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Botazoom, Botanique et Iconographie

Botazoom, Botanique et Iconographie

Ce blog est destiné aux curieux de botanique. En s’appuyant sur les photos que j’ai pu faire en voyage, et sur de l’iconographie ancienne, il rentre un peu dans les détails qui m’ont permis d’identifier une espèce, mais son contenu doit être considéré comme celui d’une botaniste amateur !

Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #Arbustes, #iconographie

Dans la seconde partie de son premier roman, « Amours défendues » Allissa York, une romancière canadienne, nous parle de la faune et de la flore des tourbières de son pays ; la comparaison possible avec nos tourbières d’Europe de l’Ouest n’a pas manqué de m’intéresser.

Au Canada on distingue deux sortes de tourbières les bogs (nos tourbières bombées ou ‘ombrogènes’) qui ne sont alimentés en eau que par pluie et neige ; et les fens (plutôt nos ‘bas-marais’, ou ‘minérogènes’) qui sont alimentés en eau de surface ou souterraine.

Pour en savoir plus si vous le désirez, il est possible de consulter cette page instructive :

https://www.hww.ca/fr/espaces-sauvages/les-tourbieres-du-canada.html

 

Comme il existe un certain nombre d’espèces végétales, que j’ai eu le plaisir de voir même sans traverser l’Atlantique puisqu’elles sont circumboréales, ou encore, pour la Sarracénie, introduite en Europe, je ne résiste pas à vous montrer quelques images prises dans des tourbières franc-comtoises ou écossaises, en regard de certains paragraphes du roman.

Je donne donc la parole à Alissa York ou plus exactement à son personnage, Marie Tourbière qui a grandi dans une tourbière du Manitoba:

Le bouleau nain :

« Qu’est-ce que vous faîtes ? - Je balaie. » Le grattement cesse. « Touchez ça. » Elle pose une sorte de brosse sur ses genoux. Les mains de Carl réagissent instinctivement et reconnaissent un fagot de brindilles minces et verruqueuses. « Du bouleau nain. Il n’y a pas de meilleur balai. » Elle le reprend et le grattement recommence. « On l’appelle aussi bouleau verruqueux. C’est sans doute là-dedans que vous vous êtes pris les pieds. »

J’ai fait ma première observation de Bouleau nain (Betula nana L.) dans la tourbière de Mouthe ; c’est l’une des très rares stations françaises de cet arbrisseau plus ou moins rampant. Le voici également dans l’ouvrage danois : « Bilder ur Nordens Flora » par Carl Axel Magnus Lindman, vol 2 de 1922.

  

La Sarracénie pourpre :

« Le drosera n’est pas la seule plante carnivore du coin, au cas où vous poseriez la question. » Elle retourne à ses pots. « Il y a aussi la sarracénie pourpre. J’en ai des fraiches. Vous voulez toucher ? »

« D’accord, je vous explique. Les feuilles sont un peu caoutchouteuses, vertes avec des nervures pourpres. Elles sont creuses avec une grosse lèvre gonflée. A l’intérieur, c’est tout glissant et les petits poils raides vous conduisent au fond. Un insecte repère cette jolie lèvre pourpre et s’y pose, commence à l’explorer et avant même de s’en rendre compte, il se retrouve au fond et perd prise. Ensuite, il essaie de remonter, glisse de côté, en arrière ou la tête la première, mais il ne peut aller nulle part, sauf au fond, dans la petite flaque de la sarracénie. » Elle tape des mains. « Plouf. Il s’y noie. Pourrit. Et la sarracénie détrempe tout ce qu’elle attrape. »

« Drôle de plante, poursuit Mary. Les indiens Cree s’en servaient pour ceux qui étaient très, très malades. Vous allez voir. J’en ai mis un peu dans votre tisane. »

Une station de Sarracénie perdure dans les tourbières de Frasnes, mes photos datent de 2005, elle est devenue assez populaire pour qu’il soit difficile de l’éradiquer sans soulever un tollé chez les passionnés de plantes carnivores si bien que son extension est très contrôlée par des arrachages réguliers de jeunes pousses, mais sa présence reste tolérée pour le moment… Dans mes photos elle cohabite avec la Drosera à feuilles rondes (circumboréale) mais dans la tourbière de Mary, cela pourrait aussi bien être le Rossolis filiforme (Drosera filiformis Raf.) qui lui, n’existe pas en Europe.

Le Piment royal :

« Vous voulez que je vous en roule une ? demande-t-elle. – Je ne fume pas. Et en plus, ça ne sent pas le tabac. – C’est du piment royal. Ça pousse dans la tourbière. Une pincée dans du papier éloigne les bestioles. »

En Europe, le Piment royal (Myrica gale L.) est une espèce atlantique, elle n’est pas si rare dans les marais littoraux tout le long de la côte ; voici d’anciennes photos prises dans une tourbière écossaise (Tullock moor).

Myrica gale dans « Flora von Deutschland, Österreich und der Schweiz », du Prof. Dr. Thomé, vol 2 de 1885;

et  dans l'ouvrage danois : « Bilder ur Nordens Flora » par Carl Axel Magnus Lindman, vol 2 de 1922.

Pour finir, quelques photos d’autres plantes circumboréales des tourbières qui pourraient donc se trouver aussi dans celle de Mary : Andromeda polifolia L. (l’Andromède à feuilles de polium), Vaccinium vitis-idaea (l’Airelle rouge, ou  Vigne du mont Ida), Vaccinium oxycoccos L. (la Canneberge) et  Empetrum nigrum L. (la Camarine noire).

Andromède à feuille de polium, en Franche-Comté

Andromède à feuille de polium, en Franche-Comté

L'Airelle rouge ou Vigne du Mont Ida, en Franche-Comté

L'Airelle rouge ou Vigne du Mont Ida, en Franche-Comté

La Canneberge, en Franche-Comté

La Canneberge, en Franche-Comté

La Camarine noire en Ecosse, à Tullock moor

La Camarine noire en Ecosse, à Tullock moor

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #iconographie, #voyages

J’ai envie de vous faire partager le plaisir de découvrir ce col au-dessus de Gex, accessible facilement par des télécabines, ou pour les courageux à pied puisque le GR Balcon du Léman passe par le Col de Crozet. La vue est bien sûr, spectaculaire sur le Léman et les Alpes tout autour, bien que la limpidité de l’air et donc la visibilité ne soit pas toujours celle qu’on voudrait…mais pour faire de la botanique c’était parfait.

Dans un article précédent je vous ai montré un beau rosier, Rosa dumalis Bechst. vu sur ce col mais il n’était pas tout seul ! Tout près se tenait une autre espèce très emblématique des montagnes, le Rosier glauque ou Rosier des Vosges (Rosa ferruginea Vill.). Les fleurs de petite taille sont d’un rose-magenta vif et le feuillage vert glauque de ce rosier se nuance de reflets bleutés voire gris-acier (comme le suggère son nom latin). C’est un cas très particulier de modification de surface du vert par l’apport d’un pigment rouge qu’on retrouve d’ailleurs bien plus nettement sur les tiges et jeunes pousses. En contrejour, l’effet bleuté disparaît et le feuillage s’illumine en vert vif ; au soleil c’est un enchantement !

 le Rosier glauque ou Rosier des Vosges (Rosa ferruginea Vill.) synonymes: Rosa glauca Pourr. et Rosa rubrifolia auct.
 le Rosier glauque ou Rosier des Vosges (Rosa ferruginea Vill.) synonymes: Rosa glauca Pourr. et Rosa rubrifolia auct.
 le Rosier glauque ou Rosier des Vosges (Rosa ferruginea Vill.) synonymes: Rosa glauca Pourr. et Rosa rubrifolia auct.

le Rosier glauque ou Rosier des Vosges (Rosa ferruginea Vill.) synonymes: Rosa glauca Pourr. et Rosa rubrifolia auct.

Non loin de mes rosiers dans la pelouse d’altitude, j’ai admiré un très bel œillet frangé qu’un peu rapidement j’avais baptisé Œillet superbe, mais non ! à y regarder de plus près, c’est en fait l’Œillet de Montpellier (Dianthus hyssopifolius L.), qui n’est pas si méditerranéen que son nom le suggère. Il semble quand même qu’avec le Jura, il s’agit de la limite nord de sa répartition.

Dès 1601, dans le « Rariorum plantarum historia », de Charles de L'Écluse, figurent en page 284 deux œillets frangés assez semblables. Celui de gauche légendé (donc avant Linné) ‘Caryophylleus sylvestris V species altera’ fut identifié d’abord comme Dianthus plumosus DC. ex Sprengel, puis la botanique actuelle a finalement retenu le nom donné par Linné à l’Œillet de Montpellier (Dianthus hyssopifolius L.). A droite c’est ‘Caryophylleus sylvestris VI ‘ soit Dianthus superbus L., l’Œillet superbe, qu’on peut trouver aussi en Franche-Comté dans des zones humides et marais de plaine.

« Rariorum plantarum historia », de Charles de L'Écluse, à gauche l'Oeillet de Montpellier, à droite l'Oeillet superbe

« Rariorum plantarum historia », de Charles de L'Écluse, à gauche l'Oeillet de Montpellier, à droite l'Oeillet superbe

Pour mémoire, en voici une ancienne photo de l'Oeillet superbe prise dans les tourbières de Frasnes.

Puis mon Oeillet de Montpellier. Ces deux œillets vus séparément paraissent identiques mais on voit bien là que ce sont deux espèces différentes !

Et puis, parmi les rochers, on pouvait trouver une ombellifère commune dans les hauteurs jurassiennes, le Laser siler ou Sermontain (Siler montanum Crantz). Attention toutefois de ne pas le confondre avec le Laser à larges feuilles (Laserpitium latifolium), qui porte parfois abusivement les mêmes noms vernaculaires alors que c’est une espèce différente.

Pour comparaison voici, ci-dessous, le Laser à larges feuilles que j’ai vu également pas très loin mais en milieu plus arboré près du col de la Faucille.

Les affleurements rocheux se fragmentent parfois donnant l’illusion de murets bas  et du coup l’impression d’un beau jardin alpin se renforce !

Dans cette zone, on trouve sans surprise le Saxifrage aizoon (Saxifraga paniculata Mill.) car saxifraga vient du latin ‘saxum’, (rocher) et ‘frango’  (briser). Intriguée par le terme aizoon qui revient à plusieurs reprises en botanique, j’ai cherché à comprendre son origine et d’après wikipédia, aizoon proviendrait du grec aeí (pour toujours) et zỗion (être vivant).

C’est un fait que ce mot est employé aussi pour d’autres plantes succulentes capables de survivre dans des conditions difficile de sécheresse. Les petites feuilles de la rosette du Saxifrage aizoon sont en effet assez charnues, elles semblent aussi bordées de minuscules cristaux blancs.

Dans sa Flora austriaca, tome 5 et pl. 438, Nikolaus Joseph Jacquin le nomme encore Saxifraga aizoon Jacq. On peut trouver quantité de synonymes pour ce Saxifraga paniculata Mill., la famille des Saxifrages est très fournie et certaines espèces sont difficiles à distinguer !

 Le Saxifrage aizoon (Saxifraga paniculata Mill.)
 Le Saxifrage aizoon (Saxifraga paniculata Mill.)

Le Saxifrage aizoon (Saxifraga paniculata Mill.)

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Arbustes, #Botanique, #iconographie

Le sujet est moins copieux que le précédent, mais j’ai voulu ajouter deux espèces que j’ai pu observer et détailler sur le terrain sarthois et qui font partie également du grand groupe des Caninae.

La particularité évidente de Rosa tomentosa Sm. est la pilosité du feuillage. Elle dépend de la subsection des Vestitae caractérisée par des folioles souples et pubescentes sur les deux faces, à dents souvent composées-glanduleuses, et dont le réseau de nervures au revers est peu saillant (cf. la Flora Gallica). Assez tôt bien identifiée, j’ai trouvé pour elle plusieurs représentations anciennes.

Dans le tome 2 (pl 51) de la troisième édition des « Roses » peintes par P.J.Redouté, Claude Antoine Thory présente Rosa tomentosa sous le nom français de Rosier cotonneux, qu’il affirme ‘commun dans la forêt de Fontainebleau’, avant d’en présenter une variété à fleurs doubles ‘commune dans les jardins’.

https://bibdigital.rjb.csic.es/records/item/14662-les-roses-troisieme-edition-tome-second

Rosa tomentosa par Pierre-Joseph Redouté

Rosa tomentosa par Pierre-Joseph Redouté

Un botaniste allemand, Albert Gottfried Dietrich, représente la Rosa tomentosa parmi les 864 planches de sa Flora regni Borussici, vol. 12 (1844) t. 863

Bien qu’à peu près en limite nord de son aire de répartition naturelle, on la retrouve aussi ci-dessous, dans la Flora danica (tome 16, planche 2719), Auteur : Johan Martin Christian Lange, éditée en 1867-1871

https://bibdigital.rjb.csic.es/records/item/13513-flora-danica-volumen-sextum-decimum

 D’après l’Atlas de la Flore Sauvage du département de la Sarthe, Rosa tomentosa Sm. est assez commune et : « Bien caractérisée par ses aiguillons presque droits à base peu épaisse et ses feuilles à folioles allongées mollement velues ». Mes photos datées de mai 2019 montrent cela et une floraison d’un blanc à peine rosé puis deux fruits de l’année précédente, dont les sépales ont fini par tomber. Sur une autre station de cette année les fleurs sont d’un rose plus soutenu.

Rosa tomentosa, en Sarthe.
Rosa tomentosa, en Sarthe.
Rosa tomentosa, en Sarthe.

Rosa tomentosa, en Sarthe.

Bien que velue aussi mais seulement au revers des folioles, Rosa stylosa Desv. ne fait pas partie de la même subsection ; elle est classée dans les nombreuses variantes de Rosa canina qui font encore l’objet de discussions.

Ce Rosier à styles unis, Rosa stylosa Desv. est d’identification plus récente et autrefois il a été faussement rapproché de Rosa arvensis qui appartient à une autre section, les Synstylae dont le style forme une vraie colonne. Vers 1870, Joseph Dalton Hooker le nomme ainsi Rosa arvensis subsp. stylosa. Ce rosier a été présenté sous de très nombreux noms et le nombre de synonymes donne un peu le tournis. Ne comptez pas trop voir représentées dans les deux images anciennes qui suivent les subtilités de détermination de ce rosier. J’ai simplement ajouté foi au tableau actuel des synonymes reconnus!

Dans son groupe de « Rosiers des collines » (Pl. 54 dans le tome 2 de la 3ème édition des « Roses » peintes par P.J.Redouté de 1885), C.A.Thory, présente Rosa collina fastigiata, une appellation qui équivaut également à Rosa stylosa Desv.

https://bibdigital.rjb.csic.es/records/item/14662-les-roses-troisieme-edition-tome-second

Rosa collina fastigiata = Rosa stylosa Desv. peinte par Pierre-Joseph Redouté

Rosa collina fastigiata = Rosa stylosa Desv. peinte par Pierre-Joseph Redouté

Thory ne montre pas de Rosa collina ’vera’, mais cite dans le texte la planche de Nikolaus Joseph Jacquin qui dans sa Flora austriaca (pl 197 du vol 2) représente Rosa collina Sm. donnée comme un synonyme reconnu de notre Rosa stylosa Desv.

https://www.biodiversitylibrary.org/item/9676#page/455/mode/1up

Rosa collina = Rosa stylosa Desv. dans la Flora austriaca de Nicolaus Joseph Jacquin

Rosa collina = Rosa stylosa Desv. dans la Flora austriaca de Nicolaus Joseph Jacquin

Tout ceci me laisse un peu sur ma faim car le critère marquant de ce rosier est peu évoqué dans les textes: les disques stigmatiques sont coniques et les styles érigés en une petite masse étagée mais il n’y pas vraiment une colonne, c’est un faisceau dont on peut écarter les styles. Ayant tiré dessus pour les sortir j’ai vu que le canal stigmatique semble étroit (environ 0,7 mm). Les folioles luisantes sur le dessus sont velues seulement au dos sur les nervures et les pédoncules, mais là il n’y a pas de glandes. Les pédicelles floraux portent quelques rares petites glandes rouges surtout présentes aussi sur les bords des stipules et des appendices du calice (qui sont nombreux). Le revoyant en une autre occasion, j’ai pu constater la forme typique des aiguillons très élargis à la base et aussi les variations de la forme du style et du disque plus ou moins conique, pourtant sur le même rosier !

Rosa stylosa, en Sarthe.
Rosa stylosa, en Sarthe.
Rosa stylosa, en Sarthe.
Rosa stylosa, en Sarthe.

Rosa stylosa, en Sarthe.

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #iconographie, #Arbustes

Le groupe de rosiers sauvages que nous appelons couramment Eglantier ou Rosier des chiens, ce qui est la traduction du nom latin, Rosa canina, s’est beaucoup compliqué depuis l’époque de la belle représentation figurant dans la Flore du Royaume de Hanovre de Georg Friedrich Wilhelm Meyer, publiée en 1854.

Rosa canina, dans Flore du Royaume de Hanovre de Georg Friedrich Wilhelm Meyer, publiée en 1854.

Rosa canina, dans Flore du Royaume de Hanovre de Georg Friedrich Wilhelm Meyer, publiée en 1854.

Les botanistes considèrent maintenant qu’il s’agit d’un agrégat dans lequel sont distingués huit groupes appelés des kleptons. Pour que le vrai églantier, Rosa canina, puisse être distingué dans ce groupe complexe, il faut qu’il réponde à quelques critères précis : des folioles glabres et non glanduleuses dessus comme dessous, des aiguillons forts et bien crochus, des pédicelles non glanduleux. Même ces caractères répondent en fait à 3 espèces (Rosa canina, Rosa subcanina, et Rosa dumalis). Il faut, pour aller plus loin, couper en travers en haut du réceptacle juste sous l’étoile formée par les sépales, dégager les styles et ainsi évaluer la largeur du canal stylaire dont le diamètre varie pour les trois espèces. 

Rosa canina est représentée dans la « Deutschlands flora », en illustrations d'après nature avec descriptions, par Sturm, Jacob, 1771-1848

https://www.biodiversitylibrary.org/item/148204#page/7/mode/thumb

Rosa canina, dans la « Deutschlands flora » par Sturm, Jacob, 1771-1848

Rosa canina, dans la « Deutschlands flora » par Sturm, Jacob, 1771-1848

Je ne vais donc pas me risquer à une identification certaine pour ce beau rosier vu récemment dans le Jura sur le Col de Crozet, au-dessus de Gex, bien que son canal stylaire supérieur à 1 mm, m’oriente plus vers Rosa dumalis.

Rosa dumalis Bechst. qui est donc bien proche de l’Eglantier ou Rosier des chiens, figure parfois sous le nom erroné de Rosa glauca Villars, ou encore Rosa afzeliana Fr. voir à ce sujet les équivalences:

https://www.gbif.org/fr/species/3003708

Ainsi on le retrouve dans un ouvrage danois : « Bilder ur Nordens Flora » d'August Mentz et Carl Hansen Ostenfeld. https://www.biodiversitylibrary.org/item/39935#page/9/mode/1up

Rosa dumalis dans  « Bilder ur Nordens Flora » 1917-1927

Rosa dumalis dans « Bilder ur Nordens Flora » 1917-1927

Le Rosier de Malmedy, qui figure dans « Les Roses » de Pierre Joseph Redouté est aussi un synonyme: (Rosa dumalis Bechst. var malmundariensis):

"Les Roses", peintes par P.J. Redouté; décrites et classées selon leur ordre naturel, par C. A. Thory. ; Troisième Edition, Tome 3 , à consulter sur le Real Jardin Botanico de Madrid:

https://bibdigital.rjb.csic.es/viewer/14663/

Dans la nouvelle édition du "Traité des arbres et arbustes" de Duhamel du Monceau (1800-1819), Le Rosier des chiens, Rosa canina figure au côté du Rosier des haies alors nommé Rosa sepium, mais répondant maintenant au binôme latin Rosa agrestis Savi.

Cherchant à mettre un nom sur un rosier sarthois trouvé en périphérie du Mans, avec Flora Gallica ; je suis arrivée à Rosa agrestis Savi, que notre Atlas de la Flore Sarthoise donne historiquement commun, mais actuellement peu commun. Il est très glanduleux au dos et aux bords des folioles, sur les pédoncules des feuilles, au bord des stipules, au bout des appendices du calice et sent bien la pomme. Par contre, curieusement, les pédicelles floraux souvent en petits bouquets, sont très glabres. La base des folioles est plutôt cunéiforme, le dessus des feuilles assez brillant. Les aiguillons sont bien courbés et je n’ai pas vu d’acicules. Ce sont les nombreux critères qu’il convient d’observer pour identifier un rosier sauvage européen.

Je l’ai ensuite retrouvé sur un autre site sarthois avec des fruits un peu plus formés et j’ai pu ainsi évaluer la largeur du canal stylaire qui en l’occurrence était très fin et les fruits qui sont plutôt allongés.

Ce Rosa agrestis ressemble par bien des aspects à Rosa micrantha : canal stylaire très fin, odeur de pomme due aux folioles glanduleuses et collantes, aiguillons forts et crochus. Pour les différencier il faut observer la base des folioles beaucoup plus arrondie chez Rosa micrantha et surtout le pédicelle floral qui est lisse chez R. agrestis et bien glanduleux chez R.micrantha. J’ai trouvé en Sarthe les deux espèces côte à côte mais elles étaient défleuries ! Cependant, on peut voir leur aspect différent en comparant ces deux photos.

Rosa agrestis (pédicelle lisse), puis rosa micrantha (pédicelle glanduleux) sur le même site sarthois (2021)
Rosa agrestis (pédicelle lisse), puis rosa micrantha (pédicelle glanduleux) sur le même site sarthois (2021)

Rosa agrestis (pédicelle lisse), puis rosa micrantha (pédicelle glanduleux) sur le même site sarthois (2021)

Il n’existe pas à ma connaissance de représentation ancienne de Rosa micrantha qui n’était pas différenciée de Rosa rubiginosa. Les trois espèces (R. micrantha, R. rubiginosa et R. agrestis) font partie d’une subsection de la grande section Caninae : la subsection Rubigineae, bien caractérisée par la présence des glandes donnant l’odeur de pomme.

On peut alors chercher l’ancien binôme Rosa rubiginosa L. dans les représentations anciennes et là, trouver de nombreuses gravures, bien que,  pour une bonne partie, il s’agisse des cultivars à pétales plus nombreux, notamment sur les ouvrages de P.J.Redouté. Les études récentes affirment qu’il y a un continuum entre les trois espèces (R. micrantha, R. rubiginosa et R. agrestis) et qu’il est hasardeux surtout de différencier R.micrantha de R.rubiginosa.

On trouve Rosa rubiginosa dans la « Flora austriaca » de  Nikolaus Joseph Jacquin ( Vol 1, pl 50) numérisée par le Real Jardin Botanico de Madrid.

https://bibdigital.rjb.csic.es/records/item/14948-florae-austriacae-vol-i

Rosa rubiginosa dans la « Flora austriaca » de  Nikolaus Joseph Jacquin

Rosa rubiginosa dans la « Flora austriaca » de  Nikolaus Joseph Jacquin

Puis dans l’ouvrage danois : « Bilder ur Nordens Flora » 1917-1927 ; auteurs : August Mentz et Carl Hansen Ostenfeld. On notera le nom commun en légende ‘Vin-rose’, il est parfois mentionné une odeur de vin plutôt que de pomme pour ce groupe de rosiers. (voir le lien plus haut), et dans la « Deutschlands flora », en illustrations d'après nature avec descriptions, par Sturm, Jacob, 1771-1848 (voir le lien plus haut)

Rosa rubiginosa dans « Bilder ur Nordens Flora » 1917-1927 d'August Mentz et Carl Hansen Ostenfeld

Rosa rubiginosa dans « Bilder ur Nordens Flora » 1917-1927 d'August Mentz et Carl Hansen Ostenfeld

Rosa rubiginosa, dans la « Deutschlands flora » par Sturm, Jacob, 1771-1848

Rosa rubiginosa, dans la « Deutschlands flora » par Sturm, Jacob, 1771-1848

A bientôt pour d'autres rosiers!

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #Fleurs, #voyages

Dans le cadre d’une visite à Giverny pour voir les jardins et la maison de Claude Monet, nous avons passé deux après-midis sur les sites protégés des alentours. La qualité de la flore et de la faune de ces lieux, a motivé la création de la Réserve naturelle nationale des Coteaux de la Seine.

https://www.arb-idf.fr/article/la-reserve-naturelle-nationale-des-coteaux-de-la-seine/

Ci-dessous, la vue sur la Seine depuis le coteau fleuri, au-dessus de la Roche-Guyon. 

Au mois de Juin, la Phalangère à fleurs de Lis (Anthericum liliago), et le Petit pigamon (Thalictrum minus L.), sont des espèces remarquables qu’on peut admirer sur le site.

Les fleurs très discrètes et aériennes du Petit Pigamon passent presque inaperçues au premier regard; au pied de l’inflorescence les petites feuilles de nuance bleutée rappellent un peu celles de l’Ancolie.

La Phalangère rameuse (Anthericum ramosum L.), moins rare est possible aussi et faire le distinguo à postériori (je n’ai rien osé cueillir) n’est pas évident ! Je pense qu’il s’agit plutôt de la Phalangère rameuse  sur mes photos car les étamines sont presque aussi longues que les pétales qui seraient plus grands sur la Phalangère à fleurs de Lis. 

le Petit pigamon (Thalictrum minus L.), son inflorescence et ses feuilles basales
le Petit pigamon (Thalictrum minus L.), son inflorescence et ses feuilles basales

le Petit pigamon (Thalictrum minus L.), son inflorescence et ses feuilles basales

La Phalangère rameuse (Anthericum ramosum L.)
La Phalangère rameuse (Anthericum ramosum L.)

La Phalangère rameuse (Anthericum ramosum L.)

 

 

Non loin de là quelques beaux pieds d’Épipactis pourpre noirâtre (Epipactis atrorubens (Hoffm.) Besser), et le Lin à feuilles étroites (Linum tenuifolium L.) que je n’avais pas encore vu en abondance disséminé dans un herbage. Et un peu plus au couvert des arbustes l’étonnant Chlora perfolié (Blackstonia perfoliata (L.) Huds.), le connaissez-vous ?

Le Lin à feuilles étroites et le Chlora perfolié
Le Lin à feuilles étroites et le Chlora perfolié

Le Lin à feuilles étroites et le Chlora perfolié

Il existe un chemin de Grande Randonnée qui permet d’accéder à ces zones mais il faut rester attentif à de ne pas trop sortir des sentiers. En effet, les « Pinacles » de craie abritent une flore d’exception, mais fragile car implantée sur un sol très pentu et érodé. J’ai pu prendre en photo des espèces moins rarissimes mais pourtant peu communes en Normandie comme l’Hélianthème nummulaire (Helianthemum nummularium (L.) Mill.) et l’Hélianthème des Apennins (Helianthemum apenninum (L.) Mill.) surtout présent en fruits.

l’Hélianthème nummulaire (Helianthemum nummularium (L.) Mill.) et l’Hélianthème des Apennins (Helianthemum apenninum (L.) Mill.), en fleur puis fruits.
l’Hélianthème nummulaire (Helianthemum nummularium (L.) Mill.) et l’Hélianthème des Apennins (Helianthemum apenninum (L.) Mill.), en fleur puis fruits.
l’Hélianthème nummulaire (Helianthemum nummularium (L.) Mill.) et l’Hélianthème des Apennins (Helianthemum apenninum (L.) Mill.), en fleur puis fruits.

l’Hélianthème nummulaire (Helianthemum nummularium (L.) Mill.) et l’Hélianthème des Apennins (Helianthemum apenninum (L.) Mill.), en fleur puis fruits.

 

 

La Germandrée petit-chêne (Teucrium chamaedrys L.) très présente sur le site occupait bien ce bourdon. Parfois des coussins étaient composés de plusieurs espèces en mélange, ici, la Germandrée des montagnes (Teucrium montanum L.), jaune pâle, et la Coronille naine (Coronilla minima L.), jaune vif, se retrouvaient enchevêtrées.

 

 

J’ai été surprise de trouver le Pastel des teinturiers (Isatis tinctoria L.), facile à identifier par ses fruits en guirlande, en compagnie de belles touffes d’Orchis pyramidal, le long du chemin qui montait sur un coteau voisin, en Znieff, situé au-dessus de Ste Geneviève de Gasny, dans la vallée de l'Epte.

Ce sont des pelouses calcicoles pentues classées Natura 2000 « Les coteaux de Giverny » :

http://cen-normandie.fr/sites-et-milieux-naturels/les-coteaux-de-giverny

https://inpn.mnhn.fr/zone/znieff/230004515

Sur ce site des coteaux de Giverny, nous avons vu quelques plantes caractéristiques d’un coteau calcaire normand orienté Sud, comme l’Ail à tête ronde (Allium sphaerocephalon L.), la Brunelle laciniée (Prunella laciniata (L.) L) ou encore le Genêt des Teinturiers (Genista tinctoria L.).

l’Ail à tête ronde, la Brunelle laciniée, le Genêt des Teinturiers
l’Ail à tête ronde, la Brunelle laciniée, le Genêt des Teinturiers
l’Ail à tête ronde, la Brunelle laciniée, le Genêt des Teinturiers

l’Ail à tête ronde, la Brunelle laciniée, le Genêt des Teinturiers

Il s’y trouvait aussi en abondance et en mélange avec l’Anthyllis vulnéraire (Anthyllis vulneraria L.), le Mélampyre des champs (Melampyrum arvense L.).

Je ne suis pas parvenue à me faire une idée très précise sur ce rosier, visité par un petit charançon bleu qui me donne envie de le montrer ! Un autre rosier un peu plus loin serait probablement Rosa micrantha, ou un hybride de micrantha… le sujet est épineux !

Deux rosiers non identifiés...
Deux rosiers non identifiés...

Deux rosiers non identifiés...

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #iconographie

Nikolaus Joseph Jacquin (1727-1817), après un voyage de jeunesse aux Caraïbes, dont je vous ai déjà parlé, voir: Selectarum stirpium americanarum historia,  passe l’essentiel de son existence en Autriche à Vienne où, invité par l’impératrice Marie-Thérèse puis l’empereur François Ier, il dirige le Jardin botanique. Son apport à la connaissance des plantes européennes est alors considérable, par le biais de très beaux ouvrages, comme le « Icones plantarum rariorum », et le « Flora austriaca » où j’ai trouvé de nombreuses orchidées d’Europe. Il est presque contemporain de Karl von Linné (1707-1778), mais bien qu’il se réfère souvent au Systema Naturae de Linné, on trouve dans ses ouvrages des appellations qui lui sont propres et ne sont pas forcément admises par Linné. 

« Icones plantarum rariorum »

Le « Icones plantarum rariorum », de Jacquin est un recueil en 3 volumes qui contient pas moins de 648 planches colorées, il est illustré principalement au début par Joseph Hofbauer (1832-1878), puis par les frères Bauer. Jusque vers 1786 c’est Franz Bauer (1758–1840) qui travaille pour Jacquin, puis  c’est Ferdinand Bauer (1760–1826), jusque vers 1788, et enfin Johannes Scharf (1765–1794) ; les gravures elles-mêmes étant attribuées à Jakob Adam.

La mise en couleurs finale moins bien maitrisée reste anonyme et elle s’avère parfois un peu bizarre comme sur l’Orchis mâle, Orchis mascula Jacq. (T1, pl 180) ou sur Orchis moravica Jacq. (T1, pl 182), bien pâlichon sur la gravure, qui est l’actuel  Orchis purpurea Huds.

(En orange: les appellations propres à Jacquin)

 

Trois espèces dans la systématique des orchidées sont assez proches mais à peu près à cette époque deviennent bien distinctes, l’Orchis militaire (Linné 1753), l’Orchis singe (Lamarck 1779) et l’Orchis pourpre (Hudson 1762). 

 

Orchis moravica Jacq. ci-dessous, est une appellation de Jacquin de 1784 ; il avait probablement voulu différencier cette plante de son Orchis fusca Jacq., qu’on trouve dans la « Flora austriaca »,  et dans diverses flores anciennes, alors que l’Orchis pourpre et l’Orchis militaire n’étaient pas encore bien distingués. Le nom donné plus tôt par Hudson pour l’Orchis pourpre en 1762 a la priorité et devient le nom reconnu.

Il faut dire que devant certains spécimens présumés « Pourpre » en Dordogne, je ne savais plus trop à quoi j’avais affaire, voyez l’éventail de variations sur les photos qui suivent… mais la pâleur extérieure du casque chez l’Orchis militaire reste un bon critère pour faire la différence avec un Orchis pourpre. De plus, la présence de nombreux hybrides ne facilite pas l’identification !

Trois Orchis pourpre, de la Dordogne et du Lot.
Trois Orchis pourpre, de la Dordogne et du Lot.
Trois Orchis pourpre, de la Dordogne et du Lot.

Trois Orchis pourpre, de la Dordogne et du Lot.

Orchis militaire, en Dordogne.

Orchis militaire, en Dordogne.

« Flora austriaca »

Ci-dessus, l'Orchis pourpre de la "Flora austriaca" que Jacquin nomme Orchis fusca Jacq.

On trouve de nombreuses espèces d’orchidées dans les quatre tomes de la « Flora austriaca », dont les dessins d’origine sont de Franz Anton von Scheidel (1731-1801).  Les planches n’étant pas légendées mais simplement numérotées, il faut se référer au texte en première partie des fascicules. Pour certaines, les noms donnés là par Jacquin ne se retrouvent guère par la suite ; par exemple, pour l’Orchis moucheron ou Gymnadénie à long éperon, son Orchis ornithis Jacq. (T2, pl 138) est nommé par Linné Gymnadenia conopsea L. Là aussi les fleurs sont restées blanches sur la gravure!

 

Orchis moucheron (Gymnadenia conopsea L.) dans le Queyras

Orchis moucheron (Gymnadenia conopsea L.) dans le Queyras

Avec l’Orchis globuleux, Orchis globosa L. (T3, pl 265), rebaptisé Traunsteinera globosa (L.) Rchb. et la Nigritelle ou l’Orchis vanille, Satyrium nigrum L. (T4,  pl 368), récemment renommée Gymnadenia nigra (L.) Rchb.f., on peut voir qu’il respectait en revanche des noms déjà donnés par Linné, ceux-ci ne seront modifiés que par la suite. (Photos prise en Juillet dans les Alpes).

 

L'Orchis globuleux (Traunsteinera globosa (L.) Rchb. ) sur le Revard, au dessus du lac du Bourget.

L'Orchis globuleux (Traunsteinera globosa (L.) Rchb. ) sur le Revard, au dessus du lac du Bourget.

 Nigritelle ou Orchis vanille (Gymnadenia nigra (L.) Rchb.f.), dans le Queyras.

Nigritelle ou Orchis vanille (Gymnadenia nigra (L.) Rchb.f.), dans le Queyras.

Le Limodore à feuilles avortées, que Linné avait nommé Orchis abortiva L. (T2, pl 193) a été rebaptisé Limodorum abortivum (L.) Sw. Sur la planche de la « Flora austriaca », les fleurs ne sont pas rehaussées de rose. C’est vrai que cette plante n’est que peu colorée mais c’est surtout le vert de la chlorophylle qui lui manque car elle dépend d’un champignon présent dans le sol et qu’elle parasite. Le plus souvent les tiges du Limodore sont d’un brun ou plutôt d’un gris violacé très typique et seules les fleurs sont plus vivement colorées de violet pourpre. (Photos de Mai en Dordogne).

Limodore à feuilles avortées (Limodorum abortivum (L.) Sw.) en Dordogne.
Limodore à feuilles avortées (Limodorum abortivum (L.) Sw.) en Dordogne.

Limodore à feuilles avortées (Limodorum abortivum (L.) Sw.) en Dordogne.

Voici pour finir avec un pas de côté, des planches d’un autre ouvrage un peu postérieur, la "Flore du Royaume de Hanovre" de Georg Friedrich Wilhelm Meyer, publié en 1854.

L’Orchis militaire (Orchis militaris L.) y est bien différencié de l’Orchis pourpre (Orchis purpurea Huds.), encore sous son nom d’Orchis fusca Jacq. Ils figurent tous deux dans ce beau recueil. Et pendant que nous y sommes voilà dans cette même flore sous leurs anciens noms linnéens l’Orchis mâle (Orchis mascula (L.) L.) et l’Orchis bouffon (Anacamptis morio (L.) R.M.Bateman, Pridgeon & M.W.Chase), car ces planches sont de grande qualité!

Quatre orchidées de la Flore du Royaume de Hanovre de Georg Friedrich Wilhelm Meyer (1854)
Quatre orchidées de la Flore du Royaume de Hanovre de Georg Friedrich Wilhelm Meyer (1854)
Quatre orchidées de la Flore du Royaume de Hanovre de Georg Friedrich Wilhelm Meyer (1854)
Quatre orchidées de la Flore du Royaume de Hanovre de Georg Friedrich Wilhelm Meyer (1854)

Quatre orchidées de la Flore du Royaume de Hanovre de Georg Friedrich Wilhelm Meyer (1854)

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #iconographie, #Fleurs

Les nombreuses orchidées que nous avons photographiées en Dordogne récemment m’ont donné envie de faire des recherches iconographiques sur le sujet et comme je m’y attendais un peu, de nombreuses approximations et confusions anciennes rendent tout inventaire des illustrations difficile. D’ailleurs, la famille des Orchidées reste en constante évolution jusqu’à maintenant quant à sa nomenclature.

Limitée par l’accès difficile à certaines images et les difficultés du latin, j’ai choisi un seul ouvrage bien numérisé : « Plantarum seu stirpium icones » (1581) de Matthias de l’Obel. On avance là d’un bon cran dans la connaissance des orchidées puisqu’il existe dans cette parution 44 bois gravés présentés par paire, mais il y a surement des redites et au final, 14 environ sont clairement identifiables. Je vous montre les planches plus lisibles dans cet ouvrage mais il vient en fait juste après un autre « Plantarum seu Stirpium historia » également de Matthias de l’Obel (1576) dans lequel a œuvré  un savant belge, Cornelius Gemma, sans doute le premier à défricher cette grande famille des Orchidées d’Europe. Les mêmes bois gravés d’après les dessins de Pieter van der Borcht, figurent dans plusieurs ouvrages de cette époque, de Rembert Dodoens, Charles de l’Ecluse et Matthias de l’Obel.

Les  espèces qui suivent figurant dans le Plantarum seu stirpium icones (1581) de Matthias de l’Obel sont suivies de ces mêmes espèces photographiées en Mai en Dordogne. Ces quelques espèces ne prêtent guère à controverse : elles sont faciles à distinguer et ne sont pas très rares. La morphologie typique des parties souterraines permettait d’établir tôt des genres différents notamment entre les « Couillons de chien » (traduction commune du grec Cynosorchis pour tous les ouvrages de l’époque traduits en français) et les « Palma-christi » de Pierandrea Matthioli (les Dactylorhiza aux racines digitées) mais beaucoup de confusions persisteront un temps et les descriptions s’attardent trop peu sur la morphologie des fleurs.

L’Orchis mâle (Orchis mascula L.) et l’Orchis bouffon (Orchis morio L.) « Plantarum seu stirpium icones » (1581) de Matthias de l’Obel

L’Orchis mâle (Orchis mascula L.) et l’Orchis bouffon (Orchis morio L.) « Plantarum seu stirpium icones » (1581) de Matthias de l’Obel

L’Orchis mâle (Orchis mascula L.)

On peut voir en haut la mention de Cornelius Gemma pour la détermination. A gauche c’est l’Orchis mâle avec déjà à cette époque des appellations variées ; celle de Leonhart Fuchs, Orchis mas angustifolia ressemble bien au nom actuel Orchis mascula (L.) L. En fait Linné l’avait, avant de se raviser, classé comme une variété d’Orchis morio (Orchis morio var. mascula) et on peut en voir l’origine dans le nom de Cynosorchis Morio figurant là à gauche !

Orchis mâle en Dordogne

Orchis mâle en Dordogne

Le Cynosorchis Morio femina à droite est devenu Orchis morio L. puis plus récemment Anacamptis morio (L.) R.M.Bateman, Pridgeon & M.W.Chase. C’est en français l’Orchis bouffon. La photo que j’ai prise en Catalogne représente en fait une sous-espèce encore parfois contestée, Orchis morio subsp. picta, plus délicat et élancé de silhouette et plus méditerranéen. Maintenant c’est Anacamptis morio subsp. picta (Loisel) Jacquet & Scappat dont le nom français serait l’Orchis peint.

Orchis morio subsp picta en Catalogne sur la Sierra de Mongri

Orchis morio subsp picta en Catalogne sur la Sierra de Mongri

Ophrys insectifera L. dans « Plantarum seu stirpium icones » (1581) de Matthias de l’Obel

Ophrys insectifera L. dans « Plantarum seu stirpium icones » (1581) de Matthias de l’Obel

L’Ophrys mouche (Ophrys insectifera L.) : des appellations désuètes synonymes figurent au crayon, par exemple en bas Ophrys muscifera Huds. (1762). Je ne suis pas parvenue à trouver qui a ajouté les mentions manuscrites sur ce volume, propriété du Jardin botanique du Missouri (Bibliothèque Peter H. Raven) mais elles sont, de toute façon, plus récentes que le petit ajout à l’encre en haut : Orchis Serapias tertius D. Le D. représente l'auteur, Rembert Dodoens et le même bois gravé figure effectivement sous ce nom dans « Remberti Dodonaei ... Stirpium historiae pemptades sex, sive libri XXX ».

Ophrys insectifera L. en Dordogne

Ophrys insectifera L. en Dordogne

L’Orchis incarnat, (Dactylorhiza incarnata (L.) Soó, 1962) est une de ces espèces au tubercule digité que Pierandrea Matthioli nommait Palma-Christi, très tôt différencié par les anciens bien que la mention au crayon sur la gauche montre que Linné le nommait encore Orchis latifolia L., en 1754. Dans son Species plantarum de 1753, Linné différencie quand même  les « Orchis Bulbis palmatis » et dans cette section on retrouve cet Orchis latifolia subdivisé lui-même en 4 sous-espèces. Je pense sans certitude que mon Dactylhoriza incarnata est nommé par lui d’abord : Orchis palmata palustris latifolia, avant de devenir en 1755 : Orchis incarnata L.

La mention à l’encre en haut de l’estampe ci-contre du « Plantarum seu stirpium icones » (1581) de Matthias de l’Obel est Satyrium basilicum foliosum D.

En effet, Rembert Dodoens fait figurer la même gravure sous ce nom dans son « Stirpium historiae pemptades sex, sive libri XXX ». Il donne un nom français : Satyrion royal qu’on retrouve aussi dans la traduction de Charles de L’Ecluse « Histoire des plantes » 1557.

Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur les orchidées de Linné, un PDF intéressant :

https://sfola.fr/wordpress/wp-content/uploads/2018/05/Les_orchidees_de_Linne.pdf

Ce Dactylhoriza incarnata est assez aisé à identifier car son inflorescence est rythmée par de longues bractées en boucle dépassant même le sommet de l’épi. Je l’ai trouvé avec plaisir dans une petite prairie humide à côté des Eyzies de Tayac.

Le Dactylorhiza incarnata de Dodoens dans "Stirpium historiae pemptades sex"

Le Dactylorhiza incarnata de Dodoens dans "Stirpium historiae pemptades sex"

Dactylorhiza icarnata (L.) Soó, en Dordogne

Dactylorhiza icarnata (L.) Soó, en Dordogne

La Néottie nid d’oiseau (Neottia nidus-avis L.) Cette petite espèce dépourvue de chlorophylle et dotée de racines très particulières a très vite été identifiée sans problème. On constate sur les mentions crayonnées que le souci était plutôt de la classer dans le bon genre… En 1753, Linné la nomme Ophrys nidus-avis (au crayon à gauche), puis Crantz la baptise  en 1769 : Epipactis nidus-avis,  et son nom final, Neottia nidus-avis (L.) Rich., 1817, montre qu’un genre a été créé pour elle. C’est un pléonasme car Neotteia en grec signifie déjà nid !

La Neottia nidus-avis de « Plantarum seu stirpium icones » (1581) de Matthias de l’Obel

La Neottia nidus-avis de « Plantarum seu stirpium icones » (1581) de Matthias de l’Obel

Neottia nidus-avis L. en Dordogne

Neottia nidus-avis L. en Dordogne

Beaucoup à dire et à montrer sur ce sujet des orchidées de France, ce sera pour un prochain article!

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #voyages, #iconographie, #Arbres

J’ai découvert ces magnifiques lithographies sur les Temples mayas du Yucatan en me promenant sur le catalogue d’images en ligne de la Yale University Library et me suis interrogée sur le plaisir que j’ai à les admirer alors que tout archéologue digne de ce nom doit frémir en voyant à quel point la végétation échappée de la jungle environnante les endommageait gravement à l’époque. Ces mêmes sites archéologiques débroussaillés, restaurés et entourés de grandes pelouses bien entretenues, reçoivent des milliers de touristes maintenant, mais l’émotion qu’ils suscitent n’est sans doute plus du même ordre…

Cliquez sur les images pour les voir en grand!

Planche 8 : Vue générale de Las Monjas à Uxmal (Yucatan, Mexique), litho John C.Bourne

Planche 8 : Vue générale de Las Monjas à Uxmal (Yucatan, Mexique), litho John C.Bourne

Les expéditions de l’américain John Lloyd Stephens accompagné de l’anglais Frederick Catherwood dans la région du Yucatan en 1839 et 1840, puis de nouveau en 1841, firent connaître en Europe la civilisation maya par le biais de deux ouvrages qui furent des succès de librairie, «Incidents of Travel in Central America, Chiapas and Yucatan» et «Incidents of Travel in Yucatan» illustré de 120 gravures.

Les lithographies visibles ici d’après les dessins de Catherwood sont par ailleurs rassemblées dans « Views of ancient monuments in Central America Chiapas and Yucatan », ouvrage publié en 1844, avec la précision suivante : Chromolithographie de Owen Jones (pour le frontispice), lithographies en deux couleurs et typographie sur papier vélin ivoire. La qualité des 24 estampes de ce recueil des sujets les plus marquants est incomparablement meilleure. Les auteurs anglais des lithographies de ce recueil sont : Andrew Picken (1815-1845), Henry Warren (1794-1879), William Parrott (1813-1869), John C.Bourne (1814-1896), Thomas Shotter Boys (1803-1874) et George Belton Moore (1806-1875).

Ci-dessous trois lithographies d'Andrew Picken:

Planche 22 : Teocallis à Chichen Itza (Yucatan, Mexique), Planche 10 : Casa del Gobernador, Uxmal. (Yucatan), et Planche 14 : Partie d'un bâtiment appelé Las Monjas à Uxmal (Yucatan)

Planche 22 : Teocallis à Chichen Itza (Yucatan, Mexique), litho Andrew Picken

Planche 22 : Teocallis à Chichen Itza (Yucatan, Mexique), litho Andrew Picken

Planche 10 : Casa del Gobernador, Uxmal. (Yucatan), litho Andrew Picken

Planche 10 : Casa del Gobernador, Uxmal. (Yucatan), litho Andrew Picken

Planche 14 : Partie d'un bâtiment appelé Las Monjas à Uxmal (Yucatan) , litho Andrew Picken

Planche 14 : Partie d'un bâtiment appelé Las Monjas à Uxmal (Yucatan) , litho Andrew Picken

En tant qu’artiste européen du 19ème siècle associé à l’expédition, on sent bien que Catherwood, dont les dessins sont un apport précieux pour l’archéologie par leur grande précision, (il utilise pour cela une chambre claire) n’est pas insensible à l’effet pittoresque donné par l’invasion du végétal dans les ruines des temples mayas, mais étant également architecte, il se désole néanmoins des détériorations qu’il constate.

L’élément végétal pourtant n’a pas seulement causé des dégâts aux monuments mayas. Par exemple, un arbre emblématique de cette région, le Sapotillier (Manilkara zapota ou Achras sapota), en plus de produire aux indiens le chiclé pour fabriquer une gomme à mâcher ou encore des balles de jeux, fournissait un bois très solide et imputrescible dont Catherwood a retrouvé la trace : des  linteaux à Chichen Itza :

«Les portes simples sont orientées vers l'est, le sud et l'ouest, avec des linteaux massifs en bois de sapotillier recouverts de sculptures élaborées, et les montants en pierre sont ornés de figures ».

Vers 2013, un linteau en bois de sapotillier, qui porte une série de dates indiquant quand il a été taillé, sculpté et consacré a été daté au carbone 14 par une équipe canadienne et l’époque correspondrait au 7ème siècle de notre ère.

Déjà, dans son texte préliminaire, F. Catherwood nous parle à plusieurs reprises de l’impact du végétal sur les monuments qu’ils ont découvert, mais aussi des déductions qu’il est possible ou non d’en tirer quant à l’âge de ces constructions :

« L'accumulation de moisissure végétale jusqu'à une profondeur de neuf pieds, est une autre preuve qui a été avancée en faveur de la haute antiquité des bâtiments où elle se produit; et sans doute, dans un climat septentrional, cela indiquerait un âge éloigné, mais pas sous les tropiques; la végétation y est si dense et si rapide que moins de douze mois après notre première visite à Uxmal, nous avons trouvé tout l'endroit si envahi d'arbustes et de petits arbres, que rien d'autre que le haut teocalli et le contour des autres monuments n'étaient visibles, et un épais dépôt de moisissure végétale recouvrait les endroits que nous avions déblayés si peu de temps auparavant. »

« Les racines des arbres et les pluies tropicales sont les principaux éléments de destruction, et le travail se poursuit chaque jour et chaque heure. Un siècle à peine s'écoulera avant que l'ensemble de ces monuments intéressants ne soit devenu un amas de ruines indiscernable. »

Planche 4 : Idole brisée à Copan (à l’Ouest du Honduras) litho Henry Warren

Planche 4 : Idole brisée à Copan (à l’Ouest du Honduras) litho Henry Warren

« Cette idole, dans son état de ruine, est l'une des plus belles de Copan, et son exécution est égale aux meilleurs vestiges de l'art égyptien. Son état actuel peut donner une idée de la scène de désolation et de ruine présentée à Copan. Toute la région n'est qu'une forêt envahie par la végétation et, au milieu de la désolation et des ruines des bâtiments et des terrasses, on voit une "Idole" déplacée de son piédestal par des racines monstrueuses, une autre enfermée dans l'étreinte de branches d'arbres et presque soulevée de la terre, et une autre projetée sur le sol et attachée par de grandes vignes et lianes ; de ce fait, la partie tombée est complètement liée à la terre, et, avant de pouvoir la tirer, il est nécessaire de les délier, et d'arracher les fibres des crevasses. »

Planche 19 : Porte à Labnah (Yucatan, Mexique), litho John C.Bourne

Planche 19 : Porte à Labnah (Yucatan, Mexique), litho John C.Bourne

Planche 23 : Château à Tulum, (Yucatan, Mexique), litho Andrew Picken

Planche 23 : Château à Tulum, (Yucatan, Mexique), litho Andrew Picken

Selon Paul C. Standley (Flora of Yucatan, 1930) : « Les figuiers étrangleurs sont peut-être les principales plantes responsables de la destruction des anciens bâtiments mayas ». Le figuier étrangleur qu’on peut voir à droite de l’estampe presque recouvrir ce petit bâtiment de Tulum, serait très probablement un Ficus cotinifolia. 

https://www2.palomar.edu/users/warmstrong/ploct99.htm

J’ai pu admirer un ficus impressionnant en Guadeloupe dont les racines aériennes retombaient en rideaux, un « Figuier maudit » dont je n’ai pas su déterminer l’espèce exacte.

Figuier maudit (Ficus sp.), sur Basse-Terre
Figuier maudit (Ficus sp.), sur Basse-Terre

Figuier maudit (Ficus sp.), sur Basse-Terre

Planche 24 : Temple à Tulum, litho William Parrott

Planche 24 : Temple à Tulum, litho William Parrott

On peut voir sur l’image ci-dessus nos deux explorateurs Frederick Catherwood et John Lloyd Stephens mesurant le temple. A l’époque : « Deux solides piliers, soutenant des poutres en bois, sont encore debout dans la porte principale et, au centre, les restes d'une tête, entourée d'une profusion de plumes ».

Planche 25 : Tête colossale à Izamal, (Yucatan, Mexique), litho Henry Warren

Planche 25 : Tête colossale à Izamal, (Yucatan, Mexique), litho Henry Warren

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #iconographie, #Botanique, #Arbres

Le terme de Sang-dragon correspond avant tout à une substance colorante et médicinale, une sorte de résine d’origine végétale dont l’usage a couru à travers le monde sur plus d’un millénaire. Plusieurs espèces botaniques produisirent une substance de ce nom comme  Calamus rotang ou Pterocarpus officinalis mais c’est avant tout le Dragonnier des Canaries (Dracaena draco) et le Dragonnier de Socotra (Dracaena cinnabari),  qui fournissent ce remède et cette teinture : en incisant leur tronc âgé, la résine s’en écoule.

Le Dragonnier des Canaries est une espèce macaronésienne (archipels des Açores et de Madère, des îles Canaries, des îles du Cap-Vert) et africaine (Sud-Ouest du Maroc).

« Dragonniers à différents âges », de la Casa de Franchy dans la ville de La Orotava en 1838

« Dragonniers à différents âges », de la Casa de Franchy dans la ville de La Orotava en 1838

J’ai retrouvé cette gravure montrant des « Dragonniers à différents âges », ceux de la Casa de Franchy dans la ville de La Orotava, à Ténériffe, sur une publication de 1838 (Phillip Barker Webb, et Sabin Berthelot, Histoire naturelle des Iles Canaries.), on peut consulter les autres illustrations de l’Atlas en cliquant là: Histoire naturelle des Iles Canaries, Atlas  

Le fameux dragonnier de La Oratava, tombé en 1867, était réputé plusieurs fois millénaire… Le témoignage écrit d’un navigateur vénitien du 15ème siècle, Alvise Cadamosto,  certifie au moins que l’arbre d’Orotava vers 1455 semblait déjà sur son déclin. André Pierre Ledru, prêtre et botaniste français, participant à l'expédition du capitaine Nicolas Baudin aux îles Canaries affirme avoir vu ce dragonnier du jardin de Juan Domingo de Franchy en 1796 et donne comme mensurations 20 mètres de hauteur, 13 mètres de circonférence à mi-hauteur et 24 mètres à la base. Selon ce rapport de Ledru, le tronc de 6 mètres se divisait en 12 branches entre lesquelles on avait dressé une table pouvant recevoir 14 convives !

Sur cette autre gravure de la même époque, apparaît à la base du tronc creux une porte car il abritait une chapelle et on retrouve aussi la même étrange coupure avec entablement qui défigure le houppier. Elle résulte de l’arrachement d’une branche maitresse par une tempête en 1819, le tronc creux a été protégé ainsi des infiltrations.

La légende de la Wellcome Library nous dit: « Un vieux dragon (Dracaena draco) avec une entaille dans sa tige libérant sa résine "sang de dragon" et une porte dans son tronc. Aquatinte avec gravure par RG Reeve d'après JJ Williams, c.1819. »

 https://wellcomecollection.org/works/ram2m2y4

Le plus ancien Dragonnier des Canaries vivant est maintenant celui d’Icod, sur l’ile de Ténériffe (14 mètres de haut) que montre cette vieille photographie. Il est toujours visible au Parque del Drago, un jardin botanique à  Icod de los Vinos au Nord-Ouest de l’ile de Ténériffe.

Le Dragonnier des Canaries est maintenant fort menacé de s’éteindre à l’état sauvage : trop de pillage de jeunes plants pour les jardins méditerranéens. Une zone réputée pour voir une population ‘in situ’ sur Ténériffe, le «Barranco del Infierno» paraît bien protégée car les arbres y sont vraiment hors d’atteinte.

Mes photos d’un jeune Dracaena draco ne sont pas prises là, à mon grand regret, mais sur la côte catalane dans le beau Jardin botanique du Cap Roig

Dracaena draco dans le Jardin botanique du Cap Roig, en Catalogne
Dracaena draco dans le Jardin botanique du Cap Roig, en Catalogne

Dracaena draco dans le Jardin botanique du Cap Roig, en Catalogne

Je vous invite à enrichir cet aperçu de l’iconographie du Dragonnier avec ce bel article d’Arnoldo Santos Guerra, biologiste de l'Institut canarien de recherche agricole, il a cherché et trouvé des Dragonniers figurés en décor d’ambiance dans des gravures anciennes et même des enluminures:

https://www.rinconesdelatlantico.es/num6/lector.php?id=166

L’auteur fait aussi référence (en espagnol) à une autre espèce du Yémen: le Dragonnier de Socotra (Dracaena cinnabari), dont la sève serait la première pourvoyeuse pour le monde antique de la substance Sang-dragon et peut-être dont l’image serait aussi la première parvenue dans l’iconographie européenne. Il faut dire qu’on reconnait de nos jours une bonne vingtaine d’espèces dans le genre Dracaena.

La gravure sur bois figurant dans l’ouvrage de Charles de l’Ecluse : « Rariorum aliquot stirpium per Hispanias observatarum historia » (1576) est inspirée d’un exemplaire acclimaté dans un couvent de Lisbonne, observé en 1564 et dessiné par Van der Borcht.

Ce Draco arbor de Charles de l’Ecluse, qui apparemment pouvait fructifier, était donc bien visible au Portugal, acclimaté très probablement depuis  l’archipel de Madère (découvert par les Portugais en 1418), où les dragonniers (Dracaena draco) abondaient.

 

Dans « An Encyclopaedia of Gardening », London (1835), on apprend que la résine n’est pas le seul bienfait apporté par cet arbre :

« Les îles Canaries sont célébrées pour leur miel plus particulièrement celui produit par les abeilles sur le pic de Ténériffe. Les habitants de chaque village aux alentours du pic portent leurs ruches d'abeilles qui sont formées des troncs creux du Dragonnier au mois de mai et les placent dans des crevasses de rochers. Des millions d'abeilles grouillent alors autour des grands buissons parfumés du Retama blanc (Retama monosperma) ou du Spartium nubigenum Aiton et remplissent très vite les ruches. Le miel qui leur est prélevé deux fois chaque été est toujours en grande abondance et ni Hymettus ni Chamouni n'ont jamais produit quelque chose d'égal à lui, il est si pur et transparent et son goût est si aromatique et délicieux ». Le miel de thym du massif de l’Hymette en Grèce était connu depuis l’Antiquité, celui de Chamouni (il s’agit là de la vallée de Chamonix) est un miel très blanc réputé peut-être dû à la forte présence des mélèzes.

Un dernier article très complet sur le Dragonnier est consultable sur le site du « Cactus francophone » :

https://www.cactuspro.com/articles/dracaena_draco_une_part_de_l_histoire_des_iles_canaries

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #iconographie, #Botanique, #voyages

Laissez-moi vous parler aujourd’hui des Onopordons que je connais. Le Pet d’âne (Onopordum acanthium L.) et l’Onopordon d’Illyrie (Onopordum illyricum L.) sont connus, distingués l’un de l’autre et donc représentés depuis fort longtemps puisqu’ils apparaissent côte à côte en 1581 dans un des premiers herbiers illustrés imprimés à Anvers, de Matthias de L’Obel : « Plantarum seu stirpium icones ».

Plantin fut une maison d’édition importante du 16ème siècle. Le principal artiste entre 1565 et 1573, pour les illustrations de Rembert Dodoens, Charles de l’Ecluse et Matthias de l’Obel était Pierre Van der Borcht. Il a réalisé plus de 3 180 études botaniques pour Plantin. Ces dessins ont servi de base aux gravures sur bois réalisées par trois des graveurs sur bois ordinaires de Plantin, nommés Arnold Nicolaï, puis Gérard van Kampen et Cornelis Muller. Les gravures sur bois ont ensuite circulé de l’une à l’autre publication des trois auteurs botanistes cités plus haut.

« Plantarum seu stirpium icones » de Matthias de l’Obel (1581)

« Plantarum seu stirpium icones » de Matthias de l’Obel (1581)

Le Chardon aux ânes (Onopordum acanthium L.) est un chardon qui peut atteindre une hauteur de 2 mètres. Son nom de Pet d’âne en langage courant est en fait une exacte traduction du grec Onopordon et d’ailleurs les ânes le consomment très volontiers. Ce sont des espèces à floraison estivale et les photos que je pose ici d’Onopordons sarthois sont prises un peu trop tôt en saison, si bien que les capitules sont en formation, par contre le feuillage bien frais donne une bonne idée du feutrage blanchâtre de surface encore plus dense au revers des feuilles et sur les tiges largement ailées et épineuses.

 Le Pet d’âne (Onopordum acanthium L.) à La Flèche (Sarthe)
 Le Pet d’âne (Onopordum acanthium L.) à La Flèche (Sarthe)

Le Pet d’âne (Onopordum acanthium L.) à La Flèche (Sarthe)

Bulliard, P., Flora Parisiensis (1776-1781) : le Pet d’âne (Onopordum acanthium L.).

Bulliard, P., Flora Parisiensis (1776-1781) : le Pet d’âne (Onopordum acanthium L.).

Dans le texte joint à cette illustration d’Onopordum acanthium trouvée dans Flora Parisiensis (1776-1781), de Pierre Bulliard, l’auteur donne le nom ordinaire d’Artichaut sauvage et relate que « les pauvres mangent dans quelques pays les jeunes têtes de cette plante, au défaut de celles de l’artichaut de jardin »

Flora Batava, Volume 2 (1807), de Jan Kops  (1765–1849) Illustrateur : Christiaan Sepp

Flora Batava, Volume 2 (1807), de Jan Kops (1765–1849) Illustrateur : Christiaan Sepp

L’Onopordon d’Illyrie pris en photos en Catalogne porte le même revêtement de surface mais la forme des feuilles est un peu différente : elles sont plus longues et plus découpées et les ailes de la tige sont plus étroites et très hérissées d’épines ; mais c’est surtout l’allure des bractées du capitule, lavées de rose vif et aux pointes retournées qui est remarquable sur cette espèce.

L’Onopordon d’Illyrie (Onopordum illyricum L.) en Catalogne
L’Onopordon d’Illyrie (Onopordum illyricum L.) en Catalogne

L’Onopordon d’Illyrie (Onopordum illyricum L.) en Catalogne

Il existe d’autres espèces dans le genre Onopordon en Espagne, comme par exemple le Chardon géant (Onopordon nervosum) ; je pense qu’il s’agit de celui-là sur les photos que j’ai pu prendre à Villafafila dans une grande zone aride et parsemée de lagunes de la province de Zamora (en Castille-et-León) connue surtout pour la présence des Outardes et de pigeonniers caractéristiques comme celui qu’on peut voir en arrière-plan sur ma photo, pour plus de renseignements à ce sujet voir aussi mon carnet de voyage de l’été 2009:

http://aquarelle-bota-clairefelloni.over-blog.com/article-35368869.html

Le Chardon géant (Onopordon nervosum) à Villafafila

Le Chardon géant (Onopordon nervosum) à Villafafila

Je ne peux pas terminer mon article sans vous montrer cette illustration de Gustave Doré qui se trouve dans le tome 18 de la Flore des serres et des Jardins de l’Europe de Van Houtte. Elle y était reprise d’un ouvrage de 1874: L'Espagne par Le Baron CH. Davillier; ilustrée de 309 gravures dessinées sur bois par Gustave Doré.

Une gravure de Gustave Doré (1874)

Une gravure de Gustave Doré (1874)

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