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Botazoom, Botanique et Iconographie

Botazoom, Botanique et Iconographie

Ce blog est destiné aux curieux de botanique. En s’appuyant sur les photos que j’ai pu faire en voyage, et sur de l’iconographie ancienne, il rentre un peu dans les détails qui m’ont permis d’identifier une espèce, mais son contenu doit être considéré comme celui d’une botaniste amateur !

Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #Fleurs, #iconographie

Ce printemps, pendant mon séjour en Juin dans les environs de Millau, j’ai enrichi mes connaissances en matière de Silènes. Il s’agit d’une très vaste famille et j’en suis aux balbutiements !

Un silène que je désirais voir depuis longtemps, le Silène conique (Silene conica L.), n’est pourtant pas rare, mais il se trouve que sur les Causses à l’altitude moyenne d’un peu plus de 1000 mètres il fleurit un peu plus tard que dans le Midi et il est très présent sur ces sols rocailleux. Quand on le découvre, aucune erreur possible : c’est le seul doté d’un calice très gonflé en vessie et ornementé de plus de trente nervures en relief.

Silene conica, du côté de Millau
Silene conica, du côté de Millau

Silene conica, du côté de Millau

Sa fleur est munie au cœur d’une couronne d’écailles, mais c’est vrai aussi pour d’autres espèces comme le Silene rubella (ci-dessous), que j’ai vu en Catalogne;

ou encore le Silene colorata (ci-dessous), un autre espagnol déterminé de façon un peu approximative peut-être…

Je n’ai pu résister à montrer ces photos qui illustrent bien la diversité de morphologie sur les calices de silènes.

Le Silène de France (Silene gallica L.) est très commun dans les herbages catalans, il possède aussi de petites corolles roses et une couronne d’écailles centrale ; il est surtout doté d’une pilosité impressionnante sur ses calices. Bien que l’allure floue et confuse ne le montre pas bien, l’inflorescence terminale reste simple, cela se voie sur le rameau de gauche dans la photo.

 

Le Silène de Nice (Silene nicaeensis All.) existe dans le Midi ; on peut le trouver sur les plages ; son écologie et son allure avec tous ces petits grains de sable collés au calice, laissent peu de doute sur son identité. Il fait partie de ces silènes blancs dont le revers des pétales est teinté d’une belle couleur fumée qui se révèle quand les pétales se retroussent en fin de floraison. Il est visqueux au contact tout comme les deux espèces suivantes.

Le Silène de Nice (Silene nicaeensis All.) sur une plage de Catalogne
Le Silène de Nice (Silene nicaeensis All.) sur une plage de Catalogne

Le Silène de Nice (Silene nicaeensis All.) sur une plage de Catalogne

Le Silène penché (Silene nutans L.), avec son inflorescence unilatérale et penchée se distingue du Silène d’Italie dont les fleurs se tiennent plus dressées.

Et puis la silhouette allongée du calice du Silène d’Italie (Silene italica (L.) Pers.), révèle un plus long carpophore: lorsque la capsule se forme on voit bien apparaître un pied auparavant compris dans le calice et qui se détecte au vu de la base amincie du calice au moment de la floraison. La hauteur de cette espèce de pied interne, relative à celle de la capsule qui s’est formée au-dessus à la fructification, est un critère important à considérer !

Le Silene d'Italie (Silene italica (L.) Pers.) sur le Causse noir
Le Silene d'Italie (Silene italica (L.) Pers.) sur le Causse noir

Le Silene d'Italie (Silene italica (L.) Pers.) sur le Causse noir

Le Silene fortunei tiré du Curtis’s botanical magazine (ill 7649), représente Silene fissipetala, une espèce chinoise ; je le montre ici parce qu’il est assez proche morphologiquement du Silène d’Italie d’après le texte de Curtis comme le montre aussi la coupe sur le calice.

On croirait presque avoir affaire à l’un de ces beaux Œillets montagnards très laciniés (Dianthus superbus ou Dianthus hyssopifolius), dont j’avais traité dans cet article : 

http://botazoom.over-blog.com/2021/08/sur-le-col-de-crozet.html

 

Les dessins et aquarelles originaux de la Flora Graeca par Ferdinand Bauer ont été numérisés par les Bibliothèques Bodleian, de l’Université d'Oxford, je les remercie de m’avoir autorisée à vous montrer les deux silènes qui suivent.

https://digital.bodleian.ox.ac.uk/collections/flora-and-fauna-graeca/

 

Silene conica L., puis Silene italica (L.) Pers., dessins préparatoires de Ferdinand Bauer pour la Flora graeca, de John Sibthorp
Silene conica L., puis Silene italica (L.) Pers., dessins préparatoires de Ferdinand Bauer pour la Flora graeca, de John Sibthorp

Silene conica L., puis Silene italica (L.) Pers., dessins préparatoires de Ferdinand Bauer pour la Flora graeca, de John Sibthorp

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanistes, #Arbres, #iconographie

Parmi les « Pères » célèbres de la Botanique, le père Charles Plumier tient une place éminente. Il a défriché le terrain pour une grande partie de la flore tropicale américaine, même si avant lui quelques personnages sont connus, surtout des spécialistes de la botanique de ce continent, ce sont Margraf, Piso et Sloane. Le père Plumier nous a laissé un nombre considérable de dessins précis de sa main accompagnés de descriptions très pointues qui ont permis ensuite à Carl Linné d’établir une nomenclature fiable concernant ces plantes que lui-même n’avait pas vues in-situ.

Je vous propose d’aller un peu plus loin dans le détail en prenant comme exemple les Frangipaniers. Ce sont des Plumeriaparfois orthographié Plumieria, mais Linné a fait sauter un i pour plus de lisibilité sans doute…

Ci-dessus un Plumeria dans la Grande serre du MNHN.

Dans le Species Plantarum de 1753, Carl Linné cite trois frangipaniers : Plumeria alba, Plumeria rubra et Plumeria obtusa.

Reprenons les anciennes descriptions latines qui servaient de légendes avant Linné. On les retrouve en légende avec les illustrations originales de deux espèces, les actuels P. rubra et P. alba (planches 231 et 232) dans le Plantarum americanarum (1755-1760), remanié par C.Burmann après le décès de Charles Plumier en 1704. Ce sont bien les dessins de Charles Plumier.

https://www.biodiversitylibrary.org/item/15475#page/213/mode/1up

 Plumeria rubra et Plumeria alba (pl. 231 et 232) dans le Plantarum americanarum
 Plumeria rubra et Plumeria alba (pl. 231 et 232) dans le Plantarum americanarum

Plumeria rubra et Plumeria alba (pl. 231 et 232) dans le Plantarum americanarum

Plumeria rubra

Pour Plumeria rubra : « PLUMIERIA foliis ovato-oblongis », c’est exactement la première référence latine de Linné. Je vous rappelle que dans le Species Plantarum , le nom d’espèce rubra figure assez discrètement en italique dans la marge, ici à droite pour le bas de la p 209.

On retrouve aussi ce Frangipanier dans le « Plantae selectae » de C.J.Trew, c’est une gravure de Georg Dyonisius Ehret avec une mention en référence de Tournefort « Flore roseo odoratissimo » (c’est la deuxième mention qui figure dans le Species Plantarum, en haut de la p 210).

Plumeria alba

Pour Plumeria alba, voici la légende du père Plumier : « PLUMIERIA foliis lanceolatis revolutis ». On retrouve là le Plumeria alba de Linné (marge gauche), et la description latine donne clairement la caractéristique qui le différencie du premier hormis la couleur : les bords révolutés de ses longues feuilles. Linné le donne comme originaire de la Jamaïque, je l’ai photographié aux Antilles sur Terre de bas (Les Saintes) ; mais il était en fruits.

 

Plumeria alba sur Les Saintes, à Terre de Bas.
Plumeria alba sur Les Saintes, à Terre de Bas.

Plumeria alba sur Les Saintes, à Terre de Bas.

On le retrouve sans surprise dans la Flore médicale des Antilles  de Descoutilz, avec l’orthographe Franchipanier. Pour voir le texte associé : https://www.biodiversitylibrary.org/item/21847#page/155/mode/1up

 

Plumeria obtusa

Plumeria obtusa, figure en troisième place dans le Species Plantarum, mais on ne trouve pas pour lui de planche originale de Plumier. Linné fait référence à une planche de Catesby; la voici ci-dessous (en compagnie d'une passiflore), ce spécimen aurait été vu aux Bahamas…

« L'histoire naturelle de la Caroline, de la Floride et des îles Bahama », par Mark Catesby, est publiée de 1729 à 1747.

Il est décrit comme porteur de feuilles dont l’extrémité est très arrondie voire tronquée, voir des échantillons d’herbier là :

https://florida.plantatlas.usf.edu/SpecimenDetails.aspx?PlantID=1313

Il faut ajouter pourtant que des travaux récents reconnaissent environ 28 espèces de Plumeria originaires des Antilles ! On peut supposer que ce Plumeria obtusa, moins typique que les deux autres, a rassemblé plusieurs de ces espèces…

Plumeria obtusa dans « L'histoire naturelle de la Caroline, de la Floride et des îles Bahama », par Mark Catesby

Plumeria obtusa dans « L'histoire naturelle de la Caroline, de la Floride et des îles Bahama », par Mark Catesby

Deux études d’Atanasio Echeverria :

Mon avis est que l’espèce légendée Plumieria muricata, qu’on retrouve bien exprimée dans l’aquarelle d’Atanasio Echeveria (Drawings from the Spanish Royal Expedition to New Spain) représente plus probablement un Plumeria alba Pour Plumeria muricata, on ne trouve pas d’équivalence dans la nomenclature.

Echeveria a peint un autre frangipanier qu’il nomme Plumieria multiflora, pour celui-ci on connait sa synonymie et ce serait un Plumeria obtusa bien que les feuilles me semblent assez pointues ! La superbe chenille qui dévore ses feuilles et celle d'un papillon nocturne: le Sphinx du frangipanier (Pseudosphinx tetrio).

Dans son « Prodromus systematis naturalis… », Augustin Pyramus de Candolle citait pas moins de 30 espèces de Plumeria (t 8, p 389 à 395) ; mais de nos jours on en reconnait généralement huit.

La plupart sont naturalisées en Asie ; d’ailleurs Plumeria obtusa est en anglais « Singapore graveyard flower ». (Les frangipaniers laissent tomber de nombreuses corolles entières au sol le matin et ce serait une offrande aux morts).

J’ai pris en photo celui-ci, au Sénégal, mais je ne me risquerai pas à lui donner une identité précise…

Plumeria sp. au Sénégal
Plumeria sp. au Sénégal

Plumeria sp. au Sénégal

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #iconographie

Voici quelques composées jaunes du pourtour méditerranéen, dont je vous invite à détailler les Akènes et les Pappus.  Ce ne sont ni des Pissenlits (Taraxacum) ni des Epervières (Hieracium), deux genres pour lesquels je donne ma langue au chat !

Je les ai découvertes ce printemps en Catalogne, mais elles existent aussi au sud de l’hexagone. C’est assez fascinant de voir comme d’une allure générale assez similaire, on finit par détecter de très nombreuses variantes. Tout un ensemble de critères sont à considérer mais si vous prenez simplement le temps de détailler les fruits, avant de souffler dessus pour le plaisir, vous aurez quelques chances de vous approcher d’une bonne détermination.

Observez alors les graines qui sont des akènes : certaines sont lisses, d’autres rayées ou très bosselées. Elles sont surmontées du pappus, ce petit parachute qui contribue à les disperser par le vent ; est-il composé de soies dentées ou plumeuses ou encore de petites écailles ?

La Porcelle des sables ou Porcelle glabre (Hypochaeris glabra L.) en fleur, ne paie pas de mine. Elle est surtout remarquable au moment de la fructification.

Son involucre fuselé a d’abord pris de l’importance en hauteur avant de s’ouvrir en déployant deux types de pappus sur son réceptacle. Seuls les akènes centraux sont munis d’un long bec et leurs longues soies sont plumeuses ; les akènes de la  périphérie n’ont pas de becs et les pappus sont plus courts et presque duveteux.

A noter aussi les paillettes intercalées sur le réceptacle (ce sont les languettes blanches), qui nous amènent sur le genre des Porcelles, dont l’espèce la plus commune est la Porcelle enracinée (Hypochaeris radicata).

La Cousteline (Reichardia picroides (L.) Roth) possède un involucre très décoratif : de belles bractées  au liseré opalescent, en forme de fer de lance. 

Les soies du pappus seraient très finement denticulées (il faut une loupe binoculaire pour le percevoir !), mais ce sont les akènes périphériques, très fortement ridés transversalement, qui sont remarquables.

 

L’ Hédipnoïs polymorphe (Hedypnois rhagadioloides (L.) F.W.Schmidt) est vraiment très polymorphe ; je ne croyais pas avoir affaire à la même plante au début ; mais le fruit est très particulier avec son akène surmonté d’un pappus grossier inégalement écailleux, certaines écailles centrales étant longues et même en zigzag.

 

L’Urosperme fausse picride (Urospermum picroides (L.) Scop. ex F.W.Schmidt). Celui-ci, en rosette dans un pierrier est idéal pour la photo mais pas représentatif car en principe ils sont plus haut sur tige ! Remarquez, ci-dessous, comme les poils surtout sur l’involucre et le haut de la tige, sont coniques. 

Les belles soies plumeuses du pappus surmontent des akènes formés de deux parties comme on peut le voir sur la coupe. Or en fait, c’est le pied du pappus qui est gonflé en outre et l’akène lui-même contenant la graine est la partie basale. 

On retrouve cette disposition chez l’Urosperme de Daléchamps, (ci-dessous) très commun dans le Midi et plus facile à reconnaître grâce à la couleur jaune soufre de ses fleurs, peu commune chez les composées jaunes.

 

Un peu d’iconographie :

Dans la Flora graeca de John Sibthorp et Smith, illustré par le talentueux Ferdinand Bauer, qui participa au voyage sur le pourtour méditerranéen, j’ai extrait trois études originales à l’aquarelle. La première représente la Porcelle glabre (Hypochaeris glabra L.), bien identifiée de longue date, bien que cette planche soit légendée Hypochaeris minima (actuellement un synonyme). Mon recadrage élimine les légendes au crayon, et je précise que ces aquarelles ne sont pas signées par Bauer qui les considérait comme des études préliminaires.

La Porcelle glabre (Hypochaeris glabra L.), légendée Hypochaeris minima, par Ferdinand Bauer pour la Flora graeca

La Porcelle glabre (Hypochaeris glabra L.), légendée Hypochaeris minima, par Ferdinand Bauer pour la Flora graeca

Les auteurs, par contre, donnent deux planches pour l’Hedypnoïs. La seconde, qu’ils ont identifiée comme une espèce crétoise (Hedypnois cretica) est maintenant reconnue comme incluse dans la variabilité naturelle de l’Hedypnoïs polymorphe (Hedypnois rhagadioloides).

Hedypnoïs polymorphe (Hedypnois rhagadioloides), puis (Hedypnois cretica), par Ferdinand Bauer pour la Flora graeca
Hedypnoïs polymorphe (Hedypnois rhagadioloides), puis (Hedypnois cretica), par Ferdinand Bauer pour la Flora graeca

Hedypnoïs polymorphe (Hedypnois rhagadioloides), puis (Hedypnois cretica), par Ferdinand Bauer pour la Flora graeca

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #voyages, #iconographie

Les Apocynacées sont très proches des Asclépiadacées. Les deux familles sont surtout présentes dans les climats chauds bien qu’en France, la Pervenche (Apocynacée) et le Dompte-venin (Asclépiadacée) en fassent partie. Les Asclépiadacées, sont plus évoluées que les Apocynacées comme la Pervenche ou le Laurier rose.

Ce sont les Asclépiadacées (tribu Asclepiadeae) maintenant intégrées dans les Apocynacées, qui vont nous intéresser ici, car en plus du Dompte-venin (Vincetoxicum hirundinaria Medik.) que je connaissais bien, et de l’Araujia porte-soie (Araujia sericifera Brot.) que j’avais identifié courant à l’état de fruit sur des clôtures catalanes (ci-contre), j’ai découvert deux autres lianes de cette famille au Sénégal, Pergularia daemia et Leptadenia hastata et un arbuste très curieux l’Arbre à soie ou Pomme de Sodome (Calotropis procera).

 

Plantes à latex blanc plus ou moins visible, à feuilles opposées, non composées et sans stipules, les Asclépiadacées sont dotées d’une corolle plus ou moins campanulée et rotacée, (en fait, l’allure ‘en hélice’ de la corolle est plus sensible chez la Pervenche et le Laurier rose…), quatre ou cinq étamines et quatre ou cinq pétales souvent surmontés d’une couronne staminale centrale.

Cette couronne centrale est très visible sur la Pergularia (ci-dessus). Dans la fleur de l’Arbre à soie (Calotropis procera), il y a présence d’un important plateau stigmatique, on le voit bien sur la photo ci-dessous.

Le plateau existe aussi, mais il est caché par les grandes cornes staminales de la couronne centrale chez la Pergularia.

Leptadenia hastata

Sur la Leptadenia hastata (syn. De Leptadenia lanceolata subsp. lanceolata), on peut voir quand même (ci-dessous), cinq lobes charnus et velus au cœur de la fleur.

Le genre Leptadenia appartient aux Apocynacées mais pas à la tribu des Asclepiadeae. D’après la Flore du Sénégal de J. Berhaut, les noms Wolof de Leptadenia hasata sont Tahat, Mbum sehet, et Fu takad en Diola.

Je n’ai pas trouvé d’illustration ancienne pour Leptadenia hastata qui est une plante tropicale seulement africaine alors que Pergularia daemia, d’une distribution plus large était bien répertoriée dans les anciennes colonies anglaises.

En Afrique tropicale, les racines de Leptadenia hastata soignent les maux de ventre, d’estomac et les yeux. D’après la Société française d'Ethnopharmacologie, dans les iles du Siné-Saloum la plante était aussi utilisée en traitement médico-magique de la maladie du sommeil, vous pouvez voir le procédé là: http://www.ethnopharmacologia.org/recherche-dans-prelude/?plant_id=3665

Pergularia daemia

Un dessin détaillé de Pergularia daemia montre la fleur en coupe dans « Icones plantarum Indiae orientalis », de R.Wight (1840-1853), mais l’illustration la plus plaisante reste encore celle du Botanical Magazine de Curtis (Pl 5704, vol 94 de 1868).

Pergularia daemia dans « Icones plantarum Indiae orientalis », puis dans le Botanical Magazine de Curtis
Pergularia daemia dans « Icones plantarum Indiae orientalis », puis dans le Botanical Magazine de Curtis

Pergularia daemia dans « Icones plantarum Indiae orientalis », puis dans le Botanical Magazine de Curtis

Pergularia daemia au Sénégal : les follicules fermés puis ouverts
Pergularia daemia au Sénégal : les follicules fermés puis ouverts

Pergularia daemia au Sénégal : les follicules fermés puis ouverts

Des fruits folliculaires 

Les fruits folliculaires, souvent doubles, libérant des graines à aigrettes (anémochorie), sont très caractéristiques et permettent de reconnaître ces Asclépiadacées même en l’absence de fleurs. Ainsi le Gomphocarpe  (Gomphocarpus fruticosus) qu’on peut trouver naturalisé dans le Sud de la France est immanquable à identifier (ci-dessous).

C’est aussi ce qui m’a guidé pour trouver cette plante introduite qu’est l’Araujia sericifolia et connaissant les fruits du Gomphocarpe, durant mon voyage au Sénégal,  j’ai tout de suite compris que ma Pergularia se situait dans la même famille !

Ci-dessus, Araujia sericifolia sur les clôtures en Catalogne.

Au Sénégal, encore fermés, les énormes follicules de la Pomme de Sodome.

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanistes, #iconographie

Aujourd’hui, zoom sur les travaux d’un artiste de l’illustration botanique trop peu connu Atanasio Echeverria y Godoy.

Les dessins de cet illustrateur, se trouvent principalement conservés à l'Institut Hunt de Pittsburg, en Pennsylvanie, c’est la « Collection Torner ».

Ci-dessus: Solanum wendlandii, et Caladium bicolor.

Pour toutes les illustrations de cet article, je remercie :

Torner Collection of Sessé and Mociño Biological Illustrations, avec l'aimable autorisation du Hunt Institute for Botanical Documentation, Carnegie Mellon University, Pittsburgh, Pennsylvanie.

Ils sont les fruits d’une longue expédition naturaliste, l’Expédition botanique royale en Nouvelle-Espagne (Expedición Botánica al Virreinato de Nueva España). La Nouvelle-Espagne englobait un très grand territoire depuis le Mexique jusqu’en Californie et l’expédition dura dix années (1787-1803), dirigée par Martin de Sessé y Lacasta, secondé du botaniste José Mariano Mociño Suárez de Figueroa. Deux jeunes artistes mexicains récemment sortis de l’Ecole des Beaux-Arts de Mexico, furent embauchés pour suivre l’expédition : Atanasio Echeverria y Godoy et Juan de Dios Vicente de la Cerda.

Ci-dessus, Bromelia brachystachya .

Atanasio Echeverria est le plus doué, il est d’ailleurs apprécié par Alexander von Humboldt, qui parle de ses travaux dans ces termes : « ils peuvent rivaliser avec ce que l'Europe a produit de plus parfait dans ce genre » . Même si les planches que vous pouvez voir ici ne comportent qu’un minimum de finition colorée (une feuille, une fleur et un fruit, parfois une portion de branche ou de racine), on peut se rendre compte de son talent. C’était la volonté de Sessé de ne pas perdre de temps sur des finitions pour pouvoir documenter le plus d’espèces possibles durant les voyages. Les conditions souvent difficiles de ces expéditions ne permettaient sans doute aux artistes que de prendre des feuilles de notes de détails, qui n’en sont pas moins intéressantes à regarder !

Deux feuillets d'études de terrain, pour l'Expedición Botánica al Virreinato de Nueva España
Deux feuillets d'études de terrain, pour l'Expedición Botánica al Virreinato de Nueva España

Deux feuillets d'études de terrain, pour l'Expedición Botánica al Virreinato de Nueva España

Vers 1803,  Atanasio Echeverria se rend en Espagne avec Sessé et Moçiño, dans l’idée de terminer toutes ses planches mais cela n’aura malheureusement jamais lieu car entretemps l’Espagne souffre après les guerres napoléoniennes ; l’édition d’un ouvrage illustré de belles gravures qui auraient pu en découler tombe à l’eau. Atanasio Echeverria repart donc en 1804 au Mexique ou il prend le poste de deuxième directeur artistique de la Real Academy de San Carlos.

Martin de Sessé meurt en 1808 ; vers 1812, Mociño décide de montrer l’ensemble des dessins de l’expédition au célèbre botaniste suisse Augustin Pyramus de Candolle et ce riche fonds d’espèces nouvelles pour la science sera dument inventorié et porté à connaissance à partir de 1824 dans son « Prodromus systematis naturalis… ». Il existe un fonds de calques des planches originales, exécutés en catastrophe par les « Dames de Genève » sur la demande de De Candolle, qui a quand même obtenu des « doubles originaux », toujours conservés à Genève. Mais, Mociño repart à Madrid pour y ramener les dessins et là, sans doute en raison de son décès en 1820 à Barcelone, il se produit un imbroglio qui fera qu’on perd toute la collection de vue pendant plus d’un siècle ! Elle est redécouverte dans une bibliothèque privée de Barcelone et acquise lors d’une vente aux enchères par le Hunt Institute for Botanical Documentation, de Pittsburg.

Ci-dessus, Hibiscus elatus et  Capparis amplissima.

Les planches ne sont pas signées, mais on reconnait assez aisément le travail d’Atanasio Echeverria. Pour mieux couvrir cette grande entreprise, certaines destinations de l’expédition ne comportaient qu’un botaniste et un peintre, comme c’est le cas dans l’ile de Nootka, il est donc certain, pour les espèces peintes en ce lieu, que les planches sont bien de sa main.

Les planches inachevées d'Atanasio Echeverria pour la flore de l'Ile de Nootka.
Les planches inachevées d'Atanasio Echeverria pour la flore de l'Ile de Nootka.
Les planches inachevées d'Atanasio Echeverria pour la flore de l'Ile de Nootka.
Les planches inachevées d'Atanasio Echeverria pour la flore de l'Ile de Nootka.
Les planches inachevées d'Atanasio Echeverria pour la flore de l'Ile de Nootka.

Les planches inachevées d'Atanasio Echeverria pour la flore de l'Ile de Nootka.

Le travail de Vicente de la Cerda, n’est pas aussi raffiné ; il a signé au dos une de ses planches représentant une très belle Polémoniacée : Cobaea scandens, et au dessous, la version très probablement d’Atanasio Echeverria. C’est une plante magnifique que j’ai vue fleurie dans le jardin de l’Ile de Batz.

De Candolle nomma le genre Echeveria en 1827 ; les deux espèces Echeveria grandiflora Haw. (alors nommée Cotyledon gibbiflorum) et E. teretifolia  ont été décrite d’après les dessins d’Echeverria.

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #iconographie, #voyages

La Super-famille des Légumineuses (ou Fabales) comptait autrefois trois familles distinctes, les Mimosacées, les Fabacées (ou Papilionacées) et les Césalpiniacées, ce sont ces dernières que j’aimerais vous présenter, du moins celles que j’ai pu rencontrer et photographier. Il faut dire précisément aujourd’hui Caesalpinioideae et il s’agit maintenant d’une sous-famille des Fabacées.

Les Césalpiniacées ont semblé à juste titre un peu plus primitives que les Fabacées ; la symétrie bilatérale de leur corolle n’est pas très sensible. Le grand pétale haut qui enveloppe la fleur en bouton et se nomme l’étendard  chez les Fabacées est ici recouvert par les ailes dans le bouton. La carène est formée des deux pétales inférieurs disposés en coque à voir par exemple sur cette fleur de Senna occidentalis.

A dire vrai cet article parlera surtout de trois genres Cassia, Senna et Chamaecrista qui au sein des Caesalpinioideae, sont très proches en taxonomie (Tribu des Cassieae, et sous-tribu des Cassiinae).

Les étamines, qui sont encore très nombreuses chez les Mimosacées, voient leur nombre se réduire à dix environ chez les Césalpiniacées. Chez les Fabacées il se stabilise bien et s’organise en deux verticilles : cinq grandes et cinq petites plus ou moins soudées en tube à la base, alors qu’elles restent encore libres chez les Césalpiniacées et se répartissent de diverses façons.

Dans la photo ci-dessus, prise à La Réunion de Senna occidentalis on peut observer que  les étamines se sont organisées en : trois à filets courts et dressées, et les autres incurvées, dont deux plus longues et en crochets dans la carène. Les anthères des étamines basses, tubulaires, s’ouvrent par une fente latérale ou par le bout.

Avec de telles étamines, visibles aussi sur Chamaecrista nictitans (ci-dessus), il est nécessaire pour les pollinisateurs de pratiquer une pollinisation vibratile, ou sonication, qui seule peut extraire le pollen !

La présence de nectaires sur ces plantes est intéressante car alors qu’on s’attendrait à les trouver à proximité des étamines, ce sont en fait des nectaires extra-floraux, on les trouve à l’aisselle d’une feuille sous forme d’une petite glande ronde, comme sur Senna occidentalis, ou Chamaecrista nictitans ou même le long du rachis d’une feuille composée entre les paires de folioles.

Ces nectaires extra-floraux procurent du nectar principalement à des fourmis, qui assurent par leur présence une protection contre les herbivores. Leur emplacement constitue un bon critère pour l’identification !

https://www.zoom-nature.fr/levolution-des-nectaires-extra-floraux/

https://www.zoom-nature.fr/nectar-contre-gardes-du-corps-un-deal-mutualiste/

Peu de représentantes des Césalpiniacées peuvent être observées en France dans la nature. On note quand même la présence dans le Midi de plantes introduites et quasiment naturalisées comme le bel Arbre de Judée (Cercis siliquastrum),  et deux autres espèces à floraison en épis avec de petites fleurs peu spectaculaires, mais des fruits (gousses) remarquables, le Caroubier (Ceratonia siliqua L.) ou le Févier d’Amérique (Gleditsia triacanthos L.).

 

Ci-contre, photo du Gleditsia triacanthos L. sur le littoral catalan.

Les genres Cassia, Senna et Chamaecrista ne sont pas représentés en métropole.

Par contre j’ai retrouvé au Sénégal des plantes déjà vues en Guadeloupe et même à La Réunion (répartition pantropicale), comme le Tamarinier (Tamarindus indica) ou encore le Senna occidentalis, qui autrefois s’appelait Cassia occidentalis. Le genre Cassia englobait pour Linné les Senna et les Chamaecrista. Le genre Senna créé pourtant par Pitton de Tournefort dès 1694, confirmé par Philip Miller en 1754 ne fut que plus récemment reconnu officiellement après des analyses fines de l’ADN ; c’est pourquoi tous les Senna actuels ont des synonymes en Cassia.

Au Sénégal, j’en ai vu de toute taille depuis l’arbre : la Casse du Siam (Senna siamea (Lam.) H.S.Irwin & Barneby), jusqu’à la menue Cassia mimosoides L. (syn. de Chamaecrista mimosoides (L.) Greene) une herbacée poussant dans une zone humide de Casamance.

La Casse du Siam (Senna siamea (Lam.) H.S.Irwin & Barneby), près de Dakar

La Casse du Siam (Senna siamea (Lam.) H.S.Irwin & Barneby), près de Dakar

Cassia mimosoides L. (syn. de Chamaecrista mimosoides (L.) Greene), en Casamance

Cassia mimosoides L. (syn. de Chamaecrista mimosoides (L.) Greene), en Casamance

Un bel arbuste ornemental au nom évocateur d’Epine de Jérusalem (Parkinsonia aculeata L.) semble devenu une espèce envahissante en Afrique tropicale.

 

J’ai trouvé un dessin original provenant de l’Expédition botanique en Nouvelle Espagne (Drawings from the Spanish Royal Expedition to New Spain (1787–1803) de Martin Sessé, et José Mariano Mociño)

Parkinsonia aculeata, dans "Drawings from the Spanish Royal Expedition to New Spain" (1787–1803)

Parkinsonia aculeata, dans "Drawings from the Spanish Royal Expedition to New Spain" (1787–1803)

 

 

En Guadeloupe, on trouve le Senna alata bien caractérisé par le haut de son épi roux-orangé et des Chamaecrista, pas faciles à différencier !

Les illustrations qui suivent montrent des espèces bien connues dès le 18ème siècle, car ce sont depuis longtemps des plantes médicinales , elles sont issues de cet ouvrage: Icones plantarum medico-oeconomico-technologicarum… par Ferdinand Bernhard Vietz, 1772-1815.

Sur : https://www.biodiversitylibrary.org/item/28890#page/20/mode/1up

D’abord le Caroubier (Ceratonia siliqua L.).

Puis le Tamarinier (Tamarindus indica) avec une photo réunionnaise…

Et enfin le Senné (Senna alexandrina Mill.), autrefois nommé Cassia senna  L.

Plus d’éléments sur les Senna, là :

https://www.lepeupledacote.com/plante/sene-senna/

 

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Arbres, #iconographie, #voyages

En Casamance, quelques arbres fréquemment rencontrés m’ont inspirée pour faire des recherches à leur sujet.

Le Pommier de Cayor (Neocarya macrophylla, et auparavant Parinari macrophylla), était omniprésent dans les alentours d’Abene ; pour les Diolas de Casamance, il est ‘Ba’. Beaucoup d’utilisations médicinales sont notées par la Société Française d’Ethnopharmacologie (voir sur leur site, ). Le peuple Diola semble l’utiliser surtout traditionnellement pour divers maux de dents par des macérations ou décoctions d’écorces et inhalation des vapeurs. Les jeunes feuilles sont recouvertes d’un duvet roux magnifique, très photogénique !

J’ai trouvé des illustrations anciennes sur « Florae Senegambiae tentamen », par JA Guillemin, GS Perrottet et A Richard, parution en 1830-1833.

Le Pommier de Cayor ne semble pas trop impacté par les feux de brousse. Nous avons pu rester assez proches d’un de ces feux car nous étions sur la plage un peu en contrebas. Les moutons ne semblaient pas très affolés et c’était buffet à volonté pour les oiseaux qui chassaient les insectes au-dessus des flammes, insectes qui se réfugiaient près de nous sur le sable comme par exemple ce criquet étonnant qui se nomme Truxalis !

Le Ditax:

Pour Detarium senegalense, il existe dans tout le Sénégal, de nombreuses utilisations du Ditax (en wolof : ditaq) : des fruits murs contre la toux, bronchite et diverses affections pulmonaires, et aussi de l’écorce, des racines, et du bois en macération ou en infusion comme fortifiant.

Le Ditax est donné comme antiscorbutique et soignerait bien d’autres affections et même la Lèpre. voir

Le Ditax pousse  naturellement dans le Siné-Saloum et la Casamance et le fruit très riche en vitamines C, y est consommé frais ou sous forme de boisson, j’ai testé cette boisson un soir et c’était très bon !

Mais il existe des Detarium senegalense qui produisent des fruits toxiques sans qu’on puisse comprendre vraiment pourquoi et c’est un frein pour en produire plus généralement en culture… Dans l’état où j’ai pu photographier les fruits, c’est-à-dire en fin de saison quand la pulpe a disparu et qu’il ne reste qu’un réseau très serré de fibres durcies enserrant un gros noyau, on a du mal à imaginer sa consommation comme un plaisir ! Le fruit est mûr vers septembre-octobre, ceux qui restent au sol ont quelques chances d’être toxiques car les animaux les ont boudés !

C’est ainsi que les sénégalais peuvent sélectionner autour de chez eux les arbres qui produisent des fruits sains (une technique pas très scientifique mais efficace !).

Le Doussié ou Lingué (Afzelia africana), est un grand arbre que j’ai pu reconnaître grâce à ses fruits très spéciaux, à voir plus en détail sur PlantUse, car je n’ai pas en photo l’intérieur de cette très grosse et très dure gousse, qui d’ailleurs peut servir pour faire de la musique (une sorte des castagnette).

https://uses.plantnet-project.org/fr/Afzelia_africana

A l’intérieur de cette gousse, cinq ou six loges abritent de grosses graines entourées d’une sorte d’arille orangée (un élaïosome) qui attire les fourmis et contribue ainsi à la dissémination et la germination de jeunes Afzelia (Myrmécochorie). Le fait est qu’il ne restait aucune de ces graines au sol sous les arbres ! Ce grand arbre est principalement menacé par son exploitation comme bois d’œuvre.

Pour finir sur une note moins purement botanique, voici un aperçu d’une soirée à la pointe Saint-Georges avec la plage au bord du fleuve Casamance et ma pirogue préférée toute simple et creusée dans un beau tronc mais je n’ai pas bien compris de quel bois…

Son propriétaire m’a dit quelque chose comme « Santin » me signalant que c’était du Mandingue, et j’en suis restée sur ma faim… si quelqu’un a une idée ?

 

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Arbres, #voyages

Au cours de notre récent voyage au Sénégal, l’ile de Mar Lodj dans le Siné Saloum nous a accueillis durant deux jours. En arrière de nos logements assez paradisiaques donnant sur le petit débarcadère où nous avons accosté, c’est le village puis une savane arborée que nous avons parcouru avec des charrettes en faisant des arrêts pour observer les oiseaux (but réel de ce voyage).  Un peu en marge du groupe, j’ai fait beaucoup de photos de botanique qui reste mon intérêt principal. Je vais parler ici de trois arbres emblématiques du Sénégal.

Les Boababs (Adansonia digitata), toujours impressionnants, sont parfois feuillés et parfois nus ; la base du tronc porte souvent la trace de longues cicatrices dues à un écorçage à des fins utilitaires.

 Les textes repris ci-dessous sont issus d’une étude de P. L. GIFFARD conservateur des eaux et forêts : « L’ARBRE DANS LE PAYSAGE SÉNÉGALAIS » parue en 1974. On peut consulter ce copieux Pdf là :

https://agritrop.cirad.fr/336905/1/ID336905.pdf

« En pratiquant des incisions parallèles horizontales autour du tronc et des incisions verticales, on arrache aisément de larges bandes au moment de la montée de la sève. Les paysans en extraient des fibres pour confectionner des cordes et des cordages; jadis ils s’en servaient pour fabriquer des vêtements. L’écorce se reconstitue lentement mais les bourrelets cicatriciels blanchâtres demeurent visibles à la base des arbres »

Et pour l’alimentation humaine :

« Récoltées en juin, quelques semaines après leur épanouissement, les feuilles sont bouillies et servies comme des épinards ou séchées au soleil, pulvérisées et conservées pour être incorporées aux céréales sous forme de sauce. Les analyses révèlent une extraordinaire richesse de ce produit en calcium et en fer. »

« Le fruit communément désigné sous le nom de Pain de singe est une grosse masse ovoïde pouvant atteindre 35 cm de longueur et 17 cm de diamètre, suspendue à l’extrémité d’un pédoncule de 25 à 30 cm, semblable à une corde. L’enveloppe, dure et coriace, extérieurement gris-jaunâtre, veloutée, pelucheuse, contient une pulpe blanche farineuse compartimentée en petits blocs qui englobent des graines réniformes protégées par un tégument ligneux noir. La pulpe, spongieuse quand elle est fraîche, aussi dure que de la craie après avoir séché, renferme 80 % de glucides et des teneurs importantes en calcium, en phosphore, en vitamines B et C. On l’utilise encore dans les campagnes sénégalaises mélangée avec du lait ou de la bouillie de mil. » J’ai gouté à cette pulpe blanche, elle a un peu la consistance de la meringue.

Un autre arbre important pour tout le Sénégal est le Faidherbia albida, le Kad, bien qu’hérissé de longues et dangereuses épines, il est une source importante de fourrage et à son propos, il est écrit :

« Ce sont toutefois les gousses qui jouent un rôle de premier ordre dans l’économie rurale. La fructification ayant lieu entre février et mai, période critique pour l’alimentation du bétail, les fruits sont pâturés au fur et à mesure qu’ils tombent mais, de plus en plus fréquemment, les paysans les ramassent au lever du jour pour nourrir les animaux maintenus dans les enclos ou pour les vendre aux citadins qui possèdent des moutons. »

J'ai pu photographier le Rollier d'Abyssinie sur une branche de ce Kad!

A propos des Rôniers, deux espèces sont très proches: (Borassus aethiopum, ou Borassus akeassii). Ils furent pour la première fois signalés, sans distinction des deux taxons, par Adanson (qui a donné son nom latin au Baobab) :

« Il les observa vers 1750 au Sénégal et les baptisa ‘Ron’ comme les Ouolofs, mot qui, ultérieurement, fut transformé en Rônier. »

« Le limbe sert à couvrir les cases installées dans les champs pendant la saison des pluies. Avec les fibres allongées et peu lignifiées, avec les nervures souples et coriaces, on tisse ou on tresse des couffins pour l’emballage des fruits et des légumes, des corbeilles à pain et à papier, des sacs à main, des coupes, des chapeaux, des éventails, etc... Le pétiole dont les faisceaux vasculaires, isolés les uns des autres, sont entourés de fibres lignifiées, procure un matériau léger, flexible et résistant. En le fendant, on obtient des lamelles qui permettent de confectionner des tables, des chaises, des pliants, des fauteuils, des lits, des berceaux, des cages à oiseaux, des lampes, des valises, etc... »

On peut ajouter que ce Rônier, sujets mâles comme sujets femelles, peut donner aux Diolas de Casamance qui ne sont pas musulmans le Vin de palme, mais l’extraction, mal pratiquée risque fort de  tuer le Rônier. Ce breuvage est aussi produit, avec moins de risque pour le palmier, par Elaeis guineensis, le Palmier à huile, très présent en Casamance. La récolte du vin de palme sur les palmiers à huile représente l’activité principale des Diolas pendant la saison sèche. (ci-dessous, photo de Christian Kerihuel)

Sur cette photo d’un groupe de Rôniers à différents âges on voit tout à fait à gauche un sujet qui commence à se dénuder sur le tronc ; en fait le stipe vers l’âge de 25 ans environ grossit et cause alors le déchirement et la chute, du haut vers le bas, des gaines de ces feuilles fanées qui l’encombrent. Ensuite le tronc plus lisse comme sur les sujets à droite permet d’y grimper pour récolter les fruits, mais ce n’est pas sans danger ! Le sujet de droite, femelle, au stipe plus épais, porte ces régimes de fruits qu’il convient de récolter avant qu’ils tombent si on veut consommer l’albumen de la noix en cours de formation.

« Il a la consistance d’une gelée incolore qui possèderait des propriétés aphrodisiaques. On le mange frais ou grillé. »  

Ci-dessus un Rônier mâle avec ses épis floraux (un peu fanés). Pour les photos précédentes, il pourrait s'agir plutôt de Borassus akeassii, car les rachis des feuilles ne sont que très peu dentés.

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #Fleurs, #iconographie

Voici deux gentianes à tiges courtes et à grandes fleurs solitaires qu’on rencontre assez facilement en altitude mais qu’il n’est pas si facile de distinguer sans entrer dans le détail ! La taille des corolles de la Gentiane acaule (Gentiana acaulis) comme de la Gentiane de l'Ecluse (Gentiana clusii), est en fait variable (de 40 à 70 mm !) mais avec la même allure générale, c’est-à-dire acaule soit uniflore sur une tige courte. Une troisième espèce : Gentiana alpina est plus petite aussi bien sur la longueur des feuilles que sur celle de la corolle et sa tige est vraiment très courte. Je dois ajouter pour être exacte qu’il existe trois autres gentianes de ce type mais plus rares, qui habitent des territoires précis : G.ligustica pour les Alpes maritimes, G.angustifolia dans le Dauphiné et G.occidentalis dans les Pyrénées, je ne les ai pas encore rencontrées.

Gentiane acaule au col du Lautaret , puis au col d'Allos, en Juin
Gentiane acaule au col du Lautaret , puis au col d'Allos, en Juin
Gentiane acaule au col du Lautaret , puis au col d'Allos, en Juin

Gentiane acaule au col du Lautaret , puis au col d'Allos, en Juin

La Gentiane acaule (Gentiana acaulis L.), est souvent caractérisée par le vert à l'entrée du tube de la corolle. Le petit étranglement visible sur les dents du calice situé juste au-dessous du bord de la membrane translucide qui les relie donne une forme ogivale aux pointes du calice. C’est peut-être le critère le plus fiable qui permet de reconnaître cette Gentiane acaule de la Gentiane de L’Ecluse, en effet, cette dernière vue de profil révèle un calice très différent avec des dents triangulaires longues et régulièrement effilées sans aucune membrane qui les relie.

 

 

La Gentiane de L’Ecluse (Gentiana clusii Perrier et Songeon), que j’ai eu le plaisir de découvrir sur la Col de la Colombière, n’avait pas de vert à la gorge ; dans les fissures des rochers, elle formait de charmants ensembles avec la Primevère oreille d’Ours et d’autres plantes de rocailles. Ces deux gentianes semblent apprécier surtout la rocaille calcaire.

Gentiane de L'Ecluse au col de la Colombière, à la mi-Juin
Gentiane de L'Ecluse au col de la Colombière, à la mi-Juin

Gentiane de L'Ecluse au col de la Colombière, à la mi-Juin

Malheureusement dans les représentations anciennes, ces subtiles différences ne sont pas indiquées et d’ailleurs, on ne trouve que la Gentiane acaule (ou Gentiane de Koch) avec des calices peu détaillés sauf peut-être dans la « Deutschlands flora in abbildungen nach der natur » de Jakob Sturm. (ci-contre)

Dans l’Herbier général de l’Amateur (vol. 3 de 1819), de Delaunay et Loiseleur-Deslongchamps, Pancrace Bessa montre une gentiane acaule d’un bleu très profond, c’est souvent le cas, et du coup les points verts dans la corolle deviennent gris ardoise, mais celles que j’avais vues au Col d’Allos étaient plus claires et alors les points verdâtres qui ornent l’intérieur de la corolle devenaient plus visibles. Le texte de l’auteur, parlant des gentianes en général, dit : « La nature aurait tout fait pour ces plantes, si elle eût donné un doux parfum à leurs fleurs ; mais elle le leur a refusé. »

Dans l’Herbier général de l’Amateur, dessin de Pancrace Bessa (élève de P.J.Redouté)

Dans l’Herbier général de l’Amateur, dessin de Pancrace Bessa (élève de P.J.Redouté)

Ci-contre, dans le Botanical magazine, vol 2 de 1788, de William Curtis, on trouve cette gentiane acaule. L’illustration montre bien les deux paires de feuille caulinaires opposées, dont une se situe juste sous le calice.

En 1868, Abraham Jacobus Wendel, réalise le projet d’une chromolithographie représentant un ensemble de gentianes acaules pour un ouvrage néerlandais dont la traduction serait : « Flora : illustrations et descriptions d'arbres, d'arbustes, d'annuelles, etc., présents dans les jardins néerlandais ».

Gentianes acaules par Abraham Jacobus Wendel (1868)

Gentianes acaules par Abraham Jacobus Wendel (1868)

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #Fleurs, #iconographie

Cela ne semble pas difficile de reconnaître une Apiacée (le nom actuel pour les ombellifères) ; pourtant les Astrances sont un peu à part. Un amateur ne les cherchera pas instinctivement dans cette grande famille, car leur anatomie visible est trompeuse. Deux genres présentant cette allure se retrouvent au tout début de la longue clé d’identification des Apiacées : les Eryngium et les Astrantia, parce qu’ils ont en commun de présenter des formes d’ombelles simples si resserrées que ces inflorescences ressemblent plus à des capitules de Composées qu’à des Ombellifères. Pour les Panicauts (Eryngium), on parle même d’un pseudocapitule (mais ce sera pour une autre fois).

Pour les Astrances (ci-dessus), les petites fleurs, bien qu’assemblées en un bouquet serré, sont portées par de petits pédicelles et la couronne autour de cette inflorescence n’est pas formées de ligules, comme sur les composées (ex : la marguerite), mais de bractées claires plus ou moins teintées de rose, dont la pointe restée verte rappelle le statut de petite feuille, ce qu’est en réalité une bractée.

Une autre petite ombellifère des sous-bois en est proche, la Sanicle ; elle figure en troisième position dans la clé des apiacées et d’ailleurs ces 3 premiers genres forment la sous-famille des Saniculoideae. La Sanicle (Sanicula europaea), correspond davantage à une ombellifère bien que son ombelle reste assez rudimentaire. Ses petits glomérules floraux ne sont pas entourés de bractées décoratives, mais les étamines quand elles se déploient, font de mini feux d’artifice aussi attirants pour un insecte pollinisateur.

Autrefois, Astrances et Sanicles étaient parfois figurés sur la même planche comme par exemple sur le Recueil de planches de botanique de l’Encyclopédie de Monet de Lamarck (1791-1823).

Astrances et Sanicle sur le Recueil de planches de botanique de l’Encyclopédie de Monet de Lamarck (1791-1823)

Astrances et Sanicle sur le Recueil de planches de botanique de l’Encyclopédie de Monet de Lamarck (1791-1823)

Recueil des plantes gravées par ordre du roi Louis XIV (1788), de Denis Dodart, gravure de Nicolas Robert

Recueil des plantes gravées par ordre du roi Louis XIV (1788), de Denis Dodart, gravure de Nicolas Robert

Dans le Recueil des plantes gravées par ordre du roi Louis XIV (1788), de Denis Dodart, sur la superbe planche dessinée et gravée par Nicolas Robert, de la Grande Astrance, le nom prélinnéen signalé en légende est Saniculae folio major, ce nom provient de Gaspard Bauhin (1560-1624), mais les auteurs prélinnéens, sous le vocable de Sanicula, parlaient aussi bien de la Grassette (Pinguicula) de l’Oreille d’ours (Auricula), de Molène (Verbascum), d’Androsace et de Saxifrage, ce qui montre à quel point le travail de classification de Linné a été fondamental !

En p. 235 du Species plantarum de Linné, on trouve la Sanicle d’Europe (Sanicula europaea) ainsi que la Petite Astrance (Astrantia minor) et la Grande Astrance (Astrantia major).

Le genre Astrantia figure bien sous ce nom dans l’Icones stirpium de Matthias de L’Obel (1538-1616), mais pour la Grande astrance, il donne Astrantia nigra. Lien vers cet ouvrage

 

La voici sous son nom actuel dans un ouvrage de Friedrich Gottlob Hayne « Getreue Darstellung und Beschreibung der in der Arzneykunde gebräuchlichen Gewächse » (1805-1846). Lien vers cet ouvrage

La grande Astrance dans un ouvrage de  Friedrich Gottlob Hayne.

La grande Astrance dans un ouvrage de Friedrich Gottlob Hayne.

La Grande Astrance, photos prises en Haute-Savoie
La Grande Astrance, photos prises en Haute-Savoie

La Grande Astrance, photos prises en Haute-Savoie

Deux illustrations détaillées de la Grande Astrance et de la Sanicle, avec les fruits grossis en coupe figurent dans le  Genera plantarum florae germanicae (1835-1860) vol 6, 1849, de Nees von Esenbeck.

La Petite Astrance ou Petite Radiaire (Astrantia minor) est moins spectaculaire, plus délicate, mais lorsque les fruits commencent à se former cela vaut le coup de chausser ses lunettes.

Dans le Thesaurus Botanicus (1805-1819) de Léopold Trattinnick figure une délicate gravure rehaussée de couleur qui représente Astrantia minor. Les feuilles de cette espèce sont plus profondément découpées et les lobes sont plus étroits, mais il existe aussi Astrantia carniolica qui apparaît dans la Flora austriaca de N.J.Jacquin, dont les feuilles ressemblent à celles de la Sanicle.

 

Astrantia minor, dans le Thesaurus Botanicus (1805-1819) de Léopold Trattinnick

Astrantia minor, dans le Thesaurus Botanicus (1805-1819) de Léopold Trattinnick

Astrantia carniolica dans la Flora austriaca de N.J.Jacquin.

Astrantia carniolica dans la Flora austriaca de N.J.Jacquin.

L’Astrance de Carniole, plus orientale,  n’existe pas sur le territoire français. A ce sujet voir

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