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Botazoom, Botanique et Iconographie

Botazoom, Botanique et Iconographie

Ce blog est destiné aux curieux de botanique. En s’appuyant sur les photos que j’ai pu faire en voyage, et sur de l’iconographie ancienne, il rentre un peu dans les détails qui m’ont permis d’identifier une espèce, mais son contenu doit être considéré comme celui d’une botaniste amateur !

Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Paysages, #voyages

En fin de saison, grâce au climat océanique, on peut encore profiter de quelques floraisons sur l’ile de  Noirmoutier. On y trouve aussi toutes ces plantes invasives venues de l’autre hémisphère et dont la floraison est décalée. Sur la côte sableuse du côté de Barbâtre, ces espèces sont trop présentes certainement, et nuisent à l’équilibre de la zone classée en Znieff.

Entre la dune mobile du haut de plage et les bois de pins et de Cyprès de Lambert (Cupressus macrocarpa), s’étend un ruban de dune grise où se trouvent côte à côte des plantes typiques parfois remarquables comme l’Œillet de France (Dianthus gallicus), le Ciste cotonneux (Cistus albidus) ou le Diotis blanc (Diotis maritima), fortement concurrencées par des invasives comme le Yucca (Yucca gloriosa) originaire du sud-est des Etats Unis, et les Onagres (Oenothera sp.), américaines aussi. Pour ces dernières, sur la plage des Boucholeurs, 2 ou 3 espèces différentes seraient présentes que je ne suis pas vraiment parvenue à différencier, d'autant plus qu’elles commencent à s'hybrider entre elles ...

L' Œillet de France, le Ciste cotonneux et le Diotis blanc, à protéger!
L' Œillet de France, le Ciste cotonneux et le Diotis blanc, à protéger!
L' Œillet de France, le Ciste cotonneux et le Diotis blanc, à protéger!

L' Œillet de France, le Ciste cotonneux et le Diotis blanc, à protéger!

Oenothera non identifiée (en pied), Oenothera glazioviana (boutons pointus rayés)
Oenothera non identifiée (en pied), Oenothera glazioviana (boutons pointus rayés)

Oenothera non identifiée (en pied), Oenothera glazioviana (boutons pointus rayés)

Les terrains les plus bas au cœur de l’ile, sont surtout des Marais salants avec de belles populations de Soude commune (Soda inermis ou Salsola soda) qui colorent de vastes zones d’une belle teinte rouge. Les feuilles de la Soude commune sont comestibles.

On évitera par contre de gouter à cette autre plante échappée originaire du Pérou : Le Nicandre faux-coqueret (Nicandra physalodes), car même s’il pourrait joliment figurer au jardin, et ressemble un peu au Coqueret, lui, est très toxique. Il s’échappe aussi à l’occasion près des décombres ; à Noirmoutier je l’ai trouvé proche des marais, près de la station d’épuration !

Au Nord de l’ile, voici la célèbre Estacade de la plage des Dames.

Nous avons avancé vers le Nord vers la plage de l’Anse rouge jusqu’à la Tour Plantier, une des premières grandes villas à l’allure de sémaphore construite vers 1860 dans le Bois de la Chaise, qui se détache dans son écrin de de verdure au-dessus des rochers.

Pins et surtout Chênes verts (Quercus ilex) : c’est la végétation typique du Bois de la Chaise comme aussi cette petite clairière de Callunes, d’Ajoncs et d’Arbousiers (Arbutus unedo).

Plage de l'Anse rouge, la Tour Plantier, bruyères et arbousiers du bois de la Chaise
Plage de l'Anse rouge, la Tour Plantier, bruyères et arbousiers du bois de la Chaise
Plage de l'Anse rouge, la Tour Plantier, bruyères et arbousiers du bois de la Chaise

Plage de l'Anse rouge, la Tour Plantier, bruyères et arbousiers du bois de la Chaise

Au bout de la jetée Jacobsen qui ferme le marais de Mulambourg, derrière le Fort Larron, s’étend un autre espace de dune grise où j’ai pu voir la Scille d’automne (Prospero autumnale) visitée par un petit Argus et plus loin encore le long des ganivelles qui fixent le sable de la Plage des Sableaux, se trouvait un pied de Tétragone cornue (Tetragonia tetragonoides), qu’on peut trouver à l’occasion échappée sur le littoral, c’est une aizoacée originaire de Nouvelle-Zélande riche en vitamines B et C, dont on peut consommer les feuilles crues ou cuites.

La jetée Jacobsen, Scille d'automne et Argus, Tétragone cornue
La jetée Jacobsen, Scille d'automne et Argus, Tétragone cornue
La jetée Jacobsen, Scille d'automne et Argus, Tétragone cornue

La jetée Jacobsen, Scille d'automne et Argus, Tétragone cornue

Juste au Nord du passage du Goix, c’est la réserve du Polder de Sébatopol.

En cette fin de saison, les colonies de Sternes caugek et de Mouettes mélanocéphales avaient déserté l’endroit. Des vaches maraîchines utilisent ces pâtures, au bord  du chemin j’ai compté une bonne dizaine de pieds d’une charmante orchidée: la Spiranthe d’automne (Spiranthes spiralis).

 

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanistes, #iconographie

Pour continuer dans ma série linnéenne, voici cette fois « Illustratio systematis sexualis Linnaei ».

Il s’agit d’une « Illustration du système sexuel de Linné » par John Miller (1777), dont l’iconographie est remarquable, ce qui permet de comprendre agréablement un peu mieux ce système, qui, s’il est maintenant dépassé, n’en est pas moins une base, une sorte de socle qui a permis ensuite de construire pas à pas la classification actuelle du règne végétal, toujours en évolution.

Dans ce célèbre système, 24 classes, comprenant chacune plusieurs ordres sont organisées en les comparant à la sexualité humaine, c’est pourquoi les termes « mari, épouse, maris et femmes dans des lits différents, maris préférés aux autres, ou encore noces cachées » peuvent sembler surprenants, mais finalement aident à la compréhension de son système.

J’ai fait un choix dans les exemples car tout détailler aurait été aride, en effet, il existe dans cette étude une centaine de combinaisons, illustrées chacune par une espèce choisie caractérisée par un ordre à l’intérieur d’une classe ; mais je vous renvoie à la fin de l’article sur deux liens qui pourraient bien compléter cet aperçu.

Un petit rappel: Andria, pour les étamines (mâles), Gynia pour le pistil (femelle)

Classe 1, ordre 1 : exemple, le Canna (pl1) : Monandria, Monogynia 

 

Monandria (classe 1) : une seule étamine dans une fleur hermaphrodite,

puis Monogynia (ordre1): une épouse, un pistil

ci-contre: Canna indica à La Réunion

 

 

Classe 6, ordre 1 : exemple, l’Amaryllis belladona (pl 18), Hexandria Monogynia 

Hexandria (classe 6) : six étamines dans une fleur hermaphrodite,

puis Monogynia (ordre1): une épouse, un pistil

ci-contre , le Lis de Jersey ou Amaryllis belladona, dans un jardin du Nord Cotentin, floraison automnale avant la sortie du feuillage.

 

Classe 7, ordre 1 : exemple le Marronnier d’Inde (Aesculus hippocastaneum) (pl 23), Heptandria Monogynia 

Heptandria (classe 7) : sept étamines dans la même fleur avec le pistil,

puis Monogynia (ordre 1): une épouse, un pistil

 

 

 

Classe 11, ordre 5 : exemple la Joubarbe des toits (Sempervivum tectorum) (pl 40), Dodecandria Polygynia 

Dodecandria (classe 11): 12 à 19 étamines dans la fleur hermaphrodite,

puis Polygynia (ordre 5) : 5 épouses, 5 pistils.

ci-contre, une joubarbe sur la Sambuy (Haute-Savoie)

 

Classe 12, ordre 5 : exemple la Ronce (Rubus fruticosus) (pl 45), Icosandria, Polygynia 

Icosandria (classe12): les nombreuses étamines (20 ou plus) adhérentes au côté interne du calice,

puis Polygynia (ordre 5) : 5 épouses, 5 pistils.

 

 

Classe 13, ordre 2 : exemple la Pivoine officinale (Paeonia officinalis) (pl 47), Polyandria, Digynia 

Polyandria (classe 13): les nombreuses étamines (20 à 100) avec le pistil dans la même fleur,

puis Digynia (ordre 2) : 2 épouses, 2 pistils.

Ci-contre, fruits d'une pivoine botanique chinoise, Paeonia veitchii, au Château de Sourches (ici, le nombre d'épouses n'est pas fixe!)

 

 

Classe 15 : exemple le Violier commun ou Giroflée des jardins (Cheiranthus incanus, Matthiola incana) Tetradynamia, Siliquosa,

Tetradynamia (classe 15) : 6 étamines dont 4 sont longues et les 2 opposées courtes,

puis Siliquosa (ordre 2 de la classe 15) : silique allongée avec un style court.

Ci-contre, Matthiola incana, sur le Cap Cerbère.

 

Classe 16 : exemple la Rose trémière (Alcea rosea) pl 60, Monadelphia, Polyandria 

Polyandria : les nombreuses étamines (20 à 100) avec le pistil dans la même fleur mais aussi réunies au pistil en un corps par leurs filets (Monadelphia) (classe 16). C’est la définition actuelle d’une fleur monadelphe.

 

Classe 19 : exemple le Tournesol (Helianthus annuus)  pl 69, Syngenesia Polygamia frustranea

Syngenesia (classe 19) : Etamines réunies par leurs anthères, rarement par leurs filets. 

Il y a plusieurs ordres dans la 19ème classe, Polygamia frustranea correspond à des fleurons hermaphrodites dans le disque et stériles dans la circonférence.

 

 

Classe 20 : exemple la Passiflore (Passiflora caerulea) (pl 75), Gynandria Pentandria 

Gynandria (classe 20) : Femme-mari, Plusieurs étamines insérées sur le pistil et non sur le réceptacle,

puis Pentandria (ordre 4 de la classe 20) : 5 étamines.

 

Classe 21 : exemple la Margose ou Momordique (Momordica charantia) (pl 84), Monoecia Syngenesia , c’est la première espèce monoïque :

Monoecia (classe 21) : Une seule maison, Fleurs mâles et fleurs femelles séparés mais sur un même pied,

puis Syngenesia (ordre 10 de la classe 21) : Etamines réunies par leurs anthères, rarement par leurs filets.

Ci-contre, une Margose à La Réunion.

 

 

 

 

 

 

 

Classe 22 : Premier exemple d’une espèce dioïque, le Saule (Salix fusca) (pl 86) Dioecia Diandria

Dioecia (classe 22) : 2 maisons, fleurs mâles et fleurs femelles séparées sur des pieds différents

et Diandria (ordre 2 de la classe 22) : 2 étamines.

Ci-contre Salix pyrenaica, dans la Neste de la Gela

 

Classe 23 : exemple le Vérâtre (Veratrum album) (pl 99), Polygamia Monoecia 

Polygamia (classe 23) : Fleurs mâles, fleurs femelles et fleurs hermaphrodites présentes,

et Monoecia (ordre 1 de la classe 23) : sur la même plante.

Ci-contre, un Vérâtre sur le Semnoz.

 

Classe 24: exemple d’une algue (Fucus cartilagineus), (Pl 104) Cryptogamia et Algae (ordre 3 de la classe 24)

Cryptogamia (classe 24) : noces cachées. Fleurs cachées, ou dont on ne découvre que difficilement les sexes.

Cette dernière classe 24 compte 4 ordres : les fougères, les mousses, les algues et les champignons.

 

Ci-dessous, l'illustration de Georg Dyonisius Ehret, conçue pour le "Genera plantarum" de Linné

Pour consulter « Illustratio systematis sexualis Linnaei » :

https://bibdigital.rjb.csic.es/viewer/12639/?offset=#page=7&viewer=thumb&o=info&n=0&q=

Explication utile depuis la p.24 sur : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k97718898/f29.vertical

 

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #voyages, #iconographie

Je vous propose une courte promenade botanique estivale au bord de l’Ire qui descend plein sud depuis Doussard, au sud du lac d’Annecy. On peut d’ailleurs admirer le bout du lac grâce à quelques vues entre les épicéas. J’ai trouvé au bord du chemin deux plantes qui ressemblent plus ou moins à des chardons mais n’en sont pas !

Dipsacus pilosus L., soit la Cardère velue est bien moins répandue que Dipsacus fullonum, le Cabaret des oiseaux. Les Dipsacus ont prêté leur nom pour la famille des Dipsacacées qui comprend aussi toutes les Scabieuses et les Knauties. Elle se trouvait non loin de l’Ire, impétueuse même en ce mois d’Aout.

L’inflorescence de la cardère velue rappelle en effet plus une Knautie, qu’on verra plus loin, que la Cardère que nous voyons couramment. A ce propos, il faut se rappeler que la véritable Cardère à foulon qui était cultivée pour carder la laine, n’est pas Dipsacus fullonum (maintenant: Dipsacus sylvestris), mais Dipsacus sativus, qu’on ne rencontre plus guère. Je n’avais pas encore trouvé sur mon chemin cette belle cardère velue, dont les petites têtes rondes sont ponctuées d’anthères violettes.

Dipsacus pilosus L., la Cardère velue
Dipsacus pilosus L., la Cardère velue

Dipsacus pilosus L., la Cardère velue

Le volume 13 de la « Flora von Deutschland in Abbildungen nach der Natur » de Jacob Sturm (1900-1907) présente une illustration très parlante pour comparer le Cabaret des oiseaux à la Cardère velue.

 

Un peu plus haut, une autre plante m’a surprise par sa hauteur et la taille cette fois imposante de ses capitules sphériques (environ 5 cm de diamètre), dont les corolles blanches encerclent une colonne centrale d’anthères accolées bleutées. C’est Echinops sphaerocephalus L., l'Oursin à têtes rondes, à classer lui, dans la grand sous-famille des Carduoideae, comprenant Chardons, Cirses, etc… C’est un montagnard, plus spectaculaire par la taille mais moins pas la couleur que le bel Echinops ritro L., plus méditerranéen.

Echinops sphaerocephalus L., l'Oursin à têtes rondes
Echinops sphaerocephalus L., l'Oursin à têtes rondes

Echinops sphaerocephalus L., l'Oursin à têtes rondes

J’ai choisi cette fois une illustration figurant dans « Illustratio systematis sexualis Linnaei », par John Miller (1770-1777), qui présente en partie basse une intéressante série de détails des corolles et des étamines de cet Echinops.

Non loin de la Combe d'Ire, dans le vallon de Saint-Ruph situé au pied de la Sambuy, au sud-ouest de Seythenex, une voie non goudronnée donc très tranquille longe le torrent de Saint-Ruph.

Ces lieux forestiers, mais pas trop ombragés m’ont rapporté même en Aout quelques trouvailles botaniques comme par exemple de belles populations de Sauge glutineuse (Salvia glutinosa).

 La Sauge glutineuse (Salvia glutinosa)
 La Sauge glutineuse (Salvia glutinosa)

La Sauge glutineuse (Salvia glutinosa)

L’illustration est tirée également du « Flora von Deutschland in Abbildungen nach der Natur » de Jacob Sturm.

Dans le vallon poussaient en abondance des Knauties mais aussi quelques Scabieuses, qu’on reconnait à leur fruits particulier : chaque akène porte un jupon clair et de longues pointes fines noires qu’on peut voir aussi sur le dessous de la fleur.

Fruits et fleur d'une scabieuse.
Fruits et fleur d'une scabieuse.

Fruits et fleur d'une scabieuse.

Le papillon qui butine sur une Knautie est un Nacré, le syrphe, posé aussi sur une knautie est une Volucelle.

 

A bientôt pour d'autres promenades!

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #iconographie, #Botanistes

Je vous parle cette fois-ci d’une collection précieuse qui se trouve dans la bibliothèque de l’Université Friedrich-Alexander (Erlangen-Nürnberg), et qui pour notre grand plaisir a été digitalisée et donc facilement consultable pour le grand public. La Bibliothèque de Christoph Jacob Trew comprend, entre autres richesses, 13 volumes de dessins et aquarelles botaniques rassemblés par lui, dont ce beau Pavot d'Orient, par exemple.

La légende complète de ce portrait qui fait partie de la collection des portraits de la Bibliothèque du MNHN nous dit : « Christoph Jacob Trew (Botaniste, Anatomiste et Médecin), Président de l'Académie des Curieux de la Nature, Membre de la Société royale de Londres. Né à Lauf (en Bavière) le 26 Avril 1695. Mort à Nuremberg le 18 Juillet 1769 ».

Ce riche médecin  et botaniste de la ville de Nuremberg, haut lieu de l’illustration et de la gravure à thème scientifique, avait fait connaître Georg Dyonisius Ehret notamment à Linné.

Vous pouvez voir à ce sujet cet ancien article sur Ehret : http://botazoom.over-blog.com/2022/01/carl-von-linne-et-christoph-jakob-trew.html

Trew a néanmoins enrichi sa collection avec de nombreuses planches d’autres peintres naturalistes comme Johann Christoph Keller, auteur du Delphinium ci-dessous, qui a été le plus productif, Nicolaus Friedrich Eisenberger, ou encore Melchior Payerlein. Les peintures originales de ces peintres de fleurs sont donc abritées dans la collection de la Bibliothèque Trew.

 

Le Pancrace maritime est signé Eisenberger, il s'agit probablement d'une autre Amaryllidacée, car les feuilles sont trop courtes et larges pour le P.maritimum.

Melchior Payerlein (1716-1751) fut peintre illustrateur à Nuremberg et Johann Christoph Keller, peintre graveur naturaliste, et parfois éditeur, né en 1737 à Nuremberg et décédé en 1796 à Erlangen, Nicolaus Friedrich Eisenberger (1707-1771) fut peintre du duc de Saxe-Hildburghausen. C’est à peu près tout ce que j’ai pu apprendre sur ces trois artistes qui collaborèrent à plusieurs reprises notamment pour Christoph Jacob Trew.

On connait surtout de Payerlein son étude originale sur la cacahuète, mais il existe dans la collection de Trew, d’autres belles planches botaniques comme celle d’Echium violaceum L. (devenu   Echium orientale Steph., puis  Echium plantagineum L.), soit la Vipérine faux-plantain, ou encore du Zantedeschia aethiopica (L.) Spreng. soit l'Arum blanc ou Arum d’Éthiopie, que l’on peut cultiver au jardin. Dans cette collection, il s’agit bien des études originales, mais elles ont données lieu à la création de gravures pour différents recueils dont Trew a dirigé la publication.

Trois aquarelles de Melchior Payerlein: l'Arum et deux orchidées, puis Echium violaceum.
Trois aquarelles de Melchior Payerlein: l'Arum et deux orchidées, puis Echium violaceum.
Trois aquarelles de Melchior Payerlein: l'Arum et deux orchidées, puis Echium violaceum.

Trois aquarelles de Melchior Payerlein: l'Arum et deux orchidées, puis Echium violaceum.

Par exemple, on trouve dans le Plantae rariores de Trew la version gravée d’un Echium orientale, d’après le dessin original (ci-dessus), de Payerlein (Echium violaceum), ‘sculp et exc’ , par Keller (voir en bas à droite). Il semble que cela veuille dire que Johann Christoph Keller est non seulement le graveur (‘sculp’) mais aussi l’éditeur (‘excudit’), propriétaire de la gravure avec les droits pour la reproduire.

En visionnant les nombreuses aquarelles sur le site de la bibliothèque de Trew (lien en bas de l’article), j’ai trouvé les signatures d’autres artistes aussi doués mais plus ou moins tombés dans l’oubli, comme G. W.Baurenfeind, L.Fischer, N.Gabler, J.Karell.

Sur d’autres études, la part de chacun est clairement détaillée. Par exemple, sur la planche de l’Acacia, on peut lire en bas à droite : G.D.Ehret ad vivum (soit d’après nature) puis N.F.Eisenberger copiam. Pour le Cytise, nous savons qu’il s’agit de la copie d’une étude d’Ehret, mais pas par qui…

J’ai voulu dans cet article, montrer aussi quelques études non signées (ou signées de noms très peu connus) pour leur grande qualité, et aussi parce que les plantes figurées sont devenus entre temps des hôtes bien connus de nos jardins, certaines de très belle facture font penser à Ehret comme ce rameau d’Alstroemère.

Le Geranium inquinans est l’ancêtre du Pélargonium zonal. La Reine-marguerite (Callistephus chinensis) figure sous le nom de cette époque, Aster chinensis, la peinture est de N.Gabler. Une autre belle version de l’Aster chinensis, peinte d’après nature (mention : ad viv. pinx.), est de Johann Christoph Keller.

Le Rudbeckia et le Sabot de Vénus (Cypripedium calceolus) ne sont pas signés.

 

Pour une visite plus complète de cette collection :

Voir là : https://ub.fau.de/en/history/trew-library/

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #iconographie, #Botanistes

Vous allez remarquer qu’un nom revient régulièrement dans les nomenclatures de ces six autres espèces endémiques pyrénéennes, celui d’Antoine Gouan, qui donne en 1765, après avoir herborisé dans la région occitane, une « Flore de la région de Montpellier ».

J’ai trouvé le Saule des Pyrénées, dans la Neste de La Géla, tout près de la frontière espagnole : encore une belle promenade !

 

Salix pyrenaica Gouan, le Saule des Pyrénées, plus ou moins prostré sur la rocaille, ne craint pas un long enneigement : c’est une plante chionophile. J’ai pu vérifier, dans la Neste de la Géla, l’association de ce saule avec la Dryade à huit pétales que cite Marcel Saule dans la « Grande Flore illustrée des Pyrénées ».

 

Les quatre gravures de Pfeninger (sur des dessins originaux de Gouan) qui figurent ici pour ces espèces proviennent d’un autre des ouvrages d'Antoine Gouan qui paraît en 1773 : « Illustrationes et observationes botanicae, ad specierum historiam facientes »

https://bibdigital.rjb.csic.es/records/item/10336-illustrationes-et-observationes-botanicae

Carduus carlinoides Gouan subsp. carlinoides, le Chardon fausse Carline, souvent très prostré dans des éboulis, il présente une inflorescence très dense : un corymbe de capitules rose-vif. Ce chardon existe aussi dans les monts cantabriques.

 

 

Eryngium bourgati Gouan., le Panicaut de Bourgat, bien connu pour sa spectaculaire couleur bleue qui, malheureusement pour moi, ne se révèle que plus tardivement dans l’été !

Bourgat ainsi que Razouls herborisaient avec Gouan.

Lilium pyrenaicum Gouan, le Lis des Pyrénées, la plus connue de ces endémiques pyrénéennes, mais il n'a pas été représenté dans « Illustrationes et observationes botanicae, ad specierum historiam facientes » !

Avec son Criocère!

 

 

Ranunculus gouanii Willd., la Renoncule de Gouan, un ’Bouton d’or’ dont la fleur est nettement plus grande.

 

Angelica razulii Gouan, l’Angélique de Razouls, une ombellifère facile à reconnaître par l’allure de ses feuilles dont les  lobes sont décurrents sur le rachis ; ses grandes ombelles assez plates peuvent compter jusqu’à quarante rayons.

J’ai retrouvé le texte que Gouan consacre à cette espèce ainsi qu’à D. Razouls toujours dans le même ouvrage, « Illustrationes et observationes botanicae, ad specierum historiam facientes » (1773) (en p.13)

Une traduction du latin donnerait à peu près « l'infatigable botaniste et pharmacien de Perpignan, D. Razouls, nous apporta une grande aide lors des voyages pyrénéens en 1767 et 1768. Il a trouvé cette plante très spéciale auprès de l’étang du mont Laurenti, alors que nous explorions sur la droite ».

 

 

Antoine Gouan (1733-1821) fut un médecin de formation, devenu naturaliste par gout. Il s’est d’abord fait connaître en 1762 par un « Catalogue des plantes du jardin botanique de Montpellier », qui pour la première fois en France, adopte la nomenclature binomiale de Linné, qu’il exposera plus tard en 1787 et en détail dans son « Explication du système botanique du chevalier von Linné ».

Le ‘système sexuel de Linné’ de classification des familles végétales, qui se base sur le nombre des étamines et celui des pistils, n’est pas alors admis par les élites parisiennes.  Les Jussieu, notamment prônent une ‘méthode naturelle’, beaucoup plus complexe car prenant une quantité de nouveaux paramètres, tout en conservant cependant la nomenclature binomiale de Linné, vite devenue incontournable.

Dans sa Flora monspeliaca de 1765, Antoine Gouan a déjà commencé à enrichir les critères du système de Linné en ajoutant un classement secondaire considérant les pétales, avec l’approbation de Linné.

Il devient en 1794 directeur du Jardin des plantes de Montpellier et professeur de botanique à l’école de santé de la ville. La riche correspondance entre Linné et Gouan a été étudiée dans un article de 1822 de la Société linnéenne de Paris :

https://www.biodiversitylibrary.org/page/13562147#page/693/mode/1up

Les péripéties d’un genre :

L’auteur (M. Amoreux) nous apprend entre autres que Nikolaus Joseph von Jacquin a formé un genre d’après Gouan : Gouania que Linné a adopté et qui est toujours en vigueur ; ce sont des lianes ou des arbustes tropicaux. La plante grimpante dont parle Linné en p.689 de l’article ci-dessus est Bannisteria lupuloides (reconnue d’abord comme telle dans son Species Plantarum de 1753, en p. 427), et elle devient donc en 1763  une Gouania, d’abord Gouania domingensis (Jacq.) L. et finalement, en 1910, Gouania lupuloides (L.) Urb.

Cette liane est présente surtout en Amérique centrale et dans les Caraïbes, mais le genre Gouania compte 50 à 70 espèces.

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #Fleurs, #voyages

Un récent voyage dans les Hautes-Pyrénées m’a permis d’enrichir mes connaissances sur la flore des montagnes particulière à cette région. Je ne pensais pas, en partant, réunir des photos pour tant de plantes endémiques de ce massif ! Je vous en ai déjà présenté deux dans mon précédent article sur les Scilles : la Scille en ombelle (Tractema umbellata), et la Jacinthe améthyste (Brimeura amethystina).

 

En voici donc 10 autres en photo récentes (Juin 2024), et sans recherches iconographiques pour chacune, ce serait trop long ! Les 7 premières sont strictement pyrénéennes.

Erisymum duriaei subsp. pyrenaicum (Nyman) P.W.Ball., le Vélar des Pyrénées ; c’est une plante des rocailles qui forme sur une pelouse rocailleuse dégagée de lumineux coussins ; il est doté de fleurs de même taille que la Giroflée, ici dans le massif de Néouvielle (le long du torrent ci-contre). Mais il peut aussi se présenter sous une forme plus haute dans une zone ombragée. Une loupe ou un compte-fil permet sur place de reconnaître un Vélar à ses poils « naviculaires » (horizontaux et fixés par le milieu).

Antirrhinum sempervirens Lapeyr., le Muflier toujours vert, trouvé sur une paroi calcaire ombragée. Les fleurs ressemblent un peu à celles de l’Asarine couchée (Asarina procumbens) mais les feuilles n’ont rien à voir !

Ramonda myconi (L.) Rchb., la Ramondie des Pyrénées qui est l’emblème de cette flore des Pyrénées.

 

Elle n’est pas rare sur les parois rocheuses ombragées et fraiches. J’ai déjà écrit un article sur elle (et sur d’autres Ramonda européennes) avec plus d’iconographies que de photos :

http://botazoom.over-blog.com/2021/03/la-ramonde-des-pyrenees.html

 

Phyteuma pyrenaicum Rich. Schulz, la Raiponce des Pyrénées, une timide des sous-bois dont l’originalité de couleur (un mauve anémique) attire à peine le regard.

Reseda glauca L., le Réséda glauque présente des brins dressés et un feuillage léger bleu-vert ; j’ai failli le négliger croyant qu’il s’agissait d’un Astérocarpe (Sesamoides purpurascens), dont l’allure est très semblable, mais les Résédas et les Astérocarpes ont des fruits très différents.

 

 

Saxifraga intricata Lapeyr., la Saxifrage intriquée, est une étrange petite espèce, dont les feuilles digitées portent des points blancs comme posés sur la surface: ce sont des hydathodes qui permettent à la plante de ‘suer’ de l’eau chargée des sels…

Geum pyrenaicum Mill., la Benoite des Pyrénées, magnifique en fleur comme en fruits avec ses styles genouillés ! C’est une plante plus haute sur tige que la Benoite des montagnes, que j’ai vue aussi. Dans les Pyrénées, cinq benoites sont possibles.

Pour les 3 suivantes, l’endémisme sur les Pyrénées n’est pas aussi strict :

Viola cornuta L., la Pensée à cornes, bien connu des jardins mais là, elle se trouve dans son aire d’origine qui s’étend à l’ouest jusque sur la Cordillère cantabrique.

Valeriana pyrenaica L., la Valériane des Pyrénées, une grande espèce montagnarde visible en bordure des torrents, qu’on prendrait facilement pour un Adénostyle. Elle est également présente sur les monts cantabriques.

Teucrium pyrenaicum L., la Germandrée des Pyrénées, que j’ai vue plusieurs fois en quelques jours  dans les Hautes Pyrénées, mais qu’il est possible de rencontrer aussi, très rarement, dans le Vercors !

Et six autres plantes endémiques, à voir dans le prochain article!

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #Fleurs, #iconographie

J’ai découvert la petite Tractema umbellata ou Scille en ombelle récemment dans les Pyrénées, c’est une espèce franco-ibérique, qu’en France on ne dissociait pas autrefois de la Scille de printemps (Scilla verna, mais maintenant Tractema verna).

Cette dernière, plus trapue, aux fleurs d’un bleu violacé, est maintenant associée exclusivement au littoral breton et existe aussi du Portugal à la Norvège (je n’ai pas de photos).

La Scille en ombelle (Tractema umbellata), un peu plus gracile, aux feuilles plus dressées est dotée de fleurs bleu-ciel dont les tépales portent une rayure centrale plus soutenue. Je l’ai prise en photo dans le Massif du Néouvielle (Hautes-Pyrénées).

Mais quelle bonne raison y avait-il de dissocier les Tractema des Scilla ? Probablement le fait qu’une bractée existe à la base de chaque pédicelle sur les Tractema et vous pourrez voir plus loin que sur ma Scilla bifolia du Fort de Tamié, aucune bractée n’est visible dans l’inflorescence. C’est également le cas pour la Scille d’automne (Prospero autumnale, mais autrefois Scilla autumnalis L.), aux fleurs lilas, commune dès la fin-aout sur les dunes littorales de Bretagne. (Prospero: ci-dessous, à droite)

 

 

 

 

 

 

 

ci-dessous: Scilla bifolia en Savoie

 

 

Depuis que des genres comme Tractema et Prospero ont été détachés du genre Scilla, il ne reste plus qu’une seule espèce de Scilla indigène en France et c’est donc Scilla bifolia, la Scille à deux feuilles. Elle peut posséder trois feuilles en fait, mais le plus souvent deux, pliées en gouttière. Outre le fait qu’aucune bractée n’existe sur la tige, c’est peut-être la longueur des pédoncules floraux notamment de ceux du bas de la tige, qui permet de reconnaître facilement cette espèce.

Pour Scilla bifolia, la gravure figurant dans la Flora austriaca de N.J.Jacquin paraît bien fidèle, montrant bien comme les pédoncules plus longs à la base qu’au sommet peuvent finir par former une inflorescence en corymbe.  

La ravissante Jacinthe améthyste (Brimeura amethystina, mais autrefois Hyacinthus amethystinus), est aussi une plante franco-ibérique que j’ai pu voir dans le massif du Néouvielle.

Sa grappe unilatérale de clochettes bleues rappelle en plus pastel et en plus discret notre Jacinthe des bois, mais celle-là possède des tépales entièrement libres même s’ils se rassemblent pour former une clochette et deux bractées soulignent le départ du pédicelle floral, alors qu’il n’en existe qu’une sur la Campanète, (c’est le nom occitan donné pour la Jacinthe améthyste dans  la Grande flore illustrée des Pyrénées de Marcel Saule). On voit bien aussi que sur cette Jacinthe améthyste la clochette est un tube soudé presque jusqu’au milieu.

 

Ci-dessous, la Jacinthe améthyste de Néouvielle

Comme vous pouvez le deviner il est difficile  de trouver des représentations anciennes fidèles à ces subtils et récents critères de différenciation parmi les Scilles !

Dans l’ouvrage réputé de Pierre Joseph Redouté sur « Les Liliacées », on trouve plus de matière et du texte en français de l’auteur!

Dans le tome 3, planche 166, il nous montre une Scilla umbellata ; à cette époque Redouté distingue cette espèce seulement de Scilla bifolia et lui donne comme territoire toute la partie occidentale de l’Europe, observée dans les Pyrénées mais aussi dans les Landes et les environs de Brest. Cependant, comme il la décrit et la montre assez pâle et très élancée, on pense plutôt à la Scille en ombelle (Tractema umbellata).

 

Dans le tome 5, planche 254, est gravée la Scille à deux feuilles, qui n’a pas changé de nom : Scilla bifolia. Redouté écrit : « Les filaments des étamines sont en forme d’alène, épais, de moitié plus courts que les segments du périgone. Les anthères sont oblongues, vacillantes, d’un bleu noirâtre et pleines d’un pollen jaune ».

Dans le tome 1, planche 14, on trouve la Jacinthe améthyste (Brimeura amethystina) sous le nom de Hyacinthus amethystinus.

Mais déjà bien auparavant, Charles de L’Ecluse nous montre un bois gravé de la Brimeura amethystina, dans « Exoticorum libri decem » (1605) sous le nom prélinnéen de Hyacinthus minor hispanicus !

 

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Publié le par Claire Felloni
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Je ne connais pas encore toutes les espèces que compte ce genre, mais les trois présentées ici sont les plus courantes, si l’on peut dire, car les aristoloches ne sont pas vraiment communes sauf peut-être la première citée ci-dessous.

L’Aristoloche clématite, (Aristolochia clematitis) présente des inflorescences en petits bouquets de cornets jaunes, courtement pédonculés échelonnés le long de la tige, à l’aisselle d’une feuille, mais chaque bouquet ne donne en fait qu’un fruit qui peut devenir conséquent. Elle aime bien un sol sablonneux et doit apprécier le bord des cours d’eau car la cartographie montre qu’elle suit la Loire par exemple. J’ai trouvé  un exemplaire spectaculaire en Ardèche au bord de la Ligne, de longues tiges alourdies de gros fruits trainaient au sol, mais au cœur de la touffe (en haut de la photo), de nouvelles fleurs étaient présentes.

Les deux autres espèces qui suivent présentent sur une tige en zigzag, à l’aisselle de chaque feuille une unique fleur dont la lèvre supérieure, plus ou moins rabattue en chapeau, se teinte de marron. Ce sont des méditerranéennes.

Chez l’Aristoloche ronde (Aristolochia rotunda) (ci-dessous), chaque fleur solitaire semble d’abord enveloppée puis présentée sur un plateau par sa feuille annexe assez ronde, dont le pétiole est très court. Le long tube de la corolle est vert tilleul et la lèvre supérieure, glabre, prend une teinte vineuse à la lumière et d’un brun sombre à l’ombre. Le joli travail des nervures en relief et en réseau au dos des feuilles accroche bien la lumière, la texture en reste douce à l’inverse de la petite Aristoloche pistoloche que j’ai trouvée dans un maquis de Catalogne.

L’Aristoloche pistoloche (Aristolochia pistolochia)  (ci-dessous) présente des feuilles plus petites plus triangulaires, dont les bords un peu ondulés accrochent au toucher, hérissés qu’ils sont de petites papilles cartilagineuses qu’on retrouve d’ailleurs sur toutes les nervures au revers des feuilles. Les pétioles des feuilles et les pédoncules floraux sont un peu plus longs et les corolles d’un marron plus chaud, sont rayées à l’intérieur du cornet.

 

Les représentations anciennes ne sont pas toujours très fiables pour montrer les bons critères d’identification hormis pour  l’Aristoloche clématite, depuis plus longtemps repérée.

Pierre Bulliard dans son « Herbier de la France ou, Collection complète des plantes indigènes de ce royaume; avec leurs propriétés, et leurs usages en médecine » édité en 1780-93, nous montre cette Aristoloche clématite, dans une belle gravure et le texte y est intégré. Il classe cette espèce dans les Plantes vénéneuses de la France et voici les remèdes qu’il prescrit: "Boire beaucoup d'eau acidulée avec le vinaigre, le jus de citron, prendre de temps à autre quelques cuillerées de bon vin où l'on aura fait infuser de la canelle." Que cela ne vous incite pas à gouter cette plante!

https://www.biodiversitylibrary.org/page/4269143#page/85/mode/1up

Ensuite deux techniques différentes de gravure en noir et blanc pour l’Aristoloche ronde et la Pistoloche.

Au 17ème siècle, la Flora Danica de Simon Paulli (1603–1680), (ci-dessus) illustre l’Aristoloche ronde par un bois gravé bien imprimé mais en réalité très fidèle à la représentation de Matthias de Lobel, dans le Plantarum seu stirpium icones (1581) ; c’est d’ailleurs toujours le même bois gravé que dans le Rariorum plantarum historia (1601), de Charles de l’Ecluse ; on peut y voir le bulbe souterrain qui n’existe pas chez Aristolochia pistolochia.

 Et dans le Rariorum plantarum historia (1601), Charles de l’Ecluse nous montre aussi la Pistoloche quelques pages plus loin. De fait la forme des feuilles plus triangulaires et distinctement pétiolées, et le faisceau de racines orientent bien vers Aristolochia pistolochia. (ci-dessous)

Une autre représentation en noir et blanc de l’Aristoloche ronde se trouve dans Histoire philosophique, littéraire, économique des plantes de l'Europe (1825-1829), vol 2, par Jean Louis Marie Poiret (1755-1834), mais au 19ème siècle c’est la lithographie qui est utilisée et qui donne une estampe à l’allure bien différente.

 

Pour finir cette aquarelle détenue par le Muséum d'histoire naturelle de Nice, attribuée à Jean-Baptiste Barla (1817-1896), qui nous montre bien le bulbe de cette Aristoloche ronde ; déjà montré plus haut sur le bois gravé, et qui n’existe pas chez l'Aristoloche pistoloche.

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/joconde/70500006273

 

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Publié le par Claire Felloni
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Dans les régions de plaine, les Primevères les plus communes appartiennent à la section Vernales, la section Auricula est plutôt montagnarde. Il existe par exemple, trois espèces de Primula en Sarthe. On ne présente plus le Coucou (Primula veris L.) ni la Primevère acaule (Primula vulgaris Hudson) mais on peut évoquer un peu plus précisément la troisième : la Primevère élevée (Primula elatior (L.)Hill) plus rare. C’est une espèce forestière ou de lisière portant sur une tige unique un petit bouquet de fleurs jaune-pale penchant gracieusement d’un côté. Les corolles ni en clochettes, ni franchement étalées, leur couleur d’un jaune ni très pâle, ni d’un jaune lumineux, en font une sorte de moyen terme entre les deux autres et surtout, les calices ne sont pas enflés comme chez le coucou.

Je n’ai pas de photo pour illustrer ces différences mais pour comparer la Primevère élevée et le Coucou, voici une planche idéale  de H.G.L. Reichenbach, dans le vol.17 de son ouvrage "Icones florae Germanicae et Helveticae".

"Icones florae Germanicae et Helveticae" de H.G.L. Reichenbach, vol 17

"Icones florae Germanicae et Helveticae" de H.G.L. Reichenbach, vol 17

Tout le monde connait bien le Coucou, mes photos sarthoises montrent qu’il possède aussi un bouquet unilatéral et que les calices ne s’emboitent pas sur le tube de la corolle mais sont au contraire très lâches.

La Primevère acaule (photos en Bretagne), a un port beaucoup plus ramassé, une fleur unique sur une tige courte et les corolles bien étalées sont parfois presque blanches. On voit là que les jeunes feuilles sont très gaufrées avec des bords révolutés, c’est un critère commun aux trois espèces; au cours de la floraison les feuilles ont tendance à s’aplanir.

 

 

Les hybrides naturels de ces trois espèces sont donc logiquement au nombre de trois, officiellement nommés :

  • Primula x digenea (P.vulgaris par P.elatior)
  • Primula x media (P.elatior par P.veris)
  • Primula x polyantha (P.vulgaris par P.veris)

Primula x polyantha

En fait, ce dernier serait le plus fréquent du moins en Sarthe. Les territoires des trois espèces s’y recouvrent peu ; les parents sont en présence  surtout  dans l’Ouest du département car la primevère acaule se localise de préférence sur le massif armoricain, et le coucou est plus fréquent dans le Centre et l’Est de la Sarthe. Cet hybride présente un aspect très variable et ressemble parfois beaucoup à la primevère élevée. Je l’ai photographié en 1991 en Charnie au bord du Palais au cours d’une sortie botanique.

On nous fit remarquer sa robustesse, ses clochettes plus larges et plus pâles que sur le Coucou, son bouquet restant dressé sur une tige bien plus haute que celle de la primevère acaule mais non penché en position unilatérale comme sur le Coucou ou la Primevère élevée.

 

 

En 1905, le botaniste sarthois Ambroise Gentil a écrit un article intitulé : « Observations à propos de Primevères hybrides » ou il cite cet hybride  sous son ancien nom : Primula x variabilis entre  Parigné l’évêque et Ruaudin. Il y démontre l’importance du vent supérieure à celle des insectes pour que surviennent ces hybrides, et leur variation d’aspect est, pour lui, due à l’influence plus grande du pied mère : le porte-graine sur lequel est venu se déposer le pollen (qui vient du père) amené par le vent. Deux morphologies bien distinctes en découleraient selon que le pied mère est le coucou ou la primevère acaule.

 

La primevère rouge :

Dans de vieux jardins de plaine se reproduisent d’années en années des primevères du type acaule dont la couleur rose à rose carné prête à polémique. Il existe bien, dans la nomenclature française une Primevère rouge (Primula vulgaris subsp rubra (Sm.) Arcang.) anciennement P.Sibthorpii Hoffmanns, originaire des Balkans, qui se naturalise dans les jardins et s’échappe dans la nature, c’est donc une espèce subspontanée.

Primula vulgaris subsp rubra (Sm.) Arcang.  se croise surtout facilement avec sa cousine sauvage jaune pâle (Primula vulgaris Hudson) et donne ainsi des populations d’un rose plus pâle (Primula x anglica), instables, qui finissent par être réabsorbées par la Primevère acaule.

Des auteurs anglais assurent que la Primevère rouge est arrivée vers 1638. Elle serait, pour eux, impliquée aussi dans la parenté des anciens Polyanthus de jardins : ce nom apparaît à la fin du 17ème siècle.

Primula vulgaris subsp rubra (Sm.) Arcang. apparaît en tant qu’espèce native dans la Flora Graeca (vol 2, t 84). Les dix volumes furent publiés au début du 19ème siècle par John Sibthorp, professeur de botanique à Oxford. Les planches originales furent peintes par le célèbre illustrateur autrichien : Ferdinand Bauer.

Primula x media : Cet hybride de la Primevère élevée et du Coucou est mentionné aussi en Sarthe par Ambroise Gentil, il y a été revu en 2004, mais il est bien plus rare.

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Publié le par Claire Felloni
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Le Tussilage et les Pétasites sont des plantes souvent associées et remarquables pour leur floraison hivernale.

Si le Pétasite blanc et le Pétasite hybride (ou Pétasite officinal) sont deux espèces surtout montagnardes qu’on peut rencontrer entre deux névés, le Tussilage est présent aussi en plaine. Enfin une dernière espèce plus récemment nommée le Pétasite des Pyrénées fait mentir la règle comme quoi des feuilles de belle taille se déploient seulement après la floraison.

Le Pétasite officinal, (Photo ci-contre, sur un col de Haute-Savoie en tout début de floraison) figure de belle façon dans un ouvrage de 1774 au titre long : « La botanique mise à la portée de tout le monde, ou, Collection de planches représentant les plantes usuelles d'après nature, avec le port, la forme & les couleurs qui leur sont propres : gravées d'une manière nouvelle...». Auteurs : Nicolas-François Regnault, 1746-1810, Geneviève de Nangis Regnault (1746-1802). Il est difficile d’attribuer la rédaction du texte à l’un ou à l’autre de ces deux auteurs, par contre le dessin d’origine de ce Pétasite est bien signé Geneviève de Nangis Regnault. Vous noterez le nom usuel d’Herbe aux Teigneux et dans le texte joint l’auteur écrit : « On se sert rarement des feuilles, si ce n’est pour les appliquer sur la tête des enfants qui ont la teigne ».

Linné avait bel et bien rapproché le Tussilage des Pétasites, au point qu’il avait nommé notre actuel  Petasites hybridus (L.) G.Gaertn., B.Mey. & Scherb. (soit le Pétasite officinal) : Tussilago petasites L. comme on peut le voir sur la gravure  de  Geneviève de Nangis Regnault. Mais en page 866 du Species Plantarum de Linné, figure aussi un Tussilago hybrida, également reconnu comme notre Pétasite officinal actuel…

Ces confusions anciennes ne sont pas surprenantes car ces deux genres de Composées à floraison hivernale font pousser après la floraison des feuilles assez semblables, et leur tige florale est garnie de bractées écailleuses. En dehors de l’évidente différence de couleur des fleurs, les Pétasites ont des fleurons tous hermaphrodites alors que le Tussilage possède des ligules sur la circonférence.

Le Tussilago alba de Linné est devenu notre Petasites albus (L.) Gaertn., le Pétasite blanc, une plante montagnarde qui évite les Pyrénées, ici prise en photo sur le Semnoz, entre des plaques de neige et avec un tout début de feuillage.

Ces deux premières espèces sont illustrées, en compagnie du Tussilage, dans le vol. 16 d’un autre bel ouvrage en 24 volumes : « Icones florae Germanicae et Helveticae… », les auteurs sont H.Gottlieb Ludwig Reichenbach, puis son fils H.Gustav Reichenbach, sans doute l’auteur des dessins signant  Rchb fil.del.

https://www.biodiversitylibrary.org/item/29324#page/115/mode/1up

Pétasite blanc, Pétasite officinal, et Tussilage, dans « Icones florae Germanicae et Helveticae… »
Pétasite blanc, Pétasite officinal, et Tussilage, dans « Icones florae Germanicae et Helveticae… »
Pétasite blanc, Pétasite officinal, et Tussilage, dans « Icones florae Germanicae et Helveticae… »

Pétasite blanc, Pétasite officinal, et Tussilage, dans « Icones florae Germanicae et Helveticae… »

Sur la deuxième gravure figure Petasites vulgaris Desf. C'est un synonyme reconnu de Petasites hybridus (L.) G.Gaertn., B.Mey. & Scherb. pour le Pétasite officinalLe Pétasite blanc et le Tussilage n'ont pas changé de nom latin.

Voici le Tussilage (Tussilago farfara L.), photographié près d'Annecy sur le lit caillouteux d'un cours d'eau montagnard.

Et pour finir, voici donc ce dernier Pétasite, inconnu de Linné.

Le Pétasite odorant  ou Pétasite des Pyrénées (Petasites pyrenaicus (L.) G.Lopez), se distingue aisément car feuillage et floraison sont chez lui synchrones. Il n’est pas spécialement montagnard (mes photos viennent de St Nazaire). Les feuilles en forme de rein, forment un tapis d’où émergent des tiges plus élancées et un bouquet floral plus ouvert. Il faut noter la présence sur le pourtour des petits capitules de quelques fleurs courtement ligulées, c’est un autre critère notoire qui le différencie des deux autres.

J’ai consulté le texte historique témoignant de son apparition tardive dans notre flore d’Europe de l’Ouest dans les "Actes de la société d'histoire naturelle de Paris : tome premier" (1792), sous le titre : « Nouvelle espèce de Tussilage » par M.Villars. L’auteur, après sa description latine, faite d’après des exemplaires du Jardin botanique de l’Ecole vétérinaire de Lyon, provenant d’une cueillette locale ‘au bas du Pila’, nous dit que l’espèce trace et ne se multiplie que trop par ses racines et il ajoute quatre Observations :

  1. Elle fleurit la première, et vers la fin de décembre
  2. Ses feuilles sont entières, et accompagnent les fleurs
  3. Ses fleurs sont très odorantes, sentant le noyau
  4. Ses fleurs sont vraiment radiées à la marge

Ce Pétasite odorant est encore nommé Tussilago fragrans sur l’illustration jointe au texte de M.Villars, puis Petasites fragrans (Vill.) C.Presl avant de gagner son nom latin actuel : Petasites pyrenaicus (L.) G.Lopez.

En fait sa provenance semble plus méridionale : Italie, Sardaigne, Sicile, Afrique septentrionale, et pourtant il n’y est plus répertorié en abondance alors que sur la façade Ouest de l’Europe, il s’est facilement naturalisé.

 

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