Le roman d’Amitav Gosh « Un fleuve de fumée », ne dépeint pas seulement le commerce de l’opium imposé aux chinois par les Européens à Canton, il nous parle aussi des échanges difficiles de plantes avec la Chine, pourtant ardemment souhaités par les botanistes et les horticulteurs de l’Ancien monde. Peut-on vraiment parler d’échanges, d’ailleurs ? Car les chinois ne semblent pas très intéressés par les plantes occidentales… Ils se font une idée très précise, en revanche, du jardin idéal et cette idée déconcerte les visiteurs occidentaux.
Dès 1804, Sir Joseph Banks envoie en Chine un écossais, William Kerr alors jardinier à Kew gardens, pour collecter des plantes et les expédier à Londres. Il n’est pas question de partir à l’aventure dans les campagnes chinoises, les occidentaux n’ayant pas le droit de sortir de l’enclave de Fanqui town, un bout de terrain au sud-ouest de Canton où se bousculent les factories des puissances étrangères. Les principaux produits négociés là par les Chinois étaient bien sûr le thé mais aussi la porcelaine et les anglais pour rétablir leur balance commerciale apportaient l’opium depuis l’Inde.
/image%2F3915138%2F20201220%2Fob_51d9bf_chargement-du-the-sur-l-ile-de-honam.jpg)
Chargement du thé à Canton, vers 1852, depuis l'île de Honam, au fond les factories de Fanqui-town, le jardin américain et l'église anglicane qui a brûlé en 1856.
/image%2F3915138%2F20201220%2Fob_9b5f81_plan-of-the-city-of-canton-1860.jpg)
En fait toute recherche de plantes chinoises aboutit sur un seul site de pépinières dont l’accès est permis aux étrangers : Les jardins de Fa-tee (ou Fa-ti), sur la carte ci-dessus, tout à fait dans le coin bas gauche. Le n°2 indique l'emplacement des Factories étrangères.
Sur l’ile de Honam au Sud de la rivière des Perles, il existe aussi quelques autres endroits visitables comme le temple ou les jardins privés de certains riches commerçants chinois qui font partie du Co-Hong, soit la Guilde des marchands chinois autorisés à commercer avec les étrangers.
C’est bien dans le jardin d’un de ces riches chinois du Co-hong, Conseequa, que John Reeves, en 1816, a découvert et a pu obtenir la Glycine (Wisteria sinensis) ; qu’il a envoyée en Angleterre d’abord sur le navire du capitaine Welbank, (c’est la plante peinte par Curtis, ci-dessous dans le Curtis's Botanical Magazine ) puis avec lui-même à bord sur le bateau du capitaine Rawes. John Reeves, était inspecteur du thé de la Compagnie des Indes orientales à Canton de 1812 à 1831, il fut chargé par Joseph Banks d'acquérir des plantes pour la London Horticultural Society.
/image%2F3915138%2F20201220%2Fob_47fa3c_glycine.jpg)
Dans un ouvrage de cette période, on peut se faire une idée du magnifique jardin de Conseequa d’où provenait cette Glycine : « Chine: dans une série de vues, montrant les paysages, l'architecture et les habitudes sociales de cet ancien empire » par George Newenham Wright et Thomas Allom
Autre exemple de ces riches demeures : le jardin de Howqua qui a été pris en photo par Felice Beato en 1860,
voir Felice Beato sur Google Arts et Culture : https://artsandculture.google.com/entity/%2Fm%2F0dqhzt
Pour l’ambiance des abords d’un temple bouddhiste à l’Ouest de Canton, ces deux photos de John Thomson datée de 1870 environ, montrent deux hommes entourés de pots rehaussés à hauteur plus agréable et munis d’éventails. Selon Thompson, les pots abritaient des espèces de fleurs rares dont un beau spécimen de lotus sacré.
Je vais maintenant laisser parler Jules Itier, un français moins connu que les botanistes et collecteurs anglophones comme William Kerr, Robert Fortune, Bradby Blake et John Reeves dont je ne suis pas sûre de bien traduire les propos ! Jules Itier a relaté ses visites de jardins chinois dans son « Journal d'un voyage en Chine en 1843, 1844, 1845, 1846 », qui aborde une quantité d’autres sujets passionnants.
« Les Chinois sont grands amateurs de fleurs et l’on peut en juger au soin qu’ils donnent, sous ce rapport, à la décoration de leurs jardins , dont toutes les balustrades, tous les murs à hauteur d’appui, sont garnis d’élégants pots de fleurs. Les gens de la ville trouvent à s’abonner chez des jardiniers fleuristes qui, moyennant une faible rétribution, couvrent de vases de fleurs, qu’ils renouvellent continuellement, les terrasses et l’intérieur de leurs demeures ; telle est la principale destination des jardins connus sous le nom de Fa-ti (terrains à fleurs), situés au-dessus de Canton près d’un embranchement que forme la rivière ».
Robert Fortune déclare également que dans cette dizaine de petites pépinières les plantes sont principalement conservées dans de grands pots disposés en rangées le long des côtés d'étroites allées pavées, avec les maisons des jardiniers à l'entrée par laquelle les visiteurs passent aux jardins. La photo ci-dessous de John Thomson nous donne un peu l’ambiance de ces pépinières bien qu’il ne mentionne pas être là aux Fa-tee gardens.
Puis, toujours Jules Itier parlant de Fa-tee sans s’extasier à outrance:
« Ces jardins, que je viens de visiter, n'offrent aucune plante rare ou curieuse; les chrysanthèmes, les balsamines, les belles de nuit, les géraniums, les juliennes dominent par leur nombre, au milieu des myrtes, des jasmins et des camélias; il n'y avait là pour moi que d'anciennes et agréables connaissances de nos jardins d'Europe. Les arbustes et les haies de ces jardins se font remarquer par le mauvais goût qui préside à leur taille ; ils offrent la forme de chiens, de buffles, de bateaux; c'est tout au plus si ces disgracieuses formes ont le mérite de la difficulté vaincue ».
Les Européens découvrent plus surpris qu’admiratifs, l’existence du Bonsaï : « Au surplus, on pourrait se faire une idée de la puissance des jardiniers chinois , en fait de monstruosités végétales , en voyant la jolie forêt d'arbres nains, qu'on était occupé à expédier dans un bateau à quelque riche mandarin de Canton ; qu'on se figure des ormes séculaires de 6 pouces de hauteur , aux troncs couverts de mousse , aux branches noueuses et contournées , présentant dans leur réunion sur une surface de terrain de 3 mètres carrés , l'aspect d'une forêt ombreuse , forêt en miniature , il est vrai , mais où les proportions étaient assez habilement conservés pour rendre l'illusion complète ; j'avais déjà vu , dans quelques maisons chinoises, des jardins en miniature , mais rien d'aussi parfait ne s'était encore offert à moi »
/image%2F0952523%2F20191123%2Fob_94303f_anemone-ranunculoides.jpg)
/image%2F3915138%2F20201220%2Fob_9deafb_fountain-court-in-conseequa-s-house.jpg)
/image%2F3915138%2F20201220%2Fob_210e7a_conseequa-house.jpg)
/image%2F3915138%2F20201220%2Fob_3e8a74_felice-beato-howqua-s-gardens-2.jpg)
/image%2F3915138%2F20201220%2Fob_f41ed4_chinese-priest-canton-ph-john-thomson.jpg)
/image%2F3915138%2F20201220%2Fob_c6fed1_chinese-priest-canton-ph-john-thomson.jpg)
/image%2F3915138%2F20201220%2Fob_ffa320_photographic-views-of-canton-john-thom.jpg)
/image%2F3915138%2F20201213%2Fob_b6ec19_img-8487-jatropha-curcas.jpg)
/image%2F3915138%2F20201213%2Fob_818bbd_img-8627-jatropha-curcas.jpg)
/image%2F3915138%2F20201213%2Fob_d0ebb5_img-8625-jatropha-curcas.jpg)
/image%2F3915138%2F20201213%2Fob_570eb1_img-8491-jatropha-curcas.jpg)
/image%2F3915138%2F20201213%2Fob_4e065f_flore-medicale-des-antilles-ou-trai.jpg)
/image%2F3915138%2F20201213%2Fob_348695_jac-hort-vind-3-122.jpg)
/image%2F3915138%2F20251124%2Fob_3d50cc_img-7668-jatropha-multifida.jpg)
/image%2F3915138%2F20251124%2Fob_7a64ea_img-7671-jatropha-multifida.jpg)
/image%2F3915138%2F20201213%2Fob_049ffc_paradisus-londinensis-91.jpg)
/image%2F3915138%2F20201213%2Fob_886e41_img-9035-jatropha-gossypifolia.jpg)
/image%2F3915138%2F20201213%2Fob_a15da8_img-9040-jatropha-gossypifolia.jpg)
/image%2F3915138%2F20201213%2Fob_80a35f_img-9039-jatropha-gossypifolia.jpg)
/image%2F3915138%2F20201213%2Fob_a82147_flore-medicale-des-antilles-ou-trai.jpg)
/image%2F3915138%2F20201213%2Fob_3aaadc_img-8365-jatropha-integerrima.jpg)
/image%2F3915138%2F20201213%2Fob_c43dcb_img-8366-jatropha-integerrima.jpg)
/image%2F3915138%2F20201213%2Fob_13048c_img-8361-jatropha-integerrima.jpg)
/image%2F3915138%2F20201213%2Fob_e1a4dd_bot-mag-t36-1812.jpg)
/image%2F3915138%2F20201207%2Fob_206061_himalayanjournal-jdhooker-p10.jpg)
/image%2F3915138%2F20201207%2Fob_f8cb7a_himalayanjournal-jdhooker-p151.jpg)
/image%2F3915138%2F20201207%2Fob_39f833_old-tamarinds-trees.jpg)
/image%2F3915138%2F20201207%2Fob_39e30b_wightia.jpg)
/image%2F3915138%2F20201207%2Fob_8cb8fa_wightia-speciosissima-wallich.jpg)
/image%2F3915138%2F20201207%2Fob_2a9a66_himalayanjournal-jdhooker-p239.jpg)
/image%2F3915138%2F20201207%2Fob_fb6dc3_himalayanjournal-t2.jpg)
/image%2F3915138%2F20201128%2Fob_5370ba_carambolier-cylindrique.jpg)
/image%2F3915138%2F20201128%2Fob_4b877e_bilimbi2bz.jpg)
/image%2F3915138%2F20201122%2Fob_cd74dd_img-8979.jpg)
/image%2F3915138%2F20201122%2Fob_96377d_img-8981-capparis-sp.jpg)
/image%2F3915138%2F20201122%2Fob_20a289_img-8986-bursera-simaruba.jpg)
/image%2F3915138%2F20201122%2Fob_ff442c_img-8983-wedelia-calycina.jpg)
/image%2F3915138%2F20201122%2Fob_4f393c_img-8976-lantana-involucrata.jpg)
/image%2F3915138%2F20201122%2Fob_faaf7e_img-8963-lantana-involucrata.jpg)
/image%2F3915138%2F20201122%2Fob_ebb8b8_img-8972-pedilanthus-tithymaloides.jpg)
/image%2F3915138%2F20201122%2Fob_770f2c_lantana-sp-exp-sesse-et-mocino.jpg)
/image%2F3915138%2F20201122%2Fob_bd895b_pedilanthus-tithymaloides-exp-sesse.jpg)
/image%2F3915138%2F20201122%2Fob_ddfd99_img-8999.jpg)
/image%2F3915138%2F20201122%2Fob_b0e44e_img-9005-acacia-tortuosa.jpg)
/image%2F3915138%2F20201122%2Fob_244ca3_img-9016-ernodea-littoralis.jpg)
/image%2F3915138%2F20201122%2Fob_9958f4_ernodea-littoralis-exp-sesse-et-moci.jpg)
/image%2F3915138%2F20201122%2Fob_268b4f_img-9019-erithalis-fruticosa.jpg)
/image%2F3915138%2F20201122%2Fob_5f1c01_erithalis-fruticosa-exp-sesse-et-moc.jpg)
/image%2F3915138%2F20201122%2Fob_4b2f96_img-9023-euploca-ternata.jpg)
/image%2F3915138%2F20201113%2Fob_428a78_lisee-reclus-by-nadar-1.jpg)
/image%2F3915138%2F20201113%2Fob_3d73af_africa-elisee-reclus1.jpg)
/image%2F3915138%2F20201113%2Fob_cc3b05_africa-elisee-reclus-4.jpg)
/image%2F3915138%2F20201113%2Fob_0f5364_africa-elisee-reclus-6.jpg)
/image%2F3915138%2F20201113%2Fob_50d494_earthitsinhabita-3.jpg)
/image%2F3915138%2F20201113%2Fob_ee5f97_earthitsinhabita-4.jpg)
/image%2F3915138%2F20201107%2Fob_4a4f7a_psidium-guajava-pf.jpg)
/image%2F3915138%2F20201107%2Fob_f44b29_psidium-guajava2-pf.jpg)
/image%2F3915138%2F20201107%2Fob_2999c5_psidium-guajava3.jpg)
/image%2F3915138%2F20201107%2Fob_4bc0fc_oiseauxbrillans-descourtilz.jpg)
/image%2F3915138%2F20201107%2Fob_fded84_p1170072rec.jpg)
/image%2F3915138%2F20201107%2Fob_64f799_p1170067-fleur-psidium-cattleianum.jpg)
/image%2F3915138%2F20201107%2Fob_2f954a_psidium-cattleianum-2.jpg)
/image%2F3915138%2F20201107%2Fob_4d2803_img-3594-feijoa-sellowiana.jpg)
/image%2F3915138%2F20201107%2Fob_9a4e76_feijoa-sellowiana2.jpg)
/image%2F3915138%2F20201029%2Fob_f0daae_hyoscyamus-niger1.jpg)
/image%2F3915138%2F20201029%2Fob_f12727_hyoscyamus-albus1.jpg)
/image%2F3915138%2F20201029%2Fob_56d967_baillon-h-niger.jpg)
/image%2F3915138%2F20201029%2Fob_632315_hyoscyamus-albus3.jpg)
/image%2F3915138%2F20201029%2Fob_09a88a_hyoscyamus-albus2.jpg)
/image%2F3915138%2F20201029%2Fob_1b34cb_hyoscyamus-niger-2.jpg)
/image%2F3915138%2F20201029%2Fob_cbba90_blackwell-e-herbarium-blackwellianu.jpg)
/image%2F3915138%2F20201029%2Fob_21ae1f_hyoscyamus-niger3.jpg)
/image%2F3915138%2F20201029%2Fob_82886c_ehret-h-aureus.jpg)
/image%2F3915138%2F20201029%2Fob_af5905_sibthrop-flora-graeca-1806-1840-vol.jpg)
/image%2F3915138%2F20201022%2Fob_6213f4_img-3621.jpg)
/image%2F3915138%2F20201022%2Fob_6f1516_curtis-s-botanical-magazine-1800-1948.jpg)
/image%2F3915138%2F20201022%2Fob_9a77d4_cinnyris-chalybeus-keulemans.jpg)
/image%2F3915138%2F20201022%2Fob_7ad3f8_img-3688-protea.jpg)
/image%2F3915138%2F20201022%2Fob_e17951_img-3697-protea.jpg)
/image%2F3915138%2F20201022%2Fob_44b11f_img-3702-protea.jpg)
/image%2F3915138%2F20201022%2Fob_1e24af_img-3707-protea.jpg)
/image%2F3915138%2F20201022%2Fob_01ab16_protea-cynaroides.jpg)
/image%2F3915138%2F20201022%2Fob_790407_protea-grandiflora.jpg)
/image%2F3915138%2F20201022%2Fob_349658_protea-rsa.jpg)
/image%2F3915138%2F20201013%2Fob_62fc95_img-3369-call-brachyandrus.jpg)
/image%2F3915138%2F20201013%2Fob_4cb312_img-3371-call-brachyandrus.jpg)
/image%2F3915138%2F20201013%2Fob_31566b_callistemon-speciosus-bompland-redouta.jpg)
/image%2F3915138%2F20201013%2Fob_2b7567_img-3353-call-viminalis.jpg)
/image%2F3915138%2F20201013%2Fob_6819cb_img-3354-call-viminalis.jpg)
/image%2F3915138%2F20201013%2Fob_9b2feb_img-3357-call-viminalis.jpg)
/image%2F3915138%2F20201013%2Fob_c9657a_img-3379-call-salignus-perth-pink.jpg)
/image%2F3915138%2F20201013%2Fob_ffcec2_callistemon-salignus-ventenat.jpg)
/image%2F3915138%2F20201013%2Fob_e140db_cfv02392.jpg)