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Botazoom, Botanique et Iconographie

Botazoom, Botanique et Iconographie

Ce blog est destiné aux curieux de botanique. En s’appuyant sur les photos que j’ai pu faire en voyage, et sur de l’iconographie ancienne, il rentre un peu dans les détails qui m’ont permis d’identifier une espèce, mais son contenu doit être considéré comme celui d’une botaniste amateur !

Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #iconographie

Cette grande ombellifère (Apiacées) est méditerranéenne, d’autres férules existent en Espagne, au Portugal, en Italie et en Corse, je ne les connais pas plus que les espèces d’Asie centrale, dont je montre des illustrations anciennes à la fin de cet article.

La Férule commune ou Faux Fenouil (Ferula communis L.)

Mes photos sont prises pour les fleurs en Juin en Ardèche et pour le jeune feuillage en Mars sur les plateaux calcaires de l’Aude.

Les propriétés anticoagulantes de la Férule la rendent dangereuse pour les ovins qui auraient la fâcheuse idée d’en brouter le jeune feuillage ; il semble si tentant par son allure légère de Fenouil. Les tiges de Férule sont remplies de moelle, mais cependant très solides.

Le nom latin Ferula, s’il vient du latin ferio (frapper) désignerait, depuis l’Antiquité, le bâton destiné à faire obéir les écoliers et les esclaves, qui se trouvaient ainsi « sous la férule » de leur maître ! Mais était-ce une tige de férula ? En fait, rien n’est moins sûr car il existe deux étymologies possibles pour notre férule qui par ailleurs n’est pas si solide qu’un bon bâton de bois, mais par contre, bien plus légère !

L’autre étymologie parlerait plutôt de « porter » (fero) puisque la tradition affirme par ailleurs que la férule servait à porter le feu (grâce à la moelle contenue dans la tige, semblable à de l’amadou), ce serait même l’origine de la torche olympique !

On voit que les histoires plus ou moins fondées ne manquent pas autour de cette Férule commune (Ferula communis L.), dont les tiges peuvent atteindre facilement 3 mètres de haut et 5 bons centimètres de diamètre.

L’inflorescence est une sorte de pyramide rythmée par de longues gaines plus ou moins pendantes au contact des ramifications. De grandes ombelles bombées, elles-mêmes composées de nombreuses ombellules de fleurs jaunes attirent de nombreux insectes.

Les illustrations que je vais montrer maintenant ne concernent pas toutes la Férule commune, mais Ferula nodiflora qui figure dans la Flora graeca de Sibthorp, est bien synonyme de Ferula communis subsp. communis, alors que l’autre planche de ce très beau recueil représente une Ferula thyrsiflora, espèce uniquement crétoise. Ce sont des peintures originales de Ferdinand Bauer, visibles sur la Bodleian Libraries, University of Oxfordhttps://digital.bodleian.ox.ac.uk/collections/flora-and-fauna-graeca/

 

Ferula communis, puis Ferula thyrsiflora, dessins de Ferdinand Bauer pour la Flora Graeca de Sibthorp.
Ferula communis, puis Ferula thyrsiflora, dessins de Ferdinand Bauer pour la Flora Graeca de Sibthorp.

Ferula communis, puis Ferula thyrsiflora, dessins de Ferdinand Bauer pour la Flora Graeca de Sibthorp.

La planche issue de « Icones florae Germanicae et Helveticae », (1837-1838) des deux Reichenbach (Heinrich Gottlieb Ludwig, et Heinrich Gustav), représente bien Ferula communis L.

Ci-dessous: Ferula communis var. brevifolia (Tab 8157 du Curtis botanical magazine, n° 133 de 1907)  qui est synonyme de Ferula communis subsp. brevifolia , c’est une sous-espèce.

J’ai voulu montrer aussi des illustrations de ces trois belles espèces de Ferula dont les pharmacopées traditionnelles d’Asie centrale utilisaient surtout les racines. Les dessins sont de David Blair ; elles proviennent d’un ouvrage de Robert Bentley et Henry Trimen: « Medicinal Plants » (1880), détenu par les  bibliothèques de l’université de Toulouse :   https://tolosana.univ-toulouse.fr/flores/

 Ferula scorodosma, synonyme de Ferula foetida Regel, qui habite entre l’Iran et le Kazakhstan et produit l’Ase fétide, une gomme-résine à la fois drogue et épice.

Ferula galbaniflua, synonyme de Ferula gummosa Boiss. Plante native du Turkménistan et de l’Iran, connue aussi sous le nom de Férule gommeuse ou Férule galbanifère, produisant le galbanum une gomme-résine connue déjà de Théophraste ! (Usage actuel en parfumerie)

 Ferula sumbul, synonyme of Ferula moschata (Reinsch) Koso-Pol. Plante native d’Asie centrale, connue aussi sous le nom de Sumbul musqué.

Ferula foetida, Ferula galbaniflua et Ferula sumbul, dessins de David Blair pour « Medicinal Plants » de Bentley et Trimen
Ferula foetida, Ferula galbaniflua et Ferula sumbul, dessins de David Blair pour « Medicinal Plants » de Bentley et Trimen
Ferula foetida, Ferula galbaniflua et Ferula sumbul, dessins de David Blair pour « Medicinal Plants » de Bentley et Trimen

Ferula foetida, Ferula galbaniflua et Ferula sumbul, dessins de David Blair pour « Medicinal Plants » de Bentley et Trimen

Si vous êtes encore curieux sur ces Férules, vous pouvez en savoir davantage sur : http://nature.jardin.free.fr/2013/ferula_communis.html

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #iconographie

J’ouvre ma bible, la Flora Gallica, de Tison et Foucault, à la page d’entrée des Laitues (Lactuca), et aussitôt le choix de la couleur bleue ou jaune des fleurs apparaît. Autrefois existaient plusieurs genres, les Mycelis, Mulgedium, Cicerbita, ce dernier genre étant d’ailleurs réservé aux espèces à fleurs bleues évoquées dans cet article.

Mais aujourd’hui, la seule espèce montrée dans ce sujet qui n’a jamais  appartenu au genre Lactuca est la Chicorée amère (Cichorium intybus L.), et cela est sans doute dû à la structure différente du fruit dont le pappus est réduit à de courtes écailles, alors que chez les trois autres il existe un pappus formé de soies porté par un rostre plus ou moins présent et long surmontant l’akène, ce qui donne en gros un fruit du type pissenlit. J’ai préféré montrer quand même la Chicorée, bien qu’elle ne soit même pas nommée Laitue dans le langage courant, car des confusions sont très possibles !

Je n’ai pas eu l’occasion de voir et photographier deux autres vraies Lactuca à fleurs bleues : la Laitue délicate (Lactuca tenerrima Pourr.), proche de Lactuca perennis, (rare en France mais moins en Espagne), et la Laitue à grandes feuilles (Lactuca macrophylla (Willd.) A. Gray), proche de Lactuca alpina, rare également et plutôt naturalisée que sauvage.

Il nous reste donc à différencier ces trois espèces qu’il est plus probable de rencontrer: Lactuca perennis, Lactuca alpina et Lactuca plumieri.

La Laitue vivace (Lactuca perennis L.) est une espèce de plaine qui apprécie la rocaille calcaire et le soleil. Même à un stade précoce, on la distingue aisément de la Chicorée amère car ses fleurs sont portées sur d’assez longs pédoncules glabres alors que la Chicorée porte les siennes en position axillaire, presque pas pédonculées. Mes photos sont prises du côté de Castellane, près des gorges du Verdon, le feuillage glabre et bleuté se cantonne à la base de la plante.

Lactuca perennis

Les deux autres sont des montagnardes des mégaphorbiaies (végétation haute sur sol humide):

La Laitue des Alpes ou Laiteron des montagnes (Lactuca alpina (L.) A. Gray) est dotée d’une tige et de rameaux couverts de poils glanduleux bien caractéristiques et elle forme des colonies, comme on peut le voir sur mes photos jurassiennes. Les feuilles segmentées se terminent par un large triangle.

Lactuca alpina

 

La Laitue de Plumier (Lactuca plumieri (L.) Gren. & Godr.), porte des fleurs plus pâles sur des tiges et rameaux glabres et les plantes restent isolées. Les feuilles segmentées se terminent par une pointe longue et étroite. Mes photos sont pyrénéennes.

Lactuca plumieri

Il existe peu de représentations anciennes de cette Laitue de Plumier, mais j’en ai trouvé une à la fin d’un « Mémoire de la Société du Muséum d’Histoire naturelle de Strasbourg » de 1853 : Notice sur le Sonchus Plumieri L., par F.Kirschleger. La planche est dessinée par un pharmacien Jules Leroux et présente en marge sur des petits fonds noirs les comparaisons intéressantes des akènes entre L. plumieri, L. perennis et L. alpina.

Reichenbach, dans « Icones florae Germanicae et Helveticae » nous montre un Mulgedium plumieri DC. qui n’est autre qu’un synonyme ancien de notre Laitue de Plumier. On trouve aussi dans cet ouvrage Mulgedium alpinum Less., soit notre Laitue des Alpes.

 

On trouve une autre version de Mulgedium alpinum Less., soit notre Laitue des Alpes dans la « Flora regni Borussici » (Flore du royaume de Prusse ou illustration et description des plantes sauvages de Prusse), par Albert Dietrich (1795-1856), auteur et illustrateur.

C’est l’occasion de revenir sur la Cichorium intybus puisque dans ce même recueil figure cette Chicorée amère, dont le nom linnéen n’a pas changé.

 

Mais la plus spectaculaire représentation de la Chicorée amère se trouve dans le très beau recueil de Dodart: « Recueil des plantes gravées par ordre du roi Louis XIV » publié en 1788. Cette Chicorée sauvage est une eau-forte de Louis de Chatillon.

 

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #iconographie

Profitons déjà de cette vue rapprochée sur l’inflorescence de cette Euphorbia heterophylla de Guadeloupe, pour comprendre mieux la composition de ces étonnantes cyathes.

A l’opposé de chaque capsule pendante, ressort une petite cupule jaune en forme de ventouse, c’est un nectaire pour attirer les insectes (amateurs de nectar). Ici, au centre de la cyathe on perçoit le pollen échappé des étamines des fleurs mâles (une seule étamine par fleur) entourant une unique capsule.  Sur plusieurs stades d’avancement vers le fruit, on peut distinguer les stigmates des fleurs femelles : un petit bouquet rose qui peu à peu se referme en pinceau fermé au-dessus de l’ovaire qui grossit. Chez les euphorbes la forme et le nombre de nectaires est très variable et constitue un des critères d’identification, avec la texture de surface des capsules et des graines.

Dans l’Herbier général de l'amateur de Jean-Louis-Auguste Loiseleur-Deslongchamps, figure une illustration nommée Poinsettie éclatante ; l’auteur y fait une description très complète des fleurs, qui va compléter le début descriptif de cet article, mentionnant : «  Fleurs polygames, les unes mâles avec un pistil avorté, les autres hermaphrodites. Dans les unes et les autres, calice monophylle, globuleux, rougeâtre en son bord et découpé en une multitude de franges, chargé sur sa partie latérale externe, d’un appendice en forme de godet ouvert et contenant un liquide visqueux ».

On constate là la parenté assez étroite entre ces quelques espèces plus tropicales, car en France métropolitaine, cette structure avec une seule glande nectarifère par fleur est rare, on parle toujours des glandes du cyathe, en général au nombre de 4 et soit réniformes soit plus moins cornues (en demi-lune).

Dans mes voyages hors de la métropole, j’ai rencontré quelques jolies espèces d’Euphorbes, dont certaines sont bichonnées par des amateurs depuis longtemps et d’autres sont plutôt pourchassées comme invasives dans des cultures !

L'Etoile de Noël ou Poinsettia (Euphorbia pulcherrima) est originaire des régions tropicales du Mexique et d'Amérique centrale, cette plante aux belles bractées rouges, était vénérée des Aztèques; elle peut former, là-bas de volumineux buissons. Je l’ai photographiée en février 2018 au Sud du Portugal ; installée en pleine terre, elle donnait l’impression de s’être superbement acclimatée !

 

Berthe Hoola van Nooten, représente le Poinsettia en 1880 dans « Fleurs, fruits et feuillages choisis de l’ile de Java: peints d’après nature ». Elle affirme que cette plante se trouve partout dans les jardins de Java et qu’il existe déjà une variété dont les bractées sont jaunes.

L’Euphorbia milii, est connue sous divers noms : Couronne d'épines,  Epine du Christ ou Couronne du Christ, elle est originaire du Sud de Madagascar, région au climat chaud et sec où elle atteint une taille bien plus imposante (1,5 à 2 m) que celles que nous pouvons maintenir en serre ou en appartement en climat tempéré. A l’origine, c’est donc un arbuste aux troncs et branches emmêlées couverts de longues épines, couronnés d’une rosette de feuilles entourant des cyathes rouge-vif cernant des fleurs minuscules et qui  pousse dans des crevasses granitiques. Elle est bien présente en extérieur à La Réunion et en Guadeloupe dans des jardins, (ce sont des variétés diversement colorées) mais elle n’y est pas spontanée. Mes photos ont été prises dans un jardin de Basse-Terre en Guadeloupe.

 

Cette petite Euphorbe baptisée définitivement Euphorbia milii Des Moul. en 1826, commence à être représentée assez rapidement après sa découverte par le Pr Bojer. On la trouve dans deux articles du Botanical Magazine de Curtis. Dans le n° 56 de 1829 elle est encore nommée Euphorbia splendens avec la description de Bojer, et le texte explique qu’elle a transité par l’ile Maurice, venant de Madagascar où les populations locales la nomment Soongo Soongo. Le dessin qu’en fit le Pr Bojer sur place a inspiré une gravure qui montre des épines très nombreuses et fortes alors qu’ensuite, dans le n°63 du Bot. Mag. de 1836, elles sont moins impressionnantes ! La plante figure alors sous le nom d’Euphorbia Bojeri et son allure (décrite d’un spécimen des serres du jardin botanique de Glasgow) est plus conforme à ce que nous connaissons.

En France elle figure dans le Dictionnaire universel d'histoire naturelle de Charles d'Orbigny en 1848.

Euphorbia milii, dans le Bot Mag n°56, puis le n°63
Euphorbia milii, dans le Bot Mag n°56, puis le n°63

Euphorbia milii, dans le Bot Mag n°56, puis le n°63

Euphorbia cyathophora Murray, le petit Poinsettia est moins spectaculaire que le vrai Poinsettia mais j’ai vu cette plante-ci dans la nature et plutôt comme adventice en lisière de cultures au Sud de La Réunion, en Juin 2016.

Cette espèce était comprise autrefois en tant que sous-espèce dans Euphorbia heterophylla L., pourtant une illustration très ancienne de Scopoli nous donne bien le nom et bien que cette gravure soit en noir et blanc, la traduction du latin donnerait à peu près : « Avec des feuilles lyrées plus jeunes, sous les fleurs lancéolées et deux taches : l'une pourpre, l'autre blanche, marquées ».

 

Voici Euphorbia cyathophora dans « Deliciae florae et faunae Insubricae »  de Giovanni Antonio Scopoli (1723-1788)

Euphorbia heterophylla L., l’Herbe de lait ou Caca poule, que j’ai vue en Guadeloupe en février 2020, porte des feuilles terminales qui ne sont  pas maculées de rouge, d’autre part ces feuilles ne sont pas souvent lyrées (échancrées en forme de violon). Cette euphorbe est citée comme rudérale, adventice mais pas très nuisible aux cultures dans les iles de l’océan indien, cependant en Guadeloupe elle est à surveiller dans les champs de Canne à sucre. En Afrique des études d’ethnobotanique la donne comme remède traditionnel sous diverses formes.

 

Pour en savoir davantage sur Euphorbia milii et ses nombreuses variétés :

http://nature.jardin.free.fr/succulente/mc_euphorbia_milii.html

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #iconographie, #voyages

Le naturaliste allemand Engelbert Kaempfer (1651-1716), puis le suédois Carl Peter Thunberg (1743-1828)  restent les deux voyageurs européens qui, les premiers (avant Siebold et sa Flora Japonica), nous firent découvrir quelques spécimens de la flore et de la faune du Japon. Ci-dessous (photo wikimedia), l'hommage minéral qui leur fut rendu par  Philipp Franz von Siebold à Dejima dans la baie de Nagasaki.

Ils ont en effet, tous deux séjourné à Dejima, dans la baie de Nagasaki sans toutefois avoir pleine liberté de sortir de cet ilot artificiel de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales. En 1776, cependant, Thunberg a eu la possibilité de faire une visite au shogun à Edo et à cette occasion il a pu récolter de nombreuses plantes nouvelles pour lui, dont il réalisa par la suite qu’Engelbert Kaempfer les avait déjà décrites. Je me propose ici de donner quelques passages d’un texte de Thunberg sur ces plantes qui figuraient déjà dans l’ouvrage de Kaempfer « Amoenitatum exoticarum… » publié en 1712 et illustré de quelques belles gravures.

Ce sont des morceaux du chapitre 23 du texte de Thunberg, traduit en français en 1796, qui seront cités ici, dont la partie sciences naturelles a été revue par Jean Baptiste de Lamarck « Voyages de C.P.Thunberg, au Japon, par le cap de Bonne-Espérance, les isles de la Sonde ; etc… »

P. 308 : « L’Azalée des Indes (Azalea indica, pour Kaempfer : Tsu-tsusi) croissoit auprès des maisons dans toute sa beauté, et produisoit de superbes fleurs panachée. » Synonyme de Rhododendron indicum (L.) Sweet qui est à l’origine des nombreuses variétés d’Azalée des Fleuristes, non rustiques.

Cet arbuste est cité plusieurs fois au passage à propos de l’ornement des jardins, souvent en compagnie de l’Aucuba et du Nandina : « Chaque maison a sa petite cour avec une petite montagne ou éminence couverte d’arbres, d’arbustes et de pots de fleurs. Les plantes les plus communes sont le pin sauvage, l’azalée de l’Inde, l’aukuba et le nandin. » Ces deux derniers seraient plantés comme porte-bonheur, mais je ne les ai pas trouvés dans les illustrations choisies par Kaempfer.

P. 311 : « Le Badian de la Chine (Illicium anisatum L.) passe chez les japonais pour un arbre vénéneux ; ils ne vouloient pas croire qu’il produit la vraie anis (Anisum stellatum) étoilée qu’ils achètent chaque année aux chinois. A la vérité, les gousses ne parviennent pas à une parfaite maturité dans le pays, et n’acquièrent pas ce goût agréable et fortement épicé que nous trouvons à celles que vendent nos apothicaires. », avec un commentaire en bas de page de Lamarck : « Au reste nous ne connoissons sur les fleurs de cet arbre intéressant, que ce que Kaempfer nous a appris. M. Thunberg auroit dû nous en donner de nouveaux détails afin que nous puissions les comparer avec celles de l’Illicium floridauum que j’ai figuré, et qui ne présente point des folioles calcinales obtuses, comme on le voit dans le skimmi de Kaempfer. »

Aujourd’hui on distingue bien la Badiane japonaise (Illicium anisatum L.), du Badianier de Chine ou Anis étoilé (Illicium verum = Illicium stellatum), que Thunberg nommait « la vraie anis (Anisum stellatum) », d’ailleurs Siebold avait déjà reconnue la Badiane japonaise comme différente avec ce nom : Illicium religiosum Sieb.(= Illicium anisatum)

Thunberg poursuit en écrivant : « Au reste on fait beaucoup de cas de cet arbre ; on le plante ordinairement auprès des temples, et l’on conserve des branches avec d’autres fleurs, dans des cruches pleines d’eau et placées dans l’intérieur même des temples. La poudre de son écorce sert à mesurer le temps, surtout pour les gardes nocturnes. » (voir le détail de cet usage du Skimmi p 312 de:  ce lien

On voit bien, donc, que les japonais n’avaient pas tort dans leur propos à Thunberg ! Cette Badiane japonaise est aussi brûlée comme encens et fut utilisée comme poison de pêche.

P. 302 : « Le Muguet du Japon (Convallaria japonica) portoit des fruits ; les Japonois et les Chinois prennent dans différentes maladies, les oignons de cette plante confits dans le sucre ». Synonyme de Ophiopogon japonicus (Thunb.) Ker Gawl.

 

Thunberg écrit peu de choses sur le Camellia japonica si prisé de nos jours dans les jardins d’Europe. Il affirme seulement que de la graine du Tsoubaki (Camellia japonica), on pouvait tirer une huile pour accommoder des mets.

C’est en bas de la p. 269 que Lamarck note : « Tsoubaki : Camellia japonica. Arbrisseau toujours verd, que l’on cultive au Japon et à la Chine dans les jardins, à cause de la beauté de ses fleurs : il a beaucoup de rapports avec le thé. »

La belle gravure de Kaempfer est légendée aussi Tsubaki et montre les graines en bas à gauche.

P. 314 : A propos du Camellia sasanqua, Thunberg est un peu plus bavard : « Le camelli à feuilles étroites, étoit assez abondant aux environs de Nagasaki ; il ressemble beaucoup à l’arbuste à thé, tant pour les feuilles que pour les fleurs, qui ne diffèrent les unes des autres que par la grandeur. Les feuilles ont une odeur si agréable, que les femmes en font souvent une décoction pour laver leurs cheveux, et les mêlent quelquefois avec le thé pour lui donner un plus doux parfum. »

On ne trouve pas ce Camélia d’automne (Camellia sasanqua) dans « Amoenitatum exoticarum… », mais il s’y trouve une illustration pour le Thé (Camellia sinensis) sous le nom de Tsja, puis Thea.

P. 269 : Thunberg ne consacre qu’un petit mot à un arbre devenu très commun dans nos parcs : c’est le Paulownia que nous pouvons retrouver chez Kaempfer sous le nom japonais de Kiri, dont la graine sert également pour confectionner une huile alimentaire. En bas de page, Thunberg donne le nom de Bignonia tomentosa, synonyme de Paulownia tomentosa.

P. 295 : A propos du Camphrier (Laurus camphora) que Kaempfer nomme Laurus camphorifera, en japonais Kus no ki. Synonyme aujourd’hui de Cinnamomum camphora.

« La province de Satsouma et les iles de Gotho produisent beaucoup de Camphriers sauvages, et c’est de là qu’on tire presque tout le camphre que nous consommons en Europe. Les naturels coupent l’arbre et les racines par petits morceaux et les font bouillir dans une marmite de fer pleine d’eau, fermée d’un couvercle de bois, avec un fond très bombé. On remplit de paille et de foin la concavité de ce couvercle pour recevoir le camphre qui monte en vapeur par l’action du feu ; on sépare ensuite le camphre de la paille à laquelle il s’est attaché , il retombe en poudre, et on l’emballe dans des tonneaux que la Compagnie hollandaise achète au poids »

De très beaux et vénérables Camphriers sont protégés au Japon. (photo wikimedia)

 

 

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #iconographie, #Fleurs

Digitalis purpurea L., la Digitale pourpre est certainement la plus commune, elle fréquente souvent les friches forestières qui favorisent son installation, surtout sur terrain pauvre et plutôt siliceux. C’est la plus grande, la plus haute, elle peut mesurer 2 mètres. Dans chaque grande fleur en cloche (4 à 5 cm de long), on pourrait glisser le doigt et c’est pourquoi ses noms vernaculaires y font allusion. En Angleterre, c’est Foxglove, en Allemagne, c’est plutôt un dé à coudre (Fingerhut).

En tout cas le décor intérieur des corolles est magnifique avec ses points sombres distribués au hasard mais tous cerclés de blanc !

Les nervures des feuilles saillantes au revers sur un fond duveteux contrastent avec la face supérieure du limbe d’un vert plus soutenu. On trouve facilement des graines de Digitales pourpre à semer, c’est ainsi qu’elles se multiplient au jardin et dans la nature les graines tombent au sol, forment la première année une belle rosette de feuilles et la deuxième année une hampe florale : ce sont des bisannuelles.

Le décor intérieur contrasté et irrégulier des fleurs n’est pas rendu au mieux dans la planche de la "Flore du Royaume de Hanovre" de Georg Friedrich Wilhelm Meyer, publié en 1854, mais en revanche tout le feuillage ainsi que les détails et coupes alignés dans la partie basse, sont vraiment exceptionnels.

 

Digitalis grandiflora, la Digitale à grandes fleurs, vue ici en juin au sud du lac d’Annecy, n’est pas rare en montagne mais n’apprécie pas les Pyrénées. Sur une tige solide et bien feuillée, l’inflorescence se déploie en se tournant volontiers vers la lumière, et en début de floraison, la partie haute encore en boutons se penche de ce côté, formant une crosse élégante. Les fleurs sont un peu plus cambrées que chez la Digitale pourpre, elles présentent à l’intérieur de leur corolle ventrue un décor en fine résille, pointillée de brun-rouille.

Il existe pour elle une autre dénomination qui est un synonyme : Digitalis ambigua Murray. C’est le nom qui figure sur les planches anciennes. On retrouve pour la Digitale à grandes fleurs  la très belle mise en page de la "Flore du Royaume de Hanovre" de Meyer et juste la même petite critique sur les corolles florales que je trouve un peu fades…

Il faut dire que sur l’Herbier général de l'Amateur, de Loiseleur et Delongchamps, figure une planche très lumineuse, peut-être un peu trop colorée car en vérité cette digitale est plus pâle. Le texte en revanche à la fois botanique et plaisant, nous apporte quelques détails : « Une corolle grande, ventrue, à cinq dents, d’un beau jaune, tachée de quelques points bruns dans l’intérieur. Au bout de quelques jours, elle tombe avec les quatre étamines qui y étaient attachées et dont deux sont plus courtes ; alors on aperçoit une capsule ovale, surmontée du style (qui est persistant), biloculaire, quoiqu’elle ait à l’extérieur l’apparence d’avoir quatre loges, enfin pleine de semences très petites, et qui vues à la loupe, se montrent couvertes d’aspérités et parsemées de points métalliques et brillants : elles sont ordinairement mûres à la fin de juillet. »

Mais la plus belle représentation pour la Digitale à grandes fleurs (= D. ambigüa) est sans conteste celle de Ferdinand Bauer ; il est l’artiste qui a réalisé toutes les planches pour la Monographie des Digitales  de John Lindley (1821).

La Digitale jaune (Digitalis lutea L.) porte des fleurs plus petites s’ouvrant en cinq lobes plus marqués, la pointe basse plus longue, semble tirer la langue. L’intérieur de la corolle tubulaire ne porte aucun décor de points ni de réseaux, mais en revanche est très barbu, sans doute pour retenir les pollinisateurs pressé de ressortir !

Elle est toxique dans toutes ses parties. Je l’ai vue à plusieurs reprises, sur la photo,  à Châteauvillain, en Haute-Marne, mais aussi dans les Pyrénées et le Jura.

La répartition des données met en évidence sa présence sur des terrains plutôt calcaires et son absence dans l’Ouest et le Sud-ouest de la France, dont les terrains plutôt acides, conviennent mieux par contre à la Digitale pourpre.

Voici pour l’illustrer une planche sur un dessin de Sydenham Edwards pour le Botanical Register (vol 3 de 1817).

Pour compléter cet article , vous pouvez faire un tour sur cet ancien article du blog, qui évoque la Digitale laineuse et la Digitale des Canaries:

Deux Digitales

Et bien sûr, Bonne année 2025 à mes lecteurs réguliers!

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Fleurs

En cherchant un sujet en accord avec les fêtes de Noël, j’ai découvert sur la toile un beau manuscrit enluminé détenu par la Bibliothèque nationale de Naples. Cet ouvrage du 15ème siècle : le Livre d’heures de la vierge Marie « Flora », est illustré de très fines enluminures chrétiennes et de textes entourés de semis de fleurs pas seulement décoratives mais aussi très bien observées et parfaitement identifiables. Il est moins exclusivement floral que le célèbre codex des « Grandes heures d’Anne de Bretagne », illustré par Jean Bourdichon, mais il mériterait d’être mieux connu !

Ce manuscrit a été réalisé dans les Flandres entre 1483 et 1498 et appartient à la collection Farnèse depuis 1734. On y retrouve les fleurs symboliques classiques associées à la vierge Marie, le Lys blanc, la Rose, mais aussi bien d’autres espèces comme le Bleuet, la Violette, les Œillets, les Chardons, le Compagnon blanc, l’Ancolie, la Bourrache, les Pâquerettes, les Véroniques, les Pensées sauvages et même des brins de Callune toutes ces espèces étant probablement symboliques dans la chrétienté.

La Nielle des blés (Agrostemma githago) (Du grec agros (champ) et stemma (couronne), puis, en latin, gith : nom latin de la Nielle) ; elle apparaît dans le Livre de Job de l’Ancien Testament, mais en général, les plantes qu’on a identifiées dans la Bible sont différentes puisqu’il s’agit d’une flore de Méditerranée orientale alors que ce codex a été peint dans le nord de l’Europe. La Nielle de tout temps était réputée dangereuse lorsque ses graines se mélangeaient aux grains de Blé, c’est pourquoi elle a été fortement combattue et est devenue bien rare sauf dans les jardins. Plante messicole par excellence, elle se trouve beaucoup remplacée dans les enluminures de ce manuscrit par le Bleuet (Centaurea cyanus), lui aussi venu du Sud-Est avec les céréales au Néolithique. La Nielle et le Bleuet sont figurés également dans les « Grandes heures d’Anne de Bretagne ».

Dans la « Flora parisiensis » (1779), de Pierre Bulliard, sont rappelés les nombreux noms communs du Bleuet en usage au 18ème siècle: Barbeau, Casse-lunettes, Bouquet bleu, Aubifoin, Aubiton, Chevalot, Blavéole.

Le Lys blanc ou Lys de la Madone (Lilium candidum) est par excellence la fleur de la vierge Marie, dans les peintures il est souvent placé dans un vase comme ici. Il ne faut pas le confondre avec notre Lis de Saint Bruno (Paradisea liliastrum), car c’est une plante moyen-orientale, il ne pousserait guère naturellement qu’au Liban, mais il fut cultivé dès le Moyen-âge dans les jardins des monastères.

Les Œillets (Dianthus) sont les fleurs de Dieu (ou de Jupiter), c’est la racine du nom latin qui nous l’affirme. On en voit plusieurs variétés figurées sur les enluminures, certains qui sont pointillés pourraient être l’Œillet armeria (Dianthus armeria), ceux qui sont plus pâles, unis et peu dentés seraient la version originelle de l’Œillet des fleuristes (Dianthus caryophyllus), qu’on peut trouver rarement, sur les vieux murs des monuments et qui justement, seraient un vestige de cultures ornementales du Moyen-Age. Caryophyllus  ferait allusion au nom grec du girofle, dont cette plante a l'odeur (Ambroise Gentil).

La Bourrache (Borago officinalis)  et deux Véroniques identifiées (Veronica chamaedrys) (Veronica teucrium), sont figurées également dans les « Grandes heures d’Anne de Bretagne ».

‘Bourrache’ et ‘Borago’ (et par conséquent ‘Borraginacée’), viendraient peut-être du bas-latin burra : étoffe grossière à longs poils ; toutes les plantes de cette famille sont velues et rêches.

Viola tricolor, la Pensée ou Herbe de la Trinité en raison de ses trois couleurs, n’est pas distingué depuis longtemps de la petite Pensée des champs (Viola arvensis), les deux espèces sont ici représentées en semis avec la Callune et des Véroniques. Violettes et Pensées portent les mêmes significations de modestie  et d’humilité, souvent associées à Marie.

Pour la Véronique, voici le texte original de Pierre Fournier, dans Les quatre flores de la France (1946) : « Véronique, d’après la tradition, essuya le visage de Jésus portant sa croix et son voile en garda l’empreinte ; cette empreinte fut appelée Veronicon : la vraie image. C’est elle que l’on a comparée au Moyen-âge à la fleur des véroniques, où l’on trouvait le dessin rudimentaire d’un visage, les deux anthères figurant les yeux ».

L’Ancolie (Aquilegia vulgaris) ou Gant de Notre-Dame, avait aussi sa place dans les jardins du Moyen-Age. Dans le Dictionnaire étymologique de la flore francaise, d’Ambroise Gentil : « De aquilegium, réservoir d'eau. La corolle retient les gouttes de pluie. Suivant d'autres, ce nom vient d’Aquila, aigle, à cause des crochets de la corolle, comparés aux serres de l'aigle. On lui donne vulgairement le nom de ‘Aiglanthine’ ». Au Moyen-Age, Hildegarde de Bingen cultive l’Ancolie dans son jardin de simples pour soigner différents maux, crue ou le jus dilué dans le vin blanc.​​​​​​​

L’Aconit napel ou Casque de Jupiter: En Grèce, l'akoniton est une plante vénéneuse, produisant un poison puissant, on peut en enduire des flèches pour les rendre mortelles. Napellus en latin signifie en forme de navet en raison de la forme de la racine. Au Moyen-âge, la plante pouvait servir à empoisonner des renards ou des loups ; elle est très décorative mais dans cet ouvrage j’ai trouvé sa présence un peu surprenante…​​​​​​​

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Arbres, #Botanistes

Une fois n’est pas coutume, je me suis promenée ce mois-ci dans les Parcs et Jardins pour traquer la présence de beaux érables colorés par l’automne. J’ai fait ces quelques  promenades un peu trop tardivement pour les identifier au moyen des samares, mais les couleurs et la forme du feuillage ainsi que parfois l’écorce réjouissent les yeux !

Je ne parlerai pas dans cet article des espèces plus communes que sont l’Erable negundo (Acer negundo), l’Erable plane (Acer platanoides) sous toutes ses formes et l’Erable sycomore (Acer pseudoplatanus).

Aux alentours de chez moi, dans une zone périurbaine,  j’ai photographié l’Erable de Tartarie (Acer tataricum) et l’Erable trident (Acer buergerianum) ainsi que l’Erable palmé (Acer palmatum), dont il existe de beaux exemplaires dans les parcs du Mans. Toujours au Mans, au Jardin des Plantes on peut voir en outre un Erable de Cappadoce (Acer cappadocicum), un Erable du Japon (Acer japonicum), et j’ai identifié dans un autre parc plusieurs individus d’Erable blanc ‘laciniatum’(Acer saccharinum), dont la taille est plus imposante.

Non loin de là, en pleine ville, trois Erables de David (Acer davidii), forment une sorte de gros bouquet dont les troncs déjà conséquents montrent une écorce très décorative.

La plupart des érables possèdent des feuilles à nervation palmée, il convient d’être attentif au nombre des nervures, aux découpes plus ou moins profondes des lobes, ainsi qu’aux contours de ces lobes, dentés ou non

L’Erable trident (Acer buergerianum) pousse naturellement en altitude de la Chine au Japon. Il semble très bien convenir pour créer des Bonsaïs, sa feuille palmatilobée est caractéristique car les trois nervures forment un éventail assez fermé et les contours des trois lobes aux pointes atténuées ne portent aucune dent.

Sur l’Erable de Cappadoce (Acer cappadocicum), originaire d’Asie, la feuille, dotée de cinq à sept lobes séparés par des sinus peu profonds, nous rappelle un peu l’Erable plane en plus petite taille et avec des contours plus simples car les lobes qui se terminent en pointes effilées ne sont pas eux-mêmes dentés.

Sur l’Erable palmé (Acer palmatum), les feuilles plutôt petites sont aussi plus profondément échancrées sur cinq à sept lobes bordés de dents aigües et les nervures se déploient en un éventail plus ouvert ; Chine Japon et Corée sont ses patries d’origine.

Il existe de nombreuses formes de jardin plus petites et plus compactes, et des formes très découpées comme Acer palmatum ‘dissectum’. 

On peut aisément le confondre avec des variétés de l’Erable du Japon (Acer japonicum), mais sur celui-là les feuilles seraient un peu plus grandes et peuvent compter jusqu’à 12 lobes déployés dans une forme générale presque circulaire. Sur la gravure d’époque de l' Icones plantarum Japonicarum  de Carl Peter Thunberg , ou sur celle un peu plus tardive de Trattinnick (voir plus bas), on note une allure assez différente des cultivars actuels, souvent beaucoup plus profondément découpés, comme par exemple la forme ‘aconitifolium’. On pourrait penser maintenant que ces gravures montrent déjà une variété, un Acer japonicum ‘vitifolium’ ou encore une autre espèce japonaise, Acer shirasawanum Koidzumi.

 

Pas simple de s’y retrouver ! On peut souvent s’interroger : palmatum ou japonicum ? Sur l'individu ci-dessus, pris en photo au jardin des Plantes du Mans, je ne compte que neuf nervures : trop pour palmatum et pas assez pour japonicum!

Sur les feuilles de l’Erable blanc ici photographié (Acer saccharinum ‘laciniatum’), chacun des cinq lobes séparés par des sinus profonds est lui-même lobé, les pointes sont aigües et c’est le revers du feuillage qui est blanc.

Des feuilles à nervation pennée :

Mais parfois, les feuilles d’érables ne sont pas palmées ! L’Erable de David (Acer davidii), porte des feuilles ovales au contour simple discrètement denté et à pointe fine.

Un peu des deux :

Pour l’Erable de Tartarie (Acer tataricum), on constate une sorte de compromis des deux, la feuille semble palmée à la base puis la nervure centrale évolue vers une nervation pennée !

En iconographie :

J’ai choisi de montrer trois gravures illustrant un ouvrage de Leopold Trattinnick, le « Botanisches Album » (1850-1851) car je trouve ces représentations très claires bien qu’il semble qu’elles soient des reprises d’ouvrages célèbres, ici sans doute ceux du suédois  Carl Peter Thunberg : « Flora japonica » (1784) et « Icones plantarum Japonicarum » (1805), que cet auteur édite après un voyage au Japon (1775-1776). Vous pourrez constater les différences qui sont l'apanage de ces érables ornementaux!

La feuille de l'Acer japonicum figurée par les auteurs classiques n'est pas profondément découpée!

Par contre la feuille de l'Acer palmatum est très découpée, c'est une sous-espèce dissectum.

Et la feuille d'Acer saccharinum est moins découpée que la sous-espèce laciniatum en photo plus haut!

Six espèces d’Acer figurent dans la Flora japonica de Thunberg, dont dissectum, japonicum et palmatum ; il nous rappelle dans le texte, une mention plus ancienne encore d’un auteur prélinnéen, Engelbert Kaempfer dans « Amoenitatum exoticarum » (1712), pour Thunberg il s'agit d'un Acer palmatum. 

La célèbre « Flora japonica » (1835-1870) de P.F. von Siebold et J.G. Zuccarini est un peu postérieure. Pour l’anecdote j’ai ajouté ce portrait de Von Siebold à la mode japonaise puisqu’il est passé à la postérité pour son grand apport de connaissance sur la flore et la faune du Japon où il a résidé six années. 

 

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #iconographie

L’Impatiente n’y-touchez-pas (Impatiens Noli-tangere L.) ou Balsamine sauvage est la seule qui soit d’origine naturelle en France métropolitaine. J’en ai trouvé une belle station en Savoie en lisière d’un sous-bois de pente (altitude : 1146m). Elle semble plus fréquente en montagne qu’en plaine et de ce fait, rare dans l’Ouest de la France, sauf en quelques zones humides, pentues et ombragées.

Les quatre Balsamines qu’on peut voir chez nous sont bien faciles à reconnaître par la couleur des fleurs, mais on peut quand même noter que I. Noli-tangere porte des feuilles alternes à grosses dents émoussées alors que chez la Balsamine de l’Himalaya et la Balsamine de Balfour, les feuilles sont opposées ou verticillées et bordées de dents fines et pointues.

J’ai disséqué une fleur de Balsamine de Balfour (Impatiens balfouri)  pour mieux comprendre comment s’organisent les différentes pièces d’une corolle d’Impatiens : l’éperon caractéristique qui se recourbe en-dessous n’est pas un pétale, il s’agit en fait du sépale inférieur dit pétaloïde car sa texture et sa couleur sont identiques aux pétales. Outre la couleur de l’éperon, sa courbure et sa forme plus ou moins effilée ou brusquement atténuée sont aussi des critères à observer pour reconnaître les espèces du genre Impatiens. Les deux grands pétales qui sortent de ce cornet sont bizarrement symétriques. Il ne s’agit pas d’un grand pétale très échancré ou que j’aurais déchiré malencontreusement mais de deux pétales distincts, chacun soudé avec un petit pétale latéral. On parle néanmoins de cinq pétales pour les Balsamines, le pétale supérieur, redressé, ressemble à l’étendard d’une fabacée.

La Balsamine de l’Himalaya (Impatiens glandulifera Royle) s’est échappée des jardins et colonise maintenant de nombreuses rives de cours d’eau : c’est une belle invasive, qui sévit un peu partout mais surtout dans l’Est.

La Balsamine de Balfour (Impatiens balfouri) est originaire du Nord-ouest de l’Himalaya, on la rencontre souvent dans les jardins et parfois sur les terrains vagues, elle colonise maintenant un peu partout notre territoire. Voyez comme l'éperon est différent!

La Balsamine à petites fleurs (Impatiens parviflora), asiatique à l’origine, s’est échappée du jardin botanique de Genève et de fait, c’est non loin de là que ma photo est prise, bien que depuis elle se soit installée dans des bois humides un peu partout en France, peut-être moins abondamment que le deux précédentes. Les fleurs plus nombreuses et plus petites sont aussi plus pâles.

En général, les Balsamines vivent près des cours d’eau et leurs fruits ‘explosifs’ projettent les graines au loin, qui peuvent flotter sur l’eau, ce qui permet surtout à la grande Balsamine de l’Himalaya de coloniser efficacement les rives. Ci-dessous fruits de la Balsamine de Balfour.

Il suffit d’observer leurs tiges plus ou moins translucides et facilement cassantes pour en déduire leur terrain préféré : bois tourbeux, proximité des sources, des rivières. La Balsamine de Balfour parvient à s’éloigner de l’eau et s’accommode d’un coin d’ombre au jardin, la Balsamine à petites fleurs, d’un coin d’ombre en forêt.

 

Un peu d’Iconographie ancienne (et les liens vers ces ouvrages) :

Pour Impatiens noli-tangere :

"Deutschlands flora in abbildungen nach der natur", par Jacob Sturm (1798).

https://www.biodiversitylibrary.org/item/148190#page/241/mode/1up

 

"Billeder af nordens flora" (1917-1927) par August Mentz et C.H.Ostenfeld, C. H. (Carl Hansen).

https://www.biodiversitylibrary.org/item/39907#page/459/mode/1up

 

Pour Impatiens glandulifera :

Royle’s balsam dans "Favourite flowers of garden and greenhouse" (1896-97) par Edward Step.

https://www.biodiversitylibrary.org/item/112157#page/192/mode/1up

 

Dans le "Botanical Magazine de Curtis", vol 125, tab 7647

https://www.biodiversitylibrary.org/item/14253#page/65/mode/1up

 

Pour Impatiens balfourii :

Dans le "Botanical Magazine de Curtis", vol 129, tab 7878

https://www.biodiversitylibrary.org/item/14257#page/34/mode/1up

 

Pour Impatiens parviflora :

"Icones plantarum novarum vel imperfecte cognitarum floram Rossicam, imprimis Altaicam, illustrantes", par Carl Friedrich von  Ledebour; 1829, vol 1, t 89

https://www.biodiversitylibrary.org/item/102747#page/127/mode/1up

 

Etude d’un artiste inconnu Naturalis Biodiversity Center/Wikimedia Commons  https://www.naturalis.nl/

 

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #iconographie, #Arbres

Natif d’Aix en Provence, en 1727, Michel Adanson n’a pas été de son vivant apprécié à sa juste valeur. Heureusement, le Baobab, nommé en son honneur par Linné (Adansonia digitata) et l’étude détaillée qu’il en donna, nous rappelle qu’il fut un voyageur et botaniste important. Un original aussi qui voulait réformer l’orthographe et, indifférent aux honneurs, s’insurgeait que le nom scientifique du baobab ne soit pas dérivé de son nom local sénégalais !

Mais ici nous allons nous intéresser un peu aux recherches de ce théoricien de la botanique. Il fut un novateur dont la méthode de classification des végétaux pourrait s’inscrire entre le « Système sexuel » de Linné et la  « Méthode naturelle » développée par Antoine-Laurent de Jussieu. Mais, en fait, il était impossible de mettre en œuvre efficacement toute sa démarche qui nécessitait de prendre en compte une infinité de données, puis de lancer des comparaisons, au point qu’il existe maintenant une « Méthode adansonienne de taxonomie » qui s’appuie sur les moyens modernes de calcul par ordinateur.

La statue en pied de Michel Adanson, vient du Palais archiépiscopal d'Aix-en-Provence. 

Adanson est donc passé sous les radars, il était pourtant un précurseur de la « méthode naturelle » de classification des végétaux qui remit en question la classification « artificielle » de Linné.

La Méthode naturelle prit son essor avec le « Genera Plantarum » d’Antoine-Laurent de Jussieu et prospéra grâce à toutes les plantes encore inconnues qui arrivaient d’un peu partout et qu’on tentait d’organiser en genres et familles en considérant tous leurs organes, depuis les racines jusqu’à la graine, donc bien plus d’éléments que n’en proposait Linné, et en procédant par comparaisons mais finalement un peu par intuition, tâtonnements et ajustements successifs.

En réalité Adanson n’a voulu créer que des familles car il était bien conscient des grandes difficultés de cette méthode. Pour lui, la création de groupes supérieurs ne pouvait intervenir qu’à posteriori. En effet, il pensait que le principe alors prôné de subordination des caractères au sein d’un groupe de plantes ne devrait pas se faire « a priori » mais seulement après une très longue et complète étude comparative de tous ces caractères. Dans son ouvrage principal « Familles des Plantes », en 1763 ; il détaille sa méthode.

A noter que cette méthode de classification concernait toute forme de vie (faune et flore), il l’a mise en pratique pour étudier les coquillages : « Histoire naturelle du Sénégal : coquillages : avec la relation abrégée d'un voyage fait en ce pays pendant les années 1749, 50, 51, 52 et 53 ». 

C'est pourquoi la statue en pied de Michel Adanson, tient un coquillage en main.

Baobabs au Sénégal, le "Pain de singe" suspendu, puis écrasé au sol.
Baobabs au Sénégal, le "Pain de singe" suspendu, puis écrasé au sol.
Baobabs au Sénégal, le "Pain de singe" suspendu, puis écrasé au sol.

Baobabs au Sénégal, le "Pain de singe" suspendu, puis écrasé au sol.

Le Baobab :

Sur le lien ci-dessous (Académie des Sciences, Archives, Institut de France), vous pouvez lire son étude sur le Baobab :

Adanson, Michel, 1763. Description d'un arbre d'un nouveau genre, appelé Baobab, observé au Sénégal. Histoire de l'Académie Royale des Sciences, année 1761, Paris.

C’est une longue description du Baobab : ce qui le  rapproche des Malvacées et ce qui, par quelques différences permet de créer un genre distinct en restant au sein de cette grande famille. Ce texte annonce le projet de l’ouvrage : « Familles des Plantes ». 

Deux planches en noir et blanc, que voici, sont figurées à la fin de ce texte.

Un peu d'iconographie:

Une illustration par Théodore Descourtilz, pour "La Flore médicale des Antilles"

Et cette illustration du fruit qui vient de la Bibliothèque de Christoph Jacob Trew de l’Université Friedrich-Alexander (Erlangen-Nürnberg); elle est particulièrement belle mais peut-être Adanson l’aurait critiquée car il estimait qu’un dessin au trait précis, et dépouillé même des hachures qui donnent le volume, était ce qui convenait le mieux en botanique ; il admirait les planches du Père Plumier pour cette raison.

Pour mémoire, cet ancien article sur le Baobab, à mon retour du Sénégal:

http://botazoom.over-blog.com/2023/02/trois-arbres-du-sine-saloum.html

Exceptionnellement, pour finir, j’illustre l’article avec deux photos Wikimedia, dont je ne suis pas l’auteur, car je n’ai malheureusement pas vu la superbe fleur du baobab pendant mon voyage au Sénégal.

Adansonia digitata, flower; between Masekwaspoort and Waterpoort, Limpopo, South Africa  Auteur : https://commons.wikimedia.org/wiki/User:SAplants

Adansonia digitata, flower; between Masekwaspoort and Waterpoort, Limpopo, South Africa Auteur : https://commons.wikimedia.org/wiki/User:SAplants

Français : Coupe longitudinale d'une fleur de Baobab africain (Adansonia digitata). Photo prise dans la campagne Burkinabée, entre Fada N'Gourma et Ouagadougou, Photo : Author	Marco Schmidt : https://commons.wikimedia.org/wiki/User:Marco_Schmidt

Français : Coupe longitudinale d'une fleur de Baobab africain (Adansonia digitata). Photo prise dans la campagne Burkinabée, entre Fada N'Gourma et Ouagadougou, Photo : Author Marco Schmidt : https://commons.wikimedia.org/wiki/User:Marco_Schmidt

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Paysages, #voyages

En fin de saison, grâce au climat océanique, on peut encore profiter de quelques floraisons sur l’ile de  Noirmoutier. On y trouve aussi toutes ces plantes invasives venues de l’autre hémisphère et dont la floraison est décalée. Sur la côte sableuse du côté de Barbâtre, ces espèces sont trop présentes certainement, et nuisent à l’équilibre de la zone classée en Znieff.

Entre la dune mobile du haut de plage et les bois de pins et de Cyprès de Lambert (Cupressus macrocarpa), s’étend un ruban de dune grise où se trouvent côte à côte des plantes typiques parfois remarquables comme l’Œillet de France (Dianthus gallicus), le Ciste cotonneux (Cistus albidus) ou le Diotis blanc (Diotis maritima), fortement concurrencées par des invasives comme le Yucca (Yucca gloriosa) originaire du sud-est des Etats Unis, et les Onagres (Oenothera sp.), américaines aussi. Pour ces dernières, sur la plage des Boucholeurs, 2 ou 3 espèces différentes seraient présentes que je ne suis pas vraiment parvenue à différencier, d'autant plus qu’elles commencent à s'hybrider entre elles ...

L' Œillet de France, le Ciste cotonneux et le Diotis blanc, à protéger!
L' Œillet de France, le Ciste cotonneux et le Diotis blanc, à protéger!
L' Œillet de France, le Ciste cotonneux et le Diotis blanc, à protéger!

L' Œillet de France, le Ciste cotonneux et le Diotis blanc, à protéger!

Oenothera non identifiée (en pied), Oenothera glazioviana (boutons pointus rayés)
Oenothera non identifiée (en pied), Oenothera glazioviana (boutons pointus rayés)

Oenothera non identifiée (en pied), Oenothera glazioviana (boutons pointus rayés)

Les terrains les plus bas au cœur de l’ile, sont surtout des Marais salants avec de belles populations de Soude commune (Soda inermis ou Salsola soda) qui colorent de vastes zones d’une belle teinte rouge. Les feuilles de la Soude commune sont comestibles.

On évitera par contre de gouter à cette autre plante échappée originaire du Pérou : Le Nicandre faux-coqueret (Nicandra physalodes), car même s’il pourrait joliment figurer au jardin, et ressemble un peu au Coqueret, lui, est très toxique. Il s’échappe aussi à l’occasion près des décombres ; à Noirmoutier je l’ai trouvé proche des marais, près de la station d’épuration !

Au Nord de l’ile, voici la célèbre Estacade de la plage des Dames.

Nous avons avancé vers le Nord vers la plage de l’Anse rouge jusqu’à la Tour Plantier, une des premières grandes villas à l’allure de sémaphore construite vers 1860 dans le Bois de la Chaise, qui se détache dans son écrin de de verdure au-dessus des rochers.

Pins et surtout Chênes verts (Quercus ilex) : c’est la végétation typique du Bois de la Chaise comme aussi cette petite clairière de Callunes, d’Ajoncs et d’Arbousiers (Arbutus unedo).

Plage de l'Anse rouge, la Tour Plantier, bruyères et arbousiers du bois de la Chaise
Plage de l'Anse rouge, la Tour Plantier, bruyères et arbousiers du bois de la Chaise
Plage de l'Anse rouge, la Tour Plantier, bruyères et arbousiers du bois de la Chaise

Plage de l'Anse rouge, la Tour Plantier, bruyères et arbousiers du bois de la Chaise

Au bout de la jetée Jacobsen qui ferme le marais de Mulambourg, derrière le Fort Larron, s’étend un autre espace de dune grise où j’ai pu voir la Scille d’automne (Prospero autumnale) visitée par un petit Argus et plus loin encore le long des ganivelles qui fixent le sable de la Plage des Sableaux, se trouvait un pied de Tétragone cornue (Tetragonia tetragonoides), qu’on peut trouver à l’occasion échappée sur le littoral, c’est une aizoacée originaire de Nouvelle-Zélande riche en vitamines B et C, dont on peut consommer les feuilles crues ou cuites.

La jetée Jacobsen, Scille d'automne et Argus, Tétragone cornue
La jetée Jacobsen, Scille d'automne et Argus, Tétragone cornue
La jetée Jacobsen, Scille d'automne et Argus, Tétragone cornue

La jetée Jacobsen, Scille d'automne et Argus, Tétragone cornue

Juste au Nord du passage du Goix, c’est la réserve du Polder de Sébatopol.

En cette fin de saison, les colonies de Sternes caugek et de Mouettes mélanocéphales avaient déserté l’endroit. Des vaches maraîchines utilisent ces pâtures, au bord  du chemin j’ai compté une bonne dizaine de pieds d’une charmante orchidée: la Spiranthe d’automne (Spiranthes spiralis).

 

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