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Botazoom, Botanique et Iconographie

Botazoom, Botanique et Iconographie

Ce blog est destiné aux curieux de botanique. En s’appuyant sur les photos que j’ai pu faire en voyage, et sur de l’iconographie ancienne, il rentre un peu dans les détails qui m’ont permis d’identifier une espèce, mais son contenu doit être considéré comme celui d’une botaniste amateur !

botanique

Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #iconographie, #voyages, #Botanique

Comme je vous l’avais raconté sur un article du blog, Atanasio Echeverria y Godoy dont les études à l’aquarelle vont figurer dans cet article fut l’un des deux jeunes artistes mexicains embauchés par Martin de Sessé y Lacasta, pour suivre l’Expédition botanique royale en Nouvelle-Espagne (Expedición Botánica al Virreinato de Nueva España (1787-1803). J’avais envie de composer un article simple composé surtout d’illustrations, en complément du premier (consacré plus en détail à cette longue expédition), car j’y ai trouvé d’autres études de plantes que j’ai eu la chance de voir et photographier aux Antilles ou à la Réunion et même au Sénégal et qui figureront donc en regard des illustrations malheureusement inachevées de cet artiste.

http://botazoom.over-blog.com/2023/03/atanasio-echeverria-y-godoy.html

Plantes vues à La Réunion :

Le champ borne, St André : le Manioc marron bord de mer ou Grosse patte poule bord de mer: Scaevola taccada, une  indigène facilement reconnaissable.

Sur le Cirque de Cilaos, à l'Ilet à Cordes : La Fleur fête des mères ou Tournesol mexicain envahissant dans l'ile,  Tithonia diversifolia,

et la MargoseMomordica charantia.  

En Guadeloupe :

Plage du roseau (Basse-Terre) un arbuste du rivage à feuilles pointues et petites grappes de fleurs crèmes avec quelques fruits plats en forme de pastilles, c'est le Bois de mèche ou Palétuvier blanc (Avicennia germinans).

Toujours sur la côte très érodée par endroit de l’est de Basse-Terre, à Sainte-Marie, un Poirier pays (Tabebuia heterophylla) ne tenant plus que par quelques racines et prêt à s'effondrer. La peinture d’Atanasio Echeverria représente une espèce proche : Tabebuia rosea.

 

Auprès du parking du Marquisat (chemin des Troisièmes chutes du Carbet) une plante basse à fleurs blanches aux corolles longuement tubulaires, c'est le Mort aux cabrits (Hippobroma longiflora).

Sur Grande Terre après la Pointe de la Grande Vigie un peu avant la Porte d’Enfer sur un éboulis rocheux,  Ernodea littoralis, (petites baies comme des groseilles à maquereau).

Toujours sur Grande-Terre, à la Pointe des Châteaux, un poivrier remarquable, le Bois noir, Capparis cynophallophora), qui porte de longs fruits brun clair, à paroi interne rouge.

Dans les jardins guadeloupéens on rencontre parfois l’Epicar (Jatropha integerrima) pour ses fleurs décoratives.

Au Sénégal :

J’y ai rencontré un autre Jatropha de jardin, l’Arbre corail, originaire d’Amérique centrale, Jatropha multifida, et à ce propos je vous rappelle un autre article qui était consacré à trois espèces de ce genre de la famille des Euphorbiacées « Les trois médiciniers du Père Labat » ; mais je n’avais pas encore vu le  Jatropha multifida.

http://botazoom.over-blog.com/2020/12/les-trois-mediciniers-du-pere-labat.html

En Casamance, j’ai admiré les jolies graines (toxiques!) de la Liane réglisse de la famille des Fabacées, commune sous les tropiques : Abrus precatorius.

Pour les illustrations d'Atanasio Echeverria dans cet article, je remercie :

Torner Collection of Sessé and Mociño Biological Illustrations, avec l'aimable autorisation du Hunt Institute for Botanical Documentation, Carnegie Mellon University, Pittsburgh, Pennsylvanie.

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #Botanistes, #Fleurs, #iconographie

J’ai pu voir et photographier les trois Frankénies visibles en France ; ce sont des plantes vivaces rampantes, des sous-arbrisseaux qui ne craignent pas la sécheresse et apprécient les zones salées. Leurs tiges fines mais assez ligneuses sont très divisées et à rameaux courts ce qui donne une allure en tapis et le randonneur perçoit leurs fleurettes roses souvent trop tard pour les éviter ! Ci-dessous, la Frankénie hirsute, en Catalogne sur le cap de Creus.

Le limbe des petites feuilles à bords plus ou moins révolutés, présente des glandes excrétrices de sel. Ces glandes sont sans doute responsables de l’aspect de surface des feuilles de la Frankénie pulvérulente (ci-dessous), j’avais d’abord cru à des grains de sable restés collés en surface.

Seule la  Frankénie lisse ou Bruyère maritime (Frankenia laevis L.) remonte le long des côtes atlantiques jusqu’en Grande Bretagne. Par rapport aux deux autres espèces elle reste cantonnée plutôt en Europe de l’Ouest. Mes photos sont prises sur l’ile d’Oléron.

Frankenia laevis, sur l'ile d'Oléron.
Frankenia laevis, sur l'ile d'Oléron.

Frankenia laevis, sur l'ile d'Oléron.

En 1753 Linné crée le nom de genre Frankenia, dont découle la famille des Frankeniaceae, en hommage à Johannes Franck. Johannes Franck ou Johan Franckenius, (1590 -1661) était un botaniste et professeur suédois, recteur de l'Université d'Uppsala.

Les trois Frankénies figurent donc dans le Species Plantarum de Linné, avec plus de références anciennes pour Frankenia laevis. Pour sa répartition, il cite « Habitat en Europe australe maritime », et pour la Frankénie hirsute (Frankenia hirsuta L.) il mentionne «Habitat dans les Pouilles, Crète».

 

 

Mais sur une planche de Pier Antonio Michelli (1679-1737), dans son « Nova Plantarum Genera », figurent Frankenia laevis en haut (Fig 1) et Frankenia hirsuta en bas (Fig 2). On peut voir que c’est en réalité ce botaniste italien du 17ème siècle qui avait créé le genre Franca faisant référence à un médecin florentin, le docteur Jean Sébastien Franchi, inconnu de Linné.

https://bibdigital.rjb.csic.es/records/item/11953-nova-plantarum-genera

Frankenia laevis en haut (Fig 1) et Frankenia hirsuta en bas (Fig 2), planche de Pier Antonio Michelli.

Frankenia laevis en haut (Fig 1) et Frankenia hirsuta en bas (Fig 2), planche de Pier Antonio Michelli.

Sur la Frankénie hirsute, ce sont surtout les calices qui sont hérissés de longs poils. Ma photo est prise en Catalogne, sur le cap de Creus, très exposé aux embruns, mais elle peut aussi se trouver dans des prés salés littoraux. Sa répartition n’est pas que méditerranéenne. Vers l’Est, elle est présente en Europe centrale et méridionale et atteint les bords de la Mer noire et de la mer Caspienne.

La Frankénie pulvérulente (Frankenia pulverulenta L.), figure déjà sous une ancienne nomenclature de Charles de l’Ecluse (1526-1609) : Anthyllis valentina dans son Rariorum Plantarum Historia (1601).

https://www.biodiversitylibrary.org/page/529649#page/562/mode/1up

On retrouve la même planche dans l’Icones Stirpium (1581) de Matthias de L’Obel (1538-1616).

La Frankénie pulvérulente s’étend vers l’Est à peu près de la même façon que la Frankénie hirsute, sur l’hémisphère Nord mais grande différence : elle existe aussi dans l’hémisphère Sud (Argentine, Afrique du Sud, Australie).

Photo ci-dessous, prise en Catalogne.

Comme d’habitude, les deux gravures originales qui suivent, tirées de la Flora Graeca et illustrées par Ferdinand Bauer ont été numérisées par les Bibliothèques Bodleian, de l’Université d'Oxford, je les remercie de m’avoir autorisée à vous montrer ces deux Frankénies.

https://digital.bodleian.ox.ac.uk/collections/flora-and-fauna-graeca/

 

Frankenia pulverulenta , puis Frankenia hirsuta, Flora Graeca, gravures de Ferdinand Bauer
Frankenia pulverulenta , puis Frankenia hirsuta, Flora Graeca, gravures de Ferdinand Bauer

Frankenia pulverulenta , puis Frankenia hirsuta, Flora Graeca, gravures de Ferdinand Bauer

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #Fleurs, #iconographie

Ceux d’entre vous qui me suivent ne seront pas surpris si une fois de plus je me reporte au texte fondateur de Carl Linné : le Species Plantarum. Il se trouve que je n’ai pas encore abordé une série d’œillets qui ont en commun d’être disposés agrégés en haut de la tige, et voyant que dans le texte de Linné, ils figuraient regroupés en début du chapitre dédié aux Dianthus sous la rubrique générale « Dianthus flores aggregati », j’y ai vu un appel pour ce nouvel article !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’œillet arméria (Dianthus armeria L.), n’est pas rare du tout mais il passe inaperçu, ses petits pétales étroits pointillés de blanc sont pourtant bien élégants ; il est doté de bractées très longues et fines, vertes et velues au contraire de l’œillet des Chartreux Dianthus carthusianorum L. dont les bractées scarieuses sont brunes, plus larges et assez brusquement terminées par une pointe au sommet. Ci-dessous Dianthus armeria , puis Dianthus carthusianorum.

L’Œillet armeria est illustré, magnifié et toutes ses parties détaillées dans  la « Deutschlands flora » (1798-1855) auteurs : Sturm, J., Sturm, J.W. On y trouve aussi une étude semblable pour l’Œillet des Chartreux.

« Deutschlands flora » (1798-1855) auteurs : Sturm, J., Sturm, J.W. , Dianthus armeria puis Dianthus carthusianorum
« Deutschlands flora » (1798-1855) auteurs : Sturm, J., Sturm, J.W. , Dianthus armeria puis Dianthus carthusianorum

« Deutschlands flora » (1798-1855) auteurs : Sturm, J., Sturm, J.W. , Dianthus armeria puis Dianthus carthusianorum

Ce bel Œillet des Chartreux trouvé sur le Mont Olympe (mention en bas à droite), fut peint par Ferdinand Bauer, c’est une étude préparatoire à l’aquarelle pour la Flora Graeca de John Sibthorp, peut-être est-ce lui ou Sibthorp qui a signalé en bas à gauche une correction à apporter : les pétales doivent porter quelques poils ! 

Dianthus carthusianorum, pour la Flora Graeca de John Sibthorp, dessin de Ferdinand Bauer

Dianthus carthusianorum, pour la Flora Graeca de John Sibthorp, dessin de Ferdinand Bauer

Cet Œillet figure enfin sur les belles planches de la flore du Royaume de Prusse « Flora regni Borussici » (1832-1844), auteur : A.G.Dietrich, et on le trouve aussi sur une planche (pl 2039) du Curtis’s Botanical Magazine.

 « Flora regni Borussici » (1832-1844), auteur : A.G.Dietrich; puis pl 2039 du Curtis’s Botanical Magazine.
 « Flora regni Borussici » (1832-1844), auteur : A.G.Dietrich; puis pl 2039 du Curtis’s Botanical Magazine.

« Flora regni Borussici » (1832-1844), auteur : A.G.Dietrich; puis pl 2039 du Curtis’s Botanical Magazine.

Aux deux vrais Dianthus, Dianthus armeria L. (l’œillet arméria) et Dianthus carthusianorum L. (l’œillet des Chartreux), on peut ajouter Dianthus barbatus L. (l'Œillet barbu), plus commun dans les jardins que dans la nature (c’est une espèce vulnérable dans son habitat naturel). Ces trois-là figurent toujours de nos jours en début de la clé d’identification de la Flora Gallica.

 

Je n’ai pas de photo pour l’Œillet barbu, dont les feuilles sont plus larges que sur l’œillet des Chartreux et les têtes florales plus fournies et globuleuses. Voici ci-contre un morceau d’un vélin attribué à Madeleine Basseporte (1701-1780), protégée de Madame de Pompadour et auteur de superbes vélins détenus maintenant par la BNF et par la Morgan Library.

 

Une autre peinture de Hans Simon Holtzbecker provient du Gottorfer Codex (1649-1659), car cet Œillet barbu est depuis le moyen-âge un ornement des jardins.

La classification linnéenne, ci-dessus, si elle semblait pertinente à l’époque ne l’est plus aujourd’hui car l’Œillet prolifère, autrefois nommé Dianthus prolifer, puis Tunica prolifera (L.)Scop., ne fait plus partie des Œillets, mais du genre Petrorhagia, c’est Petrorhagia prolifera (L.)P.W.Ball & Heywood.

 

 

 

Une aquarelle originale de Georg Dyonisius Ehret provenant d’une collection d’originaux détenue par la Morgan Library and Museum, représente ce Dianthus prolifer L.

 Dianthus prolifer L. par Georg Dyonisius Ehret

Dianthus prolifer L. par Georg Dyonisius Ehret

Il fut peint aussi par Ferdinand Bauer, c’est une étude préparatoire à l’aquarelle pour la Flora Graeca de John Sibthorp. Dans la nature, il est parfois abondant, parfois sa couleur est plus vive et il semble uniflore comme sur la planche de Bauer, mais il s’agit bien du même !

Dianthus prolifer pour la Flora Graeca de John Sibthorp, par Ferdinand Bauer

Dianthus prolifer pour la Flora Graeca de John Sibthorp, par Ferdinand Bauer

Les dessins et aquarelles originaux de la Flora Graeca par Ferdinand Bauer ont été numérisés par les Bibliothèques Bodleian, de l’Université d'Oxford, je les remercie de m’avoir autorisée à vous montrer ces deux Œillets.

https://digital.bodleian.ox.ac.uk/collections/flora-and-fauna-graeca/

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #Fleurs, #iconographie

Ce printemps, pendant mon séjour en Juin dans les environs de Millau, j’ai enrichi mes connaissances en matière de Silènes. Il s’agit d’une très vaste famille et j’en suis aux balbutiements !

Un silène que je désirais voir depuis longtemps, le Silène conique (Silene conica L.), n’est pourtant pas rare, mais il se trouve que sur les Causses à l’altitude moyenne d’un peu plus de 1000 mètres il fleurit un peu plus tard que dans le Midi et il est très présent sur ces sols rocailleux. Quand on le découvre, aucune erreur possible : c’est le seul doté d’un calice très gonflé en vessie et ornementé de plus de trente nervures en relief.

Silene conica, du côté de Millau
Silene conica, du côté de Millau

Silene conica, du côté de Millau

Sa fleur est munie au cœur d’une couronne d’écailles, mais c’est vrai aussi pour d’autres espèces comme le Silene rubella (ci-dessous), que j’ai vu en Catalogne;

ou encore le Silene colorata (ci-dessous), un autre espagnol déterminé de façon un peu approximative peut-être…

Je n’ai pu résister à montrer ces photos qui illustrent bien la diversité de morphologie sur les calices de silènes.

Le Silène de France (Silene gallica L.) est très commun dans les herbages catalans, il possède aussi de petites corolles roses et une couronne d’écailles centrale ; il est surtout doté d’une pilosité impressionnante sur ses calices. Bien que l’allure floue et confuse ne le montre pas bien, l’inflorescence terminale reste simple, cela se voie sur le rameau de gauche dans la photo.

 

Le Silène de Nice (Silene nicaeensis All.) existe dans le Midi ; on peut le trouver sur les plages ; son écologie et son allure avec tous ces petits grains de sable collés au calice, laissent peu de doute sur son identité. Il fait partie de ces silènes blancs dont le revers des pétales est teinté d’une belle couleur fumée qui se révèle quand les pétales se retroussent en fin de floraison. Il est visqueux au contact tout comme les deux espèces suivantes.

Le Silène de Nice (Silene nicaeensis All.) sur une plage de Catalogne
Le Silène de Nice (Silene nicaeensis All.) sur une plage de Catalogne

Le Silène de Nice (Silene nicaeensis All.) sur une plage de Catalogne

Le Silène penché (Silene nutans L.), avec son inflorescence unilatérale et penchée se distingue du Silène d’Italie dont les fleurs se tiennent plus dressées.

Et puis la silhouette allongée du calice du Silène d’Italie (Silene italica (L.) Pers.), révèle un plus long carpophore: lorsque la capsule se forme on voit bien apparaître un pied auparavant compris dans le calice et qui se détecte au vu de la base amincie du calice au moment de la floraison. La hauteur de cette espèce de pied interne, relative à celle de la capsule qui s’est formée au-dessus à la fructification, est un critère important à considérer !

Le Silene d'Italie (Silene italica (L.) Pers.) sur le Causse noir
Le Silene d'Italie (Silene italica (L.) Pers.) sur le Causse noir

Le Silene d'Italie (Silene italica (L.) Pers.) sur le Causse noir

Le Silene fortunei tiré du Curtis’s botanical magazine (ill 7649), représente Silene fissipetala, une espèce chinoise ; je le montre ici parce qu’il est assez proche morphologiquement du Silène d’Italie d’après le texte de Curtis comme le montre aussi la coupe sur le calice.

On croirait presque avoir affaire à l’un de ces beaux Œillets montagnards très laciniés (Dianthus superbus ou Dianthus hyssopifolius), dont j’avais traité dans cet article : 

http://botazoom.over-blog.com/2021/08/sur-le-col-de-crozet.html

 

Les dessins et aquarelles originaux de la Flora Graeca par Ferdinand Bauer ont été numérisés par les Bibliothèques Bodleian, de l’Université d'Oxford, je les remercie de m’avoir autorisée à vous montrer les deux silènes qui suivent.

https://digital.bodleian.ox.ac.uk/collections/flora-and-fauna-graeca/

 

Silene conica L., puis Silene italica (L.) Pers., dessins préparatoires de Ferdinand Bauer pour la Flora graeca, de John Sibthorp
Silene conica L., puis Silene italica (L.) Pers., dessins préparatoires de Ferdinand Bauer pour la Flora graeca, de John Sibthorp

Silene conica L., puis Silene italica (L.) Pers., dessins préparatoires de Ferdinand Bauer pour la Flora graeca, de John Sibthorp

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #iconographie

Voici quelques composées jaunes du pourtour méditerranéen, dont je vous invite à détailler les Akènes et les Pappus.  Ce ne sont ni des Pissenlits (Taraxacum) ni des Epervières (Hieracium), deux genres pour lesquels je donne ma langue au chat !

Je les ai découvertes ce printemps en Catalogne, mais elles existent aussi au sud de l’hexagone. C’est assez fascinant de voir comme d’une allure générale assez similaire, on finit par détecter de très nombreuses variantes. Tout un ensemble de critères sont à considérer mais si vous prenez simplement le temps de détailler les fruits, avant de souffler dessus pour le plaisir, vous aurez quelques chances de vous approcher d’une bonne détermination.

Observez alors les graines qui sont des akènes : certaines sont lisses, d’autres rayées ou très bosselées. Elles sont surmontées du pappus, ce petit parachute qui contribue à les disperser par le vent ; est-il composé de soies dentées ou plumeuses ou encore de petites écailles ?

La Porcelle des sables ou Porcelle glabre (Hypochaeris glabra L.) en fleur, ne paie pas de mine. Elle est surtout remarquable au moment de la fructification.

Son involucre fuselé a d’abord pris de l’importance en hauteur avant de s’ouvrir en déployant deux types de pappus sur son réceptacle. Seuls les akènes centraux sont munis d’un long bec et leurs longues soies sont plumeuses ; les akènes de la  périphérie n’ont pas de becs et les pappus sont plus courts et presque duveteux.

A noter aussi les paillettes intercalées sur le réceptacle (ce sont les languettes blanches), qui nous amènent sur le genre des Porcelles, dont l’espèce la plus commune est la Porcelle enracinée (Hypochaeris radicata).

La Cousteline (Reichardia picroides (L.) Roth) possède un involucre très décoratif : de belles bractées  au liseré opalescent, en forme de fer de lance. 

Les soies du pappus seraient très finement denticulées (il faut une loupe binoculaire pour le percevoir !), mais ce sont les akènes périphériques, très fortement ridés transversalement, qui sont remarquables.

 

L’ Hédipnoïs polymorphe (Hedypnois rhagadioloides (L.) F.W.Schmidt) est vraiment très polymorphe ; je ne croyais pas avoir affaire à la même plante au début ; mais le fruit est très particulier avec son akène surmonté d’un pappus grossier inégalement écailleux, certaines écailles centrales étant longues et même en zigzag.

 

L’Urosperme fausse picride (Urospermum picroides (L.) Scop. ex F.W.Schmidt). Celui-ci, en rosette dans un pierrier est idéal pour la photo mais pas représentatif car en principe ils sont plus haut sur tige ! Remarquez, ci-dessous, comme les poils surtout sur l’involucre et le haut de la tige, sont coniques. 

Les belles soies plumeuses du pappus surmontent des akènes formés de deux parties comme on peut le voir sur la coupe. Or en fait, c’est le pied du pappus qui est gonflé en outre et l’akène lui-même contenant la graine est la partie basale. 

On retrouve cette disposition chez l’Urosperme de Daléchamps, (ci-dessous) très commun dans le Midi et plus facile à reconnaître grâce à la couleur jaune soufre de ses fleurs, peu commune chez les composées jaunes.

 

Un peu d’iconographie :

Dans la Flora graeca de John Sibthorp et Smith, illustré par le talentueux Ferdinand Bauer, qui participa au voyage sur le pourtour méditerranéen, j’ai extrait trois études originales à l’aquarelle. La première représente la Porcelle glabre (Hypochaeris glabra L.), bien identifiée de longue date, bien que cette planche soit légendée Hypochaeris minima (actuellement un synonyme). Mon recadrage élimine les légendes au crayon, et je précise que ces aquarelles ne sont pas signées par Bauer qui les considérait comme des études préliminaires.

La Porcelle glabre (Hypochaeris glabra L.), légendée Hypochaeris minima, par Ferdinand Bauer pour la Flora graeca

La Porcelle glabre (Hypochaeris glabra L.), légendée Hypochaeris minima, par Ferdinand Bauer pour la Flora graeca

Les auteurs, par contre, donnent deux planches pour l’Hedypnoïs. La seconde, qu’ils ont identifiée comme une espèce crétoise (Hedypnois cretica) est maintenant reconnue comme incluse dans la variabilité naturelle de l’Hedypnoïs polymorphe (Hedypnois rhagadioloides).

Hedypnoïs polymorphe (Hedypnois rhagadioloides), puis (Hedypnois cretica), par Ferdinand Bauer pour la Flora graeca
Hedypnoïs polymorphe (Hedypnois rhagadioloides), puis (Hedypnois cretica), par Ferdinand Bauer pour la Flora graeca

Hedypnoïs polymorphe (Hedypnois rhagadioloides), puis (Hedypnois cretica), par Ferdinand Bauer pour la Flora graeca

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #voyages, #iconographie

Les Apocynacées sont très proches des Asclépiadacées. Les deux familles sont surtout présentes dans les climats chauds bien qu’en France, la Pervenche (Apocynacée) et le Dompte-venin (Asclépiadacée) en fassent partie. Les Asclépiadacées, sont plus évoluées que les Apocynacées comme la Pervenche ou le Laurier rose.

Ce sont les Asclépiadacées (tribu Asclepiadeae) maintenant intégrées dans les Apocynacées, qui vont nous intéresser ici, car en plus du Dompte-venin (Vincetoxicum hirundinaria Medik.) que je connaissais bien, et de l’Araujia porte-soie (Araujia sericifera Brot.) que j’avais identifié courant à l’état de fruit sur des clôtures catalanes (ci-contre), j’ai découvert deux autres lianes de cette famille au Sénégal, Pergularia daemia et Leptadenia hastata et un arbuste très curieux l’Arbre à soie ou Pomme de Sodome (Calotropis procera).

 

Plantes à latex blanc plus ou moins visible, à feuilles opposées, non composées et sans stipules, les Asclépiadacées sont dotées d’une corolle plus ou moins campanulée et rotacée, (en fait, l’allure ‘en hélice’ de la corolle est plus sensible chez la Pervenche et le Laurier rose…), quatre ou cinq étamines et quatre ou cinq pétales souvent surmontés d’une couronne staminale centrale.

Cette couronne centrale est très visible sur la Pergularia (ci-dessus). Dans la fleur de l’Arbre à soie (Calotropis procera), il y a présence d’un important plateau stigmatique, on le voit bien sur la photo ci-dessous.

Le plateau existe aussi, mais il est caché par les grandes cornes staminales de la couronne centrale chez la Pergularia.

Leptadenia hastata

Sur la Leptadenia hastata (syn. De Leptadenia lanceolata subsp. lanceolata), on peut voir quand même (ci-dessous), cinq lobes charnus et velus au cœur de la fleur.

Le genre Leptadenia appartient aux Apocynacées mais pas à la tribu des Asclepiadeae. D’après la Flore du Sénégal de J. Berhaut, les noms Wolof de Leptadenia hasata sont Tahat, Mbum sehet, et Fu takad en Diola.

Je n’ai pas trouvé d’illustration ancienne pour Leptadenia hastata qui est une plante tropicale seulement africaine alors que Pergularia daemia, d’une distribution plus large était bien répertoriée dans les anciennes colonies anglaises.

En Afrique tropicale, les racines de Leptadenia hastata soignent les maux de ventre, d’estomac et les yeux. D’après la Société française d'Ethnopharmacologie, dans les iles du Siné-Saloum la plante était aussi utilisée en traitement médico-magique de la maladie du sommeil, vous pouvez voir le procédé là: http://www.ethnopharmacologia.org/recherche-dans-prelude/?plant_id=3665

Pergularia daemia

Un dessin détaillé de Pergularia daemia montre la fleur en coupe dans « Icones plantarum Indiae orientalis », de R.Wight (1840-1853), mais l’illustration la plus plaisante reste encore celle du Botanical Magazine de Curtis (Pl 5704, vol 94 de 1868).

Pergularia daemia dans « Icones plantarum Indiae orientalis », puis dans le Botanical Magazine de Curtis
Pergularia daemia dans « Icones plantarum Indiae orientalis », puis dans le Botanical Magazine de Curtis

Pergularia daemia dans « Icones plantarum Indiae orientalis », puis dans le Botanical Magazine de Curtis

Pergularia daemia au Sénégal : les follicules fermés puis ouverts
Pergularia daemia au Sénégal : les follicules fermés puis ouverts

Pergularia daemia au Sénégal : les follicules fermés puis ouverts

Des fruits folliculaires 

Les fruits folliculaires, souvent doubles, libérant des graines à aigrettes (anémochorie), sont très caractéristiques et permettent de reconnaître ces Asclépiadacées même en l’absence de fleurs. Ainsi le Gomphocarpe  (Gomphocarpus fruticosus) qu’on peut trouver naturalisé dans le Sud de la France est immanquable à identifier (ci-dessous).

C’est aussi ce qui m’a guidé pour trouver cette plante introduite qu’est l’Araujia sericifolia et connaissant les fruits du Gomphocarpe, durant mon voyage au Sénégal,  j’ai tout de suite compris que ma Pergularia se situait dans la même famille !

Ci-dessus, Araujia sericifolia sur les clôtures en Catalogne.

Au Sénégal, encore fermés, les énormes follicules de la Pomme de Sodome.

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #iconographie, #voyages

La Super-famille des Légumineuses (ou Fabales) comptait autrefois trois familles distinctes, les Mimosacées, les Fabacées (ou Papilionacées) et les Césalpiniacées, ce sont ces dernières que j’aimerais vous présenter, du moins celles que j’ai pu rencontrer et photographier. Il faut dire précisément aujourd’hui Caesalpinioideae et il s’agit maintenant d’une sous-famille des Fabacées.

Les Césalpiniacées ont semblé à juste titre un peu plus primitives que les Fabacées ; la symétrie bilatérale de leur corolle n’est pas très sensible. Le grand pétale haut qui enveloppe la fleur en bouton et se nomme l’étendard  chez les Fabacées est ici recouvert par les ailes dans le bouton. La carène est formée des deux pétales inférieurs disposés en coque à voir par exemple sur cette fleur de Senna occidentalis.

A dire vrai cet article parlera surtout de trois genres Cassia, Senna et Chamaecrista qui au sein des Caesalpinioideae, sont très proches en taxonomie (Tribu des Cassieae, et sous-tribu des Cassiinae).

Les étamines, qui sont encore très nombreuses chez les Mimosacées, voient leur nombre se réduire à dix environ chez les Césalpiniacées. Chez les Fabacées il se stabilise bien et s’organise en deux verticilles : cinq grandes et cinq petites plus ou moins soudées en tube à la base, alors qu’elles restent encore libres chez les Césalpiniacées et se répartissent de diverses façons.

Dans la photo ci-dessus, prise à La Réunion de Senna occidentalis on peut observer que  les étamines se sont organisées en : trois à filets courts et dressées, et les autres incurvées, dont deux plus longues et en crochets dans la carène. Les anthères des étamines basses, tubulaires, s’ouvrent par une fente latérale ou par le bout.

Avec de telles étamines, visibles aussi sur Chamaecrista nictitans (ci-dessus), il est nécessaire pour les pollinisateurs de pratiquer une pollinisation vibratile, ou sonication, qui seule peut extraire le pollen !

La présence de nectaires sur ces plantes est intéressante car alors qu’on s’attendrait à les trouver à proximité des étamines, ce sont en fait des nectaires extra-floraux, on les trouve à l’aisselle d’une feuille sous forme d’une petite glande ronde, comme sur Senna occidentalis, ou Chamaecrista nictitans ou même le long du rachis d’une feuille composée entre les paires de folioles.

Ces nectaires extra-floraux procurent du nectar principalement à des fourmis, qui assurent par leur présence une protection contre les herbivores. Leur emplacement constitue un bon critère pour l’identification !

https://www.zoom-nature.fr/levolution-des-nectaires-extra-floraux/

https://www.zoom-nature.fr/nectar-contre-gardes-du-corps-un-deal-mutualiste/

Peu de représentantes des Césalpiniacées peuvent être observées en France dans la nature. On note quand même la présence dans le Midi de plantes introduites et quasiment naturalisées comme le bel Arbre de Judée (Cercis siliquastrum),  et deux autres espèces à floraison en épis avec de petites fleurs peu spectaculaires, mais des fruits (gousses) remarquables, le Caroubier (Ceratonia siliqua L.) ou le Févier d’Amérique (Gleditsia triacanthos L.).

 

Ci-contre, photo du Gleditsia triacanthos L. sur le littoral catalan.

Les genres Cassia, Senna et Chamaecrista ne sont pas représentés en métropole.

Par contre j’ai retrouvé au Sénégal des plantes déjà vues en Guadeloupe et même à La Réunion (répartition pantropicale), comme le Tamarinier (Tamarindus indica) ou encore le Senna occidentalis, qui autrefois s’appelait Cassia occidentalis. Le genre Cassia englobait pour Linné les Senna et les Chamaecrista. Le genre Senna créé pourtant par Pitton de Tournefort dès 1694, confirmé par Philip Miller en 1754 ne fut que plus récemment reconnu officiellement après des analyses fines de l’ADN ; c’est pourquoi tous les Senna actuels ont des synonymes en Cassia.

Au Sénégal, j’en ai vu de toute taille depuis l’arbre : la Casse du Siam (Senna siamea (Lam.) H.S.Irwin & Barneby), jusqu’à la menue Cassia mimosoides L. (syn. de Chamaecrista mimosoides (L.) Greene) une herbacée poussant dans une zone humide de Casamance.

La Casse du Siam (Senna siamea (Lam.) H.S.Irwin & Barneby), près de Dakar

La Casse du Siam (Senna siamea (Lam.) H.S.Irwin & Barneby), près de Dakar

Cassia mimosoides L. (syn. de Chamaecrista mimosoides (L.) Greene), en Casamance

Cassia mimosoides L. (syn. de Chamaecrista mimosoides (L.) Greene), en Casamance

Un bel arbuste ornemental au nom évocateur d’Epine de Jérusalem (Parkinsonia aculeata L.) semble devenu une espèce envahissante en Afrique tropicale.

 

J’ai trouvé un dessin original provenant de l’Expédition botanique en Nouvelle Espagne (Drawings from the Spanish Royal Expedition to New Spain (1787–1803) de Martin Sessé, et José Mariano Mociño)

Parkinsonia aculeata, dans "Drawings from the Spanish Royal Expedition to New Spain" (1787–1803)

Parkinsonia aculeata, dans "Drawings from the Spanish Royal Expedition to New Spain" (1787–1803)

 

 

En Guadeloupe, on trouve le Senna alata bien caractérisé par le haut de son épi roux-orangé et des Chamaecrista, pas faciles à différencier !

Les illustrations qui suivent montrent des espèces bien connues dès le 18ème siècle, car ce sont depuis longtemps des plantes médicinales , elles sont issues de cet ouvrage: Icones plantarum medico-oeconomico-technologicarum… par Ferdinand Bernhard Vietz, 1772-1815.

Sur : https://www.biodiversitylibrary.org/item/28890#page/20/mode/1up

D’abord le Caroubier (Ceratonia siliqua L.).

Puis le Tamarinier (Tamarindus indica) avec une photo réunionnaise…

Et enfin le Senné (Senna alexandrina Mill.), autrefois nommé Cassia senna  L.

Plus d’éléments sur les Senna, là :

https://www.lepeupledacote.com/plante/sene-senna/

 

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #Fleurs, #iconographie

Voici deux gentianes à tiges courtes et à grandes fleurs solitaires qu’on rencontre assez facilement en altitude mais qu’il n’est pas si facile de distinguer sans entrer dans le détail ! La taille des corolles de la Gentiane acaule (Gentiana acaulis) comme de la Gentiane de l'Ecluse (Gentiana clusii), est en fait variable (de 40 à 70 mm !) mais avec la même allure générale, c’est-à-dire acaule soit uniflore sur une tige courte. Une troisième espèce : Gentiana alpina est plus petite aussi bien sur la longueur des feuilles que sur celle de la corolle et sa tige est vraiment très courte. Je dois ajouter pour être exacte qu’il existe trois autres gentianes de ce type mais plus rares, qui habitent des territoires précis : G.ligustica pour les Alpes maritimes, G.angustifolia dans le Dauphiné et G.occidentalis dans les Pyrénées, je ne les ai pas encore rencontrées.

Gentiane acaule au col du Lautaret , puis au col d'Allos, en Juin
Gentiane acaule au col du Lautaret , puis au col d'Allos, en Juin
Gentiane acaule au col du Lautaret , puis au col d'Allos, en Juin

Gentiane acaule au col du Lautaret , puis au col d'Allos, en Juin

La Gentiane acaule (Gentiana acaulis L.), est souvent caractérisée par le vert à l'entrée du tube de la corolle. Le petit étranglement visible sur les dents du calice situé juste au-dessous du bord de la membrane translucide qui les relie donne une forme ogivale aux pointes du calice. C’est peut-être le critère le plus fiable qui permet de reconnaître cette Gentiane acaule de la Gentiane de L’Ecluse, en effet, cette dernière vue de profil révèle un calice très différent avec des dents triangulaires longues et régulièrement effilées sans aucune membrane qui les relie.

 

 

La Gentiane de L’Ecluse (Gentiana clusii Perrier et Songeon), que j’ai eu le plaisir de découvrir sur la Col de la Colombière, n’avait pas de vert à la gorge ; dans les fissures des rochers, elle formait de charmants ensembles avec la Primevère oreille d’Ours et d’autres plantes de rocailles. Ces deux gentianes semblent apprécier surtout la rocaille calcaire.

Gentiane de L'Ecluse au col de la Colombière, à la mi-Juin
Gentiane de L'Ecluse au col de la Colombière, à la mi-Juin

Gentiane de L'Ecluse au col de la Colombière, à la mi-Juin

Malheureusement dans les représentations anciennes, ces subtiles différences ne sont pas indiquées et d’ailleurs, on ne trouve que la Gentiane acaule (ou Gentiane de Koch) avec des calices peu détaillés sauf peut-être dans la « Deutschlands flora in abbildungen nach der natur » de Jakob Sturm. (ci-contre)

Dans l’Herbier général de l’Amateur (vol. 3 de 1819), de Delaunay et Loiseleur-Deslongchamps, Pancrace Bessa montre une gentiane acaule d’un bleu très profond, c’est souvent le cas, et du coup les points verts dans la corolle deviennent gris ardoise, mais celles que j’avais vues au Col d’Allos étaient plus claires et alors les points verdâtres qui ornent l’intérieur de la corolle devenaient plus visibles. Le texte de l’auteur, parlant des gentianes en général, dit : « La nature aurait tout fait pour ces plantes, si elle eût donné un doux parfum à leurs fleurs ; mais elle le leur a refusé. »

Dans l’Herbier général de l’Amateur, dessin de Pancrace Bessa (élève de P.J.Redouté)

Dans l’Herbier général de l’Amateur, dessin de Pancrace Bessa (élève de P.J.Redouté)

Ci-contre, dans le Botanical magazine, vol 2 de 1788, de William Curtis, on trouve cette gentiane acaule. L’illustration montre bien les deux paires de feuille caulinaires opposées, dont une se situe juste sous le calice.

En 1868, Abraham Jacobus Wendel, réalise le projet d’une chromolithographie représentant un ensemble de gentianes acaules pour un ouvrage néerlandais dont la traduction serait : « Flora : illustrations et descriptions d'arbres, d'arbustes, d'annuelles, etc., présents dans les jardins néerlandais ».

Gentianes acaules par Abraham Jacobus Wendel (1868)

Gentianes acaules par Abraham Jacobus Wendel (1868)

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #Fleurs, #iconographie

Cela ne semble pas difficile de reconnaître une Apiacée (le nom actuel pour les ombellifères) ; pourtant les Astrances sont un peu à part. Un amateur ne les cherchera pas instinctivement dans cette grande famille, car leur anatomie visible est trompeuse. Deux genres présentant cette allure se retrouvent au tout début de la longue clé d’identification des Apiacées : les Eryngium et les Astrantia, parce qu’ils ont en commun de présenter des formes d’ombelles simples si resserrées que ces inflorescences ressemblent plus à des capitules de Composées qu’à des Ombellifères. Pour les Panicauts (Eryngium), on parle même d’un pseudocapitule (mais ce sera pour une autre fois).

Pour les Astrances (ci-dessus), les petites fleurs, bien qu’assemblées en un bouquet serré, sont portées par de petits pédicelles et la couronne autour de cette inflorescence n’est pas formées de ligules, comme sur les composées (ex : la marguerite), mais de bractées claires plus ou moins teintées de rose, dont la pointe restée verte rappelle le statut de petite feuille, ce qu’est en réalité une bractée.

Une autre petite ombellifère des sous-bois en est proche, la Sanicle ; elle figure en troisième position dans la clé des apiacées et d’ailleurs ces 3 premiers genres forment la sous-famille des Saniculoideae. La Sanicle (Sanicula europaea), correspond davantage à une ombellifère bien que son ombelle reste assez rudimentaire. Ses petits glomérules floraux ne sont pas entourés de bractées décoratives, mais les étamines quand elles se déploient, font de mini feux d’artifice aussi attirants pour un insecte pollinisateur.

Autrefois, Astrances et Sanicles étaient parfois figurés sur la même planche comme par exemple sur le Recueil de planches de botanique de l’Encyclopédie de Monet de Lamarck (1791-1823).

Astrances et Sanicle sur le Recueil de planches de botanique de l’Encyclopédie de Monet de Lamarck (1791-1823)

Astrances et Sanicle sur le Recueil de planches de botanique de l’Encyclopédie de Monet de Lamarck (1791-1823)

Recueil des plantes gravées par ordre du roi Louis XIV (1788), de Denis Dodart, gravure de Nicolas Robert

Recueil des plantes gravées par ordre du roi Louis XIV (1788), de Denis Dodart, gravure de Nicolas Robert

Dans le Recueil des plantes gravées par ordre du roi Louis XIV (1788), de Denis Dodart, sur la superbe planche dessinée et gravée par Nicolas Robert, de la Grande Astrance, le nom prélinnéen signalé en légende est Saniculae folio major, ce nom provient de Gaspard Bauhin (1560-1624), mais les auteurs prélinnéens, sous le vocable de Sanicula, parlaient aussi bien de la Grassette (Pinguicula) de l’Oreille d’ours (Auricula), de Molène (Verbascum), d’Androsace et de Saxifrage, ce qui montre à quel point le travail de classification de Linné a été fondamental !

En p. 235 du Species plantarum de Linné, on trouve la Sanicle d’Europe (Sanicula europaea) ainsi que la Petite Astrance (Astrantia minor) et la Grande Astrance (Astrantia major).

Le genre Astrantia figure bien sous ce nom dans l’Icones stirpium de Matthias de L’Obel (1538-1616), mais pour la Grande astrance, il donne Astrantia nigra. Lien vers cet ouvrage

 

La voici sous son nom actuel dans un ouvrage de Friedrich Gottlob Hayne « Getreue Darstellung und Beschreibung der in der Arzneykunde gebräuchlichen Gewächse » (1805-1846). Lien vers cet ouvrage

La grande Astrance dans un ouvrage de  Friedrich Gottlob Hayne.

La grande Astrance dans un ouvrage de Friedrich Gottlob Hayne.

La Grande Astrance, photos prises en Haute-Savoie
La Grande Astrance, photos prises en Haute-Savoie

La Grande Astrance, photos prises en Haute-Savoie

Deux illustrations détaillées de la Grande Astrance et de la Sanicle, avec les fruits grossis en coupe figurent dans le  Genera plantarum florae germanicae (1835-1860) vol 6, 1849, de Nees von Esenbeck.

La Petite Astrance ou Petite Radiaire (Astrantia minor) est moins spectaculaire, plus délicate, mais lorsque les fruits commencent à se former cela vaut le coup de chausser ses lunettes.

Dans le Thesaurus Botanicus (1805-1819) de Léopold Trattinnick figure une délicate gravure rehaussée de couleur qui représente Astrantia minor. Les feuilles de cette espèce sont plus profondément découpées et les lobes sont plus étroits, mais il existe aussi Astrantia carniolica qui apparaît dans la Flora austriaca de N.J.Jacquin, dont les feuilles ressemblent à celles de la Sanicle.

 

Astrantia minor, dans le Thesaurus Botanicus (1805-1819) de Léopold Trattinnick

Astrantia minor, dans le Thesaurus Botanicus (1805-1819) de Léopold Trattinnick

Astrantia carniolica dans la Flora austriaca de N.J.Jacquin.

Astrantia carniolica dans la Flora austriaca de N.J.Jacquin.

L’Astrance de Carniole, plus orientale,  n’existe pas sur le territoire français. A ce sujet voir

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #Botanistes, #iconographie

Les premières bananes cultivées le furent en Asie, mais dès que les Européens colonisent l’Amérique, ils l’acclimatent en zone tropicale, d’autant plus qu’elles constituent une source précieuse de nourriture pour les esclaves. Ci-dessous une peinture de Marianne North (1830-1890), de Bananiers dans un jardin au Brésil. 

On a vu que Linné distinguait encore dans le Species Plantarum de 1753, deux espèces : Musa paradisiaca et Musa sapientum, qui sont maintenant incluses dans cet hybride Musa × paradisiaca L.

Un extrait de l’Histoire des Plantes de la Guiane françoise, de J.B.C. Fusée-Aublet (1775), reprend cette distinction qui semblait très valide en Amérique du Sud entre Banane ou Plantain (Musa paradisiaca), féculent à cuire en légume et Bacove (Musa sapientum), soit le fruit sucré.

Aublet nous renvoie ainsi vers Charles Plumier dans le Nova plantarum Americanarum generaUn extrait de ce texte de Plumier de 1703 signale déjà les deux variantes (cucumerino longiori et cucumerino breviori). On peut dire qu’Aublet et Plumier sont deux botanistes fondateurs en Amérique du Sud.

Un manuscrit numérisé de la bibliothèque du MNHN montre des dessins originaux plus séduisants que la gravure 34 ci-dessus. Le Père Plumier a dessiné pour la première fois et aquarellé une quantité de plantes américaines dans plusieurs recueils dont « Botanicum americanum, seu historia plantarum in americanis insulis nascentium..., ab anno 1689 usque ad annum 1697 »

On peut les visionner là : https://bibliotheques.mnhn.fr/EXPLOITATION/infodoc/digitalCollections/viewerpopup.aspx?seid=MNHN_MS7

Le Dictionnaire raisonné, universel d’Histoire naturelle, de Valmont-Bomare édité en 1800, en p.63, parle de la figue-banane en ces termes : « Dans la Guiane, il y a deux espèces de bananiers, ou deux variétés qui diffèrent par le fruit. Le fruit de l’une s’appelle pacobe ou bacove et on lui donne le nom de figue-banane. Il est plus court plus gros et plus droit et même moins pâteux, plus fondant et plus délicat que celui de la banane commune et ordinaire qui est plus long. La tige du Bacovier, (Musa fructu cucumerino , breviori Plum.) est en dehors d’un vert jaunâtre taché de noir, celle du Bananier est toute verte ». Je vous rappelle que le Bananier est là compris comme le cucumerino longiori’ soit le légume à cuire…

La planche 478 du t 7 de la Flore médicale des Antilles de Michel Étienne Descourtilz, (dessin de Jean Théodore Descourtilz) montre au bas de la planche (d’après la légende figurant p 118) une patte (on dit aussi une main) de Figues Bananes. Dans son texte abondant sur le sujet on peut relever : « Le Figuier Bananier, Bacovier ; Bananier de Sages, Musa sapientum Linn. ; Musa fructu cucumerino breviori de Plumier, ne diffère du Bananier qu’en ce que les fruits sont plus courts et d’une saveur plus pâteuse. Le corps de la tige est marqueté de taches noires foncées entremêlées de bandes irrégulières de couleur vert-pistache, jaune, lilas et rose ; ses fruits se mangent crus et sont plus estimés que les bananes. »

Flore médicale des Antilles de Michel Étienne Descourtilz, dessins de Jean Théodore Descourtilz
Flore médicale des Antilles de Michel Étienne Descourtilz, dessins de Jean Théodore Descourtilz

Flore médicale des Antilles de Michel Étienne Descourtilz, dessins de Jean Théodore Descourtilz

Etienne Denisse et les bananes en Amérique :

 « Flore d'Amérique, dessinée d'après nature sur les lieux. Riche collection de plantes les plus remarquables, fleurs & fruits de grosseur & de grandeur naturelle, par Etienne Denisse, peintre d’histoire naturelle, lithographe breveté du Roi, dessinateur sur un vaisseau de l’état, membre de plusieurs sociétés savantes ». Publié à Paris, chez Gihaut frères (1843).

Dès l’introduction, Etienne Denisse insiste sur le fait qu’il était sur place et donc que ses représentations sont fidèles à l’allure réelle sous le climat d’origine et non dans une serre ou un jardin d’Europe, puis qu’il a autant que possible respecté la taille réelle.

Un court texte au bas des planches donne quelques renseignements sur les propriétés et les usages traditionnels, alimentaires ou médicinaux et quand c’est possible un nom latin, bien que ce dernier soit la plupart du temps obsolète.

Dans son ouvrage, figurent trois séduisantes lithographies en couleur dont deux reprennent la même distinction que ci-dessus entre bananiers et bananiers-figues ; mais cette fois il donne pour les trois planches le nom latin de Musa paradisiaca.

Pour le Bananier : « Ce fruit excellent sert de nourriture aux habitants d’Amérique ; il remplace parfaitement le pain de froment »

Flore d'Amérique, dessinée d'après nature, d'Etienne Denisse (1843)
Flore d'Amérique, dessinée d'après nature, d'Etienne Denisse (1843)

Flore d'Amérique, dessinée d'après nature, d'Etienne Denisse (1843)

Pour finir cette série d'articles sur les Bananes, et pour le plaisir, je voudrais montrer deux lithographies en couleurs d’un ouvrage dont Jean Théodore Descourtilz est l’auteur pour les planches comme pour le texte, (il est le fils du médecin cité plus haut, Michel Étienne Descourtilz) : "Oiseaux brillans et remarquables du Brésil  placés près des végétaux dont les fruits les nourrissent." Peints sur les lieux (1835).

Oiseaux brillans et remarquables du Brésil, de Jean Théodore Descourtilz
Oiseaux brillans et remarquables du Brésil, de Jean Théodore Descourtilz

Oiseaux brillans et remarquables du Brésil, de Jean Théodore Descourtilz

Bananes, l’histoire américaine

 Et en prime, une Obs récente du Tangara émeraude qui se régale bien de banane! sur le site de Christian pendant son voyage au Costa-Rica à visiter là 

 

 

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