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Botazoom, Botanique et Iconographie

Botazoom, Botanique et Iconographie

Ce blog est destiné aux curieux de botanique. En s’appuyant sur les photos que j’ai pu faire en voyage, et sur de l’iconographie ancienne, il rentre un peu dans les détails qui m’ont permis d’identifier une espèce, mais son contenu doit être considéré comme celui d’une botaniste amateur !

botanique

Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Fleurs, #iconographie, #Botanique

La Valériane grecque  ou Echelle de Jacob (Polemonium caeruleum L.) n’a de grec que le nom ; elle est bien indigène en Europe mais dans des types de milieux qui ne se trouveraient guère en Grèce puisqu’elle préfère un climat frais de moyenne altitude. On la trouve notamment dans des vallées jurassiennes ou alsaciennes, dans des lieux humides (prairies, bords de ruisseau). Pour ma part je l’ai prise en photo en Franche-Comté à proximité des tourbières de Frasnes. C’est une grande espèce des mégaphorbiaies qui est protégée au niveau national.

 Comme preuve que cette belle plante est depuis bien longtemps en Europe, voici deux bois gravés du 16ème siècle qui en attestent ! Pourtant, son statut de seule Polémoniacée à l’état naturel chez nous est parfois discuté, il pourrait s’agir d’une très ancienne introduction. Ci-dessous: Lobel, M. de, Plantarum seu stirpium icones (1581) vol. 1 (1591)

 

Dans son célèbre ouvrage de 1591 «Plantarum seu stirpium icones », Matthias de l’Obel classe la Valériane grecque avec les autres valérianes. Il reprend les noms donnés par Rembert Dodoens dans « Stirpium historiae pemptades sex » à peine antérieur (1583), dont « Valeriana graeca ».

Le bois gravé est en fait le même qui a servi pour les deux ouvrages, comme ce fut souvent le cas avec trois botanistes contemporains qui éditèrent dans ces années-là chez Plantin à Anvers : Dodoens, Lobel et Charles de l’Ecluse. Les dessins d’origine, modèles de ces gravures, sont probablement de Pieter van der Borcht.

 

Comme les Polemonium, les Phlox et les Collomia appartiennent à cette tribu des Polemoniae, originaire d’Amérique du Nord et d’Eurasie. En taxonomie, une tribu dénote une plus grande proximité des espèces que la famille (Polemoniaceae).

La Valériane grecque (Polemonium caeruleum L.)
La Valériane grecque (Polemonium caeruleum L.)

La Valériane grecque (Polemonium caeruleum L.)

Alors que les Phlox sont uniquement horticoles, Collomia grandiflora Douglas ex Lindl., est en France une échappée de jardin, mais il semble qu’on l’ait un peu aidée en 1846 en Alsace le long de la Thur d’où elle s’est propagée, choisissant de s’installer sur les berges sablonneuses des cours d’eau notamment dans le Massif central. Elle devient plus ou moins indésirable mais pas envahissante : elle ne mérite certes pas le terme de peste végétale, comme la Jussie par exemple !

A l’origine la Collomie à grandes fleurs habite le Nord-Ouest des Etats-Unis, elle y est observée et nommée par  David Douglas au bord de la rivière Columbia ; il récolte des graines de cette annuelle en 1828, puis elle est introduite dans le jardin de la Société d’Horticulture de Londres, d’où elle se disséminera dans les jardins européens.

La Collomie à grandes fleurs (Collomia grandiflora Douglas ex Lindl.)
La Collomie à grandes fleurs (Collomia grandiflora Douglas ex Lindl.)

La Collomie à grandes fleurs (Collomia grandiflora Douglas ex Lindl.)

Très peu de temps après son apparition, Jean Henri Jaume Saint-Hilaire (1772-1845) botaniste et peintre de fleurs, représente la Collomia grandiflora dans : « La Flore et la Pomone françaises : histoire et figure en couleur, des fleurs et des fruits de France ou naturalisés sur le sol français » (1828-1833).

 

J’ai eu la surprise de découvrir la Collomie à grandes fleurs pour la première fois au bord de l’Ardèche dans une zone caillouteuse, à Vogué et je l’ai crue d’abord vraiment accidentelle à cet endroit. La couleur saumonée pâle des corolles en trompettes rehaussée par le bleu des anthères n’est pas commune et ressort bien sur la tête florale scintillante grâce aux poils glanduleux des calices.

Collomia grandiflora Douglas ex Lindl. à Vogué (Ardèche)

Collomia grandiflora Douglas ex Lindl. à Vogué (Ardèche)

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Fleurs, #iconographie, #Botanique

En cherchant à identifier quelques centaurées les mois derniers, j’ai vu que deux éléments étaient prioritaires à détailler : les bractées de l’involucre qui sont d’une incroyable variété et aussi la présence ou non d’une couronne de fleurs rayonnantes sur la périphérie de la corolle.

Cette gravure de 1700, sortie de « Institutiones rei herbariae » de Joseph Pitton de Tournefort, montre assez  clairement les deux formes de fleurs pouvant figurer sur le réceptacle des centaurées. Claude Aubriet a représenté ici le Bleuet.

Jusque récemment le Bleuet ou Barbeau faisait partie du genre Centaurea ; Centaurea cyanus L. est devenu Cyanus segetum Hill. Il est amusant qu’il ait repris le nom de genre que lui donne Tournefort : Cyanus. En fait les Cyanus ne diffèrent guère des centaurées en dehors du fait qu’ils sont franchement bleus.

La Centaurée des montagnes (Cyanus montanus (L.)Hill),  que je vous montre ici, vue sur le plateau du Revard au-dessus du lac du Bourget, a du coup été rangée dans le genre Cyanus.

On peut y reconnaître comme sur la gravure de 1700 les deux formes de fleurs figurant en général sur le réceptacle des centaurées. Sur le centre, des corolles plus tubulaires et fertiles, sur le pourtour des fleurs plus grandes à corolles évasées en entonnoir mais tout à fait stériles (sans pistils ni étamines), qui ne sont là que comme pôle d’attraction visuel pour les pollinisateurs.

Centaurea pectinata L. (Centaurée en peigne, Centaurée pectinée)

La centaurée en peigne possède de longs appendices sur les bractées de l’involucre, prolongées par un filament cilié roussâtre qui se retourne en boucle créant une sorte de petite cage aérée autour de l’involucre. Il est notable que les fleurs du pourtour ne sont pas rayonnantes, ce qui pourrait permettre de la distinguer de la suivante mais de toute façon elle ne figure pas dans les mêmes zones ; elle préfère une zone méditerranéenne et remonte un peu dans le massif central. Ma photo est prise en Ardèche.

Ci-dessus, la gravure : Reichenbach, H.G.L., Iconographia botanica seu plantae criticae (1823-1832)

 

Centaurea nervosa Willd.

Cette centaurée ne possède pas de nom vernaculaire car elle a probablement été autrefois assimilée à la Centaurée uniflore (Centaurea uniflora L.) et comme elle, elle est monocéphale et montagnarde ce qui ne facilite pas la tâche. 

La différence la plus notable serait dans la pilosité des feuilles : C.nervosa possède des feuilles velues mais assez rudes au toucher alors que sur C.uniflora les feuilles semblent plus pelucheuses. L’involucre de bractées est bien plus volumineux que sur la centaurée en peigne mais très similaire.

Par contre sur la périphérie de la corolle figurent de belles fleurs rayonnantes. Mes photos sont prises sur le Semnoz près d’Annecy.

Centaurea aspera L. (Centaurée rude)

Là aussi, les bractées de l’involucre permettent tout de suite l’identification. Cinq petites épines rousses retournées dont la centrale est un peu plus longue. Les fleurs du pourtour sont un peu rayonnantes mais pas tellement. J’étais contente de la trouver dans une limite assez septentrionale de sa répartition sur des dunes littorales près de Saint Malo. Elle habite plutôt le midi et remonte le long de la côte atlantique.

 

Un grand groupe initial des Centaurea paniculata de Linné (on ajoute sensu latissima pour exprimer ce groupement d’espèces très proches) s’est divisé en nombreuses espèces maintenant reconnues et c’est surtout le détail très précis des appendices des bractées médianes de l’involucre qui a compté pour établir ces différences ainsi peut-être que leur territoires de répartition. Cette illustration issue de la Florae Austriaceae (1773-1778) de Nicolaus Joseph von Jacquin montre Centaurea paniculata L. dont les involucres restent de petite taille et la tige est très ramifiée.

Centaurea maculosa Lam. (Centaurée maculée, Centaurée tachetée) s’est détachée de ce grand groupe. J’ai découvert cette centaurée sur les plateaux calcaires très arides de l’Ardèche. Elle est dégingandée, avec des ramifications aériennes pourvues de feuilles maigres, velues-blanchâtres. Les capitules sont assez hauts et fins. Les bractées en sont notablement rayées et ornées de dents qui se détachent en clair sans se retourner. Elle semble porter une simple couronne de longues fleurs rayonnantes sur le tour de la corolle.

 

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Fleurs, #iconographie, #Botanique

Un court séjour du côté d’Annecy m’a permis, il y a peu, de découvrir une curiosité, la Gentiane hybride (Gentiana × hybrida Schleich. ex DC.), qui résulte du croisement de la Gentiane jaune (G. lutea L.) et de la Gentiane pourpre (G. purpurea L.). Il faut bien entendu, que coexistent dans un secteur restreint les deux espèces parentes et cela se produit près d’Annecy sur le Semnoz, à la limite des arbres en redescendant sur Leschaux. Il semble que cette observation ne soit pas commune, mais possible aussi que les stations soient laissées assez secrètes…

 

Pour mémoire, voici les photos prise ce jour là au même endroit de Gentiana lutea puis de Gentiana purpurea
Pour mémoire, voici les photos prise ce jour là au même endroit de Gentiana lutea puis de Gentiana purpurea
Pour mémoire, voici les photos prise ce jour là au même endroit de Gentiana lutea puis de Gentiana purpurea

Pour mémoire, voici les photos prise ce jour là au même endroit de Gentiana lutea puis de Gentiana purpurea

J’ai pourtant retrouvé une ancienne représentation de cet hybride avec cinq aspects évolutifs possibles entre G. lutea L. et G. purpurea L.

Il s’agit de l’illustration d’un article des Mémoires de la Société d’Histoire Naturelle de Paris (vol. 1: t. 5) daté de 1823, dont le titre complet est « L’hybridité des plantes en général et particulièrement sur celle de quelques gentianes alpines » par MM. Guillemin et Dumas.

Cinq aspects évolutifs possibles entre G. lutea L. et G. purpurea L. (illustration de 1823)

Cinq aspects évolutifs possibles entre G. lutea L. et G. purpurea L. (illustration de 1823)

Une station remarquable découverte au sommet du Môle (au Sud-Est d’Annemasse), sur un revers orienté Nord fait l’objet de l’article : parmi une très riche population de Gentiane pourpres, quelques pieds de Gentianes jaune se trouvent entourés à peu de distance (moins de 2 m) par des hybrides. Il est présumé dans le texte que les pieds de Gentianes jaunes seraient les pères, fécondant de leur pollen (plus mobile du fait de la hauteur de la plante et de l’ouverture de la corolle), les pieds  de gentianes pourpres dont les corolles sont plus fermées et les pieds moins hauts.

Les auteurs notent :

  • Les hybrides sont presque aussi hauts que G. lutea
  •  
  • Leurs feuilles sont plus allongées et plus brillantes que celles de G. lutea dont les feuilles sont toujours assez glauques
  •  
  • Certains hybrides présentent des fleurs pédicellées et non sessiles comme celles de la G.purpurea
  •  
  • Les divisions de la corolle dépassent la moitié de sa longueur.

Peut-être trouverez-vous certains de ces critères dans mes quelques photos prises de cet hybride du Semnoz… toujours est-il que mon fils, en bon rabatteur, est venu me trouver ce jour-là m’alertant sur la différence de taille et l’allure générale un peu différente de ces pieds au milieu des gentianes pourpres ! J’ai tout de suite été interpellée par la profondeur des découpes des lobes de la corolle. Sur les deux fleurs que j’ai gardées en herbier et dont voici un scan, c’était encore plus évident du fait que la couleur pourprée a beaucoup pâli sur la fleur de l’hybride à droite, la fleur de gentiane pourpre est restée sombre.

Scan de mes deux corolles en herbier: à gauche G.purpurea et à droite l'Hybride: (Gentiana × hybrida Schleich. ex DC.))

Scan de mes deux corolles en herbier: à gauche G.purpurea et à droite l'Hybride: (Gentiana × hybrida Schleich. ex DC.))

Voici une phrase de cet article de 1823 : « Nul doute qu’entre les deux espèces primitives, il n’existe tous les intermédiaires possibles et qu’ils ne forment une chaine non interrompue et même linéaire puisqu’il n’y a de relation qu’entre deux espèces ou deux points donnés ».

A bientôt du côté d’Annecy !

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Fleurs, #voyages, #iconographie, #Botanique

Deux espèces parmi les cinq Germandrées que j’ai vues en Ardèche se trouvaient dans l’élément qui leur convient: le rocher ou des éboulis de roches. Il s’agit de la Germandrée Petit-chêne (Teucrium chamaedrys L.)

et de la Germandrée des montagnes (Teucrium montanum L.), ci-dessous.

Ces deux espèces, vues au Nord de la Loire seraient des données intéressantes mais là, rien de spectaculaire !

ci-dessus, la Germandrée jaune (Teucrium flavum L.), en revanche est plus strictement méditerranéenne ; celle-ci se trouvait dans les falaises et éboulis des gorges de l’Ardèche, à peu près dans sa limite nord de répartition.

Dans la famille des Labiées, la corolle doit s’observer à la loupe ; chez les Germandrées la lèvre supérieure est carrément absente, tout le contraire des Lamiers qui eux portent de belles casquette ! On peut bien voir néanmoins sur cette photo de la Germandrée jaune deux longs lobes dressés de chaque côté qui seraient des vestiges de cette lèvre supérieure, déjà réduite à une très courte languette fendue en deux dans le genre Ajuga.

Un dernier groupe de Germandrées est assez vite distingué du fait de l’allure de petites boules velues de ses inflorescences. Voici ci-dessous la Germandrée tomenteuse (Teucrium polium L.).

Cette dernière figure avec la Germandrée Petit-chêne sur la belle eau-forte de Claude Aubriet ci-dessous.

Eau-forte de Claude Aubriet pour « Institutiones rei herbariae » de Joseph Pitton de Tournefort

Eau-forte de Claude Aubriet pour « Institutiones rei herbariae » de Joseph Pitton de Tournefort

Pour un célèbre ouvrage de botanique datant de 1700 « Institutiones rei herbariae » de Joseph Pitton de Tournefort, Claude Aubriet a représenté avec précision 451 planches de détails floraux qui doivent selon l’opinion de l’auteur, suffire pour répertorier et classer la flore connue. Il invente le concept de genre, et sa classification sera une base pour le travail  ultérieur de Linné. Mais son système de classification dit Système artificiel, trouve assez vite ses limites, car il ne considère aucun autre organe de la plante et du coup il ne reconnait pas la division basique entre monocotylédones et dicotylédones pourtant déjà révélée avant lui : c’est le Système naturel qui aura du mal à s’imposer car s’il est plus logique, il nécessite des connaissances plus approfondies, il est donc plus difficile à utiliser. Voyez comme même de nos jours certains ouvrages basiques (mais ce ne sont pas réellement des flores !) font voisiner pissenlit et bouton d’or sous prétexte qu’ils sont tous deux jaunes ; c’est un peu le même phénomène : l’aspect pratique prend le dessus…

Il faut bien dire pour les Labiées, que beaucoup de renseignements sont donnés par la seule observation détaillée de la fleur, par exemple le Marrube noir (Ballota nigra L.), seule espèce en France du genre Ballota se reconnait plutôt à ses calices développés et élargis en étoile rigides, regroupés en verticilles fournis.

 

Le Marrube noir (Ballota nigra L.)

Le Marrube noir (Ballota nigra L.)

Mais comparez avec les calices en verticilles également du Calament clinopode (Clinopodium vulgare L.) ci-dessous, ils sont ici très velus et leurs pointes fines sont recourbées.

Chez la Marlolaine sauvage ou Origan (Origanum vulgare L.), les nombreuses bractées rougeâtres imbriquées qui couvrent le calice sont un élément facile à repérer ainsi que les quatre étamines saillantes à anthères pourpres.

Les différentes espèces de Galeopsis sont difficiles à distinguer ; en gros il s’agit de l’Ortie royale ; je me suis risquée à nommer celui-ci Galeopsis angustifolia Hoffm. D’une façon générale le tube de la corolle est long et saillant, deux gibbosités marquent le pliage de la lèvre inférieure.

Toutes les photos de cet article sont encore ardéchoises, mais bientôt je vous emmène du côté d’Annecy !

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #iconographie, #Arbustes, #voyages, #Botanique, #Botanistes

Nikolaus Joseph Jacquin (1727-1817) fut certes un grand botaniste, mais il fut aussi un excellent dessinateur , ce qui n’est pas obligatoire pour un botaniste qui peut se contenter de faire des herbiers, mais cela donne plus d’intérêt aux dessins et croquis qu’il a pu faire de plantes exotiques ‘in situ’. C’était plutôt une exception à une époque où de nombreux dessins et gravures étaient reconstruits d’après des herbiers et les souvenirs de l’observateur parfois appuyés par des croquis très sommaires pris sur le vif.

Jacquin est envoyé ses études à peine achevées aux Caraïbes pour inventorier et rapporter des plantes destinées à enrichir la serre du parc de Schönbrunn. On peut voir sur la carte tenue par deux indiens Caraïbes, entourés d’un décor exubérant, que Jacquin a visité les iles de Cuba, de la Jamaïque, de Saint-Domingue et de la Martinique.

Le frontispice de Selectarum stirpium americanarum historia

Le frontispice de Selectarum stirpium americanarum historia

Pour « Selectarum stirpium americanarum historia » Nikolaus Joseph Jacquin, âgé de 27 ans a produit ces gravures conformes à des dessins précis faits sur place. Il semble qu’il a voulu s’en tenir assez strictement à ce qu’il avait noté et ces planches gravées à son retour des Caraïbes, que certains trouvent un peu trop ‘brutes de décoffrage’, moi, je leur trouve beaucoup de simplicité et d’exactitude. On peut sentir l’importance qu’il accordait à cette démarche en observant sa signature par exemple sur cette Canne d’eau (Costus spicatus) : Jacquin ad vivum delineavit. Par la suite, au cours de sa longue vie, il saura s’entourer de dessinateurs de grand talent qui bien sûr donneront des planches plus raffinées que celles-ci…

 

La Canne d'eau (Costus spicatus) en Guadeloupe

La Canne d'eau (Costus spicatus) en Guadeloupe

Le reste de son existence se passera en Autriche où invité par l’impératrice Marie-Thérèse, il dirigera le Jardin botanique de Vienne. Son apport à la connaissance des plantes aussi bien européennes qu’américaines sera considérable, par le biais de très beaux ouvrages, aidé en cela par des peintres très doués comme d’abord Franz Anton von Scheidel (1731-1801) pour le  « Hortus botanicus Vindobonensis », et le « Flora austriaca ».

Le « Icones plantarum rariorum » est illustré principalement au début (Vol. 1 and vol. 2 fasc. 1–4) par Joseph Hofbauer (1832-1878), puis par les frères Bauer. Jusque vers 1786 c’est Franz Bauer (1758–1840) qui travaille pour Jacquin, puis  c’est Ferdinand Bauer (1760–1826), jusque vers 1788.

Deux autres dessinateurs ont travaillé avec Jacquin et Scheidel pour « Plantarum rariorum horti caesarei schoenbrunnensis » (1767-1797-1804): Johannes Scharf (1765–1794) et Martin Sedelmayer (1766–1799).

Les graveurs n’ont guère laissé leur nom sur les planches et encore moins les petites mains qui rehaussaient de couleurs toutes ces gravures en noir et blanc.

J’ai à mon habitude choisi quelques planches pour lesquelles je disposais de photos prises sur place à La Réunion ou en Guadeloupe.

Ci-dessus les fruits et les fleurs du Palétuvier gris (Conocarpus erectus L.)  de la famille des Combretacées, les fleurs sont de petits pompons crème que j’ai bien vu cette fois. En 2017 j’avais vu les fruits que Fournet dans sa Flore illustrée des phanérogames de Guadeloupe et de Martinique dit semblables à de petites pommes de pin mais qu’il nomme plus botaniquement des « drupes squamuliformes », sur Grande-Terre à la Pointe des Châteaux. C’est un arbre typique des lisières de mangrove ou des plages humides.

A La Réunion j’avais admiré un grand et vieux Tamarinier (Tamarindus indica L.) de la famille des Fabacées ; il donne les fameuses gousses dures  comestibles et médicinales.

J’avais trouvé très élégantes les fleurs de la Solanacée ci-dessous, plus grandes que celles de notre Douce-amère ; c’est le Bois teurtre ou en créole le Pikannyé (Solanum racemosum Jacq. ou Solanum bahamense L.).

 

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #iconographie, #Fleurs, #Botanique

1753 est une date charnière pour la botanique : c’est l’année de la parution du « Species Plantarum » de Carl Linné (1707-1778). Cet ouvrage établit la nouvelle nomenclature binominale qui va rendre obsolètes tous les systèmes précédemment conçus pour nommer une plante, systèmes devenus vraiment trop alambiqués et confus du fait des connaissances en botanique qui se précisaient et du nombre important de nouveautés venues d’Orient comme d’Occident.

Il est éclairant, pour s’en faire une idée de comparer les dénominations pour un même groupe de plantes avant et après 1753. Pour ce faire, j’ai choisi les Passiflores.

 

 

 

 

 

 

Pour le plaisir de montrer des bois gravés voici d’abord les portraits rudimentaires d’une passiflore, observée au Mexique, pour « Rerum medicarum Novae Hispaniae thesaurus » de Francisco Hernández (1517-1587). La légende sur l’estampe est assez simple : Granadilla flos passionis, probablement parce qu’on ne différencie pas encore les passiflores.

 

Voyons maintenant les passiflores dans la « Description des Plantes de l’Amérique » de Charles Plumier qui parait en 1693. 

On y voit une ancienne formulation pour cette Passiflore à fruits rouge qui deviendra plus tard Passiflora rubra L. Faisant suite au nom de genre qui est alors encore Clematitis, figure une phrase descriptive traditionnelle qui permet de différencier les espèces voisines d’un même genre. Cette phrase constitue le « nom spécifique », ici : ‘ indica flore clavato suaverubente, fructu hexagono coccineo, folio bicorni ‘. C’est la longueur de cette phrase qui différait plus ou moins selon les auteurs anciens qui posait problème et pouvait créer des confusions.

Ci-dessus, dans le « Plantarum americanarum » de 1757, une autre espèce qui semble bien être la Grenadille à feuilles obrondes, maintenant nommée Passiflora rotundifolia L. figure en bas de la planche 138, avec cette fois le nom de genre actualisé Passiflora, mais encore ensuite une petite description : foliis sub-trilobis, obtusis. En effet, le « Plantarum americanarum » qui survient en 1755-1760, est un ouvrage posthume de Plumier édité avec modifications des légendes par Burmann. Ce dernier a actualisé les noms de genres suivant la première étape de simplification établie par Linné ; car Linné n’est pas parvenu au résultat simple de la nomenclature binominale en une seule fois.

Dans un second temps Linné a ajouté après ces phrases descriptives un « nom trivial » simple, bien différent pour chaque espèce. Ce petit nom figure en italique en marge dans le Species plantarum et c’est surtout grâce à lui qu’on peut confirmer l’équivalence de certains taxons. Par exemple dans son texte de 1775, Fusée-Aublet (Histoire des plantes de la Guiane françoise) l’a fait : j’ai retrouvé la Passiflore à feuilles obrondes, de Charles Plumier citée sous son nom complet libellé de cette façon : PASSIFLORA (rotundifolia) foliis sub-trilobis, obtusis subrotundis. Lin. Spec.1357.

Vous noterez que déjà Aublet a rapproché le nom trivial du nom de genre selon la dernière recommandation de Linné, le reste du texte n’apparaissant plus qu’en tant que description complémentaire.

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Passiflora coccinea: la Passiflore écarlate, pour Histoire des plantes de la Guiane françoise

Passiflora coccinea: la Passiflore écarlate, pour Histoire des plantes de la Guiane françoise

La transformation est vraiment achevée en 1775, avec cette Passiflore écarlate de Fusée-Aublet dans son « Histoire des plantes de la Guiane françoise » ; Aublet l’a simplement légendée « Passiflora coccinea ».

Ainsi avec un binôme simple toute confusion entre espèces est évitée, surtout qu’afin d’en être sûr on ajoute par la suite, en abrégé, le nom de l’inventeur.

Mais c’est là que le bât blesse car une certaine injustice est faite à tous les botanistes pré-linnéens, en effet pour tous ces taxons anciens la référence finale est toujours L. pour Linné alors qu’il n’a fait que rebaptiser des plantes qu’il n’avait pas découvertes.

Le Père Charles Plumier est une de ces victimes car il a accompli un travail considérable et son nom n’apparait pas sur tous les genres  qu’il a pourtant créés et que Linné a repris. Plumier a dédié de nombreux genres à des personnages fameux qui l’avaient précédé, par exemple les Clusia, Begonia, Fuchsia, Magnolia, etc… et paradoxalement il n’est pas cité comme découvreur dans la nomenclature…

Mais je vous reparlerai de Charles Plumier !

Passiflora hirsuta, dans « Eclogae plantarum rariorum »

Passiflora hirsuta, dans « Eclogae plantarum rariorum »

Pour cette petite Passiflora hirsuta, qui ressemble fort à la liane Poc-poc des Antilles (Passiflora foetida L.), Joseph Franz von Jacquin, (fils de Nicolaus Joseph Jacquin), dans son ouvrage bien postérieur à 1753 « Eclogae plantarum rariorum » (1811-1844) utilise la nomenclature binominale mais pour autant il reste nécessaire de faire quelques recherches et recoupements car ce nom de Passiflora hirsuta Jacqu. fil. qui figure dans le sommaire n'a pas vraiment d'équivalent valide.

Les deux photos qui suivent représentent Passiflora foetida L. que j'ai pu voir à la Réunion et en Guadeloupe!

Passiflora foetida en Guadeloupe.
Passiflora foetida en Guadeloupe.

Passiflora foetida en Guadeloupe.

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Fleurs, #iconographie, #Botanique, #jardins botaniques, #voyages

Laissez-moi vous parler d’un genre un peu méconnu de la grande famille des Renonculacées, qu’on peut facilement confondre avec les anémones, ce sont les Adonis, au nombre de 6 dans la flore de France ; il y a 26 espèces au total pour ce genre eurasiatique.

Dans notre Europe de l’Ouest on distingue tout de suite 2 types d’Adonis, ceux à grandes fleurs jaunes brillantes, plus montagnards ou du moins collinéens (Adonis vernalis L. et Adonis pyrenaica DC.) et les « Gouttes de sang », c’est-à-dire les 4 adonis à pétales rouges.

Adonis annua L. en Mars en Catalogne.
Adonis annua L. en Mars en Catalogne.

Adonis annua L. en Mars en Catalogne.

Dans l’ensemble ils sont assez menacés et protégés ; voici peut-être le moins rare de ces Gouttes de sang : l’Adonis annua L. dont les pétales sont assez ronds et d’un rouge soutenu, une impression encore accentuée par la présence en dessous de sépales plus ou moins pétaloïdes pourprés. Je vous montre ici des photos prises fin-Avril en Catalogne, dans des parcelles d’herbages peu pâturées en arrière du bord de mer, protégées surtout du fait de la présence de petites orchidées (des ophrys et des sérapias).

Certaines de ces petites parcelles sont cultivées de façon douce ; vous voyez peut-être sur la photo qu’il faut à l’Adonis un peu de terre nue. En lisière de cultures, il persiste parfois car c’est une plante adventice des cultures, une messicole, donc très menacée par les pesticides.

 

La formation des akènes en fin de floraison permet de confirmer la détermination de cette espèce qui bizarrement se nomme couramment aussi Adonis d’automne alors que sa floraison est plutôt estivale voire même printanière !

 

Je ne peux pas affirmer connaître l’Adonis printanier ou Grand œil de bœuf, (Adonis vernalis L.) qui existe en France sur des pelouses rocailleuses et sèches de moyenne altitude. Celui que je vous montre ici est une sous-espèce eurasiatique : Adonis vernalis ssp. Amurensis dont le doux nom commun est Adonis de l’Amour, l’Amour étant un fleuve frontière entre la Russie et la Chine.

Adonis vernalis ssp. Amurensis au jardin botanique de Berlin.
Adonis vernalis ssp. Amurensis au jardin botanique de Berlin.

Adonis vernalis ssp. Amurensis au jardin botanique de Berlin.

J’ai eu la bonne surprise de le voir fleuri en début Mars, dans le très beau jardin botanique de Berlin. Les fleurs sont plus grandes (environ 3 cm de diamètre) que celles des petites espèces rouges ; et le feuillage moins finement lacinié que l’espèce type ressemble davantage à celui des anémones alpines.

 

Dans un ouvrage daté de 1614, Crispin de Passe montre deux adonis sur une planche de l’Hortus floridus, un recueil très connu et apprécié, maintes fois remanié et réédité au 17ème siècle. Les gravures à l’eau-forte sont de lui, il était issu d’une dynastie réputée de graveurs flamands. C’était très novateur de représenter cette série de fleurs des jardins, surtout des bulbeuses, in situ, et comme à hauteur des yeux, sans compter que jusque-là les ouvrages étaient illustrés de gravures sur bois forcément moins précises. J’ai nettoyé un peu et contrasté cette estampe qui vient d’un exemplaire scanné par la bibliothèque du Real Jardin Botanico de Madrid.

"Hortus floridus" de Crispin de Passe, 1614

"Hortus floridus" de Crispin de Passe, 1614

La plante de droite est manifestement l’Adonis printanier, pour celle de gauche je suis presque sûre qu’il s’agit bien d’un Adonis ‘goutte de sang’ bien que le nom d’Eranthemum ne colle pas du tout avec la nomenclature actuelle, mais des textes contemporains le donne comme synonyme du ‘Flos adonis vulgo‘ de Clusius et la légende mentionne bien ‘flore sanguineo’ . A ce propos il faut rappeler que Crispin de Passe demandait à chaque propriétaire d’un « Hortus floridus » de le rehausser de couleurs.

C’est un très bel album de coloriage, je trouve !

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #iconographie, #Botanique, #Arbustes, #voyages
Le frontispice de cet ouvrage de 1775

Le frontispice de cet ouvrage de 1775

Jean Baptiste Christ. Fusée-Aublet, né à Salon de Provence en 1720, reste connu des botanistes par son ouvrage précurseur sur la Flore de la Guyane : « Histoire des Plantes de la Guiane françoise », paru en 1775.

Cet ouvrage est abondamment illustré de planches gravées en taille-douce et il existe sur la toile plusieurs versions de ces planches scannées, certaines ‘brutes de décoffrage’, c’est-à-dire maculées de nombreuses taches, d’autres rendues plus lisibles par un toilettage informatique plus ou moins poussé. Ces nettoyages s’ils sont efficaces pour un botaniste ne rendent pas toujours hommage au travail des graveurs (auquel je suis moi très sensible car j’ai gravé autrefois) et j’ai eu envie d’en nettoyer quelques-unes à ma façon en repartant d’une version d’origine, l’idée étant de les mettre ensuite sur Wikimédia pour les rendre plus accessibles à tous. Il y a 400 gravures environ et ce travail sera très long si j’ai la patience de le mener à terme.

J’ai commencé par des plantes que j’avais vues en Guadeloupe, bien sûr, et il n’y en a pas tant que ça, la flore de la Guyane étant très riche et très particulière à ce territoire.

Fothergilla mirabilis, de nos jours Miconia mirabilis

Fothergilla mirabilis, de nos jours Miconia mirabilis

Trois mélastomacées que j’aime beaucoup figurent dans le livre d’Aublet : le Miconia mirabilis, le Miconia laevigata et Nepsera aquatica.

Les Miconia sont des arbustes que j’ai pu voir sur Basse-Terre. Dans son ouvrage Aublet qui voyait journellement des plantes encore inconnues les a nommées souvent pour la première fois et le nom leur est resté ou pas car des botanistes linnéens sont ensuite passés par là ! C’est ainsi que vous verrez comme légende des noms parfois différents de l’appellation actuelle. Ci-dessous Miconia mirabilis sur Basse-Terre.

 

Melastoma laevigata, de nos jours Miconia laevigata

Melastoma laevigata, de nos jours Miconia laevigata

Le texte d’Aublet associé à ces espèces n’est pas moins intéressant et très vivant; il figure en français et non en latin ; par exemple pour son Melastoma laevigata : « On emploie les feuilles écrasées de cette plante pour guérir les blessures occasionnées par la piqure des épines dont quelques poissons sont armés »

Les Miconia s’avèrent difficiles à différencier, les 18 espèces que compte ce genre sont très semblables ; les nervures sur les feuilles sont très typiques chez toutes les mélastomacées. J’espère bien ne pas faire d’erreur de détermination sur ces deux-là ! Ci-dessous Miconia laevigata sur Basse-Terre

 

Melastoma aquatica de nos jours Nepsera aquatica

Melastoma aquatica de nos jours Nepsera aquatica

Nepsera aquatica, fine et légère avec ses étamines pourpres pose moins de problème à déterminer ; elle se trouvait dans le sous-bois en montant vers les troisièmes chutes du Carbet, toujours sur Basse-Terre.

La difficulté pour les dessinateurs puis pour les graveurs est toujours de rendre la blancheur sur des zones très resserrées comme les faisceaux d’étamines des fleurs.

Et n’oublions pas que les dessinateurs de ces ouvrages souvent n’avaient pas eu de spécimens frais en main. Dessinateurs et graveurs pour ce livre ont œuvré en France et plusieurs années s’étaient écoulées entre l’observation et la réalisation des planches car Aublet n’est pas rentré en France aussitôt. Bernard de Jussieu a participé au travail final de description botanique et à la critique des dessins. Pour rester au plus près de la réalité, Aublet a piloté les dessinateurs se référant à ses souvenirs et à ses croquis car semble-t-il, il a pris des notes de terrain écrites et dessinées qui sont maintenant en Angleterre.

Il assure qu’il a cherché à combattre certaines dispositions naturelles des artistes : « Les Dessinateurs cherchant à faire des dessins agréables plutôt que corrects, et n’ayant pas l’habitude de dessiner les plantes dans le degré d’exactitude et de précision nécessaire pour la Botanique, j’ai été obligé de former un artiste à représenter toutes les parties des plantes, telles que la nature les montre à un botaniste ». Il s’agit selon toute vraisemblance de L.Fossier, dont j’échoue à trouver de plus amples renseignement que ce seul nom qui figure au coin bas gauche de la majorité des gravures : ‘Fossier del.’

Il reste que pour rendre en volume une planche d’herbier ce n’est pas une mince affaire!

Je vous parlerai des graveurs dans un prochain article.

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #voyages, #Botanique, #Arbres

C’est une côte sableuse pour l’essentiel qui présente des aspects variés.

Juste au Nord de Capesterre Belle Eau se trouve une belle plage de cartes postales, la plage de Roseau. Un large aménagement d’enrochements en épis a protégé le littoral de l’érosion en créant là une succession de petites criques. La plage assez large est parsemée de carbets très convoités et de palmiers, mais pas seulement !

D’autres espèces ponctuent cette plage comme par exemple  l’Amandier pays aux grandes feuilles (Terminalia catappa), une espèce non originaire de Guadeloupe, mais installée aux Antilles pour l’agrément et ensuite naturalisée.

Plus authentiques sont les Poiriers-pays (Tabebuia heterophylla), quelques  Mangles blancs (Laguncularia racemosa).

 

 

 

 

Puis,un bel arbre du rivage à la silhouette tourmentée, à feuilles pointues et petites grappes de fleurs crèmes produisant des fruits plats comme des pastilles, c'est le Bois de mèche (Avicennia germinans).

Le bois de mèche (Avicennia germinans)

Le bois de mèche (Avicennia germinans)

Le fond de la plage, au sable un peu gris, accueille deux sortes de pois très communs (famille des fabacées), un rose : le Pois sabre bord de mer (Canavalia rosea), et un jaune : c’est le Pwa zonbi ou pwa pijon (Vigna luteola).

 

De bonne heure, plage de Roseau

De bonne heure, plage de Roseau

La plage est agréable à fréquenter assez tôt le matin, c’est l’heure où des dames antillaises viennent se rafraichir en marchant dans l’eau coiffées de capelines, l’heure aussi où l’employé communal ratisse les sargasses échouées dans la nuit, l’heure enfin où les sternes royales se posent au bout des épis rocheux !

 

Les sternes royales ne sont pas très farouches.

Les sternes royales ne sont pas très farouches.

Culture de Colocasia esculenta, le Chou-chine

Culture de Colocasia esculenta, le Chou-chine

En arrière de la plage, une zone surbaissée est irriguée. Surement anciennement marécageuse, elle abrite une population de Chou-chine (Colocasia esculenta). Suivant les régions, il s’appelle Taro, Madère ou encore Songe ! C’est une aracée d’origine asiatique et africaine très implantée dans toute zone tropicale dont les tubercules sont surtout consommés cuits en légume. Les jeunes tiges et feuilles ne sont pas consommées crues ; mais leur emploi est important pour cuisiner par exemple le Calalou, une recette traditionnelle de soupe antillaise.

Dans l'illustration ci-dessous, sortie de l’herbier de Basilius Besler « Le Jardin d’Eichstätt » (1620), on peut juger que l’emploi de ce Colocasia esculenta ne date pas d’hier !

Bessler, B., Hortus Eystettensis, vol. 3: t. 348 (1620)

Bessler, B., Hortus Eystettensis, vol. 3: t. 348 (1620)

Revenons sur notre plage de Roseau ; si on continue la promenade vers le Nord, arrivant de ce fait au niveau du bourg de Sainte Marie, la plage s’amenuise, une falaise argileuse fragile la surmonte qui parfois se fissure et s’écroule sur la plage déchaussant puis emportant les arbres qui fixaient ce rivage. Ici, c'est un Poirier-pays (Tabebuia heterophylla).

Les tempêtes et surtout l’ouragan Maria en 2017 ont abîmé ce bout de côte qui était moins bien protégé.

 

Les dégâts de l'ouragan Maria en 2017 sont encore bien visibles.

Les dégâts de l'ouragan Maria en 2017 sont encore bien visibles.

 

 

 

 

Un peu plus au sud à Bananier le sable volcanique donne une plage de sable noir réputée comme un spot de surf. Cette côte aussi a souffert de Maria ; le restaurant d’où j’ai pris les photos a bien failli disparaître !

Ci-dessous, au fond on aperçoit Terre de Haut des Saintes.

A côté, le long du chemin littoral sur le talus d’argile qui accueille le soubassement de la terrasse du restaurant, j’ai découvert un arbuste bien local : l’Icaquier ou Zicaque (Chrysobalanus icaco).

Ses petites prunes à la surface vaguement marquée de facettes quand elles sont jeunes, sont bien rondes une fois mûres et comestibles, consommées en compote, confiture.

Les fleurs de l'Icaquier (Chrysobalanus icaco)

Les fleurs de l'Icaquier (Chrysobalanus icaco)

A bientôt, toujours en Guadeloupe, séjour du 24 Janvier au 9 Février 2020.

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Fleurs, #Botanique, #iconographie

En ce début d’année 2020 où certains d’entre vous ont peut-être un pot d’Amaryllis au chaud devant la fenêtre, permettez-moi bien sûr d’abord de vous souhaiter une Très Bonne Année à venir avec cette photo d’Amaryllis Belladonna !

En Septembre dans un jardin du Cotentin

En Septembre dans un jardin du Cotentin

On l’appelle parfois le Lis de Jersey ; c’est plaisant… pourtant il vaudrait mieux éviter de lui donner ce nom : il y a déjà suffisamment de confusions historiques de nomenclature autour de cet Amaryllis ! Le Lis de Jersey, ou Lis de Guernesey correspond avant tout à deux espèces de Nérines (Nerine sarniensis et Nerine bowdenii)  de taille plus modeste que notre Amaryllis belladonna mais venant également en pleine terre sous les climats doux et originaires aussi du Cap de Bonne Espérance.

L’Amaryllis Belladonne (c’est le nom commun qu’a choisi Pierre-Joseph Redouté dans  "Les Liliacées" est le seul véritable Amaryllis qu’il ne faut pas confondre avec les « Amaryllis » d’intérieur qui sont en fait des Hippeastrum. Redouté en fait d’ailleurs la remarque dans le texte joint à la gravure qu’il en donne, précisant que l’Amaryllis Belladonne est doté d’une spathe portant de 3 à 10 fleurs et que les feuilles sont mortes avant la naissance des fleurs ; puis que les fleurs sont pédonculées, d’un rose clair, en forme d’entonnoir à tube court et large.

 

La différence est donc notable avec les Hippeastrum, plus pauvres en fleurs, dont les feuilles sont présentes (même courtes) durant la floraison, de plus les fleurs sont presque sessiles et plutôt rouges que roses, sans compter que depuis le siècle de Redouté on sait bien maintenant que les Hippeastrum sont d’origine américaine et beaucoup moins rustique que notre sud-africain, l’Amaryllis belladonna.

La confusion était d’autant plus présente que les Hippeastrum ne portaient pas encore ce nom. Dans « Les Liliacées » il est question d’Amaryllis equestris (ci-dessus) et d’Amaryllis brasiliensis pour une seule espèce reconnue actuellement: le Lis de la Barbade soit Hippeastrum puniceum (Lam.)Voss. ; puis d’Amaryllis reginae (ci-dessous) pour le Lis mexicain soit Hippeastrum reginae (L.) Herb. On comprend qu’il était facile de se tromper surtout que notre Amaryllis Belladonne capable pourtant de venir en pleine terre en fin d’été début d’automne était depuis longtemps cultivé comme plante d’intérieur en Italie, ce qui a d’ailleurs donné son nom de belladonna.

 

Un beau bouquet d'Amaryllis belladonna. Cliquez dessus!

Un beau bouquet d'Amaryllis belladonna. Cliquez dessus!

Mes photos ont été prises en Septembre dans un jardin privé du Cotentin, puis dans le jardin exotique de l’Ile de Tatihou à St Vaast la Hougue. Les tiges violines jaillissent du sol et sont pleines et solides pour soutenir un beau bouquet floral. La couleur rose semble d’une nuance assez différente de celle de la première gravure dans cet article (de PJ.Redouté) et même de l’image plus tardive issue de la Flore des serres et des Jardins de l’Europe de Van Houtte (ci-dessous); mais il faut savoir que ce n’est que récemment qu’existent des pigments de couleur capables de restituer une nuance de rose aussi fraîche !

 

En fait maintenant la confusion qui serait encore possible viendrait d’Asie! Il s’y trouve un Lis de la Résurrection (Lycoris squamigera Maxim.), cultivé pour l’ornement depuis des siècles en Chine, Corée. Celui-là vient également sans feuilles mais il est un peu plus petit et plus précoce (Aout plutôt que Septembre). Le voici sur une gravure du Botanical Magazine :

 

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