans l’été !

Bourgat ainsi que Razouls herborisaient avec Gouan.

Lilium pyrenaicum Gouan, le Lis des Pyrénées, la plus connue de ces endémiques pyrénéennes, mais il n'a pas été représenté dans « Illustrationes et observationes botanicae, ad specierum historiam facientes » !

Avec son Criocère!

 

 

Ranunculus gouanii Willd., la Renoncule de Gouan, un ’Bouton d’or’ dont la fleur est nettement plus grande.

 

Angelica razulii Gouan, l’Angélique de Razouls, une ombellifère facile à reconnaître par l’allure de ses feuilles dont les  lobes sont décurrents sur le rachis ; ses grandes ombelles assez plates peuvent compter jusqu’à quarante rayons.

J’ai retrouvé le texte que Gouan consacre à cette espèce ainsi qu’à D. Razouls toujours dans le même ouvrage, « Illustrationes et observationes botanicae, ad specierum historiam facientes » (1773) (en p.13)

Une traduction du latin donnerait à peu près « l'infatigable botaniste et pharmacien de Perpignan, D. Razouls, nous apporta une grande aide lors des voyages pyrénéens en 1767 et 1768. Il a trouvé cette plante très spéciale auprès de l’étang du mont Laurenti, alors que nous explorions sur la droite ».

 

 

Antoine Gouan (1733-1821) fut un médecin de formation, devenu naturaliste par gout. Il s’est d’abord fait connaître en 1762 par un « Catalogue des plantes du jardin botanique de Montpellier », qui pour la première fois en France, adopte la nomenclature binomiale de Linné, qu’il exposera plus tard en 1787 et en détail dans son « Explication du système botanique du chevalier von Linné ».

Le ‘système sexuel de Linné’ de classification des familles végétales, qui se base sur le nombre des étamines et celui des pistils, n’est pas alors admis par les élites parisiennes.  Les Jussieu, notamment prônent une ‘méthode naturelle’, beaucoup plus complexe car prenant une quantité de nouveaux paramètres, tout en conservant cependant la nomenclature binomiale de Linné, vite devenue incontournable.

Dans sa Flora monspeliaca de 1765, Antoine Gouan a déjà commencé à enrichir les critères du système de Linné en ajoutant un classement secondaire considérant les pétales, avec l’approbation de Linné.

Il devient en 1794 directeur du Jardin des plantes de Montpellier et professeur de botanique à l’école de santé de la ville. La riche correspondance entre Linné et Gouan a été étudiée dans un article de 1822 de la Société linnéenne de Paris :

https://www.biodiversitylibrary.org/page/13562147#page/693/mode/1up

Les péripéties d’un genre :

L’auteur (M. Amoreux) nous apprend entre autres que Nikolaus Joseph von Jacquin a formé un genre d’après Gouan : Gouania que Linné a adopté et qui est toujours en vigueur ; ce sont des lianes ou des arbustes tropicaux. La plante grimpante dont parle Linné en p.689 de l’article ci-dessus est Bannisteria lupuloides (reconnue d’abord comme telle dans son Species Plantarum de 1753, en p. 427), et elle devient donc en 1763  une Gouania, d’abord Gouania domingensis (Jacq.) L. et finalement, en 1910, Gouania lupuloides (L.) Urb.

Cette liane est présente surtout en Amérique centrale et dans les Caraïbes, mais le genre Gouania compte 50 à 70 espèces.

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #Fleurs, #iconographie

J’ai découvert la petite Tractema umbellata ou Scille en ombelle récemment dans les Pyrénées, c’est une espèce franco-ibérique, qu’en France on ne dissociait pas autrefois de la Scille de printemps (Scilla verna, mais maintenant Tractema verna).

Cette dernière, plus trapue, aux fleurs d’un bleu violacé, est maintenant associée exclusivement au littoral breton et existe aussi du Portugal à la Norvège (je n’ai pas de photos).

La Scille en ombelle (Tractema umbellata), un peu plus gracile, aux feuilles plus dressées est dotée de fleurs bleu-ciel dont les tépales portent une rayure centrale plus soutenue. Je l’ai prise en photo dans le Massif du Néouvielle (Hautes-Pyrénées).

Mais quelle bonne raison y avait-il de dissocier les Tractema des Scilla ? Probablement le fait qu’une bractée existe à la base de chaque pédicelle sur les Tractema et vous pourrez voir plus loin que sur ma Scilla bifolia du Fort de Tamié, aucune bractée n’est visible dans l’inflorescence. C’est également le cas pour la Scille d’automne (Prospero autumnale, mais autrefois Scilla autumnalis L.), aux fleurs lilas, commune dès la fin-aout sur les dunes littorales de Bretagne. (Prospero: ci-dessous, à droite)

 

 

 

 

 

 

 

ci-dessous: Scilla bifolia en Savoie

 

 

Depuis que des genres comme Tractema et Prospero ont été détachés du genre Scilla, il ne reste plus qu’une seule espèce de Scilla indigène en France et c’est donc Scilla bifolia, la Scille à deux feuilles. Elle peut posséder trois feuilles en fait, mais le plus souvent deux, pliées en gouttière. Outre le fait qu’aucune bractée n’existe sur la tige, c’est peut-être la longueur des pédoncules floraux notamment de ceux du bas de la tige, qui permet de reconnaître facilement cette espèce.

Pour Scilla bifolia, la gravure figurant dans la Flora austriaca de N.J.Jacquin paraît bien fidèle, montrant bien comme les pédoncules plus longs à la base qu’au sommet peuvent finir par former une inflorescence en corymbe.  

La ravissante Jacinthe améthyste (Brimeura amethystina, mais autrefois Hyacinthus amethystinus), est aussi une plante franco-ibérique que j’ai pu voir dans le massif du Néouvielle.

Sa grappe unilatérale de clochettes bleues rappelle en plus pastel et en plus discret notre Jacinthe des bois, mais celle-là possède des tépales entièrement libres même s’ils se rassemblent pour former une clochette et deux bractées soulignent le départ du pédicelle floral, alors qu’il n’en existe qu’une sur la Campanète, (c’est le nom occitan donné pour la Jacinthe améthyste dans  la Grande flore illustrée des Pyrénées de Marcel Saule). On voit bien aussi que sur cette Jacinthe améthyste la clochette est un tube soudé presque jusqu’au milieu.

 

Ci-dessous, la Jacinthe améthyste de Néouvielle

Comme vous pouvez le deviner il est difficile  de trouver des représentations anciennes fidèles à ces subtils et récents critères de différenciation parmi les Scilles !

Dans l’ouvrage réputé de Pierre Joseph Redouté sur « Les Liliacées », on trouve plus de matière et du texte en français de l’auteur!

Dans le tome 3, planche 166, il nous montre une Scilla umbellata ; à cette époque Redouté distingue cette espèce seulement de Scilla bifolia et lui donne comme territoire toute la partie occidentale de l’Europe, observée dans les Pyrénées mais aussi dans les Landes et les environs de Brest. Cependant, comme il la décrit et la montre assez pâle et très élancée, on pense plutôt à la Scille en ombelle (Tractema umbellata).

 

Dans le tome 5, planche 254, est gravée la Scille à deux feuilles, qui n’a pas changé de nom : Scilla bifolia. Redouté écrit : « Les filaments des étamines sont en forme d’alène, épais, de moitié plus courts que les segments du périgone. Les anthères sont oblongues, vacillantes, d’un bleu noirâtre et pleines d’un pollen jaune ».

Dans le tome 1, planche 14, on trouve la Jacinthe améthyste (Brimeura amethystina) sous le nom de Hyacinthus amethystinus.

Mais déjà bien auparavant, Charles de L’Ecluse nous montre un bois gravé de la Brimeura amethystina, dans « Exoticorum libri decem » (1605) sous le nom prélinnéen de Hyacinthus minor hispanicus !

 

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #iconographie

Je ne connais pas encore toutes les espèces que compte ce genre, mais les trois présentées ici sont les plus courantes, si l’on peut dire, car les aristoloches ne sont pas vraiment communes sauf peut-être la première citée ci-dessous.

L’Aristoloche clématite, (Aristolochia clematitis) présente des inflorescences en petits bouquets de cornets jaunes, courtement pédonculés échelonnés le long de la tige, à l’aisselle d’une feuille, mais chaque bouquet ne donne en fait qu’un fruit qui peut devenir conséquent. Elle aime bien un sol sablonneux et doit apprécier le bord des cours d’eau car la cartographie montre qu’elle suit la Loire par exemple. J’ai trouvé  un exemplaire spectaculaire en Ardèche au bord de la Ligne, de longues tiges alourdies de gros fruits trainaient au sol, mais au cœur de la touffe (en haut de la photo), de nouvelles fleurs étaient présentes.

Les deux autres espèces qui suivent présentent sur une tige en zigzag, à l’aisselle de chaque feuille une unique fleur dont la lèvre supérieure, plus ou moins rabattue en chapeau, se teinte de marron. Ce sont des méditerranéennes.

Chez l’Aristoloche ronde (Aristolochia rotunda) (ci-dessous), chaque fleur solitaire semble d’abord enveloppée puis présentée sur un plateau par sa feuille annexe assez ronde, dont le pétiole est très court. Le long tube de la corolle est vert tilleul et la lèvre supérieure, glabre, prend une teinte vineuse à la lumière et d’un brun sombre à l’ombre. Le joli travail des nervures en relief et en réseau au dos des feuilles accroche bien la lumière, la texture en reste douce à l’inverse de la petite Aristoloche pistoloche que j’ai trouvée dans un maquis de Catalogne.

L’Aristoloche pistoloche (Aristolochia pistolochia)  (ci-dessous) présente des feuilles plus petites plus triangulaires, dont les bords un peu ondulés accrochent au toucher, hérissés qu’ils sont de petites papilles cartilagineuses qu’on retrouve d’ailleurs sur toutes les nervures au revers des feuilles. Les pétioles des feuilles et les pédoncules floraux sont un peu plus longs et les corolles d’un marron plus chaud, sont rayées à l’intérieur du cornet.

 

Les représentations anciennes ne sont pas toujours très fiables pour montrer les bons critères d’identification hormis pour  l’Aristoloche clématite, depuis plus longtemps repérée.

Pierre Bulliard dans son « Herbier de la France ou, Collection complète des plantes indigènes de ce royaume; avec leurs propriétés, et leurs usages en médecine » édité en 1780-93, nous montre cette Aristoloche clématite, dans une belle gravure et le texte y est intégré. Il classe cette espèce dans les Plantes vénéneuses de la France et voici les remèdes qu’il prescrit: "Boire beaucoup d'eau acidulée avec le vinaigre, le jus de citron, prendre de temps à autre quelques cuillerées de bon vin où l'on aura fait infuser de la canelle." Que cela ne vous incite pas à gouter cette plante!

https://www.biodiversitylibrary.org/page/4269143#page/85/mode/1up

Ensuite deux techniques différentes de gravure en noir et blanc pour l’Aristoloche ronde et la Pistoloche.

Au 17ème siècle, la Flora Danica de Simon Paulli (1603–1680), (ci-dessus) illustre l’Aristoloche ronde par un bois gravé bien imprimé mais en réalité très fidèle à la représentation de Matthias de Lobel, dans le Plantarum seu stirpium icones (1581) ; c’est d’ailleurs toujours le même bois gravé que dans le Rariorum plantarum historia (1601), de Charles de l’Ecluse ; on peut y voir le bulbe souterrain qui n’existe pas chez Aristolochia pistolochia.

 Et dans le Rariorum plantarum historia (1601), Charles de l’Ecluse nous montre aussi la Pistoloche quelques pages plus loin. De fait la forme des feuilles plus triangulaires et distinctement pétiolées, et le faisceau de racines orientent bien vers Aristolochia pistolochia. (ci-dessous)

Une autre représentation en noir et blanc de l’Aristoloche ronde se trouve dans Histoire philosophique, littéraire, économique des plantes de l'Europe (1825-1829), vol 2, par Jean Louis Marie Poiret (1755-1834), mais au 19ème siècle c’est la lithographie qui est utilisée et qui donne une estampe à l’allure bien différente.

 

Pour finir cette aquarelle détenue par le Muséum d'histoire naturelle de Nice, attribuée à Jean-Baptiste Barla (1817-1896), qui nous montre bien le bulbe de cette Aristoloche ronde ; déjà montré plus haut sur le bois gravé, et qui n’existe pas chez l'Aristoloche pistoloche.

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/joconde/70500006273

 

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #Fleurs, #iconographie

Dans les régions de plaine, les Primevères les plus communes appartiennent à la section Vernales, la section Auricula est plutôt montagnarde. Il existe par exemple, trois espèces de Primula en Sarthe. On ne présente plus le Coucou (Primula veris L.) ni la Primevère acaule (Primula vulgaris Hudson) mais on peut évoquer un peu plus précisément la troisième : la Primevère élevée (Primula elatior (L.)Hill) plus rare. C’est une espèce forestière ou de lisière portant sur une tige unique un petit bouquet de fleurs jaune-pale penchant gracieusement d’un côté. Les corolles ni en clochettes, ni franchement étalées, leur couleur d’un jaune ni très pâle, ni d’un jaune lumineux, en font une sorte de moyen terme entre les deux autres et surtout, les calices ne sont pas enflés comme chez le coucou.

Je n’ai pas de photo pour illustrer ces différences mais pour comparer la Primevère élevée et le Coucou, voici une planche idéale  de H.G.L. Reichenbach, dans le vol.17 de son ouvrage "Icones florae Germanicae et Helveticae".

"Icones florae Germanicae et Helveticae" de H.G.L. Reichenbach, vol 17

"Icones florae Germanicae et Helveticae" de H.G.L. Reichenbach, vol 17

Tout le monde connait bien le Coucou, mes photos sarthoises montrent qu’il possède aussi un bouquet unilatéral et que les calices ne s’emboitent pas sur le tube de la corolle mais sont au contraire très lâches.

La Primevère acaule (photos en Bretagne), a un port beaucoup plus ramassé, une fleur unique sur une tige courte et les corolles bien étalées sont parfois presque blanches. On voit là que les jeunes feuilles sont très gaufrées avec des bords révolutés, c’est un critère commun aux trois espèces; au cours de la floraison les feuilles ont tendance à s’aplanir.

 

 

Les hybrides naturels de ces trois espèces sont donc logiquement au nombre de trois, officiellement nommés :

  • Primula x digenea (P.vulgaris par P.elatior)
  • Primula x media (P.elatior par P.veris)
  • Primula x polyantha (P.vulgaris par P.veris)

Primula x polyantha

En fait, ce dernier serait le plus fréquent du moins en Sarthe. Les territoires des trois espèces s’y recouvrent peu ; les parents sont en présence  surtout  dans l’Ouest du département car la primevère acaule se localise de préférence sur le massif armoricain, et le coucou est plus fréquent dans le Centre et l’Est de la Sarthe. Cet hybride présente un aspect très variable et ressemble parfois beaucoup à la primevère élevée. Je l’ai photographié en 1991 en Charnie au bord du Palais au cours d’une sortie botanique.

On nous fit remarquer sa robustesse, ses clochettes plus larges et plus pâles que sur le Coucou, son bouquet restant dressé sur une tige bien plus haute que celle de la primevère acaule mais non penché en position unilatérale comme sur le Coucou ou la Primevère élevée.

 

 

En 1905, le botaniste sarthois Ambroise Gentil a écrit un article intitulé : « Observations à propos de Primevères hybrides » ou il cite cet hybride  sous son ancien nom : Primula x variabilis entre  Parigné l’évêque et Ruaudin. Il y démontre l’importance du vent supérieure à celle des insectes pour que surviennent ces hybrides, et leur variation d’aspect est, pour lui, due à l’influence plus grande du pied mère : le porte-graine sur lequel est venu se déposer le pollen (qui vient du père) amené par le vent. Deux morphologies bien distinctes en découleraient selon que le pied mère est le coucou ou la primevère acaule.

 

La primevère rouge :

Dans de vieux jardins de plaine se reproduisent d’années en années des primevères du type acaule dont la couleur rose à rose carné prête à polémique. Il existe bien, dans la nomenclature française une Primevère rouge (Primula vulgaris subsp rubra (Sm.) Arcang.) anciennement P.Sibthorpii Hoffmanns, originaire des Balkans, qui se naturalise dans les jardins et s’échappe dans la nature, c’est donc une espèce subspontanée.

Primula vulgaris subsp rubra (Sm.) Arcang.  se croise surtout facilement avec sa cousine sauvage jaune pâle (Primula vulgaris Hudson) et donne ainsi des populations d’un rose plus pâle (Primula x anglica), instables, qui finissent par être réabsorbées par la Primevère acaule.

Des auteurs anglais assurent que la Primevère rouge est arrivée vers 1638. Elle serait, pour eux, impliquée aussi dans la parenté des anciens Polyanthus de jardins : ce nom apparaît à la fin du 17ème siècle.

Primula vulgaris subsp rubra (Sm.) Arcang. apparaît en tant qu’espèce native dans la Flora Graeca (vol 2, t 84). Les dix volumes furent publiés au début du 19ème siècle par John Sibthorp, professeur de botanique à Oxford. Les planches originales furent peintes par le célèbre illustrateur autrichien : Ferdinand Bauer.

Primula x media : Cet hybride de la Primevère élevée et du Coucou est mentionné aussi en Sarthe par Ambroise Gentil, il y a été revu en 2004, mais il est bien plus rare.

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #Fleurs, #iconographie

Le Tussilage et les Pétasites sont des plantes souvent associées et remarquables pour leur floraison hivernale.

Si le Pétasite blanc et le Pétasite hybride (ou Pétasite officinal) sont deux espèces surtout montagnardes qu’on peut rencontrer entre deux névés, le Tussilage est présent aussi en plaine. Enfin une dernière espèce plus récemment nommée le Pétasite des Pyrénées fait mentir la règle comme quoi des feuilles de belle taille se déploient seulement après la floraison.

Le Pétasite officinal, (Photo ci-contre, sur un col de Haute-Savoie en tout début de floraison) figure de belle façon dans un ouvrage de 1774 au titre long : « La botanique mise à la portée de tout le monde, ou, Collection de planches représentant les plantes usuelles d'après nature, avec le port, la forme & les couleurs qui leur sont propres : gravées d'une manière nouvelle...». Auteurs : Nicolas-François Regnault, 1746-1810, Geneviève de Nangis Regnault (1746-1802). Il est difficile d’attribuer la rédaction du texte à l’un ou à l’autre de ces deux auteurs, par contre le dessin d’origine de ce Pétasite est bien signé Geneviève de Nangis Regnault. Vous noterez le nom usuel d’Herbe aux Teigneux et dans le texte joint l’auteur écrit : « On se sert rarement des feuilles, si ce n’est pour les appliquer sur la tête des enfants qui ont la teigne ».

Linné avait bel et bien rapproché le Tussilage des Pétasites, au point qu’il avait nommé notre actuel  Petasites hybridus (L.) G.Gaertn., B.Mey. & Scherb. (soit le Pétasite officinal) : Tussilago petasites L. comme on peut le voir sur la gravure  de  Geneviève de Nangis Regnault. Mais en page 866 du Species Plantarum de Linné, figure aussi un Tussilago hybrida, également reconnu comme notre Pétasite officinal actuel…

Ces confusions anciennes ne sont pas surprenantes car ces deux genres de Composées à floraison hivernale font pousser après la floraison des feuilles assez semblables, et leur tige florale est garnie de bractées écailleuses. En dehors de l’évidente différence de couleur des fleurs, les Pétasites ont des fleurons tous hermaphrodites alors que le Tussilage possède des ligules sur la circonférence.

Le Tussilago alba de Linné est devenu notre Petasites albus (L.) Gaertn., le Pétasite blanc, une plante montagnarde qui évite les Pyrénées, ici prise en photo sur le Semnoz, entre des plaques de neige et avec un tout début de feuillage.

Ces deux premières espèces sont illustrées, en compagnie du Tussilage, dans le vol. 16 d’un autre bel ouvrage en 24 volumes : « Icones florae Germanicae et Helveticae… », les auteurs sont H.Gottlieb Ludwig Reichenbach, puis son fils H.Gustav Reichenbach, sans doute l’auteur des dessins signant  Rchb fil.del.

https://www.biodiversitylibrary.org/item/29324#page/115/mode/1up

Pétasite blanc, Pétasite officinal, et Tussilage, dans « Icones florae Germanicae et Helveticae… »
Pétasite blanc, Pétasite officinal, et Tussilage, dans « Icones florae Germanicae et Helveticae… »
Pétasite blanc, Pétasite officinal, et Tussilage, dans « Icones florae Germanicae et Helveticae… »

Pétasite blanc, Pétasite officinal, et Tussilage, dans « Icones florae Germanicae et Helveticae… »

Sur la deuxième gravure figure Petasites vulgaris Desf. C'est un synonyme reconnu de Petasites hybridus (L.) G.Gaertn., B.Mey. & Scherb. pour le Pétasite officinalLe Pétasite blanc et le Tussilage n'ont pas changé de nom latin.

Voici le Tussilage (Tussilago farfara L.), photographié près d'Annecy sur le lit caillouteux d'un cours d'eau montagnard.

Et pour finir, voici donc ce dernier Pétasite, inconnu de Linné.

Le Pétasite odorant  ou Pétasite des Pyrénées (Petasites pyrenaicus (L.) G.Lopez), se distingue aisément car feuillage et floraison sont chez lui synchrones. Il n’est pas spécialement montagnard (mes photos viennent de St Nazaire). Les feuilles en forme de rein, forment un tapis d’où émergent des tiges plus élancées et un bouquet floral plus ouvert. Il faut noter la présence sur le pourtour des petits capitules de quelques fleurs courtement ligulées, c’est un autre critère notoire qui le différencie des deux autres.

J’ai consulté le texte historique témoignant de son apparition tardive dans notre flore d’Europe de l’Ouest dans les "Actes de la société d'histoire naturelle de Paris : tome premier" (1792), sous le titre : « Nouvelle espèce de Tussilage » par M.Villars. L’auteur, après sa description latine, faite d’après des exemplaires du Jardin botanique de l’Ecole vétérinaire de Lyon, provenant d’une cueillette locale ‘au bas du Pila’, nous dit que l’espèce trace et ne se multiplie que trop par ses racines et il ajoute quatre Observations :

  1. Elle fleurit la première, et vers la fin de décembre
  2. Ses feuilles sont entières, et accompagnent les fleurs
  3. Ses fleurs sont très odorantes, sentant le noyau
  4. Ses fleurs sont vraiment radiées à la marge

Ce Pétasite odorant est encore nommé Tussilago fragrans sur l’illustration jointe au texte de M.Villars, puis Petasites fragrans (Vill.) C.Presl avant de gagner son nom latin actuel : Petasites pyrenaicus (L.) G.Lopez.

En fait sa provenance semble plus méridionale : Italie, Sardaigne, Sicile, Afrique septentrionale, et pourtant il n’y est plus répertorié en abondance alors que sur la façade Ouest de l’Europe, il s’est facilement naturalisé.

 

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Arbres, #Botanique, #iconographie

Le genre Cryptomeria ne compte que cette espèce : Cryptomeria japonica. On le place dans la grande famille des Cupressaceae, une famille dans laquelle il n’est pas toujours facile de se retrouver ; mais le Cryptomeria japonica porte de petits cônes femelles sphériques hérissés de pics, très caractéristiques, ce qui le rend facile à identifier.

Ce Cèdre du Japon, est d’abord inventorié par Carl Peter Thunberg  dans sa Flora Japonica (1784) comme Cupressus japonica. Sa description (il n’y a pas d’illustration), mentionne qu’il est toujours vert, muni de feuilles raides en forme d’aiguilles, que c'est un arbre très haut et droit, avec une tête pyramidale, qui porte des fleurs en mars ; que le bois est très tendre, de sorte qu'il peut être facilement travaillé, et qu’il est très utilisé à diverses fins, en particulier pour l'ébénisterie chez les Japonais. Les japonais le nomment San ou Sugi. Une forme ‘pendula’ est nommée Ito Sugi.

Ensuite on retrouve deux dessins européens : dans le volume 18 (tab 13) des « Transactions of the Linnean Society of London ». Il y figure encore sous le nom Cupressus japonica ; l’auteur signale que les feuilles aciculaires sont comprimées latéralement et que les chatons mâles sont rassemblés en épis à l’extrémité des rameaux, et non solitaires comme sur les autres Cupressacés.

On le voit clairement sur ma photo ci-dessous, prise sur les Hauts de La Réunion où les ‘Sapins créoles’ (Cryptomeria japonica), implantés à la fin du 19ème siècle sont nombreux et parfois imposants.

Puis il apparaît dans « The journal of the Horticultural Society of London, 1846-1855 », titre de l’article : « Some account of the Cryptomeria japonica, or Japan Cedar » by Mr Georges Gordon, v1 (1846) p.57. L’auteur y cite cette phrase de Philipp Franz von Siebold dans sa Flora Japonica (1844) : « Un dixième de la forêt qui couvre les flancs des montagnes entre 500 et 1200 pieds (150 à 360 m) d'altitude est composé de ce Cèdre du Japon ».

Ci-dessus la planche de  la Flora Japonica (1844), de Philipp Franz von Siebold.

Quelques Cryptomeria japonica (photos prises en Sarthe)
Quelques Cryptomeria japonica (photos prises en Sarthe)
Quelques Cryptomeria japonica (photos prises en Sarthe)

Quelques Cryptomeria japonica (photos prises en Sarthe)

Au Japon :

Kan-en Iwasaki   (1786-1842), le fait représenter dans le  Honzo zufu (Livre illustré des plantes médicinales) vol. 76 (1830-1844), ouvrage réédité en 1920. Pour les premiers volumes, ce sont des bois gravés : des estampes ukiyo-e. La spontanéité du trait pour cette planche fait penser à un original qui appartient sans doute aux parutions plus tardives peintes à la main et dont très peu de copies complètes ont survécu.

https://www.guimet.fr/fr/nos-collections/tresors-de-la-bibliotheque/honzo-zufu-flore-japonaise

Au Japon, les Cryptomérias sont protégés et de vieux ensembles figurent dans l’entourage où à l’approche des temples. Sur cette ancienne carte postale, un bel escalier de pèlerinage de 2446 marches en pierre est ainsi bordé de Cèdres du japon trois fois centenaires, il mène sur le Mont Haguro.

Les Cryptomérias de Nara : au 16ème siècle, 10 000 cèdres du Japon ont été plantés dans la forêt primitive de Kasugayama, située à Nara, c’est une forêt classée Monument naturel national spécial en 1955 et classée en 1998 Patrimoine mondial de l'UNESCO.

Voici une gouache d’Albert Brenet, peintre de la marine et peintre voyageur (1903-2005). « Forêt de Nara, allée des trois mille lanternes », la gouache est accompagnée d’un texte témoignage : « Lorsque l’on se rend au temple des trois mille lanternes, on passe sous deux Torii, portes sacrées, d’un temple shintoïste, puis on s’engage dans une allée qui serpente au travers d’une magnifique forêt de cryptomérias. Cette allée est bordée de lanternes de pierre (il y en avait trois-mille), offertes par les fidèles et que l’on allume deux fois par an. »

Pour finir, il faudrait ajouter que le pollen des Cryptomeria est très allergisant quand les populations sont importantes comme au Japon.

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Arbres, #iconographie, #voyages

Le Fromager (Ceiba pentandra) est un arbre majestueux, un géant qui peut dominer la canopée et dont la base est dotée de contreforts imposants. Au Sénégal, j’en ai vu de très beaux, mais difficile de prendre du recul pour faire une belle photo de sa silhouette sans être gênée par la végétation environnante ! 

 

En Casamance, le Fromager (Ceiba pentandra) mais aussi le Baobab (Adansonia digitata) sont les ‘arbres à palabres’, le grand Fromager de Mlomp (ci-dessus) possède des contreforts si hauts et  contournés sur eux-mêmes qu’il a été possible d’y installer un petit musée à ciel ouvert des traditions Diola, qui abritent des vanneries, des outils divers de la vie courante et des fétiches, l’ensemble entouré d’une clôture faite de feuilles de palmiers rôniers. Le bois léger du Fromager peut servir pour tailler dans la masse des pirogues, et ses hauts contreforts sont parfois taillés pour faire des portes, en trois coups de scie, j’ai vu une de ces entailles qui cicatrise avec le temps mais j’étais un peu choquée ! 

On peut trouver dans l’iconographie de belles représentations en pied ; en voici une d'un spécimen en situation isolée. 
Kapok ou Arbre de coton de soie (Ceiba pentandra) poussant près d'un village du Surinam. 

Lithographie couleur par P. Lauters, v. 1839, d'après PJ Benoit. Crédit: Wellcome Collection . Attribution 4.0 International (CC BY 4.0)

Puis une autre peinture de Louise van Panhuys (1763-1844) qui vécut au Surinam de 1811 à 1816. 
https://sammlungen.ub.uni-frankfurt.de/panhuys/nav/index/all

Et puis, en rappel d’un ancien article du blog sur Elisée Reclus :
http://botazoom.over-blog.com/2020/11/elisee-reclus-les-illustrations.html

Le Fromager développe des branches à l’horizontale qui peuvent former un large houppier en parasol s’il dispose d’un espace suffisant. J’ai eu la chance de voir de très beaux exemplaires en Casamance près de la Pointe Saint-Georges, avec quelques branches fleuries en position basse. 


Par contre, sur celui-ci, je n’ai pu observer le feuillage ni le fruit qui est une capsule oblongue à cinq valves, ni le kapok s’en échappant à maturité : une fibre très légère, imperméable et imputrescible (mais malheureusement inflammable). 
Les fleurs sont pollinisées par des chauves-souris. Un autre grand fromager de Casamance était feuillu (et sans fleurs, de ce fait) ; sa silhouette, presque triangulaire du fait des contreforts, était spectaculaire. En principe, le tronc lisse devrait montrer de grosses épines à base larges, mais je n’ai pas vu beaucoup de ces épines sauf sur des certaines zones des contreforts, sur des branches et des rameaux.

 

Le Fromager est plutôt originaire d’Amérique centrale et du Sud, et des Antilles, mais il est devenu une espèce pantropicale, très présente en Afrique de l’Ouest et cultivé surtout en Asie du Sud-Est. Son introduction en Afrique de l'Ouest pourrait peut-être être naturelle et très ancienne (précolombienne), des graines portées par de forts vents auraient ainsi traversé l'Atlantique, ou encore des capsules qui flottent très bien auraient fait de même, portées par des courants!

A Mlomp, c'est un arbre sacré protégé au cœur du village, on y dépose des offrandes. Pour tailler des pirogues on s'éloigne des villages afin d'épargner les beaux individus souvent plantés là volontairement par de lointains ancêtres. 

Il faut noter que la production du Kapok est abondante sur les grands fromagers de l’Afrique de l’Ouest mais ne donne pas le meilleur kapok, car les Ceiba ont depuis longtemps été améliorés en Indo-Malaisie. L’appellation suivante : Ceiba pentandra var indicum DC. Bakh. ne semble pas vraiment reconnue, seul est officiel le nom de Ceiba pentandra (L.) Gaertn.


William Roxburgh, dirigea le Jardin botanique de Calcutta à la fin du 18ème siècle. Il publia les descriptions botaniques de toutes les plantes locales qu’il pouvait observer.

Sa riche collection d’aquarelles consacrée à la flore de l’Inde, peintes d’après nature par des artistes locaux, est conservée à la bibliothèque du Royal Botanic Garden de Kew. J’ai trouvé (sur le site web) les aquarelles de deux espèces cousines : Bombax pentandrum, un ancien synonyme de Ceiba pentandra, notre Fromager , le voici: 

et Bombax heptaphyllum qui est devenu Bombax ceiba L. soit le Fromager rouge ou Kapokier rouge, dont on récolte aussi le kapok qui serait d’une qualité un peu moindre que celui du Fromager. Cet arbre est d’origine plus asiatique.

Roxburgh, W., Icones Roxburgianae (Roxburgh Flora Indica drawings at Kew)
https://archive.bsi.gov.in/b-illustrations/en?list=Bombax&column=szGenus&secCat=1

Pour Bombax ceiba, le Red silk cotton tree des anglais, voici une autre représentation d’Elizabeth Twining, (1805-1889), une illustratrice botanique britannique.

Je ne peux vous montrer des photos du Bombax ceiba L.; mais j’ai vu au Sénégal une espèce très proche avec aussi de belles fleurs rouges : c’est le Bombax costatum Pellegr. & Vuillet , un autre Kapokier rouge qui lui ressemble beaucoup ! on le trouve du Sénégal au Cameroun et le kapok est utilisé aussi pour des coussins, des matelas et des selles. 

 

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanistes, #iconographie

Je vous parle cette fois-ci d’une collection précieuse qui se trouve dans la bibliothèque de l’Université Friedrich-Alexander (Erlangen-Nürnberg), et qui pour notre grand plaisir a été digitalisée et est donc facilement consultable pour le grand public. La Bibliothèque de Christoph Jacob Trew comprend, entre autres richesses, 13 volumes de dessins et aquarelles botaniques rassemblés par lui.

 

La légende complète de ce portrait qui fait partie de la collection des portraits de la Bibliothèque du MNHN nous dit :

« Chr. Jacob Trew (Botaniste, Anatomiste et Médecin), Président de l'Académie des Curieux de la Nature, Membre de la Société royale de Londres. Né à Lauf (en Bavière) le 26 Avril 1695. Mort à Nuremberg le 18 Juillet 1769 ».

Ce médecin  et botaniste de Nuremberg qui avait fait connaître Georg Dyonisius Ehret (voir cet ancien article sur Ehret), n’en a pas moins fait travailler en collaboration avec ce dernier notamment Nicolaus Friedrich Eisenberger, Johann Christoph Keller.

De nombreuses peintures originales de ces peintres de fleurs sont donc visibles dans la collection de la Bibliothèque Trew. En visionnant ces nombreuses aquarelles sur le site, j’ai trouvé les signatures d’autres artistes presque aussi doués mais dont les noms sont bien moins connus qu’Ehret, Eisenberger et Keller, comme M. M.Payerlein, G. W.Baurenfeind, L.Fischer, N.Gabler, J.Karell.

Beaucoup d’aquarelles ne sont pas signées, certaines de très belle facture font penser à Ehret comme ce rameau d’Alstroemère.

Sur d’autres, la part de chacun est clairement détaillée. Par exemple, sur la planche de l’Acacia (Robinia pseudoacacia) on peut lire en bas à droite : G.D.Ehret ad vivum (soit d’après nature) puis N.F.Eisenberger copiam. Pour le Cytise, nous savons qu’il s’agit de la copie d’une étude d’Ehret, mais pas par qui…

Une collaboration pour cet Acacia d'Ehret et d'Eisenberger

Une collaboration pour cet Acacia d'Ehret et d'Eisenberger

Le Cytise (Laburnum anagyroides), à l'époque Cytisus laburnum.

Le Cytise (Laburnum anagyroides), à l'époque Cytisus laburnum.

J’ai voulu dans ce premier article sur la collection rassemblée par Trew, montrer aussi quelques études non signées (ou signées de noms très peu connus) pour leur grande qualité, et aussi parce que les plantes figurées sont devenus entre temps des hôtes bien connus de nos jardins.

 

Ainsi le Geranium inquinans est l’ancêtre du Pélargonium zonal.

La Reine-marguerite (Callistephus chinensis) figure sous le nom de cette époque, Aster chinensis, la peinture est de N.Gabler. Une autre belle version de l’Aster chinensis, peinte d’après nature (mention : ad viv. pinx.), est de Johann Christoph Keller, mais cet illustrateur fera l’objet d’un article à lui seul, tant il est doué et prolifique dans cette collection.

Deux versions pour la Reine-marguerite, la première de N.Gabler, la seconde de J.C.Keller.
Deux versions pour la Reine-marguerite, la première de N.Gabler, la seconde de J.C.Keller.

Deux versions pour la Reine-marguerite, la première de N.Gabler, la seconde de J.C.Keller.

J.Karell a indiqué que son Catalpa (Catalpa bignonioides) avait été peint d’après nature ( mention: ad viv. delin.), en juillet 1765, donc ce n’est pas une copie !

Le Pavot d’Orient (Papaver orientale), et le Sabot de Vénus (Cypripedium calceolus) ne sont pas signés.

Deux études non signées, le Pavot d'Orient et le Sabot de Vénus.
Deux études non signées, le Pavot d'Orient et le Sabot de Vénus.

Deux études non signées, le Pavot d'Orient et le Sabot de Vénus.

Pour une visite plus complète de cette collection :

Voir là : https://ub.fau.de/en/history/trew-library/

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Arbustes, #Botanistes, #iconographie

Pierre Belon, naturaliste voyageur du 16ème siècle, est resté bien connu des manceaux ; il était originaire de Cérans-Fouletourte. Une belle statue de lui trône sur la place, que je prenais sans trop m’interroger pour une statue d’Henri IV (qui n’aurait pas vraiment lieu d’être installé là, dans ce bourg de Sarthe !).

Dans son ouvrage le plus connu écrit en vieux français mais facilement lisible: « Les observations de plusieurs singularitez et choses mémorables, trouvées en Grèce, Asie, Judée, Egypte, Arabie et autres pays estranges », il évoque les cistes qu’il a eu l’occasion de voir en Crète et la façon dont les crétois parviennent à extraire le Ladanum au moyen d’une sorte de râteau garni de lanière de cuir qui en se frottant sur le feuillage, recueillent « l’uligineuse rosée », dont se couvre les feuilles de ce ciste, et qui donnera cette substance précieuse : le Ladanum.

Il s’agit pour cette observation, très probablement du Ciste de Crète (Cistus creticus), très abondant sur les collines de Crète.

Cette aquarelle originale peinte pour la Flora Graeca de John Sibthorp, numérisée par les Bibliothèques Bodleian, de l’Université d'Oxford, nous permet de voir la plante vue sur place en Crète, même si la peinture a surement été terminée en atelier, au retour ; voici donc le Ciste de Crète tel que Ferdinand Bauer l’a vu sur les collines de l’ile.

Cistus creticus, peint par Ferdinand Bauer pour la Flora Graeca de John Sibthorp.

Cistus creticus, peint par Ferdinand Bauer pour la Flora Graeca de John Sibthorp.

Cette récolte du Ladanum était déjà racontée bien auparavant par Pline pour l’ile de Chypre, il parle d’une substance grasse dont on fait des boulettes et écrit « il sert à beaucoup de parfums et c’est lui que les Arabes font brûler de préférence. » (Pline livre XII).

Les Crétois extrayaient la résine par l’eau bouillante

Après Pierre Belon, on retrouve en 1718 des commentaires de Pitton de Tournefort dans « Relation d’un voyage au Levant », où figure même une illustration de l’instrument dont les courroies, dit-il « se chargent d’une espèce de glu odoriférante ». Il cite l’arbrisseau sous différents noms, se référant à des auteurs plus anciens mais en premier lieu figure Cistus ladanifera, cretica, flore purpureo, or sa description des fleurs ne correspond pas à l’arbuste que nous connaissons actuellement sous le nom de Ciste ladanifère (Cistus ladanifer L.) : « Sa fleur qui est d’un pouce et demi de diamètre, a cinq feuilles couleur de rose ; chiffonnées, assez rondes, quoique étroites à leur naissance, marquées d’un onglet jaune et bien souvent déchirées sur les bords… ».

Ma Flora Gallica, dans la clé des cistes insiste sur le fait que ce Ciste de Crète (Cistus creticus L.), espèce très variable, possède toujours des pétales roses et des feuilles pétiolées à nervation pennée.

Sur l'illustration ci-dessous, d’un ouvrage plus tardif de Moritz Willkomm , « Icones et descriptiones plantarum novarum criticarum et rariorum Europae austro-occidentalis praecipue Hispaniae » - vol. 2 (1856), on reconnait bien les pétales décrits par Pitton deTournefort.

Le Cistus creticus de Moritz Willkomm.

Le Cistus creticus de Moritz Willkomm.

Les pétales du véritable Ciste ladanifère (Cistus ladanifer L.), sont d’un blanc immaculé et possèdent une belle macule pourpre-noirâtre, en forme de flamme, qui ne descend pas sur l’onglet du pétale. Il a des feuilles bien différentes, longues, à une seule nervure. Feuilles, boutons floraux, et jeunes rameaux sont très visqueux et se prêtent donc admirablement à la récolte du Ladanum.

C’est donc celui-ci qui produit la gomme brute (le Ladanum) de nos jours, mais du fait que ce Ciste ladanifère est localisé sur l’ouest de la Méditerranée, (Espagne, Portugal et Maroc), il n’apparaît pas dans l’histoire antique.

On trouve une ancienne gravure du Ciste ladanifère dans « Horti medici amstelodamensis rariorum tam Orientalis », c’est un ouvrage de Johannes Commelin (1629-1692).

Cistus ladanifer dans « Horti medici amstelodamensis rariorum tam Orientalis » de Johannes Commelin

Cistus ladanifer dans « Horti medici amstelodamensis rariorum tam Orientalis » de Johannes Commelin

Le Ladanum ou Labdanum est défini comme une résine odorante se formant en surface sur les cistes sous l’effet de la chaleur: une oléorésine qui a la fonction de protéger la plante de la déshydratation sous un soleil trop ardent.

L’huile essentielle de Ladanum (hydrodistillation de la gomme brute) sert en phytothérapie et l’huile essentielle de ciste (hydrodistillation de la plante entière) sert en parfumerie. Elle entre dans la composition de parfums réputés.

Le Ciste ladanifère dans le maquis espagnol.
Le Ciste ladanifère dans le maquis espagnol.

Le Ciste ladanifère dans le maquis espagnol.

Pour en savoir d’avantage sur le sujet de cet Ambre végétal, mais j’avoue que ceci est déjà trop complexe pour moi :

https://tice.ac-montpellier.fr/ABCDORGA/Famille10/GOMMERESINE.htm#DEUXDEUXDEUX

dont voici un petit extrait sur le Résinoïde labdanum :

« Les rameaux feuillus sont immergés quelques heures dans de l'eau chaude carbonatée afin d'éliminer les cires épicuticulaires et les composés lipidiques. On acidifie le milieu et on obtient une masse pâteuse, la résine brute qui est essorée et séchée. On traite alors par l'éthanol puis on concentre sous vide. On obtient un solide pâteux brun foncé à odeur ambrée, boisée, balsamique très persistante. On lui a donné le nom d'ambre végétal. »

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #Arbustes, #iconographie

Rosa pimpinellifolia est un synonyme de Rosa spinosissima. Dans les régions du Nord de la France et situées plus au Nord encore, il est considéré comme le rosier indigène le plus précoce. Le terme pimpinellifolia (à feuilles de Pimprenelle), précise la forme de son feuillage et de fait ses feuilles composées, à petites folioles dentées assez rondes, rappellent celles d’une ombellifère, Pimpinella saxifraga, soit le Petit Boucage, mais aussi celles d’une rosacée Sanguisorba minor, soit la Petite Pimprenelle !

On voit que ce charmant nom de Rosier Pimprenelle pouvait porter à confusion ; il subsiste heureusement mais le nom scientifique de Rosa spinosissima évoque avec raison la principale caractéristique de ce rosier qui est l’abondance de ses aiguillons fins droits et mêlés d’acicules.

Sur le pourtour du littoral depuis l’Atlantique jusqu’à la Mer du Nord, (depuis la Bretagne jusqu’au Danemark), toutes celles que j’ai vues portaient beaucoup d’acicules entre les plus longs aiguillons, c’était vrai aussi sur le Causse du Larzac, sur un sol très calcaire (photo ci-dessous). Le nombre et la forme assez ronde des folioles différencient ce rosier des autres espèces de façon évidente, ainsi que la forme plus ronde et la couleur du fruit mûr beaucoup plus sombre qu’un cynorrhodon, d’un violet noirâtre.

Christophe Bornand dans une Clé d’identification des roses sauvages de Suisse écrit pour Rosa spinosissima : « Fleurs solitaires, presque toujours dépourvues de bractées. Pétales blancs, rarement rose pâle. Plante formant souvent des colonies d’arbustes nains. ».

Sur les dunes littorales dont le sable est très chargé de particules calcaires provenant des débris coquilliers, ce rosier se plait bien et monte plus au moins haut selon le milieu environnant. En Bretagne sur la dune grise de sable fixé, il forme de petites populations rases entourant parfois les terriers de lapins. 

Rosa spinosissima sur les dunes du Port (Bretagne nord), autour d'un terrier, puis le fruit ouvert
Rosa spinosissima sur les dunes du Port (Bretagne nord), autour d'un terrier, puis le fruit ouvert
Rosa spinosissima sur les dunes du Port (Bretagne nord), autour d'un terrier, puis le fruit ouvert

Rosa spinosissima sur les dunes du Port (Bretagne nord), autour d'un terrier, puis le fruit ouvert

Au Danemark, du côté de l’ile de Rømø, il subsistait dans des hautes graminées mais très concurrencé par le Rosier rugueux (Rosa rugosa), de plus en plus envahissant sur tout le littoral de l’Europe de l’Ouest.

Rosa spinosissima aux Pays-Bas, puis en fruits au Danemark
Rosa spinosissima aux Pays-Bas, puis en fruits au Danemark

Rosa spinosissima aux Pays-Bas, puis en fruits au Danemark

 

Dans le « Rariorum Plantarum Historia » de Charles de l’Ecluse (1601) deux bois gravés sont identifiés comme du Rosier Pimprenelle, à gauche la floraison et à droite les fruits dont on remarque bien les sépales persistants étalés/dressés.

Le nom Rosa campestris, utilisé par Clusius ne se trouve pas dans l’ouvrage  antérieur (1583) de Rembert Dodoens « Stirpium historiae pemptades sex », qui lui annonce Rosa dunensis (c’est le même bois gravé).

Nicolas Joseph Jacquin « Fragmenta botanica, figuris coloratis illustrata » Rosa spinosissima

Nicolas Joseph Jacquin « Fragmenta botanica, figuris coloratis illustrata » Rosa spinosissima

Dans un ouvrage du botaniste néerlandais Nicolas Joseph Jacquin « Fragmenta botanica, figuris coloratis illustrata » (1800-1809), figurent deux planches distinctes.

L’une concerne seulement Rosa spinosissima avec des fleurs blanches, l’autre présente trois espèces dont à droite Rosa pimpinellifolia (que j'ai isolée) avec des pétales rosés un peu déroutants pour moi, qui n’ai jamais vu que des beaux pétales d’un blanc crémeux parfois un peu rehaussés de jaune autour du cœur.

Moins ancien, j’ai trouvé une belle illustration de la main de Friedrich Guimpel, dans un ouvrage de Karl Ludwig Willdenow et Friedrich Gottlob Hayne, « Illustration d'essences de bois allemandes pour les forestiers et les amateurs de botanique » (1820).

Rosa spinosossima , par Friedrich Guimpel

Rosa spinosossima , par Friedrich Guimpel

Connaissez-vous le « Genus Rosa » d’Ellen Ann Willmott ? C’est un très beau recueil en nombreux cahiers édité entre 1910 et 1914, illustré d’aquarelles d’Alfred Parsons, pleines de sensibilité et de charme. On peut le consulter en ligne maintenant :

https://www.biodiversitylibrary.org/item/187450#page/472/mode/thumb

Ellen Ann Willmott, en p 248, donne un texte qui nous intéresse dont voici une traduction approximative : « Le nom spinosissima fut adopté par Linné provenant de Bauhin et sous ce nom il décrit d’abord cette rose dans son Species Plantarum (1753), mais il ne mentionne pas ses pédoncules jusqu’à la publication du Systema Naturae (1759) dans laquelle il lui attribue des pédoncules hispides et introduit Rosa pimpinellifolia avec ces organes glabres ».

Linné a finalement reconnu Rosa spinosissima comme le nom approprié.

Voici donc l’origine d’une controverse qui semble éteinte mais pas depuis longtemps car on a longtemps préféré Rosa pimpinellifolia pour les rosiers ayant des pédoncules lisses et Rosa spinosissima pour ceux dont les pédoncules sont hispides-glanduleux.

En conclusion, Ellen Willmott proposait de nommer la forme dont les pédoncules sont lisses Rosa spinosissima var. pimpinellifolia.

Au sud de Barcelonnette, dans le Mercantour, j’ai vu un rosier d’assez grande taille qui répondrait bien à ces critères : assez différent des petits rosiers des dunes, il n’avait pas d’acicules entre les aiguillons et ses pédoncules étaient lisses. 

Je l’ai retrouvé (dans le Mercantour aussi) vers Val Pellens avec la même allure. On voit ci-dessous le pédoncule lisse.

 

Quant à la population que j’ai vue sur le Causse du Larzac, elle pourrait peut-être correspondre à une autre sous-espèce (reconnue, celle-là), Rosa spinosissima subsp. myriacantha. En effet, ce rosier était glanduleux/hispide des pédoncules jusqu’aux sépales et les dents des feuilles me semblaient doubles ; les fleurs restaient blanches bien qu’une légère teinte rosée se percevait sur une fleur de profil. Sur une photo j’ai cru voir devant un pétale blanc quelques glandes au dos d’une feuille… Je n’ai pas pensé à froisser une feuille pour la sentir !

Rosa spinosissima sur le Causse du Larzac (peut-être subsp. myriacantha)
Rosa spinosissima sur le Causse du Larzac (peut-être subsp. myriacantha)

Rosa spinosissima sur le Causse du Larzac (peut-être subsp. myriacantha)

Pour en savoir davantage, je vous propose :

https://www.monaconatureencyclopedia.com/rosa-spinosissima/?lang=fr

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