Ce blog est destiné aux curieux de botanique. En s’appuyant sur les photos que j’ai pu faire en voyage, et sur de l’iconographie ancienne, il rentre un peu dans les détails qui m’ont permis d’identifier une espèce, mais son contenu doit être considéré comme celui d’une botaniste amateur !
« Nouvelle illustration du système sexuel de Carolus von Linnaeus » et « le temple de Flore », ou jardin de la nature. par Robert JohnThornton , 1837.
Les Tulipes : dessin de Philip Reinagle, gravure d’Earlom.
Dans cet étonnant ouvrage où voisinent la Science, la Poésie, la Gravure taille-douce et la Calligraphie, je me suis intéressée surtout à la partie qu’on nomme « LeTemple de Flore ». Pour bien réaliser que cet ouvrage reposait à l’époque sur des bases solides de botanique, encore que cesystème sexuel de Linné soit très dépassé de nos jours, je vous pose cette surprenante page de synthèse. La calligraphie de quelques-unes des pages du deuxième chapitre est si alambiquée que certaines deviennent illisibles !
Tableau de classification des végétaux détaillant le système sexuel de Carolus von Linnaeus.
Toutes les gravures du Temple de Floresont réalisées avec un mélange de techniques peu utilisées par ailleurs dans les images de botanique : il s’agit d’une adaptation de la traditionnelle Mezzotinte ou Manière noire qui donne des plages de valeurs (gris ou couleurs suivant l'encrage) sans passer par le trait gravé. On détecte néanmoins quelques traits d’eau-forte par endroits quand c’est nécessaire mais l’impression générale est davantage celle de peintures aux tonalités assez soutenues comme si les plantes représentées étaient menacées par l’approche d’un orage, ou fleurissaient au crépuscule. Ceci convient tout à fait à certaines plantes à floraison nocturne comme le Selenicereus grandiflorus(L.) Britton & Roseque Linné avait d’abord nommé Cactus grandiflorus L. et on peut remarquer la mise en scène de l’arrière-plan avec une horloge marquant minuit. Chacun de ces tableaux est associé à un poème ; en fait cette partie 3 de l’ouvrage devait contenir 70 planches, mais la grande difficulté du financement ramena ce nombre à 28 et même ainsi Thornton finit ses jours dans la misère.
Selenicereus grandiflorus (cactus vanille, ou reine de la nuit), dessin de la fleur Philip Reinagle, ambiance nocturne d’arrière-plan d’Abraham Pether et gravure de Dunkarton.
Pour la Manière noire, la planche de cuivre est d’abord entièrement grainée, un encrage en noir et une impression donnerait à ce moment-là un noir profond et uniforme. Il est possible aussi d’obtenir ce grainage par une attaque à l’acide, c’est alors de l’Aquatinte. C’est l’écrasement de ce grain avec un brunissoir qui peut faire remonter des tons clairs. A l’origine la Manière noire et la Gravure au pointillé ont surtout été choisies pour du noir et blanc, ce qui semble plus logique. Dans ces gravures à thème floral, toutes les techniques ont été combinées, des graveurs étaient plus spécialisés dans la vraieMezzotinte, comme Ward, Earlom, Dunkarton; d’autres lui préféraient l’Aquatinte, comme StedleretSutherland. Mais de toute façon le travail du Taille-doucier (qui tire les gravures) était tout aussi délicat, la mise en couleurs des plaques de cuivre devait être assez compliquée, combinant des encrages localisés, dits « à la poupée » donc des couleurs vraiment imprimées et parfois des rehauts d’aquarelles sur chaque estampe après coup.
Tout ceci donne au final un ensemble vraiment unique dans le domaine de la gravure botanique.
Une équipe fournie d’artistes, Peter Henderson, Philip Reinagle, Abraham Pether, Sydenham Edwards, et Thornton lui-même, ont contribué à élaborer les dessins de ces images.
Alpinia zerumbet, (en créole Atoumo = à tous maux) dessin d’Henderson, gravure de Caldwall. (+ Photo en Guadeloupe)
Le Dracunculus vulgaris , (Serpentaire commune) : dessin d’Henderson, gravure de Ward. (+photo à Giverny)
L’Agave americana: dessin de Philip Reinagle, gravure de Medland. (+ photo sur l'Ile de Batz)
En ce moment dans la Grande serre du Muséum National d’Histoire Naturelle, une belle collection d’orchidées est visible avec pas mal d’hybrides de producteurs spécialisés mais aussi quelques beaux spécimens des espèces originelles qui ont enthousiasmé les chroniques horticoles du 19ème siècle au moment de leur découverte puis des essais de leur acclimatation dans les serres d’Europe.
Ci-dessus,Dendrobium macrophyllum A.Rich., probable… mais mes photos, toutefois montrent peut-être un hybride plus récent car les sépales sont pointillés et leur revers n’est pas hirsute… Ce Dendrobium est représenté dans le Botanical Magazine de Curtis (vol 93, ill. 5649).
Dendrobium macrophyllum dans le Botanical Magazine de Curtis (vol 93, ill. 5649).
Sur une recherche d’image d’après ce binôme on obtient un Dendrobium ressemblant beaucoup à celui étiqueté dans la Grande Serre comme Dendrobium polysema, je n’ai pas trouvé d’image ancienne pour ce Dendrobium polysema Schlechter 1905, mais on peut trouver des renseignements plus complets sur http://www.orchidspecies.com/denpolysema.htm
Originaires d’Indonésie, ces deux noms sont de toute façon très proches, voir là : il semble que le D.polysema soit une sous-espèce, synonyme de Dendrobium macrophyllum var. stenopterum Rchb.f.
Sur leur territoire d’origine, voir aussi ces deux liens :
L’illustration que voici nous montre la première observation pendant le « Voyage de découvertes de l'Astrolabe exécuté par ordre du Roi, pendant les années 1826 à 1829, sous le commandement de M. J. Dumont d'Urville, Capitaine de Vaisseau »La partie descriptive de Botanique (part 2) était assurée parM. A. Richard. Son nom figure ainsi à la fin du binôme. Le spécimen fut, je cite : « recueilli par M. Lesson Jeune, chirurgien de la Marine royale », il croissait en épiphyte sur des arbres de Nouvelle-Guinée. (Attention de ne pas confondre avec un autre Dendrobium nommé aussi par A.Richard : Dendrobium macranthum A.Rich. trouvé pendant le même voyage mais sur Vanikoro)
Voici maintenantEpidendrum ciliare L.
Pour Epidendrum ciliare L. il existe de nombreuses gravures ; une des plus séduisantes est celle dePierre-Joseph Redouté dans son recueil sur « Les Liliacées » (1802-1816) et le texte est intéressant aussi :
« L’Epidendre à longs cils est originaire des Antilles et de Cayenne : on le trouve dans les bois ; les botanistes qui l’ont observé dans son pays natal, disent qu’il n’est pas parasite ; les individus qu’on cultive au Jardin des Plantes sont simplement placés dans de la terre, et y prospèrent depuis plusieurs années ; ils ont été rapportés des Antilles par le capitaine Baudin. Cette plante est cultivée dans la serre chaude, où elle fleurit dans le milieu de l’été. »
J’aime aussi la clarté de la représentation deLoddiges dans le « Botanical cabinet » (1817-1833).
Epidendrum ciliare L. dans « Les Liliacées » de Pierre-Joseph Redouté , puis dans le « Botanical cabinet » de Loddiges
Pour se souvenir des origines, on peut regarder la planche dessinée avant 1700 par le Père Charles Plumier dans le « Plantarum americanarum » édité par Burmann (1755-1760). Voici ce qu’en dit à posteriori P.J Redouté : « On trouve dans l’ouvrage de Plumier, publié par Burman, une bonne description de cette plante, accompagnée d’une gravure qui donne assez bien l’idée de sa fleuraison ; mais où l’on a représenté les fleurs comme n’ayant, outre le labellum, que quatre lanières au lieu de cinq qu’elles ont réellement. »
Avec,Cyrtorchis arcuata (Lindl.) Schltr. c’est l’occasion de parler de Jean Jules Linden (1817-1898), un des co-auteurs d’une revue très connue au 19ème siècle : « L’Illustration horticole, journal spécial des serres et des jardins », Gand-Bruxelles, 1854–1884 (édité avec Charles Lemaire et Ambroise Verschaffelt. Impr. 1868-1896.
C’est dans un de ses ouvrages, « Lindenia - Iconographie des Orchidées »(Bruxelles, 1885-1906) que j’ai trouvé cette lithographie de Cyrtorchis arcuata alors nommée Angraecum (lithrostachys) sedeni Rchb. mais on peut remarquer que la belle couleur abricot que prennent les pétales en fin de floraison (après la pollinisation) n’y apparaît pas et les éperons semblent moins longs et plus colorés !
Cyrtorchis arcuata , dans « Lindenia - Iconographie des Orchidées » de Jean Jules Linden
Voici enfinPhaius wallichii Lindl.
Phaius wallichii Lindl.est intéressant à plus d’un titre ; il apparaît dans le « Plantae Asiaticae Rariores » (1830-1832) de Nathaniel Wallich ; la planche a été dessinée par un célèbre illustrateur indien Vishnupersaud. Dans le texte, Wallich évoque l’équivalence avec une plante nommée Limodorum tankervillae par William Roxburgh dans son «Hortus Bengalensis : ou, un catalogue des plantes qui poussent dans le Jardin botanique royal de Calcutta » (de l’East India Company).
Phaius wallichii Lindl. dans le « Plantae Asiaticae Rariores » de Nathaniel Wallich.
Une belle représentation figure dans le Botanical Magazine de Curtisde 1888. Il s’agit d’une orchidée terrestre et non épiphyte dont les fleurs parmi les plus grandes sont aussi les plus belles selon William Curtis. Il ajoute que la couleur des trois sépales et des deux pétales peut varier du brun-chocolat au jaune-primevère mais que la couleur du labelle reste assez constante.
Phaius wallichii Lindl. dans le Botanical Magazine de Curtis de 1888.
Il y avait bien sûr, dans la grande serre du MNHN, beaucoup d’autres belles espèces ; il faudrait plus d’un article pour en faire le tour !
Une courte balade en février nous a menés dans l’Hérault et nous avons fréquenté des anciens marais salants dits Salins ou Salines qui sont maintenant protégés par le Conservatoire du Littoral et sont devenus un refuge pour les oiseaux et un beau lieu de promenade.
Je n’avais pas encore prêté attention à la floraison de la Soude en buisson(Suaeda vera) qui est presque plus discrète que les étoiles rouges qui terminent parfois ses rameaux, ici dans les Salins de Frontignan.
La Soude en buisson (Suaeda vera) dans les Salins de Frontignan
Le sol est un amas de coquillages brisés. En toute fin de journée une lumière rasante illuminait les flamants roses !
Fin de journée sur les Salins de Frontignan
Les couleurs qu’arbore la sansouire en cette fin d’hiver, ici tout près de Sète et en bordure de l’étang de Thau, sont spectaculaires. Les squelettes de tiges de la Salicorne à gros épis(Arthrocnemum macrostachyum), sortes d’empilements de petites coupelles argentées, puis les calices ajourés de la Jusquiame blanche(Hyoscyamus albus) font ressortir les nappes rouges de la Salicorne en buisson (Sarcocornia fruticosa).
La Salicorne à gros épis (Arthrocnemum macrostachyum)
Calices ajourés de la Jusquiame blanche (Hyoscyamus albus) devant Sète
La Salicorne en buisson (Sarcocornia fruticosa) près de Sète et en bordure de l’étang de Thau
Dans les fourrés denses de Soude en buisson(Suaeda vera) et de Salicorne en buisson(Sarcocornia fruticosa), on peut à cette époque, avec un peu de chance, voir surgir et replonger aussi vite une petite fauvette sédentaire: la Fauvette pitchou.
Si tôt en saison, j’ai rencontré avec plaisir dans les Salines de Frontignan et dans celles de Villeneuve les Maguelonne, quelques amandiers en fleur, c’est un ligneux à floraison très précoce qui tolère assez bien les sols salés comme bien sûr aussi le Tamaris.
Amandier en fleurs dans les Salines de Villeneuve les Maguelonne
Sur tout ce littoral, en lisière des sansouires et des lagunes, s’étendent de belles roselières. Les plumets blonds des Phragmites s’animent dans la lumière. A défaut d’y voir les ravissantes Panures à moustache, on peut du moins en prêtant bien l’oreille entendre leurs petits « ding ding » discrets !
Deux espèces d'origine asiatique Musa acuminata Colla et Musa balbisiana Colla, sontreconnues pour être à l’origine de l’hybrideMusa × paradisiaca L. sous toutes ses formes (la dénominationMusa × sapientum L. est un synonyme). Cet hybride mérite bien que je lui consacre plusieurs articles, tant il a été représenté dans l’iconographie. Il possède ainsi en matière d’images, une histoire asiatique et une histoire américaine ; mais mon premier sujet, « Bananes ancestrales »vise déjà à faire connaître les deux espèces originelles qui en sont vraisemblablement les parents.
Linné distinguait deux espèces Musa paradisiacaet Musa sapientum, qui sont maintenant incluses dans cet hybrideMusa × paradisiaca L. Cette distinction semblait alors très valide car Musa paradisiaca, était le nom du Plantain, féculent, à cuire en légume alors que Musa sapientum correspondaitau fruit sucré.
Ci-contre, une fleur de bananier (Musa × paradisiaca L.)d'une variété non identifiée, photographiée sur Basse-Terre, en Guadeloupe.
Les deux ancêtres :
Pour les représentations de l’hybride, il y en a pléthore, mais il est plus délicat de trouver des représentations exactes des parents dans l’iconographie !
Musa acuminataColla a une large aire de répartitiondepuis le nord-est de l'Inde à travers l'Asie continentale, le sud de la Chine, les Philippines, et de la Malaisie jusqu'au nord-est de l'Australie.
Musa chinensis Sweet est synonyme de Musa acuminata Colla.
On trouve deux belles représentations sur vélin de Toussaint-François Node-Véran, dans la Collection de l’Université de Montpellier. Les images scannées de cette imposante collection de peintures sont à mon grand regret très réduites en taille, il faudra nous en contenter !
Sous ce même nom équivalent de Musa chinensis Sweet, on peut trouver l’espèce dans le Dictionnaire universel d’histoire naturelle, Atlas t.3, pl 12 (1841-1849) de Charles d’Orbigny
Musa chinensis Sweet= Musa acuminata , dans le Dictionnaire universel d’histoire naturelle de Charles d’Orbigny.
Musa sinensis = Musa acuminata, dans l’Herbier général de l’amateur, dessin de Maubert
L’auteur, Antoine-Charles Lemaire, nous délivre quelques éléments sur l’arrivée de ce Bananier de la Chine dans la grande serre chaude du Museum où cultivé en pleine terre, il n’atteint pas deux mètres de haut mais forme des touffes de plusieurs individus d’une silhouette trapue, dotés de feuilles amples et nuancées de pourpre dessus, glauques et pulvérulentes dessous. Il décrit les spathes florales « révolutées en dehors, d’un pourpre violet finement rayé de blanc et d’un brun marron en dedans ».
Musa zebrina Van Houtte ex Planch. dont on peut voir une illustration, qui évoque bien sa vocation surtout décorative, dans la Flore des serres et des jardins de l'Europe de Louis Van Houtte, est considérée actuellement comme un synonyme de Musa acuminata Colla.
Musa zebrina Van Houtte ex Planch. = Musa acuminata Colla, dans la Flore des serres et des jardins de l'Europe de Van Houtte
Musa balbisianaColla se trouve en Inde, Birmanie, Thaïlande, en Indochine, Chine du Sud et Philippines. Ce Bananier plus imposant que le Bananier de Chine (Musa acuminata) s’élève à cinq mètres de haut, son stipe (tronc) est assez épais (20 à 30 cm de diamètre), les longues feuilles sont vert-foncé. Sur cette espèce volontiers plantée pour l’ornement, les belles bractéesde la Popote, rouge-vif à l’intérieur, ne se retournent pas en arrière en formant des rouleaux comme chez le Musa acuminata. Les petits fruits sont presque toujours très chargés de graines et très chargés en amidon donc peu consommables tels quels.
Elle apparaît dans le tableau 253, vol.22 de l’Hortus sempervirens (1795-1830) de Johann Simon Kerner, texte à voir là pour ceux qui lisent le latin.
Musa balbisiana Colla, dans l’Hortus sempervirens (1795-1830) de Johann Simon Kerner
Matthias Schmutzer (1752-1824), peint cette inflorescence de Musa balbisiana Colla, alors nommée Musa rosacea Jacq. pour "Das Florilegium Kaiser Franz I", c’est-à-dire un Florilège du Jardin de François 1er (Empereur d’Autriche), sous l’œil attentif de Nikolaus Joseph von Jacquin.
Musa rosacea Jacq.= Musa balbisiana Colla, dans "Das Florilegium Kaiser Franz I", par Matthias Schmutzer
L’intérieur des bractées de cette plante de serre ne montre pas la couleur lumineuse de l’illustration précédente de l’Hortus sempervirens,qui pourtant est réelle comme on peut le constater sur le site de Monaco Nature Encyclopedia.
De nos jours ces deux espèces ancestrales sont considérées comme une banque de gènes toujours utile pour continuer d’améliorer Bananes (fruits) et Plantains (légumes à cuire).
Il semble que lorsque chez l’hybride Musa x paradisiaca prédomine le parent Musa acuminata, on s’oriente plutôt vers une banane dessert, alors que si c’est le parent Musa balbisiana qui domine, c’est vers le Plantain qu’on se dirige.
C’est une gravure magnifique d’après Franz Bauer qui m’a donné envie de creuser le sujet, par ailleurs de saison, puisque cet arbuste fleurit en ce moment ! Le voilà en photo dans un jardin du Mans.
Chimonanthus praecox, dans un jardin manceau.
Ci-dessous : gravure d’après un dessin de Franz Bauer(1758-1840) dans « Hortus Kewensis, ou, un catalogue des plantes cultivées dans le Royal Botanic Garden de Kew », par William Aiton (vol 2 de 1789), sous le nom alors en usage de Calycanthus.
Calycanthus praecox, dessin de Franz Bauer pour l'Hortus Kewensis
La plante originaire de Chine et du Japon, apparaît pour la première fois dans le livre d’un médecin et explorateur allemand Engelbert Kaempfer(1651–1716) daté de 1712 :
"Amoenitatum exoticarum" ;Kaempfer fut par ailleurs le premier Européen à décrire le Gingko biloba.
Le Chimonanthus y est figuré sur une gravure en p. 878 avec ce nom "Obai seu Robai" et cette description est ainsi l’holotype de ce chimonanthus/calycanthus. On retrouve d’ailleurs cette référence dans le Species Plantarum de Linné (ci-dessous).
Le Chimonanthus praecox apparaît ensuite dans différentes parutions comme par exemple, dans le troisième volume de « l’Herbier général de l’amateur » de Loiseleur-Deslongchamps (1819) sous le nom de Meratia fragrans, c’est une gravure d'après Pancrace Bessa (un élève de Redouté). La gravure n’est pas très séduisante, je ne m’explique pas bien pourquoi les tépales ne sont pas jaune-paille mais plutôt d’un blanc sale comme l’écrit d’ailleurs Loiseleur-Deslongchamps mais le texte témoigne de l’époque de son arrivée en Europe en Angleterre depuis le Japon en 1766.
Meratia fragrans = Chimonanthus praecox, dans « l’Herbier général de l’amateur »
Les horticulteurs ont d’abord cru bien faire en le maintenant à l’abri des grands froids et c’est pourquoi il a végété un certain temps jusqu’à ce qu’on se décide à l’installer en pleine terre dans les jardins d’Europe. Loiseleur-Deslongchamps déclare que les fruits sont souvent absents sous nos climats mais que la plante se marcottant très facilement, le mieux est de la reproduire de cette façon-là. En Chine, le Chimonanthe pousse dans des forêts de l’étage montagnard.
Toutes les gravures en couleurs de l’époque de son introduction nous le montre plutôt de cette couleur blanc-crème, par exemple sur cette planche du Botanical magazinede WilliamCurtis.
Même chose pour le Botanical register, ci-dessous, c'estune variété ‘grandiflorus’ représentée par John Lindley lui-même ; il y commente son illustration dans ces termes:
« L'une, qui est celle représentée dans l'Hortus Kewensis et le Curtis's Magazine, a des fleurs jaune verdâtre, dont les segments extérieurs sont réguliers sur les bords et à peine étalés, et les intérieurs d'un violet profond ; l'autre, dont ma figure en fleur est une représentation, a de grandes fleurs jaunes claires, arrondies, dont les segments extérieurs sont parfois recourbés sur les bords et étalés, et les intérieurs d'un rouge vif. »
« D'après les dessins des Chinois, je suis disposé à croire qu'il existe chez eux au moins une autre espèce à très petites fleurs jaunes. Il y a aussi, dans une collection inestimable de bois gravés japonais (de plantes) dans la bibliothèque de Sir Joseph Banks, une représentation de ce que je suis prêt à considérer comme une quatrième espèce de Chimonanthus, avec des fruits lisses et ovoïdes et un port très rabougri. »
Chimonanthus praecox 'grandiflorus' représenté par John Lindley, dans le Botanical register
Ma petite recherche sur l’étymologie du nom de genre m’a amené sur un texte de Georges Métailié, « Notes à propos des citations implicites dans les textes techniques chinois », et par chance, le Chimonanthus sert là d’exemple à son propos ce qui nous donne quelques détails complémentaires sur les variétés chinoises de notre Chimonanthe.
En Chine, le chimonanthus praecox s’appelle Lamei, mais son parfum délicieux l’a très tôt fait connaître et on distingue au moins 3 variétés qui sont énumérées par Li Shizhen dans le Bencao gangmuen 1596 (un texte technique chinois sur les plantes)
- La 1ère variété, issue de graines, ni greffée, ni bouturée donne de petites fleurs peu odorantes, elle est considérée comme médiocre et ne mérite que le nom de Mei-mouche de chien (Goulingmei)
- La 2ème, greffée ou bouturée donne des fleurs plus espacées et épanouies bien que toujours en forme de coupe, c’est le Mei-bol de moine (Qingkoumei), la variété la plus précoce.
- La 3ème, à fleurs denses et très parfumées, d’un jaune profond a pris le nom de Mei-parfum de santal (Tanxiangmei)
Chimonanthus praecox, dans un jardin manceau
Li Shizhen nous apprend en outre que les chinois faisaient macérer l’écorce du Chimonanthe dans l’eau destinée à broyer l’encre et que celle-ci prend alors des reflets brillants.
A propos du parfum dégagé, une notion bien subjective, chaque texte que j’ai consulté donne une idée différente, parfois c’est la Jacinthe ou le Narcisse tazetta qui est évoqué, Curtis pour le Botanical magazine le compare à la violette et prétend qu’il devient vite entêtant et désagréable !
Pour de plus amples renseignements si jamais cet article vous a donné envie d’en planter un, ou pour voir en photo le joli cultivar « grandiflorus » aux pétales plus longs plus pointus et effectivement de couleur crème :
Médecin et botaniste allemand, de Nuremberg (1695-1769),Christoph Jakob Trew nait 12 ans avant Carl von Linné.Comme médecin, il participe à la vulgarisation des nouvelles connaissances médicales du siècle des lumières. Son nom reste surtout associé à un très talentueux illustrateur botanique, Georg Dionysius Ehret, car il fut son mécène et leur association permit la parution de trois ouvrages successifs de botanique.
Les planches de ces recueils sont peut-être les premières à être si bien documentées avec en marge, des coupes sur les différents organes, des éclatés sur les corolles, les calices, montrant en détail la structure florale, le nombre et la position des étamines : la théorie sexuelle des plantes devient à l’époque la base pour classifier les différentes familles.
Cette théorie, largement et fidèlement adoptée pendant une centaine d’année sera bien établie par Carl von Linné, qui ne pouvait qu’apprécier les planches dessinées par Ehret.
Dans son « Species Plantarum », Linné, après le nom de genre figurant en capitales, ajoute quelques traditionnelles phrases descriptives en les associant à l’ouvrage de référence et l’auteur qui les a données. La révolution linnéenne c’est le petit « nom trivial » simple qu’il ajoute dans la marge en italique, bien différent pour chaque espèce (voir plus loin pour la banane). L’association de ses références d’auteur avec le nom trivial qui devient en fait le nom d’espèce, permet maintenant de confirmer l’équivalence des taxons.
Arachis hypogaea, gravure dans le Plantae rariores, (tome 1), puis une aquarelle de Georg Dionysius Ehret
Carl von Linné admirait surement Christoph JakobTrew; il avait affiché sur ses murs des gravures extraites du "Plantae rariores", qu’on peut consulter ici.
Il s’agit d’un ouvrage à la parution plus tardive (1764) deTrew, qui porte cette fois en légende les simples appellations binominales linnéennes. Voici par exemple l’Arachide sur un dessin de M. M. Payerlein, (actuellement c’est Arachis hypogaea), dans le Plantae rariores, (tome 1), qu’on pourra comparer avec une aquarelle originale d’Ehret sur le même sujet. Cette aquarelle fait partie d’un ensemble d’originaux consultables sur le site de la Bibliothèque universitaire d'Erlangen-Nürnberg qui conserve la Bibliothèque de Trew, riche de 34000 volumes.
Des descriptions prélinnéennes figurent encore sur quelques beaux ouvrages comme le «Plantae selectae »deChristoph Jakob Trew, en marge des estampes gravées par Johann Jacob Haid et Johann Elias Haid baséessur des dessins de Georg Dyonisius Ehret. L’ensemble des planches est visible là .
La Banane fait l’objet de six planches, trois pour la variété à fruits longs et trois pour celle à fruits courts, dont je montre ici la popote et quelques fruits en formation. D’après le Species plantarumde Linné, cette planche (n°22 chez Trew) représente Musa sapientumqu’on nommait en Amérique du Sud Figue-banane ou Bacobe. En fait il s’agit de l’une des deux variétés anciennes d’un même hybride qui rassemble toutes les bananes cultivées : Musa x Paradisiaca L. On sait maintenant qu’à l’origine existe un croisement entre Musa acuminata et Musa balbisiana, deux espèces asiatiques dont Linné n’avait sans doute pas connaissance.
La Figue-banane (Musa sapientum) dans le « Plantae selectae », puis son identification par Linné dans le "Species plantarum"
Les planches dessinées là pourTrew sont souvent enrichies de nombreux détails autour du sujet principal parfois décliné en « variétés » différentes, comme on peut le voir sur les gravures très détaillées représentant le Grenadier, puis la grenade.
Le Grenadier, puis la grenade, dans le « Plantae selectae » de Christoph Jakob Trew
Juste après le grenadier figure le Figuier puis les figues, faisant l’objet de longues légendes manuscrites en latin.
Ce début de paragraphe du « Plantae selectae » pour déterminer le nom latin précis du figuier donne une idée de la quantité de périphrases descriptives faites par des auteurs précédents et qu’il était nécessaire, dans l’incertitude, de mentionner.
Le Figuier puis les figues, dans le « Plantae selectae » de Christoph Jakob Trew
La figue est dotée d’une structure très spéciale refermée sur elle-même, qui a fait couler beaucoup d’encre par les botanistes depuis l’Antiquité !
Durant ce voyage, j’ai fait la connaissance d’autres arbustes dans les jardins antillais, c’est pourquoi je vous propose ce nouvel article sur le sujet, qui nous mettra un peu de soleil et de chaleur au cœur !
Ce sont souvent des plantes d’introduction assez récente aux Antilles, et j’ai eu parfois du mal à les identifier sans en connaître l’origine.
La Léea de Guinée (Leea guineense G.Don):
Comme son nom actuel nous l’indique, son origine est le centre de l’Afrique, dans une zone plutôt équatoriale qui correspond à son besoin d’une hygrométrie suffisante pour prospérer. Introduite en Guadeloupe, elle est par contre, indigène à la Réunion où on la nomme Bois de Sureau.
Leea guineense G.Don = Leea coccinea Planch. et illustr: Curtis bot mag vol.88 de 1862, t.5299
A propos de l’ancien nom, figurant en 1862 dans le Curtis’s botanical magazine, Planchon est bien mentionné dans le texte joint à cette seule et unique planche. L’auteur évoque comme origine du nom l’« Hortus donatensis » de Planchon (1858). En fait il a existé une foule de synonymes pour cette plante. En 1862, Curtis affirme qu’elle est depuis plusieurs années cultivée dans les serres d’Europe, et que l’arbuste fleurit très jeune. Mais malgré tous ces synonymes et la beauté de ses corymbes, cette Léea de Guinée est peu représentée dans les anciens ouvrages.
La Perle de Zanzibar (Majidea zanguebarica J.Kirk ex Oliv.)
C’est un arbuste spectaculaire de la famille des Sapindacées. Quand ses fruits gonflés en vessies s’ouvrent, ils montrent leurs graines d’un gris-ardoise velouté, sur un fond rouge carmin, les fleurs sont plus discrètes, les feuilles ondulées et lustrées. Il est cultivé en Guadeloupe depuis une quarantaine d’années seulement. Originaire de Zanzibar et de Madagascar, il ne semble pas du tout représenté dans les parutions anciennes et c’est bien dommage !
Majidea zanguebarica J.Kirk ex Oliv. Perle de Zanzibar, sur Basse-Terre en Guadeloupe
Bignonia corymbosa (Vent.) L.G.Lohmann.(Pas de nom commun courant en français…)
Comme pour les deux premières espèces, le feuillage est persistant et satiné presque brillant. J’ai failli confondre cette liane avec le Saritéia, mais le calice en forme de spathe m’a heureusement orientée vers la bonne espèce de Bignone : Bignonia corymbosa (Vent.) L.G.Lohmann. auparavant nommée Macfadyena corymbosa (Vent.) Griseb.
Bignonia corymbosa (Vent.) L.G.Lohmann. sur Basse-Terre en Guadeloupe
Bignonia corymbosa= Macfadyena corymbosa (Vent.) Griseb. dans « The Journal of Botany, british and foreign » édité par Barthold Seemann (1863).
Encore plus tôt, dans le« Recueil de planches de botanique de l'encyclopédie. » (Tableau encyclopédique et méthodique des trois règnes de la nature : Botanique), de Jean-Baptiste Pierre Antoine de Monet de Lamarck (1744-1829), cette bignone apparaît sous le nom de Spathodea corymbosa Vent.
Puis, dans la « Flora Brasiliensis » de Karl Friedrich Philipp von Martius 1794-1868, elle est finement dessinée au trait et légendée Pryganocydia corymbosa.
Bignonia corymbosa= Spathodea corymbosa Vent. dans le « Recueil de planches de botanique de l'encyclopédie. »
Bignonia corymbosa=Pryganocydia corymbosa. dans la « Flora Brasiliensis » de Karl Friedrich Philipp von Martius
L'Allamanda pourpre ou Liane à caoutchouc
Pour finir ma série je vous montreune Apocynacée,l'Allamanda pourpreou Liane à caoutchouc, probablement Cryptostegia madagascariensis Bojer ex Decne., mais la distinction avec une espèce très proche Cryptostegia grandiflora R. Br, est difficile avec seulement quelques photos au retour ! Les deux espèces souvent confondues, sont endémiques de Madagascar, voir à ce propos le site réunionnais de Mi-aime-a-ou :
Cryptostegia madagascariensis Bojer ex Decne., sur Basse-Terre en Guadeloupe
Cryptostegia madagascariensis Bojer ex Decne., semble plus probable cultivée aux Antilles pour l’ornement. Les ponctuations verruqueuses plus nettes sur le rameau orientent aussi sur celle-là.
Les deux espèces figurent dans d’anciennes parutions, j’ai choisi C.grandiflora dans le 5ème volume du Botanical Register(pl 435)
Cryptostegia grandiflora dans le 5ème volume du Botanical Register (pl 435)
On trouve les deux dans « Choix de plantes rares ou nouvelles, cultivées et dessinées dans le jardin botanique de Buitenzorg » (1863-1864), de nos jours c’est le Jardin botanique de Bogor sur l’Ile de Java. Auteur : Friedrich Anton Wilhelm Miquel, dessins de J.Ljung et Th. Rocke d’après nature. Les illustrations originales étant sombres et piquées de rouille, j’ai procédé à un petit nettoyage !
D'abord Cryptostegia madagascariensis:
puis Cryptostegia grandiflora:
PS : et bien sûr, Joyeuses fêtes de fin d’année à mes lecteurs!
Un portrait de Carolus Linnaeus (1707-1778) en robe lapone est réalisé dès 1737, c’est au départ, une peinture à l'huile de Martin Hoffmann qui sera reprise par différents peintres et graveurs.
Version gravée par Dunkarton, figurant dans l’ouvrage de Robert John Thornton (1837) « Nouvelle illustration du système sexuel de Carolus von Linnaeus : et le temple de Flore, ou jardin de la nature ».
Je vous rappelle que le « Species Plantarum » de Carl Linné (1707-1778) parait en 1753. Cet ouvrage établit la nouvelle nomenclature binominale qui va rendre obsolètes tous les systèmes précédemment conçus pour nommer une plante, systèmes devenus trop complexes et confus, nécessitant de longues périphrases latines.
Cependant, quand Linné âgé de 25 ans accomplit son voyage en Laponie, en 1732 puis quand paraît la publication qui lui est consacrée en 1737 : la « Flora Lapponica », il n’a pas encore écrit son Species Plantarum. Sur les gravures qui vont suivre de la première édition de 1737, les légendes (pas visibles là, car elles sont en page précédente) sont encore assez longues et descriptives, mais j’ai trouvé le texte d’une édition postérieure de 1792 ( là ) où Linné a ajouté le nom donné dans leSpecies Plantarum, ce qui m’a permis de m’assurer de la détermination exacte des plantes figurant sur les planches.
Son journal de ce séjour écrit en suédois à son seul usage, a été traduit en anglais, et édité en 1811, on peut le consulter en ligne :
Lachesis Lapponica, or a tour in Lapland, now first published from the original manuscript journal of the celebrated Linnaeus; / by James Edward Smith, M.D. F.R.S. etc. President of the Linnaean Society. In two volumes. Vol. Ihttps://bibdigital.rjb.csic.es/records/item/13059-lachesis-lapponica-vol-i
J’ai trouvé ( là ) une version actualisée de cette première traduction du Lachesis Lapponica, datant de 2010, c’est un Ebook en accès libre plus simple à traduire et j’ai pu ainsi sélectionner quelques passages en relation avec les planches de la Flora lapponica ; on peut y voir le texte intégral, mais mes traductions sont surement perfectibles !
Dans son journal, le 5 Juin :
« Sur le terrain montagneux jouxtant la rivière, j'ai rencontré une plante herbacée jamais observée auparavant en Suède. Les fleurs n'étaient pas encore écloses, mais elles n’étaient qu’à quelques jours de leur pic de floraison. J'en ai ouvert quelques-unes, et les ai trouvées d'une structure papilionacée. L'extrémité de l'étendard, ainsi que la carène, qui était fendue, avaient une teinte violacée. L’ensemble de la plante montrait qu'il s'agissait d'un astragale, ce qui fut confirmé par les gousses de l'année précédente, restées sur leurs tiges. Je l'ai appelé pour l’instant Liquiritia minor (Petite Réglisse). »
Sur la planche 9 de la Flora lapponica, figure à gauche cette fabacée que Linné en 1792 nomme Astragalus alpinus (Sp.Pl. 1070), et qui a conservé son nomAstragalus alpinus subsp. alpinus. Comme c’est une boréo-alpine, voici un peu de couleur : j’ai pu la photographier dans le Mercantour, au Pont de la cascade le 17/06/2019.
Astragalus alpinus subsp. alpinus, au Pont de la cascade dans le Mercantour.
Sur la planche 10 sont représentés deux autres boréo-alpines dont j’ai des photos:
An centre (3) une toute petite Liliacée,la Tofieldie à calicule,pour Linné en 1792 Anthericum calyculatum L. (Sp.Pl. 447). C’est un synonyme de l’actuel Tofieldia calyculata (L.) Wahlenb. Linné la rapproche de l'Ossifrage brise-os (Narthecium ossifragum).
Texte de Linné de fin-Juin: « Sur la colline nommée Wollerim, j'ai rencontré une petite espèce très rare d'Asphodèle, avec des fleurs blanches en épi rond (Anthericum calyculatum). Les feuilles sont disposées sur le dos l'une de l'autre, équitantes(: ce terme en botanique qualifie les feuilles pliées longitudinalement, qui se font face et se chevauchent)comme chez l'Asphodèle des marais »
Tofieldia calyculata (L.) Wahlenb. (Planche 10 au centre), puis, en photo vers Jausiers dans le Mercantour.
A gauche de la planche 10, (1) la Scheuchzérie des tourbières, Scheuchzeria palustris L. (Sp.Pl. 482) est un nom accepté actuellement. Mes photos ont été prises dans les tourbières de Frasnes, mais je n’ai que les fruits.
« A une petite distance dans les marais j'ai trouvé le petit jonc fleuri de Bauhin, le ‘Juncoidi affinis’ de Scheuchzer, (Scheuchzeria palustris L.).Le calice est composé de six feuilles oblongues pointues, réfléchies et permanentes. Pétales inexistants… Capsules à deux valves, avec une graine dans chaque capsule. Feuilles concaves, engainant la partie inférieure de la tige. »
Scheuchzeria palustris L. en fruits dans les tourbières de Frasnes.
Une mention spéciale peut être faite pour la Linnée boréale, que Linné tient dans sa main sur tous les portraits. Elle est représentée sur la planche 12, c’est le n°4. En 1792, Linné l’énonce modestement «Planta nostra Tabula XII. Figura 4», mais aussitôt lui reconnait le nom de Linnaea borealis et nous reporte pour preuve au n° 880 du Species Plantarum. En fait un confrère et ami hollandais, Johan Frederik Gronovius, avait déjà pris l’initiative de baptiser cette plante Linnaea borealis et Linné confirme surement avec plaisir cette appellation dans le Species Plantarum. Au vu du texte ci-dessous, dans son journal il avait déterminé de prime abord une espèce du genre Campanula.
Le 14 Mai : « Une quantité de grosses pierres gisaient sur le bord de la route, que le gouverneur de la province avait fait déterrer afin de réparer la chaussée. Elles ressemblaient à un amas de ruines, et étaient couvertes de Campanula serpyllifolia (= Linnæa borealis), dont les pousses et les feuilles verdoyantes étaient entrelacées avec celles du lierre (Hedera Helix). »
Comme il serait dommage de ne pas l’admirer en couleur voici une planche tirée de « Flora regni Borussici: flora des Königreichs Preussen oder Abbildung und Beschreibung der in Preussen wildwachsenden Pflanzen » (1833-1844) par Albert Gottfried Dietrich, et Johann Friedrich Klotzsch. (Remarquez que Gronovius est bien cité comme auteur dans la légende)
La Linnée boréale, (planche 12, au centre) puis dans "Flora regni Borussici"
Le 17 Mai : « A un quart de mille du relais de poste, sur la gauche, se dresse la plus haute montagne de Medelpad, selon les habitants, qui s'appelle Norby Kullen, ou plus exactement Norby Knylen. Elle est en effet d'une hauteur très considérable ; et étant désireux de l'examiner plus minutieusement, je me suis rendu à Norby, où j'ai attaché mon cheval à une ancienne pierre monumentale runique, et, accompagné d'un guide, j’ai gravi la montagne sur son côté gauche. Il y avait là beaucoup de plantes peu communes, comme la Fumaria bulbosa minima, la Campanula serpyllifolia (= Linnæa borealis), l’Adoxa moschatellina , etc., toutes en plus parfait état que je ne les avais jamais vues auparavant. »
Toujours sur la planche 12 de la « Flora Lapponica », le Cypripedium figurant à droite (n°5) nommé par Linné Cypripedium bulbosum L. en 1792 (Sp.Pl. 1347)… c’est la mythique Calypso(Calypso bulbosa (L.) Oakes), mais je n’ai pas trouvé d’extrait sur cette belle orchidée dans son journal…
Voici pour finir sur la planche 1, l’Andromèdeà feuilles de polium(Andromeda polifolia L.), dont le nom de genre a été donné par Linné à la suite de ces observations, comme il l’explique dans le texte poétique qu’il rédige le 12 Juin (soyez indulgent sur cette traduction suédois/anglais/français !):
Andromeda polifolia L. sur la planche 1, à droite, puis dans "Flora regni Borussici"
« Le Chamædaphne de Buxbaum était à cette époque dans sa plus grande beauté, décorant les terrains marécageux d'une manière des plus agréables. Les fleurs sont rouge sang avant leur éclosion, mais lorsqu'elles ont atteint leur pleine maturité, la corolle est de couleur chair. Il est rare que l'art d'un peintre puisse imiter avec autant de bonheur la beauté d'un beau teint féminin ; encore moins qu'une couleur artificielle sur le visage lui-même puisse soutenir la comparaison avec cette charmante fleur. En la contemplant, je ne pouvais m'empêcher de penser à Andromède telle qu'elle est décrite par les poètes ; et plus je méditais sur leurs descriptions, plus elles me semblaient applicables à la petite plante que j'avais devant moi, de sorte que si ces écrivains l'avaient vu, ils n'auraient guère pu inventer une fable plus appropriée.
Andromède est représentée par eux comme une vierge aux charmes les plus exquis et les plus incomparables ; mais ces charmes ne demeurent dans leur perfection qu'autant qu'elle conserve sa pureté virginale, ce qui s'applique aussi à la plante, qui se prépare à célébrer ses noces. Cette plante est toujours fixée sur une petite butte verte au milieu des marais, comme Andromède elle-même était enchaînée à un rocher dans la mer, qui baignait ses pieds, tout comme l'eau douce le fait pour les racines de la plante. Des dragons et des serpents venimeux l'entouraient, comme les crapauds et autres reptiles qui fréquentent la demeure de son modèle végétal, lorsqu'ils s'accouplent au printemps, jettent de la boue et de l'eau sur ses feuilles et ses branches. De même que la vierge affligée baisse son visage rougissant sous l'effet d'une affliction excessive, de même la fleur rosée pend sa tête et devient de plus en plus pâle jusqu'à ce qu'elle se dessèche. C'est pourquoi, comme cette plante forme un nouveau genre, j'ai choisi pour elle le nom d'Andromède. »
Voici donc la fraiche Andromède dans le Jura en 2005, ayant vaincu sa timidité après la floraison, la capsule redresse bien la tête.
Sur la planche 1, l’Andromède à feuilles de polium, connue de France est celle de droite (n°2), qu’il nomme en 1792 Andromeda polifolia L. (Sp.Pl. 564), mais trois autres Andromeda (d’après Linné, à l'époque) entourent une Diapensia au centre.
Le n°3 est l’Andromeda caerulea de Linné (Sp.Pl. 563) devenu Phyllodoce caerulea (L.) Bab., très rare dans les Pyrénées, mais surtout dans le grand Nord.
Le n°4, Andromeda hypnoides (Sp.Pl. 563)de Linné est devenu Cassiope hypnoides (L.) D.Don, il a une répartition circumpolaire tout comme le n° 5, Cassiope tetragona (L.) D.Don que Linné avait d’abord nommée Andromeda tetragona (Sp.Pl. 563).
Me voilà encore à vous montrer des images d’un ouvrage de Nikolaus Joseph Jacquin, (1727-1817) ce célèbre botaniste autrichien qui passa l’essentiel de de son existence à Vienne où, il dirigera le Jardin botanique de l’Université. Son apport à la connaissance des plantes aussi bien européennes qu’américaines fut considérable, par le biais de très beaux ouvrages, aidé en cela par des peintres très doués comme, (dans leur ordre d’intervention) : Franz Anton von Scheidel, Joseph HofbauerpuisFranz et Ferdinand Bauer.
De cet ouvrage de 1773, la « Flora austriaca », j’ai extrait des planches qui me séduisaient et dont je connaissais les sujets, ayant rencontré ces plantes dans leur milieu naturel, ce qui me permet comme d’habitude d’ajouter en contrepoint quelques photos que j’en ai faites.
Le Cormier (Sorbus domestica), Flora austriaca (v5) et en photo en Sarthe
La« Flora austriaca » est une somme de cinq volumes, qui se composent d’une soixantaine de pages de textes (numérotées en chiffres romains), puis d’une centaine de planches en couleurs heureusement numérotées mais pas légendées. Ce n’est donc pas si facile de s’y retrouver ! Avec le numéro de la planche on peut se reporter au texte qui indique d’abord tous les synonymes : c’est malheureusement la seule chose que je comprends car le reste du texte est en latin conformément à la tradition botanique. Les synonymes sont indispensables car Nikolaus Joseph Jacquin se référait certes à Linné, mais beaucoup de plantes ont depuis perdu leur appellation linnéenne.
La Fraxinelle (Dictamnus albus), Flora austriaca (v5) et en photo dans un jardin alpin
Le sous-titre précis de la « Flora austriaca » traduit, serait : « Reproduction d’une sélection de plantes poussant à l’état sauvage dans l’archiduché d’Autriche, coloriées d’après nature et accompagnées de descriptions et de synonymes ».
L'Oreille d'Ours (Primula lutea Vill. susp lutea), Flora austriaca (v5) et en photo au col de la Colombière
Donc, la « Flora austriaca » est riche de 500 illustrations réalisées en gravure taille-douce sur cuivre par des graveurs restés anonymes. Pour cet ouvrage, il est reconnu que presque tous les dessins d’origine sont deFranz Anton von Scheidl.
La Clématite des Alpes (Atragene alpina), Flora austriaca (v3) et en photo dans le Mercantour.
Gentiane croisette (Gentiana cruciata L.), Flora austriaca (v4), rare dans le nord-ouest de la France
Nikolaus Joseph Jacquin déclare dans ses écrits que Scheidl est le premier illustrateur auquel il fit appel et qui l’accompagna dans ses randonnées alpines et il vante sa grande efficacité. Aucun des ouvrages de Jacquin ne porte sur les planches-mêmes, de signatures des dessinateurs comme des graveurs.
Aucun… sauf peut-être pour quelques précieuses pages de titre, comme cette aquarelle unique, signée Franz Bauer pour le « Selectarum stirpium americanarum Historia ». Je n’aurai guère l’occasion autrement de montrer ce frontispice majestueux, enrichi de nombreux papillons (un peu anachroniques car ce sont des papillons européens!). En fait, il s’agit d’une version tardive et luxueuse contenant de nouvelles illustrations adaptées des planches que Nikolaus Joseph Jacquin avait réalisées de A à Z après son voyage de jeunesse en Amérique, c’est un sujet déjà abordé sur ce blog. Voir cet article :
Page de garde par Franz Bauer pour « Selectarum stirpium americanarum Historia » édition de 1780
Il existe plusieurs pages de titres différentes pour ce « Selectarum stirpium americanarum Historia » dans sa version remaniée de 1780. Les autres sont moins ouvragées mais valent bien le coup d’œil !
Je n’ai trouvé en ligne que deux autres frontispices, celui de New-York (Digital Public Library of America), qui serait signé de Ferdinand Bauer :
Deux rosiers montagnards sauvages sont remarquables par leurs couleurs et par l’effet décoratif qu’ils produisent dans leurs stations : ce sont le Rosier glauque (Rosa ferruginea Vill.) et leRosier des Alpes (Rosa pendulina L.).
Tous deux pourvus de belles corolles rose vif, et peu ou pas du tout épineux, on pourrait les confondre s’il n’y avait cette caractéristique très particulière au Rosier glauque qui est justement la couleur nettement bleutée avec des reflets gris acier ou violacés de son feuillage. L’effet glauque de surface est très marqué avec une lumière sommitale mais la couleur vert vif du limbe peut réapparaître en contrejour, ce qui peut donner au soleil un bel effet bigarré. Les pédoncules et les nervures plus ou moins pourprés et les pétales magenta-vif ajoutent encore à l’effet de fraicheur que donne visuellement ce rosier. En Juillet de cette année, j’ai pris en photo ce Rosa ferruginea sur le col de Crozet au-dessus de Gex puis auprès de la Tourbière des Rousses. En observant les calices, j’ai remarqué la longue pointe foliacée au bout de chaque sépale qui dépasse en longueur les pétales. Les petits fruits en formation sur mes images montrent déjà une forme assez ronde.
Rosa ferruginea près du lac des Rousses
L’ensemble de ces détails est superbement rendu sur une aquarelle de Pierre-Joseph Redouté que j’ai dénichée sur le site de la Morgan Library.
Rosa glauca = Rosa ferruginea, aquarelle sur vélin par Pierre-Joseph Redouté (Morgan Library).
Dans le « Botanical register », en 1815, on trouve une gravure de ce rosier glauque sur un dessin de John Lindley.
Ci-dessous, dans un ouvrage de Nicolas Joseph Jacquin « Fragmenta botanica, figuris coloratis illustrata » (1800-1809), figure cette planche foisonnante d’un Rosa rubrifolia Vill. C’est un synonyme de Rosa glauca Pourr.
Nicolas Joseph Jacquin « Fragmenta botanica, figuris coloratis illustrata », rosa rubrifolia= rosa glauca
Le Rosier des Alpes, en revanche porte ce nom de Rosa pendulina pour marquer l’aspect de ses fruits pendants plutôt fusiformes et qui restent longtemps couronnés de leurs sépales. Le feuillage diffère notablement du Rosier glauque: les folioles d’un vert gai sont plus nombreuses (de 7 à 11), et bordées de 7 à 21 paires de dents fines qui peuvent être composées (double indentation). C’est un rosier souvent presque inerme ; sur celui que j’avais vu du côté de Barcelonnette, je n’avais trouvé aucun aiguillon. En général les sépales sont entiers, prolongés d’une longue pointe un peu spatulée et persistent longtemps sur le fruit tout comme sur le Rosa ferruginea mais à la différence de ce dernier, le plus souvent les fleurs sont solitaires sur Rosa pendulina.
Ci-dessus et ci-dessous, le Rosier des Alpes au Col de la Faucille
Rosa pendulina, dans le vallon de Laverq (près de Barcelonnette), puis les fruits sur le plateau du Revard
On trouve bien sûr Rosa pendulina chez Nikolaus-Joseph Jacquin, cette fois-ci dans « Plantarum rariorum horti caesarei Schoenbrunnensis descriptiones et icones » vol. 4 de 180. Elle y figure sous un nom surprenant : Rosa pyrenaica, mais il s’agit bien de notreRosier des Alpes (Rosa pendulina L.).
Jacquin, N.J. von, Plantarum rariorum horti caesarei Schoenbrunnensis descriptiones et icones, vol. 4 (1804), t. 416 p. 8
Nikolaus-Joseph Jacquinfait figurer également le Rosier des Alpes dans le troisième volume de sa « Flora austriaca », c’est la planche 279 sur la bibliothèque en ligne du Real Jardin botanico de Madrid :
Nikolaus-Joseph Jacquin « Flora austriaca », Rosa pendulina
Connaissez-vous le « Genus Rosa » d’Ellen Ann Willmott? C’est un très beau recueil en nombreux cahiers édité entre 1910 et 1914, illustré d’aquarelles d’Alfred Parsons, pleines de sensibilité et de charme. On peut le consulter en ligne maintenant :
Je vous ai extrait les deux roses qui nous occupent ici,Rosa rubrifolia figure dans le vol 2, pl. 133, texte (en anglais) p.399 etRosa pendulina dans le vol 2, pl 99, texte p 293
« Genus Rosa » d’Ellen Ann Willmott, rosa glauca, puis rosa pendulina, aquarelles d'Alfred Parsons