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Botazoom, Botanique et Iconographie

Botazoom, Botanique et Iconographie

Ce blog est destiné aux curieux de botanique. En s’appuyant sur les photos que j’ai pu faire en voyage, et sur de l’iconographie ancienne, il rentre un peu dans les détails qui m’ont permis d’identifier une espèce, mais son contenu doit être considéré comme celui d’une botaniste amateur !

botanique

Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #iconographie

Narcissus pseudonarcissus subsp. moschatus (L.) Baker, que voici, est la vedette de mon article, avec cette découverte d’un seul pied, au Santuari de la Mare de Deù del Mont, dans le secteur d’Albanya. 

Au même endroit se trouvaient des touffes d’un narcisse bien plus commun, le Narcissus assoanus Dufour, soit le Narcisse à feuille de jonc ou Narcisse de Requien.

J’ai souvent rencontré en Catalogne le Narcisse à feuille de jonc, par exemple sur un massif de calcaire composé de trois collines, bien reconnaissable, proche du littoral : la Sierra de Mongri.

Par le chemin de l'Ermitage  de Santa  Catharina on peut accéder en haut, la vue est magnifique sur toute la région depuis un plateau couvert de romarin, de cistes et de chêne kermès ; début Avril, le sol rocailleux est parsemé  de ces petits Narcisses à feuilles de jonc, d'Iris nains (Iris lutescens), et de Valérianes tubéreuses (Valeriana tuberosa). Le Narcisse à feuilles de jonc porte bien son nom car les feuilles sont grêles, filiformes à section recourbée.

Le Narcisse tazetta ou Narcisse à bouquet (Narcissus tazetta L.) est plus précoce, il a en commun avec le précédent de posséder un tube long et étroit avant l’implantation des sépales, mais lui porte ses fleurs en bouquets, des ombelles comptant jusqu’à dix fleurs, alors que chez le Narcisse de Requien elles sont plus souvent solitaires.  Je l’ai photographié près de la frontière vers Capmany, mais bien sûr il n’est pas rare côté français dans les Pyrénées orientales et sur tout le littoral méditerranéen. Les feuilles sont assez larges et planes, et les scapes (tiges florales) comprimées à deux angles. Les tépales sont crème et la paracorolle jaune vif (la coupe centrale) moins profonde chez le Narcisse tazetta que chez le Narcisse de Requien.

Mais parlons un peu plus de ce beau narcisse à fleurs pâles, qui semble exclusivement pyrénéen.

Dans la Flora Iberica, il porte un nom, qui se réfère à Linné : Narcissus moschatus L. (Caroli Linnaei ; Species plantarum, ed 2 de 1762). (Moschatus figure à droite dans la marge). Linné y mentionne son habitat en Espagne.

La Flora Iberica cite en synonyme : Narcissus pseudonarcissus subsp. moschatus (L.) Baker. et la Flora catalana donne ce vocable en priorité (la Jonquille de montagne). C’est sous ce nom latin qu’au final j’ai pu noter mon observation sur Tela Botanica.

Sur l’Inventaire national du patrimoine naturel (INPN), plusieurs noms communs sont cités : Narcisse musqué, Narcisse blanc, Narcisse de montagne, mais le plus adapté pour la France reste Jonquille de montagne.

Un autre synonyme y figure (Narcissus candidissimus Desf. ex Redouté, 1807), ce qui m’a incitée à consulter « Les Liliacées » de Pierre Joseph Redouté, et j’y ai assez bien reconnu ce narcisse bien qu’en réalité, il me semble plus crème que blanc!

Le Curtis’s Botanical Magazine, dans le volume 24 (1806), montre ce Narcissus moschatus « White long flower daffodill » soit Jonquille blanche à longue fleur sans en donner la provenance, il est indiqué : «  Il n'a que peu d'odeur, mais celle qu'il a est agréable, un peu comme le gingembre, ne ressemblant pas du tout au musc. »

 

En 1831, une illustration qui cite ce Narcissus moschatus comme ‘Spanish daffodil’, témoigne de son introduction dans les jardins anglais vers 1759 : « Floral illustrations of the seasons, consisting of the most beautiful, hardy and rare herbaceous plants cultivated in the flower garden, from drawings » par Roscoe, Margaret Lace.

On reconnait encore mieux sur cette représentation les tépales vrillés en hélice et la couleur est bien dite crème dans le texte.

Les divers dessinateurs, influencés par les jonquilles, ont eu tendance à  retrousser les bords de la paracorolle, alors qu’en fait celle-ci est juste évasée avec un effet de plissé sur toute la hauteur qui se termine au bord sur six larges créneaux à peine marqués. Pour finir, j’avoue que ce Narcisse m’a touché par son aspect fantomatique !

 

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #iconographie
Philippe Picot Lapeyrouse, écrit peu après Antoine Gouan dont je vous avais décrit quelques découvertes dans mon récent article sur les Endémiques Pyrénéennes. Il cite d’ailleurs Gouan avec aussi juste après lui Pourret comme les deux premiers auteurs qui aient publié les descriptions et les figures de quelques plantes pyrénéennes, dans la préface de son ouvrage « Figures de la Flore des Pyrénées », que j’ai eu le plaisir de découvrir numérisé par une bibliothèque de Toulouse. Auparavant, Tournefort avait aussi exploré cette flore particulière mais Lapeyrouse est déçu de ne pas pouvoir exploiter sérieusement ces sources qui ne sont pas accompagnées de descriptions précises. Tournefort est un botaniste prélinnéen et seuls ses herbiers originaux, pourraient être instructifs mais ils lui sont trop difficiles d’accès.

 

L’exigence de Lapeyrouse, c’est de toujours partir de l’observation de plusieurs spécimens d’une même espèce, d’être conscient que les conditions de son implantation peuvent jouer sur sa morphologie et qu’il est important de déterminer les critères qui restent invariables même si la plante a été mise en culture (dans le Jardin botanique de Toulouse). C’est pourquoi aussi, par souci de vérité, dans les pages de présentation de chaque plante d’abord présentée par le nom linnéen, il ne donne que les synonymes qu’il juge incontestables, puis les lieux où cette plante a été trouvée.

Ainsi, il écrit sur l’épiaire des Alpes (Stachys alpina L.) : « Elle n’est point délicate et réussit très bien dans les jardins. La culture ne la déforme point ». Voici ci-dessus, la belle représentation qu’il a fait réaliser par un peintre qu’il dit avoir formé à ce type de travail réalisé « sous ses yeux ». Ce dessinateur mérite d’être nommé : Laferrerie (architecte à Toulouse).

L’auteur présente la Campanule à belles fleurs ou Campanule des Corbières, sous un nom à priori surprenant puisqu’il utilise la première partie de son nom (Campanula longifolia Picot), ce qui déroute un peu pour rechercher la synonymie ! Il est finalement reconnu que c’est son collègue cité dans la préface, l'abbé Pierre-André  Pourret qui le premier a décrit cette plante ; on lui a donc donné le nom de Campanula speciosa Pourr., qui est maintenant valide. Lapeyrouse semblant ignorer cette découverte, précise que le genre Campanula nécessiterait de nombreuses corrections et additions. J’ai pu voir cette plante magnifique dans les environs de Millau car elle n’existe pas seulement dans les Pyrénées et les Corbières mais aussi dans les Causses.

 

 

« Figures de la flore des Pyrénées », reste un ouvrage partiel, le début pour lui d’une entreprise plus vaste ; il préfère cibler là quelques plantes emblématiques et s’intéresse plus particulièrement aux nombreux Saxifrages qu’on peut trouver dans les montagnes pyrénéennes.

 

C’était pour moi l’occasion de réviser un peu ce que j’ai rencontré et photographié en Saxifrages aussi bien en plaine que dans les Alpes, puisque Lapeyrouse ne s’intéresse pas qu’aux plantes endémiques des Pyrénées.

Sur le choix de rédiger cet ouvrage en français, et non en latin, il dit : « C’est au sein des orages et au milieu de la tourmente des révolutions qu’il a vu le jour. J’ai été jaloux de lui conserver le caractère national », voilà un choix qui m’arrangeait bien !

 J’ai choisi quelques Saxifrages dans l’ouvrage, ceux qui ne causent pas trop de soucis de détermination :

Saxifraga recta Lapeyr. est un synonyme de Saxifraga paniculata Mill., ou Saxifraga aizoon Jacq. Cette Saxifrage paniculée est une plante arctico-alpine commune dans nos montagnes. Lapeyrouse affirmait que son S.recta possédait des bords de feuilles « tailladés » et non dentés en scie, ce qui le différencierait du S.aizoon de Jacquin ; il n’a pas fait école ! Pour ces bordures de feuilles, on parle maintenant de marges serrulées. Mes photos sont pyrénéenne pour l’une et jurassienne pour l’autre !

 

 

Le Saxifrage de l’ombre (Saxifraga umbrosa L.) : Voilà, ci-dessous, une espèce gracieuse que j’ai vue souvent dans les Pyrénées. L’auteur la dit : « commune parmi les mousses, le long des cascades », les pétales : « étalés, cunéiformes, blancs ; plus souvent d’un rose foncés ; ponctués dans le milieu d’un rose plus vif, avec une ou deux taches jaune à l’onglet ». Elle existe aussi très localement (naturalisée) dans les Vosges.

 

 

Le Saxifrage hirsute (Saxifraga hirsuta L.): chez celui-ci les feuilles toutes rondes sont dotées de longs pétioles poilus, il est commun et semble facile à reconnaître (photo des feuilles, au col d’Aspin).

Mais Lapeyrouse le fait représenter avec les limbes foliaires moins ronds et moins découpés en cœur à la base…

Par ailleurs, pour la planche suivante qu’il nomme la Saxifrage mignonne, il déclare qu’elle correspondrait davantage à son avis, aux critères de Saxifraga hirsuta L. Cependant il se fie à la détermination de Linné telle qu'elle apparaît ci-dessous, dans son Species Plantarum, et la planche est bien légendée Saxifraga geum L.

Mais actuellement, la situation de cette 'Saxifrage mignonne' semble coïncider avec l’hybride Saxifraga x geum cité dans la Flora gallica, qui le donne comme très polymorphe ; c’est donc le croisement de S.umbrosa par S.hirsuta qui donne le beau spécimen montré par Lapeyrouse ! Je n'ai pas vu cet hybride plutôt cultivé que spontané et souvent nommé aussi Désespoir des peintres.

Le Saxifrage à feuilles rondes (Saxifraga rotundifolia L.) est bien identifiable; des feuilles rondes souples, d’un vert gai, profondément dentées et des pétales tout pointillés, le rendent immanquable.

La photo ci-dessus est prise en Savoie. Dans son texte Lapeyrouse raconte ensuite la découverte d’un hybride S.rotundifolia x S.hirsuta, par un collègue botaniste, Villars, dans le jardin botanique de Grenoble où les deux parents se côtoyaient. Il avoue : «  Je ne vois jamais des ces individus ambigus intermédiaires… » C’est un commentaire anecdotique mais amusant du fait que sa Saxifrage mignonne en était un !

Pour voir des photos d’une ravissante espèce qui porte son nom : le Pavot de Lapeyrouse :

https://www.florealpes.com/fiche_papaversuaveolens.php

Pour tout savoir sur la vie de ce botaniste:

https://sbocc.fr/wp-content/uploads/2020/06/22-Picot-_de_Lapeyrouse_Isatis2017_final2.pdf

« Figures de la flore des Pyrénées » de Lapeyrouse est consultable sur:

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5356587m/f99.item

https://rosalis.bibliotheque.toulouse.fr/ark:/12148/bpt6k5340643n/f129.planchecontact

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #Fleurs, #voyages

Un récent voyage dans les Hautes-Pyrénées m’a permis d’enrichir mes connaissances sur la flore des montagnes particulière à cette région. Je ne pensais pas, en partant, réunir des photos pour tant de plantes endémiques de ce massif ! Je vous en ai déjà présenté deux dans mon précédent article sur les Scilles : la Scille en ombelle (Tractema umbellata), et la Jacinthe améthyste (Brimeura amethystina).

 

En voici donc 10 autres en photo récentes (Juin 2024), et sans recherches iconographiques pour chacune, ce serait trop long ! Les 7 premières sont strictement pyrénéennes.

Erisymum duriaei subsp. pyrenaicum (Nyman) P.W.Ball., le Vélar des Pyrénées ; c’est une plante des rocailles qui forme sur une pelouse rocailleuse dégagée de lumineux coussins ; il est doté de fleurs de même taille que la Giroflée, ici dans le massif de Néouvielle (le long du torrent ci-contre). Mais il peut aussi se présenter sous une forme plus haute dans une zone ombragée. Une loupe ou un compte-fil permet sur place de reconnaître un Vélar à ses poils « naviculaires » (horizontaux et fixés par le milieu).

Antirrhinum sempervirens Lapeyr., le Muflier toujours vert, trouvé sur une paroi calcaire ombragée. Les fleurs ressemblent un peu à celles de l’Asarine couchée (Asarina procumbens) mais les feuilles n’ont rien à voir !

Ramonda myconi (L.) Rchb., la Ramondie des Pyrénées qui est l’emblème de cette flore des Pyrénées.

 

Elle n’est pas rare sur les parois rocheuses ombragées et fraiches. J’ai déjà écrit un article sur elle (et sur d’autres Ramonda européennes) avec plus d’iconographies que de photos :

http://botazoom.over-blog.com/2021/03/la-ramonde-des-pyrenees.html

 

Phyteuma pyrenaicum Rich. Schulz, la Raiponce des Pyrénées, une timide des sous-bois dont l’originalité de couleur (un mauve anémique) attire à peine le regard.

Reseda glauca L., le Réséda glauque présente des brins dressés et un feuillage léger bleu-vert ; j’ai failli le négliger croyant qu’il s’agissait d’un Astérocarpe (Sesamoides purpurascens), dont l’allure est très semblable, mais les Résédas et les Astérocarpes ont des fruits très différents.

 

 

Saxifraga intricata Lapeyr., la Saxifrage intriquée, est une étrange petite espèce, dont les feuilles digitées portent des points blancs comme posés sur la surface: ce sont des hydathodes qui permettent à la plante de ‘suer’ de l’eau chargée des sels…

Geum pyrenaicum Mill., la Benoite des Pyrénées, magnifique en fleur comme en fruits avec ses styles genouillés ! C’est une plante plus haute sur tige que la Benoite des montagnes, que j’ai vue aussi. Dans les Pyrénées, cinq benoites sont possibles.

Pour les 3 suivantes, l’endémisme sur les Pyrénées n’est pas aussi strict :

Viola cornuta L., la Pensée à cornes, bien connu des jardins mais là, elle se trouve dans son aire d’origine qui s’étend à l’ouest jusque sur la Cordillère cantabrique.

Valeriana pyrenaica L., la Valériane des Pyrénées, une grande espèce montagnarde visible en bordure des torrents, qu’on prendrait facilement pour un Adénostyle. Elle est également présente sur les monts cantabriques.

Teucrium pyrenaicum L., la Germandrée des Pyrénées, que j’ai vue plusieurs fois en quelques jours  dans les Hautes Pyrénées, mais qu’il est possible de rencontrer aussi, très rarement, dans le Vercors !

Et six autres plantes endémiques, à voir dans le prochain article!

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #Fleurs, #iconographie

J’ai découvert la petite Tractema umbellata ou Scille en ombelle récemment dans les Pyrénées, c’est une espèce franco-ibérique, qu’en France on ne dissociait pas autrefois de la Scille de printemps (Scilla verna, mais maintenant Tractema verna).

Cette dernière, plus trapue, aux fleurs d’un bleu violacé, est maintenant associée exclusivement au littoral breton et existe aussi du Portugal à la Norvège (je n’ai pas de photos).

La Scille en ombelle (Tractema umbellata), un peu plus gracile, aux feuilles plus dressées est dotée de fleurs bleu-ciel dont les tépales portent une rayure centrale plus soutenue. Je l’ai prise en photo dans le Massif du Néouvielle (Hautes-Pyrénées).

Mais quelle bonne raison y avait-il de dissocier les Tractema des Scilla ? Probablement le fait qu’une bractée existe à la base de chaque pédicelle sur les Tractema et vous pourrez voir plus loin que sur ma Scilla bifolia du Fort de Tamié, aucune bractée n’est visible dans l’inflorescence. C’est également le cas pour la Scille d’automne (Prospero autumnale, mais autrefois Scilla autumnalis L.), aux fleurs lilas, commune dès la fin-aout sur les dunes littorales de Bretagne. (Prospero: ci-dessous, à droite)

 

 

 

 

 

 

 

ci-dessous: Scilla bifolia en Savoie

 

 

Depuis que des genres comme Tractema et Prospero ont été détachés du genre Scilla, il ne reste plus qu’une seule espèce de Scilla indigène en France et c’est donc Scilla bifolia, la Scille à deux feuilles. Elle peut posséder trois feuilles en fait, mais le plus souvent deux, pliées en gouttière. Outre le fait qu’aucune bractée n’existe sur la tige, c’est peut-être la longueur des pédoncules floraux notamment de ceux du bas de la tige, qui permet de reconnaître facilement cette espèce.

Pour Scilla bifolia, la gravure figurant dans la Flora austriaca de N.J.Jacquin paraît bien fidèle, montrant bien comme les pédoncules plus longs à la base qu’au sommet peuvent finir par former une inflorescence en corymbe.  

La ravissante Jacinthe améthyste (Brimeura amethystina, mais autrefois Hyacinthus amethystinus), est aussi une plante franco-ibérique que j’ai pu voir dans le massif du Néouvielle.

Sa grappe unilatérale de clochettes bleues rappelle en plus pastel et en plus discret notre Jacinthe des bois, mais celle-là possède des tépales entièrement libres même s’ils se rassemblent pour former une clochette et deux bractées soulignent le départ du pédicelle floral, alors qu’il n’en existe qu’une sur la Campanète, (c’est le nom occitan donné pour la Jacinthe améthyste dans  la Grande flore illustrée des Pyrénées de Marcel Saule). On voit bien aussi que sur cette Jacinthe améthyste la clochette est un tube soudé presque jusqu’au milieu.

 

Ci-dessous, la Jacinthe améthyste de Néouvielle

Comme vous pouvez le deviner il est difficile  de trouver des représentations anciennes fidèles à ces subtils et récents critères de différenciation parmi les Scilles !

Dans l’ouvrage réputé de Pierre Joseph Redouté sur « Les Liliacées », on trouve plus de matière et du texte en français de l’auteur!

Dans le tome 3, planche 166, il nous montre une Scilla umbellata ; à cette époque Redouté distingue cette espèce seulement de Scilla bifolia et lui donne comme territoire toute la partie occidentale de l’Europe, observée dans les Pyrénées mais aussi dans les Landes et les environs de Brest. Cependant, comme il la décrit et la montre assez pâle et très élancée, on pense plutôt à la Scille en ombelle (Tractema umbellata).

 

Dans le tome 5, planche 254, est gravée la Scille à deux feuilles, qui n’a pas changé de nom : Scilla bifolia. Redouté écrit : « Les filaments des étamines sont en forme d’alène, épais, de moitié plus courts que les segments du périgone. Les anthères sont oblongues, vacillantes, d’un bleu noirâtre et pleines d’un pollen jaune ».

Dans le tome 1, planche 14, on trouve la Jacinthe améthyste (Brimeura amethystina) sous le nom de Hyacinthus amethystinus.

Mais déjà bien auparavant, Charles de L’Ecluse nous montre un bois gravé de la Brimeura amethystina, dans « Exoticorum libri decem » (1605) sous le nom prélinnéen de Hyacinthus minor hispanicus !

 

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #iconographie

Je ne connais pas encore toutes les espèces que compte ce genre, mais les trois présentées ici sont les plus courantes, si l’on peut dire, car les aristoloches ne sont pas vraiment communes sauf peut-être la première citée ci-dessous.

L’Aristoloche clématite, (Aristolochia clematitis) présente des inflorescences en petits bouquets de cornets jaunes, courtement pédonculés échelonnés le long de la tige, à l’aisselle d’une feuille, mais chaque bouquet ne donne en fait qu’un fruit qui peut devenir conséquent. Elle aime bien un sol sablonneux et doit apprécier le bord des cours d’eau car la cartographie montre qu’elle suit la Loire par exemple. J’ai trouvé  un exemplaire spectaculaire en Ardèche au bord de la Ligne, de longues tiges alourdies de gros fruits trainaient au sol, mais au cœur de la touffe (en haut de la photo), de nouvelles fleurs étaient présentes.

Les deux autres espèces qui suivent présentent sur une tige en zigzag, à l’aisselle de chaque feuille une unique fleur dont la lèvre supérieure, plus ou moins rabattue en chapeau, se teinte de marron. Ce sont des méditerranéennes.

Chez l’Aristoloche ronde (Aristolochia rotunda) (ci-dessous), chaque fleur solitaire semble d’abord enveloppée puis présentée sur un plateau par sa feuille annexe assez ronde, dont le pétiole est très court. Le long tube de la corolle est vert tilleul et la lèvre supérieure, glabre, prend une teinte vineuse à la lumière et d’un brun sombre à l’ombre. Le joli travail des nervures en relief et en réseau au dos des feuilles accroche bien la lumière, la texture en reste douce à l’inverse de la petite Aristoloche pistoloche que j’ai trouvée dans un maquis de Catalogne.

L’Aristoloche pistoloche (Aristolochia pistolochia)  (ci-dessous) présente des feuilles plus petites plus triangulaires, dont les bords un peu ondulés accrochent au toucher, hérissés qu’ils sont de petites papilles cartilagineuses qu’on retrouve d’ailleurs sur toutes les nervures au revers des feuilles. Les pétioles des feuilles et les pédoncules floraux sont un peu plus longs et les corolles d’un marron plus chaud, sont rayées à l’intérieur du cornet.

 

Les représentations anciennes ne sont pas toujours très fiables pour montrer les bons critères d’identification hormis pour  l’Aristoloche clématite, depuis plus longtemps repérée.

Pierre Bulliard dans son « Herbier de la France ou, Collection complète des plantes indigènes de ce royaume; avec leurs propriétés, et leurs usages en médecine » édité en 1780-93, nous montre cette Aristoloche clématite, dans une belle gravure et le texte y est intégré. Il classe cette espèce dans les Plantes vénéneuses de la France et voici les remèdes qu’il prescrit: "Boire beaucoup d'eau acidulée avec le vinaigre, le jus de citron, prendre de temps à autre quelques cuillerées de bon vin où l'on aura fait infuser de la canelle." Que cela ne vous incite pas à gouter cette plante!

https://www.biodiversitylibrary.org/page/4269143#page/85/mode/1up

Ensuite deux techniques différentes de gravure en noir et blanc pour l’Aristoloche ronde et la Pistoloche.

Au 17ème siècle, la Flora Danica de Simon Paulli (1603–1680), (ci-dessus) illustre l’Aristoloche ronde par un bois gravé bien imprimé mais en réalité très fidèle à la représentation de Matthias de Lobel, dans le Plantarum seu stirpium icones (1581) ; c’est d’ailleurs toujours le même bois gravé que dans le Rariorum plantarum historia (1601), de Charles de l’Ecluse ; on peut y voir le bulbe souterrain qui n’existe pas chez Aristolochia pistolochia.

 Et dans le Rariorum plantarum historia (1601), Charles de l’Ecluse nous montre aussi la Pistoloche quelques pages plus loin. De fait la forme des feuilles plus triangulaires et distinctement pétiolées, et le faisceau de racines orientent bien vers Aristolochia pistolochia. (ci-dessous)

Une autre représentation en noir et blanc de l’Aristoloche ronde se trouve dans Histoire philosophique, littéraire, économique des plantes de l'Europe (1825-1829), vol 2, par Jean Louis Marie Poiret (1755-1834), mais au 19ème siècle c’est la lithographie qui est utilisée et qui donne une estampe à l’allure bien différente.

 

Pour finir cette aquarelle détenue par le Muséum d'histoire naturelle de Nice, attribuée à Jean-Baptiste Barla (1817-1896), qui nous montre bien le bulbe de cette Aristoloche ronde ; déjà montré plus haut sur le bois gravé, et qui n’existe pas chez l'Aristoloche pistoloche.

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/joconde/70500006273

 

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #Fleurs, #iconographie

Dans les régions de plaine, les Primevères les plus communes appartiennent à la section Vernales, la section Auricula est plutôt montagnarde. Il existe par exemple, trois espèces de Primula en Sarthe. On ne présente plus le Coucou (Primula veris L.) ni la Primevère acaule (Primula vulgaris Hudson) mais on peut évoquer un peu plus précisément la troisième : la Primevère élevée (Primula elatior (L.)Hill) plus rare. C’est une espèce forestière ou de lisière portant sur une tige unique un petit bouquet de fleurs jaune-pale penchant gracieusement d’un côté. Les corolles ni en clochettes, ni franchement étalées, leur couleur d’un jaune ni très pâle, ni d’un jaune lumineux, en font une sorte de moyen terme entre les deux autres et surtout, les calices ne sont pas enflés comme chez le coucou.

Je n’ai pas de photo pour illustrer ces différences mais pour comparer la Primevère élevée et le Coucou, voici une planche idéale  de H.G.L. Reichenbach, dans le vol.17 de son ouvrage "Icones florae Germanicae et Helveticae".

"Icones florae Germanicae et Helveticae" de H.G.L. Reichenbach, vol 17

"Icones florae Germanicae et Helveticae" de H.G.L. Reichenbach, vol 17

Tout le monde connait bien le Coucou, mes photos sarthoises montrent qu’il possède aussi un bouquet unilatéral et que les calices ne s’emboitent pas sur le tube de la corolle mais sont au contraire très lâches.

La Primevère acaule (photos en Bretagne), a un port beaucoup plus ramassé, une fleur unique sur une tige courte et les corolles bien étalées sont parfois presque blanches. On voit là que les jeunes feuilles sont très gaufrées avec des bords révolutés, c’est un critère commun aux trois espèces; au cours de la floraison les feuilles ont tendance à s’aplanir.

 

 

Les hybrides naturels de ces trois espèces sont donc logiquement au nombre de trois, officiellement nommés :

  • Primula x digenea (P.vulgaris par P.elatior)
  • Primula x media (P.elatior par P.veris)
  • Primula x polyantha (P.vulgaris par P.veris)

Primula x polyantha

En fait, ce dernier serait le plus fréquent du moins en Sarthe. Les territoires des trois espèces s’y recouvrent peu ; les parents sont en présence  surtout  dans l’Ouest du département car la primevère acaule se localise de préférence sur le massif armoricain, et le coucou est plus fréquent dans le Centre et l’Est de la Sarthe. Cet hybride présente un aspect très variable et ressemble parfois beaucoup à la primevère élevée. Je l’ai photographié en 1991 en Charnie au bord du Palais au cours d’une sortie botanique.

On nous fit remarquer sa robustesse, ses clochettes plus larges et plus pâles que sur le Coucou, son bouquet restant dressé sur une tige bien plus haute que celle de la primevère acaule mais non penché en position unilatérale comme sur le Coucou ou la Primevère élevée.

 

 

En 1905, le botaniste sarthois Ambroise Gentil a écrit un article intitulé : « Observations à propos de Primevères hybrides » ou il cite cet hybride  sous son ancien nom : Primula x variabilis entre  Parigné l’évêque et Ruaudin. Il y démontre l’importance du vent supérieure à celle des insectes pour que surviennent ces hybrides, et leur variation d’aspect est, pour lui, due à l’influence plus grande du pied mère : le porte-graine sur lequel est venu se déposer le pollen (qui vient du père) amené par le vent. Deux morphologies bien distinctes en découleraient selon que le pied mère est le coucou ou la primevère acaule.

 

La primevère rouge :

Dans de vieux jardins de plaine se reproduisent d’années en années des primevères du type acaule dont la couleur rose à rose carné prête à polémique. Il existe bien, dans la nomenclature française une Primevère rouge (Primula vulgaris subsp rubra (Sm.) Arcang.) anciennement P.Sibthorpii Hoffmanns, originaire des Balkans, qui se naturalise dans les jardins et s’échappe dans la nature, c’est donc une espèce subspontanée.

Primula vulgaris subsp rubra (Sm.) Arcang.  se croise surtout facilement avec sa cousine sauvage jaune pâle (Primula vulgaris Hudson) et donne ainsi des populations d’un rose plus pâle (Primula x anglica), instables, qui finissent par être réabsorbées par la Primevère acaule.

Des auteurs anglais assurent que la Primevère rouge est arrivée vers 1638. Elle serait, pour eux, impliquée aussi dans la parenté des anciens Polyanthus de jardins : ce nom apparaît à la fin du 17ème siècle.

Primula vulgaris subsp rubra (Sm.) Arcang. apparaît en tant qu’espèce native dans la Flora Graeca (vol 2, t 84). Les dix volumes furent publiés au début du 19ème siècle par John Sibthorp, professeur de botanique à Oxford. Les planches originales furent peintes par le célèbre illustrateur autrichien : Ferdinand Bauer.

Primula x media : Cet hybride de la Primevère élevée et du Coucou est mentionné aussi en Sarthe par Ambroise Gentil, il y a été revu en 2004, mais il est bien plus rare.

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #Fleurs, #iconographie

Le Tussilage et les Pétasites sont des plantes souvent associées et remarquables pour leur floraison hivernale.

Si le Pétasite blanc et le Pétasite hybride (ou Pétasite officinal) sont deux espèces surtout montagnardes qu’on peut rencontrer entre deux névés, le Tussilage est présent aussi en plaine. Enfin une dernière espèce plus récemment nommée le Pétasite des Pyrénées fait mentir la règle comme quoi des feuilles de belle taille se déploient seulement après la floraison.

Le Pétasite officinal, (Photo ci-contre, sur un col de Haute-Savoie en tout début de floraison) figure de belle façon dans un ouvrage de 1774 au titre long : « La botanique mise à la portée de tout le monde, ou, Collection de planches représentant les plantes usuelles d'après nature, avec le port, la forme & les couleurs qui leur sont propres : gravées d'une manière nouvelle...». Auteurs : Nicolas-François Regnault, 1746-1810, Geneviève de Nangis Regnault (1746-1802). Il est difficile d’attribuer la rédaction du texte à l’un ou à l’autre de ces deux auteurs, par contre le dessin d’origine de ce Pétasite est bien signé Geneviève de Nangis Regnault. Vous noterez le nom usuel d’Herbe aux Teigneux et dans le texte joint l’auteur écrit : « On se sert rarement des feuilles, si ce n’est pour les appliquer sur la tête des enfants qui ont la teigne ».

Linné avait bel et bien rapproché le Tussilage des Pétasites, au point qu’il avait nommé notre actuel  Petasites hybridus (L.) G.Gaertn., B.Mey. & Scherb. (soit le Pétasite officinal) : Tussilago petasites L. comme on peut le voir sur la gravure  de  Geneviève de Nangis Regnault. Mais en page 866 du Species Plantarum de Linné, figure aussi un Tussilago hybrida, également reconnu comme notre Pétasite officinal actuel…

Ces confusions anciennes ne sont pas surprenantes car ces deux genres de Composées à floraison hivernale font pousser après la floraison des feuilles assez semblables, et leur tige florale est garnie de bractées écailleuses. En dehors de l’évidente différence de couleur des fleurs, les Pétasites ont des fleurons tous hermaphrodites alors que le Tussilage possède des ligules sur la circonférence.

Le Tussilago alba de Linné est devenu notre Petasites albus (L.) Gaertn., le Pétasite blanc, une plante montagnarde qui évite les Pyrénées, ici prise en photo sur le Semnoz, entre des plaques de neige et avec un tout début de feuillage.

Ces deux premières espèces sont illustrées, en compagnie du Tussilage, dans le vol. 16 d’un autre bel ouvrage en 24 volumes : « Icones florae Germanicae et Helveticae… », les auteurs sont H.Gottlieb Ludwig Reichenbach, puis son fils H.Gustav Reichenbach, sans doute l’auteur des dessins signant  Rchb fil.del.

https://www.biodiversitylibrary.org/item/29324#page/115/mode/1up

Pétasite blanc, Pétasite officinal, et Tussilage, dans « Icones florae Germanicae et Helveticae… »
Pétasite blanc, Pétasite officinal, et Tussilage, dans « Icones florae Germanicae et Helveticae… »
Pétasite blanc, Pétasite officinal, et Tussilage, dans « Icones florae Germanicae et Helveticae… »

Pétasite blanc, Pétasite officinal, et Tussilage, dans « Icones florae Germanicae et Helveticae… »

Sur la deuxième gravure figure Petasites vulgaris Desf. C'est un synonyme reconnu de Petasites hybridus (L.) G.Gaertn., B.Mey. & Scherb. pour le Pétasite officinalLe Pétasite blanc et le Tussilage n'ont pas changé de nom latin.

Voici le Tussilage (Tussilago farfara L.), photographié près d'Annecy sur le lit caillouteux d'un cours d'eau montagnard.

Et pour finir, voici donc ce dernier Pétasite, inconnu de Linné.

Le Pétasite odorant  ou Pétasite des Pyrénées (Petasites pyrenaicus (L.) G.Lopez), se distingue aisément car feuillage et floraison sont chez lui synchrones. Il n’est pas spécialement montagnard (mes photos viennent de St Nazaire). Les feuilles en forme de rein, forment un tapis d’où émergent des tiges plus élancées et un bouquet floral plus ouvert. Il faut noter la présence sur le pourtour des petits capitules de quelques fleurs courtement ligulées, c’est un autre critère notoire qui le différencie des deux autres.

J’ai consulté le texte historique témoignant de son apparition tardive dans notre flore d’Europe de l’Ouest dans les "Actes de la société d'histoire naturelle de Paris : tome premier" (1792), sous le titre : « Nouvelle espèce de Tussilage » par M.Villars. L’auteur, après sa description latine, faite d’après des exemplaires du Jardin botanique de l’Ecole vétérinaire de Lyon, provenant d’une cueillette locale ‘au bas du Pila’, nous dit que l’espèce trace et ne se multiplie que trop par ses racines et il ajoute quatre Observations :

  1. Elle fleurit la première, et vers la fin de décembre
  2. Ses feuilles sont entières, et accompagnent les fleurs
  3. Ses fleurs sont très odorantes, sentant le noyau
  4. Ses fleurs sont vraiment radiées à la marge

Ce Pétasite odorant est encore nommé Tussilago fragrans sur l’illustration jointe au texte de M.Villars, puis Petasites fragrans (Vill.) C.Presl avant de gagner son nom latin actuel : Petasites pyrenaicus (L.) G.Lopez.

En fait sa provenance semble plus méridionale : Italie, Sardaigne, Sicile, Afrique septentrionale, et pourtant il n’y est plus répertorié en abondance alors que sur la façade Ouest de l’Europe, il s’est facilement naturalisé.

 

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Arbres, #Botanique, #iconographie

Le genre Cryptomeria ne compte que cette espèce : Cryptomeria japonica. On le place dans la grande famille des Cupressaceae, une famille dans laquelle il n’est pas toujours facile de se retrouver ; mais le Cryptomeria japonica porte de petits cônes femelles sphériques hérissés de pics, très caractéristiques, ce qui le rend facile à identifier.

Ce Cèdre du Japon, est d’abord inventorié par Carl Peter Thunberg  dans sa Flora Japonica (1784) comme Cupressus japonica. Sa description (il n’y a pas d’illustration), mentionne qu’il est toujours vert, muni de feuilles raides en forme d’aiguilles, que c'est un arbre très haut et droit, avec une tête pyramidale, qui porte des fleurs en mars ; que le bois est très tendre, de sorte qu'il peut être facilement travaillé, et qu’il est très utilisé à diverses fins, en particulier pour l'ébénisterie chez les Japonais. Les japonais le nomment San ou Sugi. Une forme ‘pendula’ est nommée Ito Sugi.

Ensuite on retrouve deux dessins européens : dans le volume 18 (tab 13) des « Transactions of the Linnean Society of London ». Il y figure encore sous le nom Cupressus japonica ; l’auteur signale que les feuilles aciculaires sont comprimées latéralement et que les chatons mâles sont rassemblés en épis à l’extrémité des rameaux, et non solitaires comme sur les autres Cupressacés.

On le voit clairement sur ma photo ci-dessous, prise sur les Hauts de La Réunion où les ‘Sapins créoles’ (Cryptomeria japonica), implantés à la fin du 19ème siècle sont nombreux et parfois imposants.

Puis il apparaît dans « The journal of the Horticultural Society of London, 1846-1855 », titre de l’article : « Some account of the Cryptomeria japonica, or Japan Cedar » by Mr Georges Gordon, v1 (1846) p.57. L’auteur y cite cette phrase de Philipp Franz von Siebold dans sa Flora Japonica (1844) : « Un dixième de la forêt qui couvre les flancs des montagnes entre 500 et 1200 pieds (150 à 360 m) d'altitude est composé de ce Cèdre du Japon ».

Ci-dessus la planche de  la Flora Japonica (1844), de Philipp Franz von Siebold.

Quelques Cryptomeria japonica (photos prises en Sarthe)
Quelques Cryptomeria japonica (photos prises en Sarthe)
Quelques Cryptomeria japonica (photos prises en Sarthe)

Quelques Cryptomeria japonica (photos prises en Sarthe)

Au Japon :

Kan-en Iwasaki   (1786-1842), le fait représenter dans le  Honzo zufu (Livre illustré des plantes médicinales) vol. 76 (1830-1844), ouvrage réédité en 1920. Pour les premiers volumes, ce sont des bois gravés : des estampes ukiyo-e. La spontanéité du trait pour cette planche fait penser à un original qui appartient sans doute aux parutions plus tardives peintes à la main et dont très peu de copies complètes ont survécu.

https://www.guimet.fr/fr/nos-collections/tresors-de-la-bibliotheque/honzo-zufu-flore-japonaise

Au Japon, les Cryptomérias sont protégés et de vieux ensembles figurent dans l’entourage où à l’approche des temples. Sur cette ancienne carte postale, un bel escalier de pèlerinage de 2446 marches en pierre est ainsi bordé de Cèdres du japon trois fois centenaires, il mène sur le Mont Haguro.

Les Cryptomérias de Nara : au 16ème siècle, 10 000 cèdres du Japon ont été plantés dans la forêt primitive de Kasugayama, située à Nara, c’est une forêt classée Monument naturel national spécial en 1955 et classée en 1998 Patrimoine mondial de l'UNESCO.

Voici une gouache d’Albert Brenet, peintre de la marine et peintre voyageur (1903-2005). « Forêt de Nara, allée des trois mille lanternes », la gouache est accompagnée d’un texte témoignage : « Lorsque l’on se rend au temple des trois mille lanternes, on passe sous deux Torii, portes sacrées, d’un temple shintoïste, puis on s’engage dans une allée qui serpente au travers d’une magnifique forêt de cryptomérias. Cette allée est bordée de lanternes de pierre (il y en avait trois-mille), offertes par les fidèles et que l’on allume deux fois par an. »

Pour finir, il faudrait ajouter que le pollen des Cryptomeria est très allergisant quand les populations sont importantes comme au Japon.

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #voyages, #Fleurs

Les Causses, sur leurs pelouses sèches et rocailleuses offrent au botaniste et au photographe, un terrain de jeu exceptionnel au mois de Mai-Juin. Ce printemps 2023, notre semaine de balade  sur ces lieux, m’a enthousiasmée ; j’ai choisi trois sites sur le Causse du Larzac, mais le Causse noir et le Causse Méjean auraient tout autant à montrer…

Premier site sur le Larzac : nous allons vers Pierrefiche, une belle pelouse sèche avec de nombreuses orchidées : l’Orchis singe (Orchis simia), et l’Orchis bouffon (Orchis morio), puis en lisière d’un bois clair la Platanthère à deux feuilles (Platanthera bifolia), l’Ophrys mouche des Causses ou Ophrys d’Aymonin (Ophrys aymoninii) qu’on reconnait au bord jaune du labelle.

Orchis simia, Orchis morio, Ophrys aymoninii, Platanthera bifolia.
Orchis simia, Orchis morio, Ophrys aymoninii, Platanthera bifolia.
Orchis simia, Orchis morio, Ophrys aymoninii, Platanthera bifolia.
Orchis simia, Orchis morio, Ophrys aymoninii, Platanthera bifolia.
Orchis simia, Orchis morio, Ophrys aymoninii, Platanthera bifolia.

Orchis simia, Orchis morio, Ophrys aymoninii, Platanthera bifolia.

Voici une dernière orchidée, l’Homme pendu (Aceras anthropophorum), mais nous sommes déjà sur un autre site près du hameau de La Blaquière, sur une pelouse rocailleuse où abondait le Rosier pimprenelle (Rosa pimpinellifolia L.) montré récemment dans le blog ; il est ici mélangé avec une crucifère, l’Ibéris penné (Iberis pinnata L.) (ci-dessous en fruits).

Au-delà  des Buis, une autre parcelle montrait une graminée typique qui dit clairement d’où vient le vent, le Stipe penné, en mélange avec les taches bleues que forment les touffes d’Aphyllante, au loin un spectaculaire rocher percé, le Roc Trauca.

 

Le Stipe penné, (Stipa pennata L.), à maturité déploie de très longues et souples arêtes plumeuses ; Christian Bernard dans « Fleurs et  paysages des Causses », (Editions du Rouergue), donne deux autres noms évocateurs : Cheveu d’ange et Cheveu de vieille.

On ne confondra pas la Cardoncelle molle (Carduncellus mitissimus) avec la Cardabelle (ou Carline à feuilles d’acanthe, Carlina acanthifolia), les deux espèces sont présentes sur ce site. C’est aussi aux alentours du Roc Traucat que j’ai eu le plaisir de voir fleurie  l‘Anémone pulsatille de Coste (Pulsatilla vulgaris var. costeana) qui est très soyeuse. C’est celle qui est le plus souvent citée dans les Causses bien qu’il existe aussi dans cette région une Anémone pulsatille tardive, plus rougeâtre et moins velue.

Cardoncelle molle, Cardabelle et Anémone pulsatille de Coste
Cardoncelle molle, Cardabelle et Anémone pulsatille de Coste
Cardoncelle molle, Cardabelle et Anémone pulsatille de Coste

Cardoncelle molle, Cardabelle et Anémone pulsatille de Coste

Sur le troisième site, pas loin du Viaduc, j’ai trouvé un arbrisseau typique des landes rocailleuses, la Spirée à feuilles de Millepertuis (Spiraea hypericifolia subsp. obovata), vue ici sur le bord du Causse ; on aperçoit Millau au fond. Un Ophrys jaune (Ophrys lutea) bien tardif m’a prise par surprise et j’ai révisé mes composées jaunes avec deux nouveautés pour moi : le Crépis blanc (Crepis albida) et le Scorzonère hirsute (Scorzonera hirsuta).

Spirée à feuilles de Millepertuis, Ophrys jaune, Crépis blanc et Scorzonère hirsute.
Spirée à feuilles de Millepertuis, Ophrys jaune, Crépis blanc et Scorzonère hirsute.
Spirée à feuilles de Millepertuis, Ophrys jaune, Crépis blanc et Scorzonère hirsute.
Spirée à feuilles de Millepertuis, Ophrys jaune, Crépis blanc et Scorzonère hirsute.

Spirée à feuilles de Millepertuis, Ophrys jaune, Crépis blanc et Scorzonère hirsute.

Pas de gravures anciennes cette fois-ci, beaucoup de photos!

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #Arbustes, #iconographie

Rosa pimpinellifolia est un synonyme de Rosa spinosissima. Dans les régions du Nord de la France et situées plus au Nord encore, il est considéré comme le rosier indigène le plus précoce. Le terme pimpinellifolia (à feuilles de Pimprenelle), précise la forme de son feuillage et de fait ses feuilles composées, à petites folioles dentées assez rondes, rappellent celles d’une ombellifère, Pimpinella saxifraga, soit le Petit Boucage, mais aussi celles d’une rosacée Sanguisorba minor, soit la Petite Pimprenelle !

On voit que ce charmant nom de Rosier Pimprenelle pouvait porter à confusion ; il subsiste heureusement mais le nom scientifique de Rosa spinosissima évoque avec raison la principale caractéristique de ce rosier qui est l’abondance de ses aiguillons fins droits et mêlés d’acicules.

Sur le pourtour du littoral depuis l’Atlantique jusqu’à la Mer du Nord, (depuis la Bretagne jusqu’au Danemark), toutes celles que j’ai vues portaient beaucoup d’acicules entre les plus longs aiguillons, c’était vrai aussi sur le Causse du Larzac, sur un sol très calcaire (photo ci-dessous). Le nombre et la forme assez ronde des folioles différencient ce rosier des autres espèces de façon évidente, ainsi que la forme plus ronde et la couleur du fruit mûr beaucoup plus sombre qu’un cynorrhodon, d’un violet noirâtre.

Christophe Bornand dans une Clé d’identification des roses sauvages de Suisse écrit pour Rosa spinosissima : « Fleurs solitaires, presque toujours dépourvues de bractées. Pétales blancs, rarement rose pâle. Plante formant souvent des colonies d’arbustes nains. ».

Sur les dunes littorales dont le sable est très chargé de particules calcaires provenant des débris coquilliers, ce rosier se plait bien et monte plus au moins haut selon le milieu environnant. En Bretagne sur la dune grise de sable fixé, il forme de petites populations rases entourant parfois les terriers de lapins. 

Rosa spinosissima sur les dunes du Port (Bretagne nord), autour d'un terrier, puis le fruit ouvert
Rosa spinosissima sur les dunes du Port (Bretagne nord), autour d'un terrier, puis le fruit ouvert
Rosa spinosissima sur les dunes du Port (Bretagne nord), autour d'un terrier, puis le fruit ouvert

Rosa spinosissima sur les dunes du Port (Bretagne nord), autour d'un terrier, puis le fruit ouvert

Au Danemark, du côté de l’ile de Rømø, il subsistait dans des hautes graminées mais très concurrencé par le Rosier rugueux (Rosa rugosa), de plus en plus envahissant sur tout le littoral de l’Europe de l’Ouest.

Rosa spinosissima aux Pays-Bas, puis en fruits au Danemark
Rosa spinosissima aux Pays-Bas, puis en fruits au Danemark

Rosa spinosissima aux Pays-Bas, puis en fruits au Danemark

 

Dans le « Rariorum Plantarum Historia » de Charles de l’Ecluse (1601) deux bois gravés sont identifiés comme du Rosier Pimprenelle, à gauche la floraison et à droite les fruits dont on remarque bien les sépales persistants étalés/dressés.

Le nom Rosa campestris, utilisé par Clusius ne se trouve pas dans l’ouvrage  antérieur (1583) de Rembert Dodoens « Stirpium historiae pemptades sex », qui lui annonce Rosa dunensis (c’est le même bois gravé).

Nicolas Joseph Jacquin « Fragmenta botanica, figuris coloratis illustrata » Rosa spinosissima

Nicolas Joseph Jacquin « Fragmenta botanica, figuris coloratis illustrata » Rosa spinosissima

Dans un ouvrage du botaniste néerlandais Nicolas Joseph Jacquin « Fragmenta botanica, figuris coloratis illustrata » (1800-1809), figurent deux planches distinctes.

L’une concerne seulement Rosa spinosissima avec des fleurs blanches, l’autre présente trois espèces dont à droite Rosa pimpinellifolia (que j'ai isolée) avec des pétales rosés un peu déroutants pour moi, qui n’ai jamais vu que des beaux pétales d’un blanc crémeux parfois un peu rehaussés de jaune autour du cœur.

Moins ancien, j’ai trouvé une belle illustration de la main de Friedrich Guimpel, dans un ouvrage de Karl Ludwig Willdenow et Friedrich Gottlob Hayne, « Illustration d'essences de bois allemandes pour les forestiers et les amateurs de botanique » (1820).

Rosa spinosossima , par Friedrich Guimpel

Rosa spinosossima , par Friedrich Guimpel

Connaissez-vous le « Genus Rosa » d’Ellen Ann Willmott ? C’est un très beau recueil en nombreux cahiers édité entre 1910 et 1914, illustré d’aquarelles d’Alfred Parsons, pleines de sensibilité et de charme. On peut le consulter en ligne maintenant :

https://www.biodiversitylibrary.org/item/187450#page/472/mode/thumb

Ellen Ann Willmott, en p 248, donne un texte qui nous intéresse dont voici une traduction approximative : « Le nom spinosissima fut adopté par Linné provenant de Bauhin et sous ce nom il décrit d’abord cette rose dans son Species Plantarum (1753), mais il ne mentionne pas ses pédoncules jusqu’à la publication du Systema Naturae (1759) dans laquelle il lui attribue des pédoncules hispides et introduit Rosa pimpinellifolia avec ces organes glabres ».

Linné a finalement reconnu Rosa spinosissima comme le nom approprié.

Voici donc l’origine d’une controverse qui semble éteinte mais pas depuis longtemps car on a longtemps préféré Rosa pimpinellifolia pour les rosiers ayant des pédoncules lisses et Rosa spinosissima pour ceux dont les pédoncules sont hispides-glanduleux.

En conclusion, Ellen Willmott proposait de nommer la forme dont les pédoncules sont lisses Rosa spinosissima var. pimpinellifolia.

Au sud de Barcelonnette, dans le Mercantour, j’ai vu un rosier d’assez grande taille qui répondrait bien à ces critères : assez différent des petits rosiers des dunes, il n’avait pas d’acicules entre les aiguillons et ses pédoncules étaient lisses. 

Je l’ai retrouvé (dans le Mercantour aussi) vers Val Pellens avec la même allure. On voit ci-dessous le pédoncule lisse.

 

Quant à la population que j’ai vue sur le Causse du Larzac, elle pourrait peut-être correspondre à une autre sous-espèce (reconnue, celle-là), Rosa spinosissima subsp. myriacantha. En effet, ce rosier était glanduleux/hispide des pédoncules jusqu’aux sépales et les dents des feuilles me semblaient doubles ; les fleurs restaient blanches bien qu’une légère teinte rosée se percevait sur une fleur de profil. Sur une photo j’ai cru voir devant un pétale blanc quelques glandes au dos d’une feuille… Je n’ai pas pensé à froisser une feuille pour la sentir !

Rosa spinosissima sur le Causse du Larzac (peut-être subsp. myriacantha)
Rosa spinosissima sur le Causse du Larzac (peut-être subsp. myriacantha)

Rosa spinosissima sur le Causse du Larzac (peut-être subsp. myriacantha)

Pour en savoir davantage, je vous propose :

https://www.monaconatureencyclopedia.com/rosa-spinosissima/?lang=fr

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