La famille des Campanules comprend de très petites espèces et aussi des espèces si opulentes qu’on les croirait échappées de jardin. Un séjour récent en Ardèche m’a permis de réviser et de découvrir avec plaisir de nouvelles espèces. J’ai eu trois surprises que voici :

D’abord une toute petite fleurette d’un bleu assez clair ; la forme de la corolle en cloche m’a orientée aussitôt vers le genre Campanula et une fois rendue là dans la clé de ma flore (Flora Gallica), il n’y a plus de doute possible car sa taille (corolle de moins de 6 mm de long) la différencie d’emblée de toutes les autres. J’ai trouvé cette Campanule érine (Campanula erinus L.) encore en fleur mais en fin de floraison, sur des plaques rocheuses, là où subsistait un peu d’ombrage, sur les roches calcaires des gorges de la Ligne, un affluent de l’Ardèche.

Plus bas tout à fait au sud du département, du côté de l’Aven d’Orgnac, une nouvelle espèce nous attendait dans une zone boisée de causse. Bien plus imposante, la plante fait environ un mètre de haut et les clochettes sont plus larges que le pouce.

Il s’agit de Campanula medium L., la Campanule carillon, une bisannuelle cultivée également dans les jardins, par exemple en Angleterre depuis le 17ème siècle sous le nom de Coventry bells puis de Canterbury bells soit Clochette de Canterbury. Maintenant il en existe de nombreux cultivars. Nous nous trouvions assez loin de toute habitation donc je la crois sauvage, d’autant que presque en limite du Gard nous étions sur un territoire qui lui est reconnu comme d’origine.
Elle devrait théoriquement posséder cinq stigmates sur son pistil au lieu de trois chez les autres campanules ; en fait sur le spécimen que j’ai vu le nombre de stigmates n’était pas fixe et j’en ai compté plus souvent quatre…
Entre chaque sépale, de petites languettes se retournent et se collent si bien à la base du calice qu'il n'est pas si facile d'observer ce critère de détermination qui donne quand même au calice de cette campanule un aspect particulier qu'on retrouve un peu dans les représentations anciennes.

Dans le ‘Rariorum plantarum historia’, de Charles de l’Ecluse, en 1601, un bois gravé montre cette campanule sous le nom de Viola mariana quorundam et on retrouve aussi ce vocable dans le ‘Hortus floridus’ de Crispin de Passe daté de 1614, avec aussi la mention Coventry bells.

Non loin d’elle se trouvait la Campanule agglomérée (Campanula glomerata L.), une vivace de taille plus modeste et très utilisée aussi au jardin notamment avec son principal cultivar ‘Superba’.
Elle aussi se trouvait là sur son territoire d’origine ; en fait elle n'est pas rare bien que moins présente dans le quart Nord-Ouest de la France et plus commune en montagne.


Pour finir, dans le lit caillouteux de la Ligne, au milieu des Saponaires des Vipérines et des Balsamines se trouvait une haute espèce à grandes clochettes d’un bleu intense. En regardant mes photos au retour, un peu alertée par les dents du calice longues fines et retroussées, je me suis aperçue que je découvrais là encore une nouvelle campanule: la Campanule fausse-raiponce (Campanula rapunculoides L.) à ne pas confondre avec une fine espèce très commune aussi par ici en Sarthe : la Campanule raiponce (Campanula rapunculus L.) dont les fleurs sont plus menues et plus pâles de toute façon.

A bientôt en Ardèche!
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