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Botazoom, Botanique et Iconographie

Botazoom, Botanique et Iconographie

Ce blog est destiné aux curieux de botanique. En s’appuyant sur les photos que j’ai pu faire en voyage, et sur de l’iconographie ancienne, il rentre un peu dans les détails qui m’ont permis d’identifier une espèce, mais son contenu doit être considéré comme celui d’une botaniste amateur !

botanique

Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #iconographie, #Arbustes

Le roman d’Amitav Gosh « Un fleuve de fumée », ne dépeint pas seulement le commerce de l’opium imposé aux chinois par les Européens à Canton, il nous parle aussi des échanges difficiles de plantes avec la Chine, pourtant ardemment souhaités par les botanistes et les horticulteurs de l’Ancien monde. Peut-on vraiment parler d’échanges, d’ailleurs ? Car les chinois ne semblent pas très intéressés par les plantes occidentales… Ils se font une idée très précise, en revanche, du jardin idéal et cette idée déconcerte les visiteurs occidentaux.

Dès 1804, Sir Joseph Banks envoie en Chine un écossais, William Kerr alors jardinier à Kew gardens, pour collecter des plantes et les expédier à Londres. Il n’est pas question de partir à l’aventure dans les campagnes chinoises, les occidentaux n’ayant pas le droit de sortir de l’enclave de Fanqui town, un bout de terrain au sud-ouest de Canton où se bousculent les factories des puissances étrangères. Les principaux produits négociés là par les Chinois étaient bien sûr le thé mais aussi la porcelaine et les anglais pour rétablir leur balance commerciale apportaient l’opium depuis l’Inde.

Chargement du thé à Canton, vers 1852, depuis l'île de Honam, au fond les factories de Fanqui-town, le jardin américain et l'église anglicane qui a brûlé en 1856.

En fait toute recherche de plantes chinoises aboutit sur un seul site de pépinières dont l’accès est permis aux étrangers : Les jardins de Fa-tee (ou Fa-ti), sur la carte ci-dessus, tout à fait dans le coin bas gauche. Le n°2 indique l'emplacement des Factories étrangères.

Sur l’ile de Honam au Sud de la rivière des Perles, il existe aussi quelques autres endroits visitables comme le temple ou les jardins privés de certains riches commerçants chinois qui font partie du Co-Hong, soit la Guilde des marchands chinois autorisés à commercer avec les étrangers.

C’est bien dans le jardin d’un de ces riches chinois du Co-hong, Conseequa, que John Reeves, en 1816, a découvert et a pu obtenir la Glycine (Wisteria sinensis) ; qu’il a envoyée en Angleterre d’abord sur le navire du capitaine Welbank, (c’est la plante peinte par Curtis, ci-dessous dans le Curtis's Botanical Magazine ) puis avec lui-même à bord sur le bateau du capitaine Rawes. John Reeves, était inspecteur du thé de la Compagnie des Indes orientales à Canton de 1812 à 1831, il fut chargé par Joseph Banks d'acquérir des plantes pour la London Horticultural Society.

Dans un ouvrage de cette période, on peut se faire une idée du magnifique jardin de Conseequa d’où provenait cette Glycine : « Chine: dans une série de vues, montrant les paysages, l'architecture et les habitudes sociales de cet ancien empire » par George Newenham Wright et Thomas Allom

Deux vues de la demeure et du jardin de Conseequa, marchand chinois du Co-hong
Deux vues de la demeure et du jardin de Conseequa, marchand chinois du Co-hong

Deux vues de la demeure et du jardin de Conseequa, marchand chinois du Co-hong

Autre exemple de ces riches demeures : le jardin de Howqua qui a été pris en photo par Felice Beato en 1860,

voir Felice Beato sur Google Arts et Culture : https://artsandculture.google.com/entity/%2Fm%2F0dqhzt

Howqua's gardens, photo de Felice Beato, 1860

Howqua's gardens, photo de Felice Beato, 1860

Pour l’ambiance des abords d’un temple bouddhiste à l’Ouest de Canton, ces deux photos de John Thomson datée  de 1870 environ, montrent deux hommes entourés de pots rehaussés à hauteur plus agréable et munis d’éventails. Selon Thompson, les pots abritaient des espèces de fleurs rares dont un beau spécimen de lotus sacré.

https://beinecke.library.yale.edu/collections/highlights/john-thomsons-illustrations-china-and-its-people-1873-1874

Dans un temple bouddhiste à l’Ouest de Canton, deux photos de John Thomson, 1874
Dans un temple bouddhiste à l’Ouest de Canton, deux photos de John Thomson, 1874

Dans un temple bouddhiste à l’Ouest de Canton, deux photos de John Thomson, 1874

Je vais maintenant laisser parler Jules Itier, un français moins connu que les botanistes et collecteurs anglophones comme William Kerr, Robert Fortune, Bradby Blake et John Reeves dont je ne suis pas sûre de bien traduire les propos ! Jules Itier a relaté ses visites de jardins chinois dans son « Journal d'un voyage en Chine en 1843, 1844, 1845, 1846 », qui aborde une quantité d’autres sujets passionnants.

« Les Chinois sont grands amateurs de fleurs et l’on peut en juger au soin qu’ils donnent, sous ce rapport, à la décoration de leurs jardins , dont toutes les balustrades, tous les murs à hauteur d’appui, sont garnis d’élégants pots de fleurs. Les gens de la ville trouvent à s’abonner chez des jardiniers fleuristes qui, moyennant une faible rétribution, couvrent de vases de fleurs, qu’ils renouvellent continuellement, les terrasses et l’intérieur de leurs demeures ; telle est la principale destination des jardins connus sous le nom de Fa-ti (terrains à fleurs), situés au-dessus de Canton près d’un embranchement que forme la rivière ».

Robert Fortune déclare également que dans cette dizaine de petites pépinières les plantes sont principalement conservées dans de grands pots disposés en rangées le long des côtés d'étroites allées pavées, avec les maisons des jardiniers à l'entrée par laquelle les visiteurs passent aux jardins. La photo ci-dessous de John Thomson nous donne un peu l’ambiance de ces pépinières bien qu’il ne mentionne pas être là aux Fa-tee gardens.

Photo de John Thomson, 1874

Photo de John Thomson, 1874

Puis, toujours Jules Itier parlant de Fa-tee sans s’extasier à outrance:

« Ces jardins, que je viens de visiter, n'offrent aucune plante rare ou curieuse; les chrysanthèmes, les balsamines, les belles de nuit, les géraniums, les juliennes dominent par leur nombre, au milieu des myrtes, des jasmins et des camélias; il n'y avait là pour moi que d'anciennes et agréables connaissances de nos jardins d'Europe. Les arbustes et les haies de ces jardins se font remarquer par le mauvais goût qui préside à leur taille ; ils offrent la forme de chiens, de buffles, de bateaux; c'est tout au plus si ces disgracieuses formes ont le mérite de la difficulté vaincue ».

Les Européens découvrent plus surpris qu’admiratifs, l’existence du Bonsaï : « Au surplus, on pourrait se faire une idée de la puissance des jardiniers chinois , en fait de monstruosités végétales , en voyant la jolie forêt d'arbres nains, qu'on était occupé à expédier dans un bateau à quelque riche mandarin de Canton ; qu'on se figure des ormes séculaires de 6 pouces de hauteur , aux troncs couverts de mousse , aux branches noueuses et contournées , présentant dans leur réunion sur une surface de terrain de 3 mètres carrés , l'aspect d'une forêt ombreuse , forêt en miniature , il est vrai , mais où les proportions étaient assez habilement conservés pour rendre l'illusion complète ; j'avais déjà vu , dans quelques maisons chinoises, des jardins en miniature , mais rien d'aussi parfait ne s'était encore offert à moi »

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Arbustes, #Botanique, #iconographie, #voyages

Jean-Baptiste Labat, 1663-1738, dans le tome 3 d’une suite de 6 volumes (« NOUVEAU VOYAGE AUX ISLES DE L'AMERIQUE », voir à la fin de cet article) nous parle non en latin mais bien en un français très agréable à lire, des trois espèces de ‘médicinier’ qu’il a rencontré aux Antilles. Il se trouve que j’ai vu au moins deux de ces Jatropha (famille des Euphorbiacées), en Guadeloupe, identifiés avec quelques difficultés. C’est pourquoi j’ai trouvé intéressant d’enrichir cet article avec  ses écrits que je vous cite ici en regard de mes photos et de quelques gravures anciennes dont les incontournables belles représentations de Jean-Théodore Descourtilz, postérieures d’un siècle (1822) au texte de Labat de 1722. (En italique, son texte original).

« Il y en a de trois espèces. La plus commune que l’on trouve partout et dont on se sert plus ordinairement, est celle que je vais décrire ».

Il va nous parler de Jatropha curcas : le Médecinier purgatif ou Pignon d’Inde ou encore Pourghère ; en créole : Mèdsinyé blan ; Mèdsinyé baryè ; Mèdsinyé béni.

« Le Medicinier est fort commun aux isles. On s’en sert assez souvent pour faire des lizières ». (des haies, je pense, d’ailleurs il se multiplie facilement de boutures.)

« Sa fleur n’a rien de beau. Elle ne vient jamais seule, mais en bouquets composé de plusieurs fleurons d’un blanc sale tirant sur le vert. Chaque fleuron est composé de cinq feuilles en manière d’étoile, qui sont comme un cul de lampe arrondi avec un col plus resserré et terminé par l’extrémité des feuilles qui se renversent en dehors. Le fond du fleuron est garni et comme renfermé entre cinq petites feuilles ».

« C’est du centre de ces fleurs que l’on voit sortir le fruit, ordinairement il est de la grosseur d’une noix commune d’Europe. Son écorce est verte et luisante avant qu’il soit mûr ; elle devient jaune, unie et molasse quand il est mûr ; et brune, légère, ridée et cassante quand il est sec ».

« Elle renferme trois capsules presque triangulaires, dans chacune desquelles il y a une noix ou pignon, enveloppé de trois différentes enveloppes …» J’avoue ne pas avoir épluché ces pignons !

« On lui a donné le nom de Noix de Médecine ou de Pignon purgatif, à cause de la faculté qu’elle a de purger ... Quatre à cinq de ces noix selon l’âge et le tempérament des personnes qui s’en veulent servir, suffisent pour purger très bien. Mais quand on en prend une plus grande quantité, on s’expose à des vomissements cruels et à des évacuations trop grandes ». Attention ! De toute façon, les usages ne sont plus les mêmes, surtout des applications locales, pas d’usage interne.

Mais heureusement le Père Labat nous dévoile une recette moins radicale pour se purger, que vous pourrez tester après les fêtes :

« Les Espagnols, nos Chasseurs ou Boucaniers, nos Flibustiers et autres gens qui ont la pratique du pays, se purgent d’une manière encore plus facile et sans courir le moindre risque. Ils ne font que prendre une orange de la Chine, ou à son défaut une orange douce, ils la coupent par le milieu et couvrent de sel battu les deux moitiés qu’ils remettent l’une sur l’autre, et les laissent ainsi pendant douze ou quinze heures, après quoi ils les mangent à jeun, et ils sont assurés d’être très bien purgés et d’une manière douce et sans dégoût ».

 

Ci-dessous l’illustration de Jatropha curcas, issue de la Flore médicale des Antilles de Descourtilz ; dans le texte, il le nomme Medicinier cathartique et ajoute : (Purgatif drastique). Les représentations de Théodore Descourtilz sont très particulières, plus picturales que graphiques. Sont-elles stylisées ou trop rustiques ? Ou presque modernes de conception et très parlantes ? Je le laisse à votre appréciation…

Jatropha curcas dans la « Flore médicale des Antilles de Michel Etienne Descourtilz par Théodore Descourtilz

Jatropha curcas dans la « Flore médicale des Antilles de Michel Etienne Descourtilz par Théodore Descourtilz

Voici une illustration de la même époque mais plus fine et aboutie où je retrouve exactement la plante que j’ai vue ; elle se trouve dans l’Hortus botanicus Vindobonensis (1776) de Nicolaus Joseph Jacquin, c’est la planche 63 dont le texte (p 36)  renvoie aussi au Medicinier du Père Labat:  https://bibdigital.rjb.csic.es/viewer/14955

 

La deuxième espèce évoquée par le Père Labat, est très probablement d’après sa description Jatropha multifida (aux Antilles : Koray, Noisette purgative) une très belle plante que j'ai vue au Sénégal !

Je peux aussi vous montrer cette illustration : n°91 du « Paradisus Londinensis » de William Hooker, datée de 1805.

https://www.biodiversitylibrary.org/item/113616#page/209/mode/1up

 

La troisième espèce est très certainement le Jatropha gossypiifolia L., le Médicinier rouge ou Médicinier bâtard.

« Le medicinier de la troisième espèce est encore plus petit que celui de la seconde. Ce n’est qu’un arbrisseau de trois à quatre pieds de hauteur, gros à proportions ; les feuilles sont grasses, huileuses et molles ; elles sont colorées de vert de jaune et de rouge : elles sont plus entières et bien moins refendues que celles de la seconde espèce et tous leurs bords sont semés de petits points jaunes ».

« La fleur est comme une petite rose à cinq feuilles, toute ronde, de couleur de ponceau, dont le centre est garni de quelques petites étamines, couvertes d’une espèce de poussière dorée ».

« Le fruit n’est pas plus gros qu’une noisette dont le dehors est découpé et comme partagé en six parties égales, qui composent trois capsules qui renferment trois petites amandes bien plus délicates que celles des deux premières espèces, qui purgent plus doucement et avec moins de risque ». Maintenant, l’usage de cette plante doit être évité en voie interne, mais elle fait l’objet d’études pharmacologiques.

 

 On trouve aussi chez Descourtilz, toujours dans la « Flore médicale des Antilles, ou, Traité des plantes usuelles des colonies Françaises, Anglaises, Espagnoles et Portugaises », ce Jatropha sous le nom usuel de Medecinier multifide mais ce n’est pourtant surement pas le Jatropha multifida actuel cité plus haut: la description du n°2 du père Labat et l’image de William Hooker ne correspondent pas à cette image et même le texte de l’auteur (Michel Etienne Descourtilz) associé à l’image représenté par son fils Jean Théodore ne semble pas coïncider ! Je pense vraiment que cette planche représente Jatropha gossypifolia dont les feuilles sont beaucoup moins profondément divisées. Vous pouvez consulter la page de description p 304 et ainsi d’autres recettes purgatives qui font frémir:

https://www.biodiversitylibrary.org/page/2956571#page/378/mode/1up

"Flore médicale des Antilles" de Michel Etienne Descourtilz, dessin de Théodore Descourtilz

"Flore médicale des Antilles" de Michel Etienne Descourtilz, dessin de Théodore Descourtilz

Mon troisième Jatropha est encore une autre espèce. Il est surtout ornemental et d’origine cubaine. Le voici : c’est  Jatropha integerrima Jacq. (Epika, Epicar, Médsinyé).

L’illustration qui suit provient du Curtis’s Botanical Magazine, vol 36 de 1812, dessin de Sydenham Edwards

Le Révérend Père Labat, missionnaire dominicain sous le règne de Louis XIV est l’auteur d’un ouvrage très documenté :

« NOUVEAU VOYAGE AUX ISLES DE L'AMERIQUE, contenant  l'histoire naturelle de ces pays, l'origine, les mœurs, la religion et le gouvernement des habitants anciens et modernes: les guerres et les évènements singuliers qui y sont arrivés pendant le long séjour que l’auteur y a fait : le commerce et les manufactures qui y sont établies, et les moyens de les augmenter ; ouvrage enrichi d’un grand nombre de cartes, plans, et figures en taille-douce ». 

Plus d’éléments sur le Père Labat, sur https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Baptiste_Labat

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #iconographie, #voyages, #Botanique, #Paysages, #Botanistes

Joseph Dalton Hooker présente ses notes d’un naturaliste, au Bengale, puis dans l’Himalaya du Sikkim et du Népal en 1854, dans  une publication en deux tomes : « Himalayan Journals ». Il commence cet ouvrage par une dédicace à Charles Darwin : « by his affectionate friend ».

Compte tenu de l’aimable intérêt du Baron Humbolt porté à son projet et aussi des encouragements de son non moins célèbre père (Sir William Hooker, qui dirige les jardins royaux de Kew), il obtient une vraie mission gouvernementale pour son voyage aux Indes qui durera trois ans.

Le Sikkim est alors la région choisie car encore très ignorée par les botanistes et l’auteur est aussi attiré là par le Kinchinjunga (orthographe de l’époque) qu’il considère comme le plus haut sommet connu. Le Kangchenjunga perdra cette première position en 1852, il n’est plus que le troisième.

Dans sa préface, J.D.Hooker présente Brian H. Hodgson, naturaliste, ethnologue et résident (administrateur colonial) depuis 1820 au Népal, comme son indispensable guide durant ses deux années au Sikkim où il fut accueilli et bienvenu chez lui à Darjeeling.

le Kinchin-junga vu du bungalow de Brian H. Hodgson à Darjeeling

le Kinchin-junga vu du bungalow de Brian H. Hodgson à Darjeeling

Le Kinchin-junga figure sur cette vue au début du premier tome depuis la maison  d’Hodgson. Ils voyageront ensemble dans ces régions et deviendront de vrais amis. Hodgson admettait volontiers qu’il était plus spécialisé dans les oiseaux et les mammifères, mais l’esprit toujours très ouvert à de nouvelles découvertes. Un des rhododendrons de la collection inventoriée par Hooker portera son nom et un genre de cucurbitacées également (Hodgsonia heteroclita), mais ils feront l’objet d’autres articles !

Hooker voyagera et collectera beaucoup de plantes aussi durant l’année 1850 dans l’est du Bengale, à Chittagong, Silhet et dans les monts Khasia avec un collègue botaniste, Thomas Thomson quand celui-ci reviendra d’une autre expédition botanique dans le Tibet et le Nord-Ouest de l’Himalaya, si bien qu’à eux deux ils ramènent en Angleterre  en 1851 un herbier de 6000 à 7000 échantillons et au final rédigeront ensemble la Flora indica.

Thomson, qu’il remercie là pour ses aides diverses, relectures et avis sur l’adaptation à l’anglais des noms communs régionaux des plantes, dirigera ensuite en 1855 le jardin botanique de Calcutta où leurs collections seront rapatriées.

Les illustrations de l’ Himalayan Journals  sont tirées de dessins originaux de J.D.Hooker, adaptés par des lithographes et des graveurs sur bois. Il affirme dans sa préface avoir essayé de ne pas caricaturer en exagérant les pentes et les hauteurs des sommets himalayens, ce qui présente en effet une vraie difficulté quand on embrasse un large panorama comme on peut en juger sur ce point de vue depuis Donkia pass.

Vue du Tibet et des lacs de Cholamoo depuis Donkia Pass, cliquez dessus!

Vue du Tibet et des lacs de Cholamoo depuis Donkia Pass, cliquez dessus!

 

Le texte original en anglais qui paraît-il est passionnant, n’est pas pour moi d’un abord très facile mais j’ai essayé de ne pas faire de contresens en le consultant au sujet des quelques illustrations qui figurent ici.

Old Tamarind trees, Maddaobund en Février 1848

Les vieux tamarins de cette illustration sont des Tamarindus indica vus sur le site de Maddaobund dans le Béhar, difficilement atteint en progressant à dos d’éléphant et sans rencontrer de tigres ou d’ours qui d’après la population locale ne pullulent pas… mais J.D.Hooker semble douter de leur sincérité !

Clasping roots of Wightia en Mai 1848, en montant vers le Tonglo, entre Népal et Sikkim.

De grandes plantes ligneuses grimpantes enveloppent totalement et cachent souvent l'arbre qu'elles renferment, dont les branches s'élèvent bien au-dessus de leur houppier. Là, J.D.Hooker parle d’un phénomène rare d’anastomose soit de greffe naturelle entre deux espèces différentes par coalescence des branches latérales du support et des racines aériennes de l’espèce grimpante et cite une étrange hémi-épiphyte, la Wightia dont il a esquissé un dessin au campement.

Il s’agit très probablement de Wightia speciosissima, dont j’ai trouvé une belle représentation dans Wallich, N., Plantae Asiaticae Rariores (1830-1832).

Wightia speciosissima, dans Wallich, N., Plantae Asiaticae Rariores (1830-1832).

Wightia speciosissima, dans Wallich, N., Plantae Asiaticae Rariores (1830-1832).

Tambur valley , Est du Népal 

Vue grandiose prise depuis le village de Chingtam (altitude environ 1500 mètres) situé sur un éperon rocheux à l’ouest dominant de 600 m le court supérieur de la vallée encaissée, flanquée de collines bien cultivées. Emergeant à quinze miles au Nord, les hautes montagnes aux faces escarpées striées de neige et les sommets plus bas couronnés de sapins argentés à silhouette tabulaire qui contrastent avec la luxuriance tropicale des alentours.

Le second tome de l’ Himalayan journals s’ouvre sur une lithographie représentant des névés dans la vallée de Th’lonock avec au premier plan un pied de Rhododendron en fleurs et au fond le Kinchin-junga.

Les Rhododendrons ont été un sujet enthousiasmant d’étude pour Joseph Dalton Hooker durant ce voyage et un magnifique in-folio en est ressorti  en 1851 « The Rhododendrons of Sikkim-Himalaya » avec son père, (Sir William Jackson Hooker,1785-1865) comme co-auteur et Walter Hood Fitch pour des illustrations superbes.

A bientôt pour vous en montrer quelques planches !

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Arbustes, #Botanique, #iconographie

J’ai découvert l’existence du Bilimbi en 2017 en visitant le Parc archéologique et botanique des roches gravées de Trois Rivières sur Basse-Terre en Guadeloupe. Non pas que cet ‘Arbre à cornichons’ soit originaire des Antilles mais il fait partie des curiosités d’un jardin tropical qu’on a acclimaté en bien des endroits ! En fait, il est originaire de Malaisie, mais en 1793, il est introduit en Jamaïque, puis de là se répand dans toute l’Amérique tropicale et les Caraïbes.

Michel Etienne Descourtilz dans la « Flore médicale des Antilles ou Traité des plantes usuelles des colonies françaises, anglaises, espagnoles et portugaises » le fait figurer sous le nom de Carambolier cylindrique, son origine des Indes orientales et sa parenté avec la carambole (Averrhoa carambola) ne faisant déjà aucun doute. Il nous dit que :

« Ses fruits quoique mûrs, ne se mangent pas crus, parce qu’ils sont d’une acidité trop énergique ou concentrée ; mais on les fait cuire, ainsi que les tomates, avec le gibier ou le poisson, auxquels ils donnent un goût relevé et agréable. On les confit au sucre, au vinaigre, au sel, pour les manger comme les groseilles, les câpres et les olives. »

Flore médicale des Antilles de Michel Etienne Descourtilz, illustré pat Théodore Descourtilz

Flore médicale des Antilles de Michel Etienne Descourtilz, illustré pat Théodore Descourtilz

La floraison de cet arbuste peut paraître un peu surprenante en ceci qu’elle est cauliflore : les grappes florales sortent directement du tronc et des branches âgées, les corolles sont d’un beau rouge carmin et dans les grappes, sont mêlées de fruits déjà bien formés.

Sachant que cet arbuste appartient à la famille des Oxalidacées, on peut s’interroger sur le rapport avec ces petites herbacées que sont les oxalis : c’est en fait la présence dans ces plantes d’oxalate qui constitue le point commun aux diverses oxalidacées. Voilà d’ailleurs pourquoi le Bilimbi, très acide tel quel, en dehors de ses propriétés médicinales dans certains cas, devrait être consommé avec modération surtout sous forme de jus frais, car il pourrait nuire au fonctionnement des reins. Il est plutôt accommodé, par exemple à la Réunion, en Achars ou en Chutney. Ci-après, un lien sur une recette de Rougail sur le site de Mi-aime-a-ou :

Son nom latin  (Averrhoa bilimbi) fait honneur à Averroès, philosophe et médecin arabe du 12ème siècle, pour le genre, mais il est heureux que Linné ait quand même conservé pour préciser l’espèce le nom sous lequel il était depuis très longtemps connu en Malaisie.

 

Le Bilimbi figure sur une planche du 17ème siècle de l’ Hortus indicus Malabaricus (…continens regni Malabarici apud Indos cereberrimi onmis generis plantas rariores, Latinas, Malabaricis, Arabicis, Brachmanum charactareibus hominibusque expressas). Ce recueil de plantes  est rédigé par Hendrik Adriaan van Rheede tot Drakenstein, engagé à l’origine par la Compagnie néerlandaise des Indes orientales. Rheede devient ensuite gouverneur sur la côte de Malabar ; son Hortus indicus Malabaricus a été utilisée par Linné comme une référence pour les plantes du Sud de l’Inde.

"Hortus indicus Malabaricus" par Hendrik Adriaan van Rheede tot Drakenstein

"Hortus indicus Malabaricus" par Hendrik Adriaan van Rheede tot Drakenstein

 Dans l’Hortus indicus Malabaricus,  le nom usuel de Bilimbi, est accompagné comme c’est très rarement le cas dans les ouvrages de botanique de l’époque qui ne connaissent guère que le latin, des équivalences en arabe, en malayalam et en brahmane, car pour chacune des 740 planches, Rheede a su bien s’entourer et utiliser les savoirs ancestraux de la région pour enrichir son encyclopédie.

Voir sur Plant-Use, là 

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Arbustes, #Botanique, #iconographie, #voyages

Au moins  trois Myrtacées aux fruits comestibles que j’ai vues et photographiées sont appelées communément Goyaves.

  1. Le Goyavier blanc (Psidium guajava L.), est présent aux Antilles depuis l’installation des Amérindiens dans les iles. L'espèce est très largement cultivée pour ses fruits dans les régions tropicales et subtropicales du monde entier, introduite dans l'ile de la Réunion en 1880, elle s’y est naturalisée.
Le Goyavier blanc (Psidium guajava) et une goyave coupée en deux
Le Goyavier blanc (Psidium guajava) et une goyave coupée en deux

Le Goyavier blanc (Psidium guajava) et une goyave coupée en deux

Mes photos sont prises à la Réunion, dans le cirque de Salazie, au bord de la Mare à Martin. J’ai coupé un fruit (diamètre d’environ 5 cm) en deux comme dans une planche de pomologie.

C’est aussi la représentation figurant sur ces deux aquarelles de Amanda Almira Newton (1914) provenant de la collection de l’United States Departement  of Agriculture.

 USDA Pomological Watercolor Collection (1872-1948)

Deux aquarelles de goyaves par Amanda Almira Newton (1914) provenant de la collection de l’U.S.D.A.
Deux aquarelles de goyaves par Amanda Almira Newton (1914) provenant de la collection de l’U.S.D.A.

Deux aquarelles de goyaves par Amanda Almira Newton (1914) provenant de la collection de l’U.S.D.A.

La Goyave figure sous le nom d’une de ses variétés, le Goyavier pyriforme dans la « Flore médicale des Antilles ou Traité des plantes usuelles des colonies françaises, anglaises, espagnoles et portugaises » par Michel Etienne Descourtilz. Cette publication de 1828, explique qu’aux Antilles sont cultivées également d’autres variétés : le Goyavier à fruits blancs, le Goyavier à gros fruits rouge ; puis que l’arbuste sans grandes exigences, peut s’installer facilement dans toute zone rudérale.

C’est une information que Jean Théodore Descourtilz, illustrateur pour son père Michel Etienne Descourtilz mais aussi ornithologue, donne également dans son ouvrage « Oiseaux brillans du Brésil ».

« Les semences de la goyave présentent cela de singulier qu’elles ne perdent rien de leur faculté germinative après avoir subi dans l’estomac de l’oiseau le travail de la digestion. Ceci explique le nombre immense de goyaviers qui pullulent dans des lieux où jamais peut-être l’homme ne songea à les propager »

L’oiseau posé sur un goyavier, représenté par Descourtilz sur cette lithographie coloriée à la main, est légendé comme Carouge puis dans un ouvrage plus complet et postérieur du même auteur comme Xanthornus jamacii, mais difficile de retrouver un nom actuel certain pour lui, dommage !  Toutefois, il ressemble fort à un Oriole, peut-être l’Oriole jaune (Icterus nigrogularis).

Actuellement, pour la goyave, on peut encore rencontrer deux noms latins : Psidium pomiferum L. et Psidium pyriferum L. ; en fait ce sont des synonymes reconnus de Psidium guajava L.

 

  1. On ne confondra pas en revanche le Psidium guajava  avec Psidium cattleianum soit le Goyavier ou Goyave de Chine. Cet arbuste originaire du Brésil, pas courant aux Antilles, introduit en 1818 à La Réunion s'y est largement naturalisé. Il donne un fruit assez semblable à la goyave mais plus rouge et plus petit, abondamment récolté pour des confitures et très riche en vitamines C. La petite fleur blanche avec son pompon fourni d’étamines est très conforme à beaucoup de corolle des Myrtacées.

Photos prises à la Réunion, dans le cirque de Salazie, au bord de la Mare à Martin.

 

Le Goyavier (Psidium cattleianum)
Le Goyavier (Psidium cattleianum)
Le Goyavier (Psidium cattleianum)

Le Goyavier (Psidium cattleianum)

 

 

Illustration de Psidium cattleianum : dessin de Sydenham Edwards, dans le  Botanical Register (1815-1828)

 

 

 

 

A la Réunion, en montant vers la Forêt de Bebour, nous avons vu beaucoup de familles ramassant les fruits de ce ‘Goyavier-fraise’ (Psidium cattleianum) pour faire des confitures, goûtées  à l'hôtel le soir même. Il faut ajouter que dans l’ile, ce Goyavier qui se trouve presque partout de 50 à 1000 m en zone sèche comme humide et même sur les coulées de lave, est une espèce vraiment envahissante qui nuit à de précieuses espèces endémiques, voir là :

 http://www.mi-aime-a-ou.com/Psidium_cattleianum.php

 

  1. Retour en métropole ! Près de l’entrée du Jardin du Bourg d’Anneville en Saire, (visite à l’automne 2020) un autre arbuste a attiré mon attention bien qu’il ne soit pas fleuri mais l’allure de ses fruits en formation et son beau feuillage brillant dessus et blanc velouté dessous m’ont intriguée. C’est le Goyavier de Montevideo  (Feijoa sellowiana), dont le fruit comestible, très riche en vitamines B et C rappelle au goût la goyave mais aussi l’ananas. D’ailleurs, à la Réunion, il est nommé Goyave-ananas.
Aquarelle de Ellen Isham Schutt, 1909 pour l’ USDA Pomological Watercolor Collection (1872-1948)
Aquarelle de Ellen Isham Schutt, 1909 pour l’ USDA Pomological Watercolor Collection (1872-1948)

Aquarelle de Ellen Isham Schutt, 1909 pour l’ USDA Pomological Watercolor Collection (1872-1948)

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Fleurs, #Botanique, #iconographie

A dix années d’écart, j’ai pu voir les deux Jusquiames de la Flore de France fleuries et non pas dans des jardins de simples mais bien en pleine nature. C’est vrai que la Jusquiame noire (Hyoscyamus niger L.), je l’ai vu en fait en Catalogne (en 2018)… et d’ailleurs pour la Jusquiame blanche (Hyoscyamus albus L.), je n’en étais pas loin puisque c’était en 2008, côté français près de Gruissan.

En haut, la Jusquiame noire (Hyoscyamus niger), en bas, la Jusquiame blanche (Hyoscyamus albus)
En haut, la Jusquiame noire (Hyoscyamus niger), en bas, la Jusquiame blanche (Hyoscyamus albus)

En haut, la Jusquiame noire (Hyoscyamus niger), en bas, la Jusquiame blanche (Hyoscyamus albus)

La Jusquiame blanche semble plus fréquente dans le Midi, que la noire, alors qu’en Catalogne elles sont très présentes toutes les deux :

http://www.floracatalana.net/hyoscyamus-niger-l-

Les deux principaux critères qui différencient les jusquiames des autres solanacées sont que l’inflorescence est en épi unilatéral et que le fruit typique est une pyxide (une sorte de petite boite avec son couvercle). On peut voir cette pyxide à deux loges sur le dessin précis d’Auguste Faguet dans l’Histoire des Plantes de Henri Ernest Baillon.

Baillon, H.E., Histoire des plantes (1866-1895)

Baillon, H.E., Histoire des plantes (1866-1895)

La Jusquiame blanche, en fait, est jaune pâle et il arrive qu’elle ne soit même pas dotée de sa gorge et de ses filets d’étamine lie de vin, ce qui la rend plus fade ! Sa corolle est courbée et fendue assez profondément, c’est une corolle presque zygomorphe (symétrie bilatérale), une forme atypique pour une solanacée. Elle pousse sur les murs ou à leur pied, dans les décombres, les friches, les galets.

La Jusquiame noire possède une corolle presque régulière, peu fendue dont les lobes sont plus étalés et finement réticulés de cette même couleur d’un violet noirâtre que dans sa gorge.

 

Blackwell, E., Herbarium Blackwellianum (1747-1773)

Blackwell, E., Herbarium Blackwellianum (1747-1773)

Les feuilles caulinaires de ma Jusquiame noire (Hyoscyamus niger L.) sont bien sessiles et non pétiolées comme celles de Hyoscyamus albus, mais beaucoup plus découpées que le montrent les illustrations anciennes que j’ai trouvées. Je l’ai rencontrée plus à l’intérieur des terres, elle semble moins présente que l’autre sur les côtes, c’était une zone assez sauvage et très pâturée par les moutons qui les avaient épargnées malgré les dires de  Cazin dans son Traité des Plantes médicinales de 1868, voir sur PlantUse :

« La jusquiame noire, plante bisannuelle, croît dans toute la France, autour des villages, des hameaux, des fermes, sur le bord des chemins, des fossés. Les chèvres et les vaches la broutent sans inconvénient; les cochons et les brebis l'aiment beaucoup. »

La Jusquiame noire, médicinale depuis l’Antiquité, entrait au Moyen-âge dans la composition d’une « pommade des sorcières ». Au même titre que la Belladone, elle contient des alcaloïdes : la scopolamine, l’hyoscyamine et l’atropine, ce qui en fait une plante dangereuse mais encore utile dans la Pharmacopée.

Il existe une troisième espèce en Grèce, Hyoscyamus aureus L., qui est si bien représentée d’abord par Georges Dionysius Ehret avec cette aquarelle originale datée de 1736 et visible sur :

https://wellcomecollection.org/works/pkht9es5

Hyoscyamus aureus, flowering stem and floral segments, aquarelle de Georges Dyonisius Ehret

Hyoscyamus aureus, flowering stem and floral segments, aquarelle de Georges Dyonisius Ehret

Puis par Ferdinand Bauer sur les gravures colorées de la Flora graeca de John Sibthorp. Je ne pouvais oublier de vous montrer ces planches!

Sibthrop, J., Smith, J.E., Flora Graeca (1806-1840), sur un dessin de Ferdinand Bauer

Sibthrop, J., Smith, J.E., Flora Graeca (1806-1840), sur un dessin de Ferdinand Bauer

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Publié le par Claire Felloni
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En automne, il reste intéressant de faire une visite au Jardin exotique de Tatihou car quelques fleurs de l’hémisphère austral, décalées dans leur floraisons sont encore visibles parmi une grande variété des feuillages et des fructifications aussi spectaculaires. Je vais m’arrêter sur deux de ces plantes d’Afrique du Sud.

 

Le Fuchsia du Cap (Phygelius capensis E.Meyer ex Benth)
Le Fuchsia du Cap (Phygelius capensis E.Meyer ex Benth)

Le Fuchsia du Cap (Phygelius capensis E.Meyer ex Benth)

Le Fuchsia du Cap (Phygelius capensis E.Meyer ex Benth), est une scrofulariacée vivant au bord des ruisseaux de montagne d’Afrique du Sud. On peut ici la voir fleurie jusqu’en novembre, son feuillage persiste sauf par des grands froids qui ne se produisent pas dans le Nord-Cotentin. Une illustration issue du Curtis’s botanical magazine (vol.81 de 1855), sur un dessin de Walter Hood Fitch nous le montre au tout début de son installation dans les jardins d’Europe. En 1886, un article de la Revue Horticole écrit qu’on a pris la mesure de sa très bonne rusticité et du fait qu’il s’agit plus d’un arbuste que d’une plante herbacée.

Curtis, W., Curtis's botanical magazine, tab 4881, vol.81 de 1855.

Curtis, W., Curtis's botanical magazine, tab 4881, vol.81 de 1855.

A Tatihou, vous ne verrez surement pas à l’action un de ses charmants pollinisateur : le Souimanga chalybée (Cinnyris chalybeus), alors pour vous consoler voici au moins une belle lithographie représentant ce petit oiseau sud-africain du genre Nectarinia, (à ne pas confondre avec les colibris qui sont américains), illustré par un célèbre peintre d’oiseaux du 19ème siècle,  John Gerrard Keulemans.

Shelley, G.E. (1880) A monograph of the Nectariniidae, or family of sun-birds, auteur John Gerrard Keulemans

 

On peut aussi regarder des photos sur Wikimédia :

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Sunbird_Southern_Double-collared_2017_06_18_9873.jpg

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Lesser_double_collared_sunbird_on_white_protea_(5860290983).jpg

Les Protées également visitées par ces souimangas sont présentes aussi dans le jardin de Tatihou. La famille des Protéacées compte environ 80 genres dont Banksia, Grevillea et Protea. Il est assez probable que j’ai vu là la Protée duchesse : Protea eximia  (Knight) Fourc. ou un de ses cultivars car c’est la plus adaptée semble-t-il au climat côtier. Un cultivar de Protea eximia nommé ’Sylvia’ y ressemble beaucoup.

La Protée de Tatihou
La Protée de Tatihou
La Protée de Tatihou
La Protée de Tatihou

La Protée de Tatihou

J’ai découvert à ce propos l’existence d’un florilège de 18ème siècle montrant pas moins d’une quinzaine de planches de Protéacées qui, du fait que l’ouvrage est pré linnéen, représentent des « scolymocephalus », avec ensuite toute une description en latin pour établir des différences (voir à ce propos mon article du blog sur Linné, ici).

Ci-dessous vous pouvez voir la Protée royale (Protea cynaroides), emblème de l’Afrique du Sud, sous le nom Scolymocephalus africanus folio late retundo), puis une espèce de plus grande taille encore (un arbre) la Protea nitida Mill. sous le nom de Scolymocephalus foliis oblongis…

Protée royale (Protea cynaroides), puis Protea nitida Mill. dans Weinmann, J.W., Phytanthoza iconographia (1737-1745)
Protée royale (Protea cynaroides), puis Protea nitida Mill. dans Weinmann, J.W., Phytanthoza iconographia (1737-1745)

Protée royale (Protea cynaroides), puis Protea nitida Mill. dans Weinmann, J.W., Phytanthoza iconographia (1737-1745)

C’est Johann Wilhem Weinmann (1683-1741), apothicaire à Ratisbonne, qui est à l’origine de ce remarquable ouvrage en huit volumes. Pour les illustrations, il a engagé au début Georg Dionysius Ehret, dont il a, semble-t-il profité de la jeunesse et de l’indigence. G.D.Ehret deviendra ensuite un très réputé peintre de fleurs en Angleterre et produira de bien plus belles estampes pour peu qu’on lui verse une rémunération correcte et qu’on respecte le temps nécessaire à la réalisation d’une bonne planche botanique ! Il faut reconnaître néanmoins que Phytanthoza iconographia est le premier florilège vraiment gravé en couleurs avec l’apport, en plus du trait d’eau-forte, d’une technique nouvelle, le Mezzotinto ou Manière noire. Il me semble qu’il y a tout de même des rehauts de couleur sur chaque estampe.

C’est surtout une somme remarquable d’images de plantes connues à l’époque. J’ai été surprise de constater que ces protéacées sud-africaines étaient déjà assez bien différenciées au 18ème siècle.

Ma collection de timbres floraux comporte une petite série d’Afrique du Sud, P.eximia se trouve en bas à droite.

 

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Arbustes, #Botanique, #iconographie, #jardins botaniques, #voyages

Je me suis mise à creuser le sujet des Callistémons prosaïquement appelés « Rince-bouteille » à la suite d’une très intéressante visite au Jardin du Bourg d’Anneville en Saire, pour lequel voici quelques renseignements : https://www.cotentincotejardins.com/pages/nos-jardins-de-la-hague-au-val-de-saire/n-4-le-jardin-du-bourg.html

 

La plus belle espèce encore fleurie que m’a présentée le propriétaire était Callistemon brachyandrus Lindl. C’est un arbuste qui ne dépasse pas 3 m de haut. Pour celui-ci, l’identification semble assez facile de par ses feuilles en aiguilles et sans doute c’était le plus remarquable de la collection. Mais pour faire référence à ses véritables origines australiennes, le voici sur le Royal Botanic Garden Victoria :

https://vicflora.rbg.vic.gov.au/flora/taxon/73c451e7-6870-4738-b442-067fb4c8a462

Callistemon brachyandrus au Jardin du Bourg
Callistemon brachyandrus au Jardin du Bourg

Callistemon brachyandrus au Jardin du Bourg

Je n’ai pas vu dans ce jardin du Cotentin Callistemon citrinus (Curtis) Skeels  qui semble pourtant le plus couramment planté du genre Callistemon à notre époque, c’est aussi le plus rustique car c’est un genre frileux qui forcément se plaira davantage aux Antilles ou à la Réunion où il apparaît d’ailleurs sur le site « mi-aime-a-ou » : http://www.mi-aime-a-ou.com/callistemon_citrinus.php  

Cette espèce australienne a été introduite en Grande-Bretagne en 1789 par Joseph Banks. On peut consulter son origine sauvage toujours sur le Royal Botanic Garden Victoria où il figure sous le nom commun ‘Crimson Bottlebrush’:

https://vicflora.rbg.vic.gov.au/flora/taxon/854224ac-ba1d-4020-9fed-e483a7d22cbb

 

Je ne pense pas avoir vu non plus dans le jardin du Cotentin (ou peut-être était-il défleuri...) Callistemon speciosus (Sims) Sweet, qui est originaire d’Australie occidentale, c’est un petit arbre plutôt qu’un arbuste car il peut monter à 8 m de haut. Les critères de reconnaissance pour lui seraient un port plutôt érigé, des feuilles à nervures un peu saillantes et à la pointe aigüe et des étamines rouge carmin à anthères jaune d’or.

Il n’a pas moins de sept synonymes (dont Metrosideros glauca , voir ci-dessous) car historiquement il a fait couler beaucoup d’encre ! L’espèce est donc bien représentée (ici par Pierre-Joseph Redouté) dans l’iconographie  du 19ème siècle (Bonpland, A., Description des plantes rares cultivées à Malmaison et à Navarre (1812-1817).  

Bonpland, Aimé, 1773-1858 « Description des plantes rares cultivées à Malmaison et à Navarre »

Bonpland, Aimé, 1773-1858 « Description des plantes rares cultivées à Malmaison et à Navarre »

Callistemon viminalis (Sol. ex Gaertn.) G. Don était la seconde espèce encore en fleurs présentée au Jardin du Bourg ; il est doté d’un port plus lâche et pleureur, il peut monter à 5 à 7 mètres. Les feuilles sont linéaires-oblongues larges d’environ un centimètre. Les étamines coiffées d’anthères sombres fusionnent en un anneau à la base. Je l’ai vu et photographié, identifié comme tel par le propriétaire du Jardin:

Callistemon viminalis au Jardin du Bourg d'Annevile en Saire
Callistemon viminalis au Jardin du Bourg d'Annevile en Saire
Callistemon viminalis au Jardin du Bourg d'Annevile en Saire

Callistemon viminalis au Jardin du Bourg d'Annevile en Saire

Pour la troisième espèce qu’il m’a montré, un Callistemon salignus ‘Perth Pink’, il ne restait plus que les fruits : on peut voir qu’ils restent longtemps en place. Dans leur pays austral d’origine c’est parfois le passage du feu qui libère les nombreuses petites graines de ces coques solides. J’ai retrouvé ce cultivar sur le site d’une pépinière spécialisée dans les plantes d’origine australe où j’aurai surement d’autres occasions de faire un tour:

 http://www.pepiniere-railhet.fr/callistemon-salignus-perth-pink-c2x24537605

Callistemon salignus 'Perth Pink' au jardin du Bourg

Callistemon salignus 'Perth Pink' au jardin du Bourg

Callistemon salignus est aussi cultivé depuis longtemps puisqu’il figure sous le nom ancien de Metrosideros lophanta sur l’ouvrage de Pierre Etienne Ventenat «  Description des plantes nouvelles et peu connues cultivées dans le jardin de J. M. Cels » 1800-1803

Callistemon salignus dans «  Description des plantes nouvelles et peu connues cultivées dans le jardin de J. M. Cels »

Callistemon salignus dans « Description des plantes nouvelles et peu connues cultivées dans le jardin de J. M. Cels »

Un petit tour aux Antilles maintenant:

D’après la Flore illustrée des phanérogames de Guadeloupe et de Martinique, sous la direction de Jacques Fournet, Callistemon speciosus (Sims) Sweet serait le plus probable aux Antilles. Cependant, concernant un petit arbre d’ornement vu en Guadeloupe sur Terre de Bas, j’hésite plutôt entre les deux autres espèces possibles citées par Fournet: Callistemon viminalis ou bien Callistemon citrinus, car le feuillage semblait plus long et soyeux sans nervures visibles et les anthères foncées, on peut le voir également sur cette photo de mon compagnon ; le « Rince-bouteille » s’y trouve en plaisante situation de repas pour un colibri : le Falle-vert (Eulampis holosericeus). La photo est prise au même endroit que les photos qui suivent, sur la petite place centrale à Terre de Bas.

Vous pouvez voir bien d’autres oiseaux en allant visiter la rubrique du séjour en guadeloupe 2020, cliquez  pour visiter cette page des Carnets Naturalistes Sarthois de Christian Kerihuel  http://christian.kerihuel.free.fr/

 

 

Le Callistemon de Terre de Bas en Guadeloupe
Le Callistemon de Terre de Bas en Guadeloupe
Le Callistemon de Terre de Bas en Guadeloupe

Le Callistemon de Terre de Bas en Guadeloupe

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #iconographie, #Fleurs, #Botanique

A l’occasion de ma visite dans le jardin breton (voir avant-dernier article), j’ai réalisé qu’une crucifère à quatre pétales jaunes que je connaissais sauvage et très commune sur le littoral de Bretagne et de Normandie en fin d’été, le Diplotaxis tenuifolia (L.) DC., était en fait la plus utilisée des Roquettes sauvages dans les salades !

La Roquette sauvage : Diplotaxis tenuifolia vu en 2011 à l’Anse du Verger près de Cancale

La Roquette sauvage : Diplotaxis tenuifolia vu en 2011 à l’Anse du Verger près de Cancale

Cette Roquette sauvage poussait librement éparpillée dans le jardin breton, mais il y avait aussi un pied de Roquette cultivée connue actuellement sous deux noms latins : Eruca sativa Mill. et Eruca vesicaria (L.) Cav ). Les fleurs en croix, blanches ou crème sont veinées de fins filets d’un violet-noirâtre. J’avais vu et identifié une Eruca vesicaria une première fois en 2007 dans un voyage en Espagne et j’ai retrouvé les photos ci-dessous. Cette Eruca vesicaria me semble pourtant beaucoup plus raide et hirsute que l’Eruca sativa photographiée dans le jardin breton, je suppose qu’une sélection des graines a fini par donner des plantes moins coriaces et peut-être à la saveur un peu moins piquante... La Flora catalana par exemple, que je consulte assez souvent, donne pour la roquette cultivée un nom plus précis de sous-espèce : Eruca vesicaria (L.) Cav. subsp. sativa (Mill.) Thell. in Hegi

Voir ici : http://www.floracatalana.net/eruca-vesicaria-l-cav-subsp-sativa-mill-thell-in-hegi

La roquette cultivée: Eruca vesicaria (L.) Cav. (dans la région de Huesca)
La roquette cultivée: Eruca vesicaria (L.) Cav. (dans la région de Huesca)

La roquette cultivée: Eruca vesicaria (L.) Cav. (dans la région de Huesca)

La Roquette cultivée figure aussi sous un nom actuellement synonyme d’Eruca vesicaria (L.) Cav ), soit Eruca longirostris Uechtr. dans l’ouvrage de Heinrich Moritz Willkomm « Figures des Plantes nouvelles ou rares récemment découvertes en Espagne et aux iles Baléares » (1880-1885) et le détail précis du fruit en haut à gauche nous montre une silique assez courte et massive surmontée d’un bec triangulaire aplati : c’est la marque du genre Eruca.

Willkomm, H.M., Illustrationes florae Hispaniae insularumque Balearium (1880-1885)

Willkomm, H.M., Illustrationes florae Hispaniae insularumque Balearium (1880-1885)

Une troisième espèce sauvage, Diplotaxis erucoides (L.) DC, surtout méditerranéenne, répond également au nom commun de Roquette sauvage ; elle ressemble du fait de la couleur blanche des pétales à la Roquette cultivée. Mais on peut remarquer sur cette espèce que la silique est un peu différente, comme chez tous les Diplotaxis (et donc aussi la Roquette sauvage qui est aussi un Diplotaxis), elle est longue fine et ne porte au sommet qu’un petit bec cylindrique. Cette roquette reste moins utilisée en cuisine.

 Ref. pour les Roquettes : « Les salades sauvages », des Ecologistes de l’Euzière , voir là: https://librairie.euziere.org/accueil/64-les-salades-sauvages-9782906128330.html

Je suis un peu vexée de ne pas la retrouver dans mes photos passées car dans le midi elle est extrêmement commune comme mauvaise herbe par exemple entre les rangs de vignes et je l’ai vue très souvent ! C’est ainsi que parfois on néglige les choses les plus communes…

Sous le nom latin synonyme de Sinapis erucoides, je peux tout de même vous montrer son portrait avec cette lithographie extraite de l’ouvrage « Hortus botanicus vindobonensis »  de Nikolaus Joseph Jacquin (1770-1776) 

 « Hortus botanicus vindobonensis »  de Nikolaus Joseph Jacquin (1770-1776) vol.2 pl. 170

« Hortus botanicus vindobonensis » de Nikolaus Joseph Jacquin (1770-1776) vol.2 pl. 170

Quant au Radis ravenelle, soit Raphanus raphanistrum L., si on se contente d’observer les fleurs sans détailler le feuillage et la silique, on peut la confondre avec la Roquette cultivée ! Voyez par exemple cette photo prise près de Barfleur où il est très commun sur le littoral : même disposition des pétales en croix et mêmes filets un peu plus sombres sur un fond crème (mais souvent jaune pâle aussi). Par contre la grosse silique très caractéristique « en chapelet » soit composée d’articles séparés par des étranglements parfois inégaux oriente aussitôt vers le genre Raphanus qui ne compte que cette espèce à part le Radis cultivé (Raphanus sativus L.). Le Radis ravenelle est maintenant une plante adventice donnée comme très nuisible dans les cultures.

Le Radis ravenelle: Raphanus raphanistrum, près de Barfleur
Le Radis ravenelle: Raphanus raphanistrum, près de Barfleur

Le Radis ravenelle: Raphanus raphanistrum, près de Barfleur

Voici une gravure de 1823, dont le dessin, joliment composé, complet et très clair est du à Pierre Jean François Turpin pour : Delessert, J.P.B., Candolle, A.P. de, Icones selectae plantarum (1820-1846)

Delessert, J.P.B., Candolle, A.P. de, Icones selectae plantarum (1820-1846)

Delessert, J.P.B., Candolle, A.P. de, Icones selectae plantarum (1820-1846)

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Publié le par Claire Felloni
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Pour cette famille des Caprifoliacées, autrefois les Dipsacacées il est bon de savoir faire la différence entre un involucre et un involucelle ! Ceci permettra de mieux différencier ces trois espèces assez communes rencontrées en plaine au bord des chemins que sont la Scabieuse colombaire (Scabiosa columbaria), la Succise des prés (Succisa pratensis) et la Knautie des champs (Knautia arvensis).

Silhouette du capitule :

Chez la Scabieuse, le capitule est doté de belles fleurs périphériques rayonnantes qui donne à l’inflorescence une forme en soucoupe. Chez la Succise, qui possède des corolles à 4 lobes et pas asymétriques sur le pourtour, l’inflorescence reste plus ronde. Pour la silhouette du capitule, la Knautie se situe un peu entre les deux.

Les trois capitules de la Scabieuse de la Succise et de la Knautie
Les trois capitules de la Scabieuse de la Succise et de la Knautie
Les trois capitules de la Scabieuse de la Succise et de la Knautie

Les trois capitules de la Scabieuse de la Succise et de la Knautie

Les bractées :

L’involucre des bractées (rosette de petites feuilles située juste sous l’inflorescence) dépasse surtout autour du bouton. Chez la Succise et la Scabieuse, on note  la présence d’autres petites bractées dites ‘florales’ qui se trouvent intercalées entre les fleurs et les dépassent ; sur le scan ci-dessous, on voit quelques-unes de ces languettes parsemées entre les fruits surtout à droite sur la succise. De petites bractées florales existent aussi entre les fleurs de la Scabieuse ; mais elles restent collées sur le réceptacle. Il n’y a que la Knautie qui ne possède pas du tout de ces languettes intercalées.

cliquez dessus pour voir mieux les détails!

cliquez dessus pour voir mieux les détails!

L’involucelle concerne chaque petite fleur prise à part sur le capitule. Chez ces trois espèces assez proches, l’involucelle est en fait une sorte d’étui autour de chaque petit calice renfermant à terme un akène (la graine). Chez la Scabieuse, la base de cet involucelle est sillonnée et le haut est doté d’une collerette juponnée de texture scarieuse. A l’intérieur de cet étui se trouve le vrai calice et au sommet de ce calice une étoile de sépales résiduels effilés (des sortes de soies plus ou moins sombres) qui paraît sortir de l’involucelle.

Chez la Knautie qui, à la floraison, est visuellement proche de la scabieuse ; l’involucelle est très velu, une étoile de sépales en est séparée visuellement par un très petit espace occupé par un pied. Tout ceci est à observer à la loupe ou au compte-fil voire même à la loupe binoculaire!

 

Les involucelles très velus de la Knautie
Les involucelles très velus de la Knautie

Les involucelles très velus de la Knautie

Quand le capitule de fruits de la Scabieuse colombaire est bien mûr l’effet global est magnifique vu de près. Attention, l’observation des seules soies noires qui semblent si caractéristiques chez la Scabieuse peut induire en erreur car sur la Succise le calice à la fructification forme un anneau à pointes courtes d’où sortent des pointes effilées noires également,  mais le jupon n’y est pas !

Les involucelles juponnés de la Scabieuse et les soies noires chez Scabieuse et Succise.
Les involucelles juponnés de la Scabieuse et les soies noires chez Scabieuse et Succise.

Les involucelles juponnés de la Scabieuse et les soies noires chez Scabieuse et Succise.

Iconographie :

Auparavant, les botanistes n’y regardaient pas d’aussi près, si bien que la Knautie des champs a longtemps été considérée comme une scabieuse. Voyez par exemple dans l’ouvrage historique de Denis Dodart : « Recueil des plantes dessinées et gravées par ordre du roi Louis XIV » où se trouvent de magnifiques gravures à l’eau-forte, celle de Louis de Chatillon représentant la ‘Scabieuse commune’, c’est en fait une Knautia arvensis. La précision des détails floraux gravés en haut à gauche rend cette identification certaine, même à postériori.

L’ouvrage est visible sur la Bibliothèque digitale du jardin botanique royal de Madrid https://bibdigital.rjb.csic.es/viewer/15078

Eau-forte de Louis de Chatillon pour Denis Dodart : « Recueil des plantes dessinées et gravées par ordre du roi Louis XIV »

Eau-forte de Louis de Chatillon pour Denis Dodart : « Recueil des plantes dessinées et gravées par ordre du roi Louis XIV »

C’est la même chose pour cette aquarelle originale du 16ème  siècle légendée ‘Scabiosa’ de Jacques Le Moyne de Morgues qui provient des collections du Victoria and Albert Museum : https://collections.vam.ac.uk. Celle-ci ne fait pas figurer de fleurs rayonnantes sur le pourtour, caractéristiques de la Scabieuse et même un peu de la Knautie… et les feuilles de la Succise ne sont pas découpées comme c’est le cas ici… Les planches anciennes sont très belles mais pas toujours très fiables du point de vue botanique !

Aquarelle de Jacques Le Moyne de Morgues légendée 'Scabiosa'

Aquarelle de Jacques Le Moyne de Morgues légendée 'Scabiosa'

La Succise est finalement beaucoup plus facile à distinguer, déjà par sa couleur d’un bleu plus profond puis par ses corolles à 4 lobes et enfin par ses feuilles non découpées. Pour en apprendre davantage sur la Succise : https://www.zoom-nature.fr/une-belle-automnale-diabolique/

Quant à la Knautie, pour la différencier de la Scabieuse, le plus simple est de séparer les petites fleurs sur le capitule pour observer s’il se trouve  entre elles quelques languettes : les fameuses « bractées florales ». Leur absence confirme qu’il s’agit bien d’une Knautie. Il existe plusieurs espèces de Knauties, voici une alpine que je pense être Knautia dipsacifolia, dont le capitule intéresse deux Adèles aux très longues antennes et toute mordorées.

Sur l’excellent site de FLOREALPES, vous pouvez lancer une comparaison entre deux taxons ! Voici par exemple une page comparant la Knautie des champs et la Scabieuse colombaire :

https://www.florealpes.com/comparaison.php?compar_code_1=scabieusevetue&compar_code_2=knautiechamps&nouveau=1

Knautia dipsacifolia dans les environs d'Annecy

Knautia dipsacifolia dans les environs d'Annecy

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