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Botazoom, Botanique et Iconographie

Botazoom, Botanique et Iconographie

Ce blog est destiné aux curieux de botanique. En s’appuyant sur les photos que j’ai pu faire en voyage, et sur de l’iconographie ancienne, il rentre un peu dans les détails qui m’ont permis d’identifier une espèce, mais son contenu doit être considéré comme celui d’une botaniste amateur !

Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Arbustes, #Botanistes, #iconographie

Ce portrait provient des Actes de la Linnean Society de Londres de 1894-1897, dans cet article : « A memoir of Georg Dionysius Ehret : né à Heidelberg, le 30 janvier 1708, mort à Londres, le 9 septembre 1770 / écrit par lui-même et traduit, avec des notes, par ES Barton ». Le portrait lui-même est imprimé dans la revue à partir d’une photographie d’un portrait appartenant à ses descendants, il n’est donc pas de grande qualité mais plus vivant que celui qui figure dans le « Plantae selectae » de C.J.Trew !

Bien peu de dates pour se repérer dans cet article, mais il est précieux car Ehret y donne lui-même sa biographie, son enfance d’apprenti jardinier exploité en Allemagne, qui ne lui permit pas avant longtemps de mettre en œuvre les talents de dessinateur que son père lui avait révélé avant de mourir prématurément. Il se forme à l’aquarelle botanique en autodidacte et subit pas mal de déboires avant que son travail soit vraiment reconnu. C’est la protection de Christophe Jacob Trew et sa rencontre avec Linné qui seront vraiment décisives pour sa carrière, commencée en Allemagne puis terminée à Londres avec tous les honneurs.

 

Dans la « Description des plantes rares cultivées à Malmaison et à Navarre » (1812-1817). L’auteur, Aimé Bonpland, affirme qu’avant l’arrivée du Magnolia Yulan (le premier asiatique), on cultivait en pleine terre en plus du Magnolia grandiflora, les Magnolia glauca et Magnolia umbrella et que ceux-ci pouvaient bien fructifier. Par Magnolia umbrella il entend Magnolia tripetala (L.) L. originaire de l’est des Etats-Unis. Pour Magnolia glauca (L) L. le nom reconnu est maintenant Magnolia virginiana L..

De ces trois espèces présentes dans les jardins d’Europe au 18ème siècle, nous allons parler avec Georg Dionysius Ehret, car les autres magnolias sont arrivés plus tardivement d’Asie (ils feront l’objet d’un autre article).

Magnolia à grandes fleurs (Magnolia grandiflora L.) dessin et gravure de Georg Dennis Ehret

Magnolia à grandes fleurs (Magnolia grandiflora L.) dessin et gravure de Georg Dennis Ehret

Pour le Magnolia grandiflora L., Ehret a produit plusieurs études détaillées, la première (ci-dessus) vers 1737 avec cette légende pré-linnéenne: « Magnolia ; altissima lauro-cerassi folio, flore ingenti candido, Catesb. : communément appelé tulipier à feuilles de laurier ou laurier de Caroline ». Et en partie basse de la gravure : « Cette plante a produit ses belles fleurs dans le jardin de Sr Charles Wager à Parsons Green près de Fulham, en août 1737 ». Tout en bas à droite, Ehret a signé, ajoutant qu’il était le dessinateur mais aussi le graveur : Delineated and engraved by George Dennis Ehret.

Dans le « Plantae selectae » de C.J.Trew, ce Magnolia à grandes fleurs, originaire des forêts de Floride, que nous connaissons mieux pour sa superbe floraison estivale, son parfum enivrant et ses grandes feuilles persistantes, vernissées, et rousses au revers, figure sur deux planches, sur la seconde, seulement sur la partie basse que j’ai recadrée.

Magnolia grandiflora L. dessin d'Ehret, dans le « Plantae selectae » de C.J.Trew
Magnolia grandiflora L. dessin d'Ehret, dans le « Plantae selectae » de C.J.Trew

Magnolia grandiflora L. dessin d'Ehret, dans le « Plantae selectae » de C.J.Trew

A Nantes une collection nationale de référence des magnolias rappelle le passé d’introduction de ces végétaux rapportés sur le pont des voiliers traversant l’Atlantique. C’est le « Saint Michel » qui en 1711 transporta le premier plan de Magnolia grandiflora en France et le débarqua près de Nantes au port de Paimboeuf. Après de nombreuses péripéties et échecs, par marcottage aérien, le magnolia se répand peu à peu dans les jardins botaniques de l’ouest où il se plait en pleine terre.

Le Magnolia de Virginie :

En consultant le « Traité des arbres et arbustes que l'on cultive en France » par Henri Louis Duhamel du Monceau, on trouve sur ces trois premières espèces à fleurir nos jardins des renseignements de l’époque (1806).

Duhamel du Monceau nous apprend que le Magnolia de Virginie, Magnolia virginiana L. à floraison estivale, fut le premier Magnolia introduit en Europe (en 1688) avant d’être éclipsé par le Magnolia grandiflora ; que ses feuilles caduques ou persistantes selon les variétés, sont de petite taille, blanc-bleuâtre au revers ; que ses fleurs sont plus petites mais « d’une odeur très suave » ; et enfin que son écorce aromatique est  très appréciée des castors car en fait il vit à l’état naturel dans des zones de marais!

Il est représenté, ci-dessus, par Ehret sous une ancienne dénomination pré-linnéenne de Magnolia Laurifolia subtus albicante ; j’ai retrouvé cette peinture originale dans la collection de la Bibliothèque Trew,  (Bibliothèque universitaire d'Erlangen-Nürnberg), puis la gravure qui en est ressorti dans le « Plantae selectae » de C.J.Trew, vol 1 de 1750.

Le Magnolia de Virginie, Magnolia virginiana L. dessin d'Ehret dans le « Plantae selectae » de C.J.Trew

Le Magnolia de Virginie, Magnolia virginiana L. dessin d'Ehret dans le « Plantae selectae » de C.J.Trew

Le Magnolia parasol :

Dans le « Plantae selectae » de C.J.Trew, on retrouve aussi le Magnolia umbrella Desr. donc en fait, le Magnolia parasol (Magnolia tripetala (L.) L.) avec une belle planche entière de détails numérotés et soigneusement légendés.

Originaire de l’Est et du Sud-Est de Etats-Unis, il possède de très grandes feuilles caduques au contraire du Magnolia grandiflora. C’est principalement pour ces feuilles qui d’après Duhamel du Monceau sont « étalées et ramassées toutes ensemble au sommet des rameaux » et qui prennent de belles couleurs cuivrées en Automne qu’il est séduisant car les fleurs blanches aux pétales étroits « neuf à douze pétales, les uns pendants, les autres redressés » qui arrivent en Mai-Juin, sont dites d’une odeur plutôt désagréable.

Le Magnolia parasol (Magnolia tripetala (L.) L.), dessin d'Ehret dans le « Plantae selectae » de C.J.Trew
Le Magnolia parasol (Magnolia tripetala (L.) L.), dessin d'Ehret dans le « Plantae selectae » de C.J.Trew

Le Magnolia parasol (Magnolia tripetala (L.) L.), dessin d'Ehret dans le « Plantae selectae » de C.J.Trew

Par ailleurs, pour le coup d'œil et pour l'anecdote, j’ai trouvé cette peinture d’Ehret sur le site de la Royal Collection Trust :

https://www.rct.uk/collection/926084/magnolia-flore-albo

Vous pouvez en lisant leur texte, constater qu’on ne peut pas vraiment légender cette belle planche car vraisemblablement des échantillons se sont mélangés au retour du voyage de Mark Catesby (Histoire naturelle de la Caroline, Floride et les îles Bahamas). Ehret en toute bonne foi, a peint ce qu’on lui présentait : un mélange de Magnolia acuminata et Magnolia virginiana !

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E
Je suis toujours fascinée par ces gravures (comme tu dis, il faut aussi écrire le texte à l'envers sur la plaque!) mais surtout par toutes ces personnes qui étaient de vrais découvreurs. A notre époque où l'on se croit très intelligent, on vit en fait sur les acquis de la science et de la technologie de nos prédécesseurs et j'ai l'impression que la plupart des inventions d'aujourd'hui ne se font qu'à la marge. Bonne soirée. Amitiés<br /> Elizabeth
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C
Moi, je dirais que c'est comme une Tour de Babel et sans les fondations que tous ces personnages ont posées, on n'aurait pas atteint les connaissances si pointues actuelles! amitiés à toi, ma fidèle lectrice!!