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Botazoom, Botanique et Iconographie

Botazoom, Botanique et Iconographie

Ce blog est destiné aux curieux de botanique. En s’appuyant sur les photos que j’ai pu faire en voyage, et sur de l’iconographie ancienne, il rentre un peu dans les détails qui m’ont permis d’identifier une espèce, mais son contenu doit être considéré comme celui d’une botaniste amateur !

Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #iconographie, #Fleurs

Les nombreuses orchidées que nous avons photographiées en Dordogne récemment m’ont donné envie de faire des recherches iconographiques sur le sujet et comme je m’y attendais un peu, de nombreuses approximations et confusions anciennes rendent tout inventaire des illustrations difficile. D’ailleurs, la famille des Orchidées reste en constante évolution jusqu’à maintenant quant à sa nomenclature.

Limitée par l’accès difficile à certaines images et les difficultés du latin, j’ai choisi un seul ouvrage bien numérisé : « Plantarum seu stirpium icones » (1581) de Matthias de l’Obel. On avance là d’un bon cran dans la connaissance des orchidées puisqu’il existe dans cette parution 44 bois gravés présentés par paire, mais il y a surement des redites et au final, 14 environ sont clairement identifiables. Je vous montre les planches plus lisibles dans cet ouvrage mais il vient en fait juste après un autre « Plantarum seu Stirpium historia » également de Matthias de l’Obel (1576) dans lequel a œuvré  un savant belge, Cornelius Gemma, sans doute le premier à défricher cette grande famille des Orchidées d’Europe. Les mêmes bois gravés d’après les dessins de Pieter van der Borcht, figurent dans plusieurs ouvrages de cette époque, de Rembert Dodoens, Charles de l’Ecluse et Matthias de l’Obel.

Les  espèces qui suivent figurant dans le Plantarum seu stirpium icones (1581) de Matthias de l’Obel sont suivies de ces mêmes espèces photographiées en Mai en Dordogne. Ces quelques espèces ne prêtent guère à controverse : elles sont faciles à distinguer et ne sont pas très rares. La morphologie typique des parties souterraines permettait d’établir tôt des genres différents notamment entre les « Couillons de chien » (traduction commune du grec Cynosorchis pour tous les ouvrages de l’époque traduits en français) et les « Palma-christi » de Pierandrea Matthioli (les Dactylorhiza aux racines digitées) mais beaucoup de confusions persisteront un temps et les descriptions s’attardent trop peu sur la morphologie des fleurs.

L’Orchis mâle (Orchis mascula L.) et l’Orchis bouffon (Orchis morio L.) « Plantarum seu stirpium icones » (1581) de Matthias de l’Obel

L’Orchis mâle (Orchis mascula L.) et l’Orchis bouffon (Orchis morio L.) « Plantarum seu stirpium icones » (1581) de Matthias de l’Obel

L’Orchis mâle (Orchis mascula L.)

On peut voir en haut la mention de Cornelius Gemma pour la détermination. A gauche c’est l’Orchis mâle avec déjà à cette époque des appellations variées ; celle de Leonhart Fuchs, Orchis mas angustifolia ressemble bien au nom actuel Orchis mascula (L.) L. En fait Linné l’avait, avant de se raviser, classé comme une variété d’Orchis morio (Orchis morio var. mascula) et on peut en voir l’origine dans le nom de Cynosorchis Morio figurant là à gauche !

Orchis mâle en Dordogne

Orchis mâle en Dordogne

Le Cynosorchis Morio femina à droite est devenu Orchis morio L. puis plus récemment Anacamptis morio (L.) R.M.Bateman, Pridgeon & M.W.Chase. C’est en français l’Orchis bouffon. La photo que j’ai prise en Catalogne représente en fait une sous-espèce encore parfois contestée, Orchis morio subsp. picta, plus délicat et élancé de silhouette et plus méditerranéen. Maintenant c’est Anacamptis morio subsp. picta (Loisel) Jacquet & Scappat dont le nom français serait l’Orchis peint.

Orchis morio subsp picta en Catalogne sur la Sierra de Mongri

Orchis morio subsp picta en Catalogne sur la Sierra de Mongri

Ophrys insectifera L. dans « Plantarum seu stirpium icones » (1581) de Matthias de l’Obel

Ophrys insectifera L. dans « Plantarum seu stirpium icones » (1581) de Matthias de l’Obel

L’Ophrys mouche (Ophrys insectifera L.) : des appellations désuètes synonymes figurent au crayon, par exemple en bas Ophrys muscifera Huds. (1762). Je ne suis pas parvenue à trouver qui a ajouté les mentions manuscrites sur ce volume, propriété du Jardin botanique du Missouri (Bibliothèque Peter H. Raven) mais elles sont, de toute façon, plus récentes que le petit ajout à l’encre en haut : Orchis Serapias tertius D. Le D. représente l'auteur, Rembert Dodoens et le même bois gravé figure effectivement sous ce nom dans « Remberti Dodonaei ... Stirpium historiae pemptades sexe, sive libri XXX ».

Ophrys insectifera L. en Dordogne

Ophrys insectifera L. en Dordogne

L’Orchis incarnat, (Dactylorhiza incarnata (L.) Soó, 1962) est une de ces espèces au tubercule digité que Pierandrea Matthioli nommait Palma-Christi, très tôt différencié par les anciens bien que la mention au crayon sur la gauche montre que Linné le nommait encore Orchis latifolia L., en 1754. Dans son Species plantarum de 1753, Linné différencie quand même  les « Orchis Bulbis palmatis » et dans cette section on retrouve cet Orchis latifolia subdivisé lui-même en 4 sous-espèces. Je pense sans certitude que mon Dactylhoriza incarnata est nommé par lui d’abord : Orchis palmata palustris latifolia, avant de devenir en 1755 : Orchis incarnata L.

La mention à l’encre en haut de l’estampe ci-contre du « Plantarum seu stirpium icones » (1581) de Matthias de l’Obel est Satyrium basilicum foliosum D.

En effet, Rembert Dodoens fait figurer la même gravure sous ce nom dans son « Stirpium historiae pemptades sexe, sive libri XXX ». Il donne un nom français : Satyrion royal qu’on retrouve aussi dans la traduction de Charles de L’Ecluse « Histoire des plantes » 1557.

Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur les orchidées de Linné, un PDF intéressant :

https://sfola.fr/wordpress/wp-content/uploads/2018/05/Les_orchidees_de_Linne.pdf

Ce Dactylhoriza incarnata est assez aisé à identifier car son inflorescence est rythmée par de longues bractées en boucle dépassant même le sommet de l’épi. Je l’ai trouvé avec plaisir dans une petite prairie humide à côté des Eyzies de Tayac.

Le Dactylorhiza incarnata de Dodoens dans "Stirpium historiae pemptades sexe"

Le Dactylorhiza incarnata de Dodoens dans "Stirpium historiae pemptades sexe"

Dactylorhiza icarnata (L.) Soó, en Dordogne

Dactylorhiza icarnata (L.) Soó, en Dordogne

La Néottie nid d’oiseau (Neottia nidus-avis L.) Cette petite espèce dépourvue de chlorophylle et dotée de racines très particulières a très vite été identifiée sans problème. On constate sur les mentions crayonnées que le souci était plutôt de la classer dans le bon genre… En 1753, Linné la nomme Ophrys nidus-avis (au crayon à gauche), puis Crantz la baptise  en 1769 : Epipactis nidus-avis,  et son nom final, Neottia nidus-avis (L.) Rich., 1817, montre qu’un genre a été créé pour elle. C’est un pléonasme car Neotteia en grec signifie déjà nid !

La Neottia nidus-avis de « Plantarum seu stirpium icones » (1581) de Matthias de l’Obel

La Neottia nidus-avis de « Plantarum seu stirpium icones » (1581) de Matthias de l’Obel

Neottia nidus-avis L. en Dordogne

Neottia nidus-avis L. en Dordogne

Beaucoup à dire et à montrer sur ce sujet des orchidées de France, ce sera pour un prochain article!

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #voyages, #iconographie, #Arbres

J’ai découvert ces magnifiques lithographies sur les Temples mayas du Yucatan en me promenant sur le catalogue d’images en ligne de la Yale University Library et me suis interrogée sur le plaisir que j’ai à les admirer alors que tout archéologue digne de ce nom doit frémir en voyant à quel point la végétation échappée de la jungle environnante les endommageait gravement à l’époque. Ces mêmes sites archéologiques débroussaillés, restaurés et entourés de grandes pelouses bien entretenues, reçoivent des milliers de touristes maintenant, mais l’émotion qu’ils suscitent n’est sans doute plus du même ordre…

Cliquez sur les images pour les voir en grand!

Planche 8 : Vue générale de Las Monjas à Uxmal (Yucatan, Mexique), litho John C.Bourne

Planche 8 : Vue générale de Las Monjas à Uxmal (Yucatan, Mexique), litho John C.Bourne

Les expéditions de l’américain John Lloyd Stephens accompagné de l’anglais Frederick Catherwood dans la région du Yucatan en 1839 et 1840, puis de nouveau en 1841, firent connaître en Europe la civilisation maya par le biais de deux ouvrages qui furent des succès de librairie, «Incidents of Travel in Central America, Chiapas and Yucatan» et «Incidents of Travel in Yucatan» illustré de 120 gravures.

Les lithographies visibles ici d’après les dessins de Catherwood sont par ailleurs rassemblées dans « Views of ancient monuments in Central America Chiapas and Yucatan », ouvrage publié en 1844, avec la précision suivante : Chromolithographie de Owen Jones (pour le frontispice), lithographies en deux couleurs et typographie sur papier vélin ivoire. La qualité des 24 estampes de ce recueil des sujets les plus marquants est incomparablement meilleure. Les auteurs anglais des lithographies de ce recueil sont : Andrew Picken (1815-1845), Henry Warren (1794-1879), William Parrott (1813-1869), John C.Bourne (1814-1896), Thomas Shotter Boys (1803-1874) et George Belton Moore (1806-1875).

Ci-dessous trois lithographies d'Andrew Picken:

Planche 22 : Teocallis à Chichen Itza (Yucatan, Mexique), Planche 10 : Casa del Gobernador, Uxmal. (Yucatan), et Planche 14 : Partie d'un bâtiment appelé Las Monjas à Uxmal (Yucatan)

Planche 22 : Teocallis à Chichen Itza (Yucatan, Mexique), litho Andrew Picken

Planche 22 : Teocallis à Chichen Itza (Yucatan, Mexique), litho Andrew Picken

Planche 10 : Casa del Gobernador, Uxmal. (Yucatan), litho Andrew Picken

Planche 10 : Casa del Gobernador, Uxmal. (Yucatan), litho Andrew Picken

Planche 14 : Partie d'un bâtiment appelé Las Monjas à Uxmal (Yucatan) , litho Andrew Picken

Planche 14 : Partie d'un bâtiment appelé Las Monjas à Uxmal (Yucatan) , litho Andrew Picken

En tant qu’artiste européen du 19ème siècle associé à l’expédition, on sent bien que Catherwood, dont les dessins sont un apport précieux pour l’archéologie par leur grande précision, (il utilise pour cela une chambre claire) n’est pas insensible à l’effet pittoresque donné par l’invasion du végétal dans les ruines des temples mayas, mais étant également architecte, il se désole néanmoins des détériorations qu’il constate.

L’élément végétal pourtant n’a pas seulement causé des dégâts aux monuments mayas. Par exemple, un arbre emblématique de cette région, le Sapotillier (Manilkara zapota ou Achras sapota), en plus de produire aux indiens le chiclé pour fabriquer une gomme à mâcher ou encore des balles de jeux, fournissait un bois très solide et imputrescible dont Catherwood a retrouvé la trace : des  linteaux à Chichen Itza :

«Les portes simples sont orientées vers l'est, le sud et l'ouest, avec des linteaux massifs en bois de sapotillier recouverts de sculptures élaborées, et les montants en pierre sont ornés de figures ».

Vers 2013, un linteau en bois de sapotillier, qui porte une série de dates indiquant quand il a été taillé, sculpté et consacré a été daté au carbone 14 par une équipe canadienne et l’époque correspondrait au 7ème siècle de notre ère.

Déjà, dans son texte préliminaire, F. Catherwood nous parle à plusieurs reprises de l’impact du végétal sur les monuments qu’ils ont découvert, mais aussi des déductions qu’il est possible ou non d’en tirer quant à l’âge de ces constructions :

« L'accumulation de moisissure végétale jusqu'à une profondeur de neuf pieds, est une autre preuve qui a été avancée en faveur de la haute antiquité des bâtiments où elle se produit; et sans doute, dans un climat septentrional, cela indiquerait un âge éloigné, mais pas sous les tropiques; la végétation y est si dense et si rapide que moins de douze mois après notre première visite à Uxmal, nous avons trouvé tout l'endroit si envahi d'arbustes et de petits arbres, que rien d'autre que le haut teocalli et le contour des autres monuments n'étaient visibles, et un épais dépôt de moisissure végétale recouvrait les endroits que nous avions déblayés si peu de temps auparavant. »

« Les racines des arbres et les pluies tropicales sont les principaux éléments de destruction, et le travail se poursuit chaque jour et chaque heure. Un siècle à peine s'écoulera avant que l'ensemble de ces monuments intéressants ne soit devenu un amas de ruines indiscernable. »

Planche 4 : Idole brisée à Copan (à l’Ouest du Honduras) litho Henry Warren

Planche 4 : Idole brisée à Copan (à l’Ouest du Honduras) litho Henry Warren

« Cette idole, dans son état de ruine, est l'une des plus belles de Copan, et son exécution est égale aux meilleurs vestiges de l'art égyptien. Son état actuel peut donner une idée de la scène de désolation et de ruine présentée à Copan. Toute la région n'est qu'une forêt envahie par la végétation et, au milieu de la désolation et des ruines des bâtiments et des terrasses, on voit une "Idole" déplacée de son piédestal par des racines monstrueuses, une autre enfermée dans l'étreinte de branches d'arbres et presque soulevée de la terre, et une autre projetée sur le sol et attachée par de grandes vignes et lianes ; de ce fait, la partie tombée est complètement liée à la terre, et, avant de pouvoir la tirer, il est nécessaire de les délier, et d'arracher les fibres des crevasses. »

Planche 19 : Porte à Labnah (Yucatan, Mexique), litho John C.Bourne

Planche 19 : Porte à Labnah (Yucatan, Mexique), litho John C.Bourne

Planche 23 : Château à Tulum, (Yucatan, Mexique), litho Andrew Picken

Planche 23 : Château à Tulum, (Yucatan, Mexique), litho Andrew Picken

Selon Paul C. Standley (Flora of Yucatan, 1930) : « Les figuiers étrangleurs sont peut-être les principales plantes responsables de la destruction des anciens bâtiments mayas ». Le figuier étrangleur qu’on peut voir à droite de l’estampe presque recouvrir ce petit bâtiment de Tulum, serait très probablement un Ficus cotinifolia. 

https://www2.palomar.edu/users/warmstrong/ploct99.htm

J’ai pu admirer un ficus impressionnant en Guadeloupe dont les racines aériennes retombaient en rideaux, un « Figuier maudit » dont je n’ai pas su déterminer l’espèce exacte.

Figuier maudit (Ficus sp.), sur Basse-Terre
Figuier maudit (Ficus sp.), sur Basse-Terre

Figuier maudit (Ficus sp.), sur Basse-Terre

Planche 24 : Temple à Tulum, litho William Parrott

Planche 24 : Temple à Tulum, litho William Parrott

On peut voir sur l’image ci-dessus nos deux explorateurs Frederick Catherwood et John Lloyd Stephens mesurant le temple. A l’époque : « Deux solides piliers, soutenant des poutres en bois, sont encore debout dans la porte principale et, au centre, les restes d'une tête, entourée d'une profusion de plumes ».

Planche 25 : Tête colossale à Izamal, (Yucatan, Mexique), litho Henry Warren

Planche 25 : Tête colossale à Izamal, (Yucatan, Mexique), litho Henry Warren

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #iconographie, #Botanique, #Arbres

Le terme de Sang-dragon correspond avant tout à une substance colorante et médicinale, une sorte de résine d’origine végétale dont l’usage a couru à travers le monde sur plus d’un millénaire. Plusieurs espèces botaniques produisirent une substance de ce nom comme  Calamus rotang ou Pterocarpus officinalis mais c’est avant tout le Dragonnier des Canaries (Dracaena draco) et le Dragonnier de Socotra (Dracaena cinnabari),  qui fournissent ce remède et cette teinture : en incisant leur tronc âgé, la résine s’en écoule.

Le Dragonnier des Canaries est une espèce macaronésienne (archipels des Açores et de Madère, des îles Canaries, des îles du Cap-Vert) et africaine (Sud-Ouest du Maroc).

« Dragonniers à différents âges », de la Casa de Franchy dans la ville de La Orotava en 1838

« Dragonniers à différents âges », de la Casa de Franchy dans la ville de La Orotava en 1838

J’ai retrouvé cette gravure montrant des « Dragonniers à différents âges », ceux de la Casa de Franchy dans la ville de La Orotava, à Ténériffe, sur une publication de 1838 (Phillip Barker Webb, et Sabin Berthelot, Histoire naturelle des Iles Canaries.), on peut consulter les autres illustrations de l’Atlas en cliquant là: Histoire naturelle des Iles Canaries, Atlas  

Le fameux dragonnier de La Oratava, tombé en 1867, était réputé plusieurs fois millénaire… Le témoignage écrit d’un navigateur vénitien du 15ème siècle, Alvise Cadamosto,  certifie au moins que l’arbre d’Orotava vers 1455 semblait déjà sur son déclin. André Pierre Ledru, prêtre et botaniste français, participant à l'expédition du capitaine Nicolas Baudin aux îles Canaries affirme avoir vu ce dragonnier du jardin de Juan Domingo de Franchy en 1796 et donne comme mensurations 20 mètres de hauteur, 13 mètres de circonférence à mi-hauteur et 24 mètres à la base. Selon ce rapport de Ledru, le tronc de 6 mètres se divisait en 12 branches entre lesquelles on avait dressé une table pouvant recevoir 14 convives !

Sur cette autre gravure de la même époque, apparaît à la base du tronc creux une porte car il abritait une chapelle et on retrouve aussi la même étrange coupure avec entablement qui défigure le houppier. Elle résulte de l’arrachement d’une branche maitresse par une tempête en 1819, le tronc creux a été protégé ainsi des infiltrations.

La légende de la Wellcome Library nous dit: « Un vieux dragon (Dracaena draco) avec une entaille dans sa tige libérant sa résine "sang de dragon" et une porte dans son tronc. Aquatinte avec gravure par RG Reeve d'après JJ Williams, c.1819. »

 https://wellcomecollection.org/works/ram2m2y4

Le plus ancien Dragonnier des Canaries vivant est maintenant celui d’Icod, sur l’ile de Ténériffe (14 mètres de haut) que montre cette vieille photographie. Il est toujours visible au Parque del Drago, un jardin botanique à  Icod de los Vinos au Nord-Ouest de l’ile de Ténériffe.

Le Dragonnier des Canaries est maintenant fort menacé de s’éteindre à l’état sauvage : trop de pillage de jeunes plants pour les jardins méditerranéens. Une zone réputée pour voir une population ‘in situ’ sur Ténériffe, le «Barranco del Infierno» paraît bien protégée car les arbres y sont vraiment hors d’atteinte.

Mes photos d’un jeune Dracaena draco ne sont pas prises là, à mon grand regret, mais sur la côte catalane dans le beau Jardin botanique du Cap Roig

Dracaena draco dans le Jardin botanique du Cap Roig, en Catalogne
Dracaena draco dans le Jardin botanique du Cap Roig, en Catalogne

Dracaena draco dans le Jardin botanique du Cap Roig, en Catalogne

Je vous invite à enrichir cet aperçu de l’iconographie du Dragonnier avec ce bel article d’Arnoldo Santos Guerra, biologiste de l'Institut canarien de recherche agricole, il a cherché et trouvé des Dragonniers figurés en décor d’ambiance dans des gravures anciennes et même des enluminures:

https://www.rinconesdelatlantico.es/num6/lector.php?id=166

L’auteur fait aussi référence (en espagnol) à une autre espèce du Yémen: le Dragonnier de Socotra (Dracaena cinnabari), dont la sève serait la première pourvoyeuse pour le monde antique de la substance Sang-dragon et peut-être dont l’image serait aussi la première parvenue dans l’iconographie européenne. Il faut dire qu’on reconnait de nos jours une bonne vingtaine d’espèces dans le genre Dracaena.

La gravure sur bois figurant dans l’ouvrage de Charles de l’Ecluse : « Rariorum aliquot stirpium per Hispanias observatarum historia » (1576) est inspirée d’un exemplaire acclimaté dans un couvent de Lisbonne, observé en 1564 et dessiné par Van der Borcht.

Ce Draco arbor de Charles de l’Ecluse, qui apparemment pouvait fructifier, était donc bien visible au Portugal, acclimaté très probablement depuis  l’archipel de Madère (découvert par les Portugais en 1418), où les dragonniers (Dracaena draco) abondaient.

 

Dans « An Encyclopaedia of Gardening », London (1835), on apprend que la résine n’est pas le seul bienfait apporté par cet arbre :

« Les îles Canaries sont célébrées pour leur miel plus particulièrement celui produit par les abeilles sur le pic de Ténériffe. Les habitants de chaque village aux alentours du pic portent leurs ruches d'abeilles qui sont formées des troncs creux du Dragonnier au mois de mai et les placent dans des crevasses de rochers. Des millions d'abeilles grouillent alors autour des grands buissons parfumés du Retama blanc (Retama monosperma) ou du Spartium nubigenum Aiton et remplissent très vite les ruches. Le miel qui leur est prélevé deux fois chaque été est toujours en grande abondance et ni Hymettus ni Chamouni n'ont jamais produit quelque chose d'égal à lui, il est si pur et transparent et son goût est si aromatique et délicieux ». Le miel de thym du massif de l’Hymette en Grèce était connu depuis l’Antiquité, celui de Chamouni (il s’agit là de la vallée de Chamonix) est un miel très blanc réputé peut-être dû à la forte présence des mélèzes.

Un dernier article très complet sur le Dragonnier est consultable sur le site du « Cactus francophone » :

https://www.cactuspro.com/articles/dracaena_draco_une_part_de_l_histoire_des_iles_canaries

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #iconographie, #Botanique, #voyages

Laissez-moi vous parler aujourd’hui des Onopordons que je connais. Le Pet d’âne (Onopordum acanthium L.) et l’Onopordon d’Illyrie (Onopordum illyricum L.) sont connus, distingués l’un de l’autre et donc représentés depuis fort longtemps puisqu’ils apparaissent côte à côte en 1581 dans un des premiers herbiers illustrés imprimés à Anvers, de Matthias de L’Obel : « Plantarum seu stirpium icones ».

Plantin fut une maison d’édition importante du 16ème siècle. Le principal artiste entre 1565 et 1573, pour les illustrations de Rembert Dodoens, Charles de l’Ecluse et Matthias de l’Obel était Pierre Van der Borcht. Il a réalisé plus de 3 180 études botaniques pour Plantin. Ces dessins ont servi de base aux gravures sur bois réalisées par trois des graveurs sur bois ordinaires de Plantin, nommés Arnold Nicolaï, puis Gérard van Kampen et Cornelis Muller. Les gravures sur bois ont ensuite circulé de l’une à l’autre publication des trois auteurs botanistes cités plus haut.

« Plantarum seu stirpium icones » de Matthias de l’Obel (1581)

« Plantarum seu stirpium icones » de Matthias de l’Obel (1581)

Le Chardon aux ânes (Onopordum acanthium L.) est un chardon qui peut atteindre une hauteur de 2 mètres. Son nom de Pet d’âne en langage courant est en fait une exacte traduction du grec Onopordon et d’ailleurs les ânes le consomment très volontiers. Ce sont des espèces à floraison estivale et les photos que je pose ici d’Onopordons sarthois sont prises un peu trop tôt en saison, si bien que les capitules sont en formation, par contre le feuillage bien frais donne une bonne idée du feutrage blanchâtre de surface encore plus dense au revers des feuilles et sur les tiges largement ailées et épineuses.

 Le Pet d’âne (Onopordum acanthium L.) à La Flèche (Sarthe)
 Le Pet d’âne (Onopordum acanthium L.) à La Flèche (Sarthe)

Le Pet d’âne (Onopordum acanthium L.) à La Flèche (Sarthe)

Bulliard, P., Flora Parisiensis (1776-1781) : le Pet d’âne (Onopordum acanthium L.).

Bulliard, P., Flora Parisiensis (1776-1781) : le Pet d’âne (Onopordum acanthium L.).

Dans le texte joint à cette illustration d’Onopordum acanthium trouvée dans Flora Parisiensis (1776-1781), de Pierre Bulliard, l’auteur donne le nom ordinaire d’Artichaut sauvage et relate que « les pauvres mangent dans quelques pays les jeunes têtes de cette plante, au défaut de celles de l’artichaut de jardin »

Flora Batava, Volume 2 (1807), de Jan Kops  (1765–1849) Illustrateur : Christiaan Sepp

Flora Batava, Volume 2 (1807), de Jan Kops (1765–1849) Illustrateur : Christiaan Sepp

L’Onopordon d’Illyrie pris en photos en Catalogne porte le même revêtement de surface mais la forme des feuilles est un peu différente : elles sont plus longues et plus découpées et les ailes de la tige sont plus étroites et très hérissées d’épines ; mais c’est surtout l’allure des bractées du capitule, lavées de rose vif et aux pointes retournées qui est remarquable sur cette espèce.

L’Onopordon d’Illyrie (Onopordum illyricum L.) en Catalogne
L’Onopordon d’Illyrie (Onopordum illyricum L.) en Catalogne

L’Onopordon d’Illyrie (Onopordum illyricum L.) en Catalogne

Il existe d’autres espèces dans le genre Onopordon en Espagne, comme par exemple le Chardon géant (Onopordon nervosum) ; je pense qu’il s’agit de celui-là sur les photos que j’ai pu prendre à Villafafila dans une grande zone aride et parsemée de lagunes de la province de Zamora (en Castille-et-León) connue surtout pour la présence des Outardes et de pigeonniers caractéristiques comme celui qu’on peut voir en arrière-plan sur ma photo, pour plus de renseignements à ce sujet voir aussi mon carnet de voyage de l’été 2009:

http://aquarelle-bota-clairefelloni.over-blog.com/article-35368869.html

Le Chardon géant (Onopordon nervosum) à Villafafila

Le Chardon géant (Onopordon nervosum) à Villafafila

Je ne peux pas terminer mon article sans vous montrer cette illustration de Gustave Doré qui se trouve dans le tome 18 de la Flore des serres et des Jardins de l’Europe de Van Houtte. Elle y était reprise d’un ouvrage de 1874: L'Espagne par Le Baron CH. Davillier; ilustrée de 309 gravures dessinées sur bois par Gustave Doré.

Une gravure de Gustave Doré (1874)

Une gravure de Gustave Doré (1874)

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #voyages

Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler de cette pointe de littoral sableux qui se trouve au nord du cap Leucate et qui miraculeusement est restée assez sauvage, bien que côté littoral, la plage soit plus fréquentée, surtout par les kitesurfeurs qui ne sont pas les amis des amateurs d’oiseaux. Mais la pointe des Coussoules, classée sur toute la zone Natura 2000, reste assez protégée faisant partie du Parc naturel régional de la Narbonnaise en Méditerranée.

Sur la hauteur du Cap, côté nord, une belle bâtisse de pierre a été restaurée, la Redoute de la Franqui ; de là, je pouvais voir toute la surface des Coussoules en contrebas et au premier plan le Grau de La Franqui, qui en défend un peu l’accès côté mer et qui est resté naturel : il n’a pas été canalisé, comme celui de Port-Leucate par exemple.

la Redoute de la Franqui, puis la vue sur le Grau de La Franqui et les Coussoules
la Redoute de la Franqui, puis la vue sur le Grau de La Franqui et les Coussoules

la Redoute de la Franqui, puis la vue sur le Grau de La Franqui et les Coussoules

La pointe sableuse (un lido), peu accessible aux voitures, est coincée entre la mer et l’étang de La Palme (une lagune côtière méditerranéenne), dont l’accès est très limité de ce côté par la présence de la voie ferrée. Des Cannes de Provence et un grand Pin d’Alep, que je connais couché depuis plus de vingt ans gardent l’entrée de la petite route piétonnière qui traverse les Coussoules.

La zone est parsemée de légers reliefs dunaires alternant avec des trous d’eau saumâtre cernés de Tamaris et de la très pointilliste Soude ligneuse (Suaeda vera Forssk. ex J.F.Gmel.).

Le pin d'Alep et la Soude ligneuse
Le pin d'Alep et la Soude ligneuse

Le pin d'Alep et la Soude ligneuse

Les dépressions des sansouires au sol salé accueillent des fourrés de plantes halophiles ; la Salicorne glauque (Arthrocnemum macrostachyum (Moric.) K.Koch), le Jonc piquant (Juncus acutus L.),  et parfois une belle espèce menacée, le Limoniastre ou Grand Statice (Limoniastrum monopetalum (L.) Boiss.) qui fleurit en été. Je n’ai pas pu  identifier pour la même raison les différentes espèces de Saladelle ou Lavande de mer (Limonium sp.), qui en Mars ne sont présentes sur le site qu’à l’état de rosettes.

Le Jonc aigu et la Salicorne glauque, puis le Limoniastre côté mer
Le Jonc aigu et la Salicorne glauque, puis le Limoniastre côté mer

Le Jonc aigu et la Salicorne glauque, puis le Limoniastre côté mer

Des chemins bordant de plus grandes roselières permettent d’apercevoir les passereaux de passage. J’ai été surprise de trouver des figuiers comme noyés dans la phragmitaie.

En bordure des roselières, on trouve dès Mars au sol une flore assez commune comme l’Euphorbe des moissons (Euphorbia segetalis L.), le Laiteron délicat (Sonchus tenerrimus L.) ici visité par une abeille ou cette grande rosette de Molène sinuée (Verbascum sinuatum L.). 

Euphorbe des Moissons, Laiteron délicat et Molène sinuée
Euphorbe des Moissons, Laiteron délicat et Molène sinuée
Euphorbe des Moissons, Laiteron délicat et Molène sinuée
Euphorbe des Moissons, Laiteron délicat et Molène sinuée

Euphorbe des Moissons, Laiteron délicat et Molène sinuée

En bordure des chemins, on peut tomber sur la Jusquiame blanche (Hyoscyamus albus L.) ou la Lavatère arborescente aussi nommée Mauve royale (Malva arborea (L.) Webb & Berthel.) qui possède parfois des troncs conséquents.

Jusquiame blanche et Lavatère arborescenteJusquiame blanche et Lavatère arborescente
Jusquiame blanche et Lavatère arborescente

Jusquiame blanche et Lavatère arborescente

Dans les portions plus sableuses, des embryons de dunes fixées, qui sont peu piétinées, j’ai appris à reconnaître une petite composée bulbeuse, le Crépis bulbeux (Sonchus bulbosus (L.) N.Kilian & Greuter), l’étonnante Mercuriale tomenteuse (Mercurialis tomentosa L.) et j’ai retrouvé avec plaisir le petit Fumeterre en épis (Platycapnos spicata (L.) Bernh.) que je connaissais de Catalogne.

Le Crépis bulbeux, la Mercuriale tomenteuse et le Fumeterre en épis
Le Crépis bulbeux, la Mercuriale tomenteuse et le Fumeterre en épis
Le Crépis bulbeux, la Mercuriale tomenteuse et le Fumeterre en épis

Le Crépis bulbeux, la Mercuriale tomenteuse et le Fumeterre en épis

Pour finir, devant la présence de nombreux pieux plantés dans le sable et de quelques rameaux de vignes, je me suis demandé si des vignes avaient réellement existé là et oui ! en effet, mais une forte submersion suite à un coup de vent en 1982 a détruit ces vignes. Pour ma part, j’espère vivement que la protection  d’une zone classée Natura 2000, empêchera toute tentative de reconquête sur ce point ! Et vous qu’en pensez-vous ?

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Fleurs, #Botanique, #iconographie

Pour faire suite à mon article récent sur les Narcisses qui sont des Amaryllidacées à paracorolle, en voici quelques autres qui possèdent de surcroit des filets d’étamines soudés à la paracorolle et la dépassant, ce qui leur donne une allure très particulière. On retrouve cette structure chez les Pancraces et dans deux genres plus exotiques : les Eucharis et les Hymenocallis.

Le Pancrace maritime (Pancratium maritimum L.), est une belle espèce des côtes sableuses d’un blanc immaculé ; sa paracorolle  est ornée en périphérie d’une douzaine de larges dents et entre ces dents, six longs filets d’étamines courbent gracieusement leurs anthères vers le cœur, sans doute pour délivrer aisément leur pollen aux visiteurs par exemple le Sphinx du Liseron (Agrius convolvuli) qui serait le plus probable. La chenille de la Noctuelle du Pancrais (Brithys pancratii Cyrillo) est plus intéressée d’un point de vue gastronomique comme vous le constatez sur mes photos prises en Galice sur la côte.

La Noctuelle du Pancrais sur le Pancrace maritime en Galice
La Noctuelle du Pancrais sur le Pancrace maritime en Galice

La Noctuelle du Pancrais sur le Pancrace maritime en Galice

Bien qu’il existe de nombreuses représentations anciennes de ce Pancrace maritime, je préfère m’en tenir à la belle gravure de Pierre Joseph Redouté dans son ouvrage sur Les Liliacées, car j’y reconnais bien l’espèce.

 

Le Lis de l’Annonciation, sous le nom scientifique d’Eucharis grandiflora Planch. & Linden (1854), figure dans la Flore illustrée des phanérogames de Guadeloupe et de Martinique, de Jacques Fournet. Ce dernier le déclare assez commun sur toutes les Antilles, et dit qu’il préfère des situations ombragées comme c’était bien le cas sur le sentier des troisièmes chutes du Carbet où je l’ai photographié. La mention qu’il ajoute : « parfois échappé » donne toutefois l’impression qu’il s’agit surtout d’une belle plante des jardins créoles… et d’ailleurs maintenant on classe cet Eucharis dans les hybrides et son nom, de ce fait, a un peu changé : Eucharis x grandiflora Planch. & Linden.

Le Lis de l’Annonciation, (Eucharis grandiflora) en Guadeloupe
Le Lis de l’Annonciation, (Eucharis grandiflora) en Guadeloupe

Le Lis de l’Annonciation, (Eucharis grandiflora) en Guadeloupe

Dans l’illustration qui suit, tirée d’une publication de 1888, The Garden, vol. 34  : il s’agirait d’Eucharis amazonica dont le site très sérieux gbif.org fait un synonyme d’Eucharis grandiflora 

 https://www.gbif.org/fr/species/101307876

Le fait est qu’il lui ressemble en tous points !

Toujours dans The Garden, vol. 9 de 1876, on trouve l’illustration d’une espèce très proche : Eucharis candida Planch. & Linden, qui fait partie de la Flore du Panama et de la Colombie mais s’échappe aussi les jardins.

 

Hymenocallis caribaea (L.) Herb. , figure aussi dans la Flore des Antilles de Fournet avec des noms vernaculaires comme Lis blanc ou Lis à l’huile. Linné l’avait dénommé Pancratium caribaeum L., ce qui peut aisément se comprendre tant la morphologie de ces Amaryllidacées est proche. Pour parler de la grande tige non feuillée des Lis en général, on utilise le terme botanique de scape. Au sommet du scape, enveloppées en début de floraison dans une spathe à deux valves qui se déchire, se trouvent huit à dix fleurs directement insérées (sans pédicelles) mais le tube de la corolle très long rend ce détail peu sensible.

Hymenocallis caribaea (L.) Herb. au Nord de Basse-Terre en Guadeloupe
Hymenocallis caribaea (L.) Herb. au Nord de Basse-Terre en Guadeloupe

Hymenocallis caribaea (L.) Herb. au Nord de Basse-Terre en Guadeloupe

 

Il est évoqué par M.E.Descourtilz dans sa Flore pittoresque et médicale des Antilles, vol. 8 (1829) sous l’appellation linnéenne Pancratium caribaeum L. avec le nom vernaculaire de Pancrais des Antilles ou Pancrais odorant. Descourtilz lui reconnait une odeur suave et exquise proche de celle de la vanille. Il mentionne que l’oignon de ce lis des Antilles est utile en mélange avec de la graisse de porc (la mantègue) pour confectionner des ‘cataplasmes résolutifs et maturatifs’. Le dessin de Théodore Descourtilz ne donne pas une idée exacte de la longueur spectaculaire de toutes les pièces de la corolle.

 

 

 

Cet aspect est mieux rendu dans les deux illustrations suivantes du Curtis’s Botanical Magazine.

Hymenocallis caribaea (L.) Herb. dans le Curtis's botanical magazine, vol. 36 (1812)

 

 

Et une autre vue en format vertical dans le Curtis's botanical magazine, vol. 21 (1805).

 

 

 

 

 

 

Pierre Joseph Redouté, dans Les Liliacées, vol. 6 (1805), représente cet Hymenocallis sous le nom donné par Jacquin : Pancratium declinatum Jacq. En effet, Jacquin considérait que la tige se courbait en fin de floraison sans que le poids des fleurs ou la faiblesse de la tige ne le justifient.

L'Hymenocallis de P.J. Redouté et la photo en fin de floraison (Nord de Basse-Terre)
L'Hymenocallis de P.J. Redouté et la photo en fin de floraison (Nord de Basse-Terre)

L'Hymenocallis de P.J. Redouté et la photo en fin de floraison (Nord de Basse-Terre)

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Arbustes, #Fleurs, #voyages

Le Plateau de Leucate:

Bournerias nous dit : « La surface du plateau de Leucate est un lapiaz battu par les vents » avec par endroits « des placages d’argile de décalcification ». J’ai bien observé, juste derrière le phare, ce lapiaz spectaculaire parcouru de trous et de fissures très profonds au fond desquels s’est formé un sol argileux qui accueille d’abord une petite graminée, le Brachypode rameux puis la Badasse, la Salsepareille, et l’Aphyllante.

Un article de mon ancien blog détaille un peu mieux ça: http://aquarelle-bota-clairefelloni.over-blog.com/article-sur-le-plateau-de-leucate-73017022.html

Parmi les buissons qui occupent le plateau de Leucate, on ne peut éviter le très agressif Genêt épineux (Genista scorpius (L.) DC.) et bien protégé dans ses épines s’insinue parfois le petit Polygala des rochers (Polygala rupestris) qui présente entre deux ailes à peine ouvertes son petit toupet rosé.

Le Polygala des rochers circule dans le Genêt épineux.
Le Polygala des rochers circule dans le Genêt épineux.

Le Polygala des rochers circule dans le Genêt épineux.

Je craignais si tôt en saison de ne voir que peu de floraisons, mais parmi les nombreuses espèces buissonnantes qui colonisent ce plateau caillouteux, j’ai rencontré un autre arbrisseau fleuri de petites corolles bleues et au feuillage hérissé de poils raides, le Grémil ligneux (Lithodora fruticosa (L.) Griseb.).

 

La Camélée à trois coques (Cneorum tricoccum L.) fleurit tôt également, sa présence est bien connue dans cette région.

L’espèce est illustrée dans le tome 2 de la Flore médicale de Chaumeton. Le nom commun français de Garoupe ne semble plus être utilisé. Ainsi, d’après l’auteur, les feuilles de Garoupe réduites en cataplasmes étaient appliquées sur l’abdomen des hydropiques ou bien on en exprimait puis réduisait le suc pour former un extrait hydragogue… « Purgatif violent », « Médicament héroïque », les termes utilisés donnent un peu le frisson !

Ill: Flore médicale. Tome 2 / décrite par MM. Chaumeton, Poiret, Chamberet ; illustrée par J. Turpin,...

La Camélée à trois coques (Cneorum tricoccum L.)

La Camélée à trois coques (Cneorum tricoccum L.)

Sur le Pla de Crouzal:

 

La Tulipe méridionale qu’il est si émouvant de voir parsemée sur les plateaux calcaires de l’Aude (les Pla), surtout quand elle côtoie des touffes de Bec-de-grue des pierriers (Erodium foetidum (L.) L'Hér.) est une sous-espèce de la Tulipe sauvage qu’on trouve plus au Nord de la France. Il s’agit donc de Tulipa sylvestris subsp. australis (Link) Pamp. Ces dimensions sont plus réduites et surtout les tépales sont ornés à l’extérieur d’une ligne centrale rouge qui n’existe pas sur la Tulipe sauvage type dont les trois tépales extérieurs sont plutôt lavés de vert.

Le  charmant Bec-de-grue des pierriers est très localisé, en France ses données sont regroupées entre Gruissan et Opoul-Perillos. Les fleurs sont assez grandes pour un Erodium et le feuillage très découpé forme des coussins poilus d’un vert glauque argenté.

Le Bec-de-grue des pierriers (Erodium foetidum (L.) L'Hér.) et Tulipa sylvestris subsp. australis (Link) Pamp.
Le Bec-de-grue des pierriers (Erodium foetidum (L.) L'Hér.) et Tulipa sylvestris subsp. australis (Link) Pamp.

Le Bec-de-grue des pierriers (Erodium foetidum (L.) L'Hér.) et Tulipa sylvestris subsp. australis (Link) Pamp.

Erodium petraeum Willd. , qu’on peut voir figurer dans la Flora graeca de John Sibthorp, illustrée par Ferdinand Bauer, est synonyme de l’Erodium foetidum. L’image que j’ai recadrée, vient de la Bodleian Library Sherard: https://digital.bodleian.ox.ac.uk/collections/flora-and-fauna-graeca/

Erodium petraeum Willd. , un ancien nom pour le Bec-de-grue des pierriers (Erodium foetidum (L.) L'Hér.)

Erodium petraeum Willd. , un ancien nom pour le Bec-de-grue des pierriers (Erodium foetidum (L.) L'Hér.)

Parmi les cailloux il n’est pas rare de tomber sur l’Iris nain (Iris lutescens) et sur de petites orchidées précoces, par exemple, j’ai vu l’Ophrys jaune (Ophrys lutea) et aussi l’Ophrys bécasse (Ophrys scolopax).

Iris nain, Ophrys jaune et Ophrys bécasse
Iris nain, Ophrys jaune et Ophrys bécasse
Iris nain, Ophrys jaune et Ophrys bécasse

Iris nain, Ophrys jaune et Ophrys bécasse

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Publié le par Claire Felloni
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De retour d’une escapade dans l’Aude aux environs de Leucate, j’ai eu envie de faire un petit tour d’horizon de mes découvertes méditerranéennes en matière de Narcisses car c’était la saison idéale pour les étudier sur le vif.

 

Deux mots sur ces Amaryllidacées : Comme chez les Liliacées, trois sépales et trois pétales sont remplacés par six tépales pétaloïdes, mais en plus, au cœur de la fleur, une couronne ou paracorolle, émerge du cœur, restant soudée à la base, aux six tépales externes étalés, souvent plus pâles que  la couronne centrale. La forme de cette couronne varie selon les espèces, parfois en coupe simple, parfois en cloche, en cornet évasé ou bien courte et frisottée. La spathe, est la bractée d’où émerge la fleur. La fleur d’abord dressée dans sa spathe, bascule, formant un angle avec la tige, puis se redresse pour la fructification.

Le Narcisse douteux (Narcissus dubius Gouan), ravissante petite espèce toute blanche, n’a de douteux que le nom! Sensiblement de la même taille, il est encore plus précoce que le Narcisse de Requien ou Narcisse à feuilles de jonc (Narcissus assoanus Dufour) de la première photo; ils sont tous deux visibles fin Mars sur le plateau de Leucate.

Le Narcisse douteux (Narcissus dubius Gouan) sur le plateau de Leucate.
Le Narcisse douteux (Narcissus dubius Gouan) sur le plateau de Leucate.

Le Narcisse douteux (Narcissus dubius Gouan) sur le plateau de Leucate.

Le Narcisse douteux (Narcissus dubius Gouan), figure dans l’ouvrage de P.J.Redouté, « Les Liliacées » (1802-1816) vol. 7 (1805).

Ce Narcisse ne diffère pas seulement du Narcisse à feuilles de jonc (Narcissus assoanus Dufour) par la couleur des corolles mais aussi par les feuilles qui sont planes et rubanées chez le Narcisse douteux alors qu’elles se tiennent assez droites du fait de leur forme en gouttière chez le Narcisse à feuilles de jonc.

Le Narcisse à feuilles de jonc  (Narcissus assoanus Dufour) semble moins exigeant et plus répandu dans les terrains rocailleux du Midi ; mes photos sont prises sur un col des Corbières et sur un des plateaux calcaires (le Pla de Crouzal), qu’on rencontre du côté d’Opoul non loin des lignées d’éoliennes qui dominent tout le secteur.

Le Narcisse de Requien ou Narcisse à feuilles de jonc (Narcissus assoanus Dufour) sur le pla de Crouzal

Le Narcisse de Requien ou Narcisse à feuilles de jonc (Narcissus assoanus Dufour) sur le pla de Crouzal

Le Narcisse tazetta (Narcissus tazetta L.) nommé encore Narcisse à bouquet, Narcisse de Constantinople fleurit aussi en Mars, j’en ai admiré de belles populations aux abords de l’étang du Canet, dans le Roussillon. Jaillissant de la spathe, les fleurs en bouquet plus fourni, mais à peine plus grandes que les deux premières espèces mesurent entre 2 et 4 cm de diamètre et portent au cœur une couronne jaune d'or en forme de coupe ronde (pas un cornet). 

Le Narcisse tazetta ou Narcisse à bouquet (Narcissus tazetta L.) aux abords de l’étang du Canet.
Le Narcisse tazetta ou Narcisse à bouquet (Narcissus tazetta L.) aux abords de l’étang du Canet.

Le Narcisse tazetta ou Narcisse à bouquet (Narcissus tazetta L.) aux abords de l’étang du Canet.

Je me souviens avec plaisir de la Trompette de Méduse (Narcissus bulbocodium L.), vue fin Avril en Espagne sur la Sierra de Gredos en compagnie du safran printanier alors qu’autour subsistaient encore des névés. Plus récemment je l’ai revue en Algarve dans la réserve de Ria Formosa près d’Olhao, donc plus au Sud mais aussi plus tôt en saison, en Février. 

 

La Trompette de Méduse (Narcissus bulbocodium L.), sur la Sierra de Gredos puis en Algarve
La Trompette de Méduse (Narcissus bulbocodium L.), sur la Sierra de Gredos puis en Algarve

La Trompette de Méduse (Narcissus bulbocodium L.), sur la Sierra de Gredos puis en Algarve

Question iconographie, une des plus belles planches à mon idée fait partie du « Gottorfer Codex », une œuvre danoise en quatre volumes, conservée dans la collection royale du Musée national d'art de Copenhague. Commandée par Frederick III, duc de Holstein-Gottorp entre 1649 et 1659, elle illustre le large éventail des plantes acclimatées dans les jardins ducaux du château de Gottorf dans le duché de Schleswig. Les plantes y sont peintes à la gouache sur du vélin (parchemin de veau) par Hans Simon Holtzbecker de Hambourg.

Gouache sur du vélin, dans le « Gottorfer Codex » (1649-1659) par Hans Simon Holtzbecker.

Gouache sur du vélin, dans le « Gottorfer Codex » (1649-1659) par Hans Simon Holtzbecker.

Vous reconnaissez en partie basse la Trompette de Méduse (Narcissus bulbocodium L.), avec sa couronne en entonnoir. En haut à gauche se trouve le Narcisse Tazetta (Narcissus tazetta L.) à côté le Narcissus orientalis, aux tépales crème est en fait une variante du Tazetta ; celui de droite avec ses trois fleurs plus grandes pourvues d’une couronne courte plus orangée, ressemble davantage au Narcisse des poètes, mais je ne suis pas sûre de pouvoir y mettre un nom correct car il existe d’autres espèces proches plus orientales et de nombreux hybrides furent obtenus tôt dans l’histoire des jardins avec des appellations très variables.

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Publié le par Claire Felloni
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Pour ces Malcolmies, la confusion récente des noms latins m’a un peu déconcertée ! Ce sont des crucifères à fleurs roses munies de longues siliques dont l’extrémité n’est pas cornue comme c’est le cas des Matthioles, et dont les feuilles sont entières. L’observation du stigmate bien pointu au cœur de la fleur permet de différencier les Juliennes (Hesperis) des Malcolmies. Et les Malcolmies sont couvertes d’une pilosité fournie qui, à la loupe, révèle des poils ramifiés comme on le sent peut-être sur cette photo de Malcolmia africana.

 

Malcolmia africana en 2007 vers Tramaced (province de Huesca)

Malcolmia africana en 2007 vers Tramaced (province de Huesca)

Dans la Flora Gallica de 2014 qui reste ma référence actuelle, figurent 4 Malcolmies : Malcolmia africana  (L.) R. Br., Malcolmia ramosissima (Desf.) Gennari, Malcolmia littorea (L.) R. Br. et Malcolmia flexuosa cette dernière, la Julienne de Mahon semblant surtout jardinée ou échappée de jardins.

Malcolmia flexuosa (ill. ci-dessus) figure dans la Flora Graeca de John Sibthorp, localisée à Chypre. (Sibthrop, J., Smith, J.E., Flora Graeca (1806-1840)

 

 Malcolmia maritima (L.) R. Br., nommée aussi la Julienne de Mahon ou la Giroflée de Mahon, est la plus connue des jardiniers mais je n’ai pas de photos à vous montrer ! Elle figurait sous ce nom dans la flore de l’Abbé Coste et dans la flore de Bonnier mais n’est citée qu’à part en note dans la Flora Gallica de 2014 : il semble que bon nombre de mentions de cette plante relève plutôt de Malcolmia flexuosa ou bien d’une hybridation flexuosa/maritima, car la véritable Malcolmia maritima (L.) R. Br. est une plante sauvage des Balkans.

Malcolmia maritima (L.) R. Br. apparaît dans un des premiers Curtis’s Botanical magazine, sous le nom de Cheiranthus maritimus, et Curtis raconte : « Chez nous, il était de coutume pour les jardiniers et les pépiniéristes de distinguer cette espèce par le nom de Virginia Stock, un nom très impropre, car elle se trouve être originaire de la côte méditerranéenne » (mais plutôt Grèce et Albanie). La principale beauté de cette fleur dit Curtis en 1792, vient de la couleur rouge vif des corolles qui se nuance de pourpre violine au bout de quelques jours et l’intérêt réside aussi dans sa petite taille mais sa prolifique floraison d’annuelle.

Virginia Stock est toujours le nom usuel anglais pour la Giroflée de Mahon et son utilisation dans les jardins est courante en bordures ou en tapis.

Je l’ai trouvée aussi dans un volume tardif de 1915 de la Flora Batava de Jan Kops.

Cheiranthus maritimus = Malcolmia maritima (L.) R. Br. dans le Curtis’s Botanical magazine

Cheiranthus maritimus = Malcolmia maritima (L.) R. Br. dans le Curtis’s Botanical magazine

Malcolmia maritima (L.) R. Br. dans la Flora Batava de Jan Kops en 1915

Malcolmia maritima (L.) R. Br. dans la Flora Batava de Jan Kops en 1915

Mais revenons-en à celles que j’ai vues !

Malcolmia africana  (L.) R. Br., la Malcolmie d’Afrique, comme son nom ne l’indique pas forcément était assez bien connue depuis longtemps en France dans le Midi. Le fait qu’elle ait conservé longtemps le même nom jusqu’à récemment, permet de retrouver trace de sa présence dans des flores assez anciennes comme celle de l’Abbé Coste (1906), celle de Gaston Bonnier (1908) ou « les 4 flores de la France » de P. Fournier (1947). Je pense néanmoins que l’utilisation des pesticides a pratiquement éradiqué cette plante comme la plupart des adventices des champs cultivés de France et je l’ai prise en photo, en fait,  en Espagne, dans la province de Huesca en 2007.

 

Celle pour laquelle je peux montrer à la fois photos et gravure ancienne est Malcolmia littorea (L.) R. Br., la Malcolmie des côtes ou Julienne des sables (possible des Bouches du Rhône aux Pyrénées). Elle  est illustrée (ci-dessous) dans le Curtis's botanical magazine (1800-1948) vol. 78 (1852) t. 4672.

Dans le texte joint, Curtis relate que la plante peut être traitée en annuelle dans un jardin anglais comme ils l’ont fait avec des graines envoyées du Portugal, mais que dans le Midi, elle peut former de vrais buissons avec des tiges lignifiées, ce que j’ai pu constater au Sud du Portugal sur le littoral. Les photos sont prises aux environs de Tavira, en 2018.

Malcolmia littorea (L.) R. Br. à Tavira (Sud du Portugal)
Malcolmia littorea (L.) R. Br. à Tavira (Sud du Portugal)

Malcolmia littorea (L.) R. Br. à Tavira (Sud du Portugal)

J’ai photographié la délicate petite Malcolmia triloba (L.) Spreng., à deux reprises en Andalousie puis en Algarve, dans le Parc naturel de Ria Formosa. Elle ne figure pas dans la Flora Gallica (2014) ou plutôt est notée « signalée par erreur » sur le territoire français.

 Malcolmia triloba (L.) Spreng. dans le Parc naturel de Ria Formosa (Sud du Portugal)
 Malcolmia triloba (L.) Spreng. dans le Parc naturel de Ria Formosa (Sud du Portugal)

Malcolmia triloba (L.) Spreng. dans le Parc naturel de Ria Formosa (Sud du Portugal)

On ne trouve guère d’illustration ancienne plaisante pour elle mais en fouillant dans l’Herbier Linnéen, je l’ai retrouvée sous le nom de Cheiranthus trilobus avec cet exemplaire : http://linnean-online.org/7665/ (je me suis permis de recadrer et raviver un peu l’image !)

 Sur Tela Botanica, apparaît un autre nom de genre: Markus-kochia, qu’on retrouve aussi sur Wikimédia.

Il est possible d’y voir des photos des espèces que j’avais notées comme Malcolmia littorea https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Marcus-kochia_littorea

et Malcolmia triloba  https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Marcus-kochia_triloba

Pour compliquer encore les choses on trouve aussi pour ces deux espèces un nouveau nom de genre : Pseudomalcolmia. Pour ces diverses raisons, sur les deux Malcolmies ci-dessus qui traditionnellement étaient des Cheiranthus, il est difficile de s’y retrouver dans les illustrations anciennes !

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Publié le par Claire Felloni
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Voici une petite plante assez particulière endémique des Pyrénées, qui déroute par son allure sans doute parce qu’il s’agit d’une très rare représentante européenne de la famille frileuse des Gesneriacées (dans nos intérieurs figurent les Gloxinia, Saintpaulia, Streptocarpus). Alors que certaines fleurs montagnardes sont dites des ‘reliques’ de la dernière glaciation de l’ère quaternaire, la Ramonde des Pyrénées (Ramonda myconi (L.) Rchb.), encore plus ancienne serait bizarrement au contraire un vestige de l’ère tertiaire caractérisée par une chaleur quasi-tropicale ; elle aurait donc réussi à survivre au passage de la dernière glaciation.

Ramonda myconi au Jardin botanique de Genève

Ramonda myconi au Jardin botanique de Genève

Le genre Ramonda comporte deux autres espèces qui sont dans le même cas car à peu près situées sur la même latitude, dans les Balkans, ce sont : Ramonda nathaliae et Ramonda serbica. Cette dernière est douée d’une faculté précieuse de reviviscence, c’est-à-dire que semblant complètement desséchée, elle peut se réhydrater et en l’espace d’une douzaine d’heures reprendre vie ! C’est la « fleur de phénix serbe » (traduction approximative du serbe !) illustrée ci-dessous, représentée dans le Curtis's botanical magazine (1800-1948), vol. 144 (1918).

Cette Ramonda serbica Pancic, dont les feuilles sont un peu plus petites, plus ovales et plus pâles fut cultivée dès le siècle dernier en Angleterre à Kew Gardens aussi bien que Ramonda miconi. L’article mentionne aussi Ramonda nathaliae rapportant que sa fleur porte des anthères plus longues mais surtout que la corolle est tétramère (quatre pétales au lieu de cinq dans la Ramonde des Pyrénées).

Toujours dans le Curtis's botanical magazine (1800-1948), vol.108 (1882), on peut admirer une autre Gesneriacée des Balkans : Haberlea rhodopensis, dont la corolle est plus campanulée.

On peut la voir dans cette belle promenade en Bulgarie de Josette Puyo : Promenade en Bulgarie

  

Dans le texte joint à cette gravure, texte signé J.D.H. (Joseph Dalton Hooker), est citée une dernière Gesneriacée de ce secteur: Ramondia heldrichii qui serait très localisée sur le Mont Olympe ; elle est maintenant connue sous le nom de Jancaea heldreichii (Boiss.) Boiss.

Ci-dessus elle apparaît dans Monographiae phanerogamarum prodromi (1878-1896) de Candolle (Alphonse et Casimir), sous son ancien nom de Ramondia heldrechii.

Mais revenons à notre Ramondie pyrénéenne !

L’aspect déroutant de la Ramonde des Pyrénées est assez bien résumé par cette phrase de Loiseleur-Deslonchamps dans l’Herbier général de l’amateur en 1839: « La Ramondie des Pyrénées a, jusqu’à un certain point, le port des Primevères, la fleur des Verbascum, les feuilles de la Bourrache et le fruit des Gentianées ». De quoi perdre son latin, non ?

Loiseleur-Deslongchamps, J.L.A., Herbier général de l’amateur. Deuxième Série, vol. 1 (1839)

Il est amusant à ce propos de voir quels noms lui sont donnés au 18ème siècle :

Dans le « Recueil des plantes gravées par ordre du roi Louis XIV » de Denis Dodart (1788), vol.3, pl.264, la Ramondie porte un nom assez fantaisiste : « Sanicle velue des Alpes à feuilles de Bourrache », alors qu’elle est inconnue des Alpes et n’a en commun avec la Sanicle ni les feuilles ni l’inflorescence ! La planche, superbe, est dessinée par Nicolas Robert et gravée par Louis de Chatillon. Il existe une version rehaussée de couleurs de ce recueil qui est catastrophique bien qu’historique à cause de la qualité du pigment vert. A voir là pour s’en désoler : http://mertzdigital.nybg.org/digital/collection/p15121coll13/id/4786/rec/10

« Recueil des plantes gravées par ordre du roi Louis XIV » de Denis Dodart

« Recueil des plantes gravées par ordre du roi Louis XIV » de Denis Dodart

Toujours au 18ème siècle, période de nomenclature pré-linnéenne, la Ramonde des Pyrénées est aussi baptisée Verbascum foliis lanatis radicalibus, scapo nudo, comme on peut le voir sur la gravure de Georg Dyonisius Ehret (1750).

Trew, C.J., Ehret, G.D., Plantae selectae (1750-1773) vol. 6 (1750) t. 57

Trew, C.J., Ehret, G.D., Plantae selectae (1750-1773) vol. 6 (1750) t. 57

La pilosité rousse sur les feuilles est assez bien visible sur mes photos catalanes ; la plante en fin de floraison était difficile d’accès, perchée en hauteur dans le rocher. J’ai dû zoomer beaucoup, mais c’était tout de même la première fois que je pouvais la voir dans son environnement naturel! Les autres photos ont été prises au jardin botanique de Genève, en extérieur et les fleurs sont plus fraiches.

Ramonde des Pyrénées, côté Catalogne
Ramonde des Pyrénées, côté Catalogne

Ramonde des Pyrénées, côté Catalogne

Au Jardin botanique de Genève

Au Jardin botanique de Genève

On peut aussi la voir au jardin alpin du Muséum d’Histoire naturelle à Paris, voyez ici sa localisation :

https://www.jardindesplantesdeparis.fr/fr/aller-plus-loin/collections-plantes-animaux/ramondie-pyrenees-2845

Une bien jolie phrase, qui pourrait d’ailleurs coller aussi bien pour le Saintpaulia est prêtée au comte de Bouillé, notée par Jacques Labarère dans la revue « Pyrénées » (n°86), la Ramondie y est qualifiée de « Joyau d’améthyste enchâssé dans du velours ».

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