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Botazoom, Botanique et Iconographie

Botazoom, Botanique et Iconographie

Ce blog est destiné aux curieux de botanique. En s’appuyant sur les photos que j’ai pu faire en voyage, et sur de l’iconographie ancienne, il rentre un peu dans les détails qui m’ont permis d’identifier une espèce, mais son contenu doit être considéré comme celui d’une botaniste amateur !

arbustes

Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #iconographie, #Arbustes

Le groupe de rosiers sauvages que nous appelons couramment Eglantier ou Rosier des chiens, ce qui est la traduction du nom latin, Rosa canina, s’est beaucoup compliqué depuis l’époque de la belle représentation figurant dans la Flore du Royaume de Hanovre de Georg Friedrich Wilhelm Meyer, publiée en 1854.

Rosa canina, dans Flore du Royaume de Hanovre de Georg Friedrich Wilhelm Meyer, publiée en 1854.

Rosa canina, dans Flore du Royaume de Hanovre de Georg Friedrich Wilhelm Meyer, publiée en 1854.

Les botanistes considèrent maintenant qu’il s’agit d’un agrégat dans lequel sont distingués huit groupes appelés des kleptons. Pour que le vrai églantier, Rosa canina, puisse être distingué dans ce groupe complexe, il faut qu’il réponde à quelques critères précis : des folioles glabres et non glanduleuses dessus comme dessous, des aiguillons forts et bien crochus, des pédicelles non glanduleux. Même ces caractères répondent en fait à 3 espèces (Rosa canina, Rosa subcanina, et Rosa dumalis). Il faut, pour aller plus loin, couper en travers en haut du réceptacle juste sous l’étoile formée par les sépales, dégager les styles et ainsi évaluer la largeur du canal stylaire dont le diamètre varie pour les trois espèces. 

Rosa canina est représentée dans la « Deutschlands flora », en illustrations d'après nature avec descriptions, par Sturm, Jacob, 1771-1848

https://www.biodiversitylibrary.org/item/148204#page/7/mode/thumb

Rosa canina, dans la « Deutschlands flora » par Sturm, Jacob, 1771-1848

Rosa canina, dans la « Deutschlands flora » par Sturm, Jacob, 1771-1848

Je ne vais donc pas me risquer à une identification certaine pour ce beau rosier vu récemment dans le Jura sur le Col de Crozet, au-dessus de Gex, bien que son canal stylaire supérieur à 1 mm, m’oriente plus vers Rosa dumalis.

Rosa dumalis Bechst. qui est donc bien proche de l’Eglantier ou Rosier des chiens, figure parfois sous le nom erroné de Rosa glauca Villars, ou encore Rosa afzeliana Fr. voir à ce sujet les équivalences:

https://www.gbif.org/fr/species/3003708

Ainsi on le retrouve dans un ouvrage danois : « Bilder ur Nordens Flora » d'August Mentz et Carl Hansen Ostenfeld. https://www.biodiversitylibrary.org/item/39935#page/9/mode/1up

Rosa dumalis dans  « Bilder ur Nordens Flora » 1917-1927

Rosa dumalis dans « Bilder ur Nordens Flora » 1917-1927

Le Rosier de Malmedy, qui figure dans « Les Roses » de Pierre Joseph Redouté est aussi un synonyme: (Rosa dumalis Bechst. var malmundariensis):

"Les Roses", peintes par P.J. Redouté; décrites et classées selon leur ordre naturel, par C. A. Thory. ; Troisième Edition, Tome 3 , à consulter sur le Real Jardin Botanico de Madrid:

https://bibdigital.rjb.csic.es/viewer/14663/

Dans la nouvelle édition du "Traité des arbres et arbustes" de Duhamel du Monceau (1800-1819), Le Rosier des chiens, Rosa canina figure au côté du Rosier des haies alors nommé Rosa sepium, mais répondant maintenant au binôme latin Rosa agrestis Savi.

Cherchant à mettre un nom sur un rosier sarthois trouvé en périphérie du Mans, avec Flora Gallica ; je suis arrivée à Rosa agrestis Savi, que notre Atlas de la Flore Sarthoise donne historiquement commun, mais actuellement peu commun. Il est très glanduleux au dos et aux bords des folioles, sur les pédoncules des feuilles, au bord des stipules, au bout des appendices du calice et sent bien la pomme. Par contre, curieusement, les pédicelles floraux souvent en petits bouquets, sont très glabres. La base des folioles est plutôt cunéiforme, le dessus des feuilles assez brillant. Les aiguillons sont bien courbés et je n’ai pas vu d’acicules. Ce sont les nombreux critères qu’il convient d’observer pour identifier un rosier sauvage européen.

Je l’ai ensuite retrouvé sur un autre site sarthois avec des fruits un peu plus formés et j’ai pu ainsi évaluer la largeur du canal stylaire qui en l’occurrence était très fin et les fruits qui sont plutôt allongés.

Ce Rosa agrestis ressemble par bien des aspects à Rosa micrantha : canal stylaire très fin, odeur de pomme due aux folioles glanduleuses et collantes, aiguillons forts et crochus. Pour les différencier il faut observer la base des folioles beaucoup plus arrondie chez Rosa micrantha et surtout le pédicelle floral qui est lisse chez R. agrestis et bien glanduleux chez R.micrantha. J’ai trouvé en Sarthe les deux espèces côte à côte mais elles étaient défleuries ! Cependant, on peut voir leur aspect différent en comparant ces deux photos.

Rosa agrestis (pédicelle lisse), puis rosa micrantha (pédicelle glanduleux) sur le même site sarthois (2021)
Rosa agrestis (pédicelle lisse), puis rosa micrantha (pédicelle glanduleux) sur le même site sarthois (2021)

Rosa agrestis (pédicelle lisse), puis rosa micrantha (pédicelle glanduleux) sur le même site sarthois (2021)

Il n’existe pas à ma connaissance de représentation ancienne de Rosa micrantha qui n’était pas différenciée de Rosa rubiginosa. Les trois espèces (R. micrantha, R. rubiginosa et R. agrestis) font partie d’une subsection de la grande section Caninae : la subsection Rubigineae, bien caractérisée par la présence des glandes donnant l’odeur de pomme.

On peut alors chercher l’ancien binôme Rosa rubiginosa L. dans les représentations anciennes et là, trouver de nombreuses gravures, bien que,  pour une bonne partie, il s’agisse des cultivars à pétales plus nombreux, notamment sur les ouvrages de P.J.Redouté. Les études récentes affirment qu’il y a un continuum entre les trois espèces (R. micrantha, R. rubiginosa et R. agrestis) et qu’il est hasardeux surtout de différencier R.micrantha de R.rubiginosa.

On trouve Rosa rubiginosa dans la « Flora austriaca » de  Nikolaus Joseph Jacquin ( Vol 1, pl 50) numérisée par le Real Jardin Botanico de Madrid.

https://bibdigital.rjb.csic.es/records/item/14948-florae-austriacae-vol-i

Rosa rubiginosa dans la « Flora austriaca » de  Nikolaus Joseph Jacquin

Rosa rubiginosa dans la « Flora austriaca » de  Nikolaus Joseph Jacquin

Puis dans l’ouvrage danois : « Bilder ur Nordens Flora » 1917-1927 ; auteurs : August Mentz et Carl Hansen Ostenfeld. On notera le nom commun en légende ‘Vin-rose’, il est parfois mentionné une odeur de vin plutôt que de pomme pour ce groupe de rosiers. (voir le lien plus haut), et dans la « Deutschlands flora », en illustrations d'après nature avec descriptions, par Sturm, Jacob, 1771-1848 (voir le lien plus haut)

Rosa rubiginosa dans « Bilder ur Nordens Flora » 1917-1927 d'August Mentz et Carl Hansen Ostenfeld

Rosa rubiginosa dans « Bilder ur Nordens Flora » 1917-1927 d'August Mentz et Carl Hansen Ostenfeld

Rosa rubiginosa, dans la « Deutschlands flora » par Sturm, Jacob, 1771-1848

Rosa rubiginosa, dans la « Deutschlands flora » par Sturm, Jacob, 1771-1848

A bientôt pour d'autres rosiers!

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Arbustes, #Fleurs, #voyages

Le Plateau de Leucate:

Bournerias nous dit : « La surface du plateau de Leucate est un lapiaz battu par les vents » avec par endroits « des placages d’argile de décalcification ». J’ai bien observé, juste derrière le phare, ce lapiaz spectaculaire parcouru de trous et de fissures très profonds au fond desquels s’est formé un sol argileux qui accueille d’abord une petite graminée, le Brachypode rameux puis la Badasse, la Salsepareille, et l’Aphyllante.

Un article de mon ancien blog détaille un peu mieux ça: http://aquarelle-bota-clairefelloni.over-blog.com/article-sur-le-plateau-de-leucate-73017022.html

Parmi les buissons qui occupent le plateau de Leucate, on ne peut éviter le très agressif Genêt épineux (Genista scorpius (L.) DC.) et bien protégé dans ses épines s’insinue parfois le petit Polygala des rochers (Polygala rupestris) qui présente entre deux ailes à peine ouvertes son petit toupet rosé.

Le Polygala des rochers circule dans le Genêt épineux.
Le Polygala des rochers circule dans le Genêt épineux.

Le Polygala des rochers circule dans le Genêt épineux.

Je craignais si tôt en saison de ne voir que peu de floraisons, mais parmi les nombreuses espèces buissonnantes qui colonisent ce plateau caillouteux, j’ai rencontré un autre arbrisseau fleuri de petites corolles bleues et au feuillage hérissé de poils raides, le Grémil ligneux (Lithodora fruticosa (L.) Griseb.).

 

La Camélée à trois coques (Cneorum tricoccum L.) fleurit tôt également, sa présence est bien connue dans cette région.

L’espèce est illustrée dans le tome 2 de la Flore médicale de Chaumeton. Le nom commun français de Garoupe ne semble plus être utilisé. Ainsi, d’après l’auteur, les feuilles de Garoupe réduites en cataplasmes étaient appliquées sur l’abdomen des hydropiques ou bien on en exprimait puis réduisait le suc pour former un extrait hydragogue… « Purgatif violent », « Médicament héroïque », les termes utilisés donnent un peu le frisson !

Ill: Flore médicale. Tome 2 / décrite par MM. Chaumeton, Poiret, Chamberet ; illustrée par J. Turpin,...

La Camélée à trois coques (Cneorum tricoccum L.)

La Camélée à trois coques (Cneorum tricoccum L.)

Sur le Pla de Crouzal:

 

La Tulipe méridionale qu’il est si émouvant de voir parsemée sur les plateaux calcaires de l’Aude (les Pla), surtout quand elle côtoie des touffes de Bec-de-grue des pierriers (Erodium foetidum (L.) L'Hér.) est une sous-espèce de la Tulipe sauvage qu’on trouve plus au Nord de la France. Il s’agit donc de Tulipa sylvestris subsp. australis (Link) Pamp. Ces dimensions sont plus réduites et surtout les tépales sont ornés à l’extérieur d’une ligne centrale rouge qui n’existe pas sur la Tulipe sauvage type dont les trois tépales extérieurs sont plutôt lavés de vert.

Le  charmant Bec-de-grue des pierriers est très localisé, en France ses données sont regroupées entre Gruissan et Opoul-Perillos. Les fleurs sont assez grandes pour un Erodium et le feuillage très découpé forme des coussins poilus d’un vert glauque argenté.

Le Bec-de-grue des pierriers (Erodium foetidum (L.) L'Hér.) et Tulipa sylvestris subsp. australis (Link) Pamp.
Le Bec-de-grue des pierriers (Erodium foetidum (L.) L'Hér.) et Tulipa sylvestris subsp. australis (Link) Pamp.

Le Bec-de-grue des pierriers (Erodium foetidum (L.) L'Hér.) et Tulipa sylvestris subsp. australis (Link) Pamp.

Erodium petraeum Willd. , qu’on peut voir figurer dans la Flora graeca de John Sibthorp, illustrée par Ferdinand Bauer, est synonyme de l’Erodium foetidum. L’image que j’ai recadrée, vient de la Bodleian Library Sherard: https://digital.bodleian.ox.ac.uk/collections/flora-and-fauna-graeca/

Erodium petraeum Willd. , un ancien nom pour le Bec-de-grue des pierriers (Erodium foetidum (L.) L'Hér.)

Erodium petraeum Willd. , un ancien nom pour le Bec-de-grue des pierriers (Erodium foetidum (L.) L'Hér.)

Parmi les cailloux il n’est pas rare de tomber sur l’Iris nain (Iris lutescens) et sur de petites orchidées précoces, par exemple, j’ai vu l’Ophrys jaune (Ophrys lutea) et aussi l’Ophrys bécasse (Ophrys scolopax).

Iris nain, Ophrys jaune et Ophrys bécasse
Iris nain, Ophrys jaune et Ophrys bécasse
Iris nain, Ophrys jaune et Ophrys bécasse

Iris nain, Ophrys jaune et Ophrys bécasse

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Arbustes, #Botanique, #voyages

Il ne sera pas question ici de  Solanum tuberosum (la Pomme de terre), ni de Solanum lycopersicum (la Tomate), ni de Solanum melongena (l’Aubergine), encore moins des Poivrons et Piments qui sont aussi des Solanacées mais relèvent du genre Capsicum.

Des corolles étoilées aux pétales plus ou moins soudés et souvent réfléchis, dégageant un cœur d’où sort un cône ou un bouquet serré formé des anthères plus ou moins collées autour du style, voilà ce qui donne une forme assez caractéristique des fleurs de solanacées. Les fruits sont toujours des baies mais de taille très variable.

 La Pomme de Sodome, dans la Flora Graeca (1806-1840) vol. 3 (1819) de John Sibthorp, illustrée par Ferdinand Bauer

La Pomme de Sodome, dans la Flora Graeca (1806-1840) vol. 3 (1819) de John Sibthorp, illustrée par Ferdinand Bauer

Dans la flore de Bonnier qui peut témoigner assez simplement de la flore originale de France avant toutes les installations de taxons importés, on ne trouve que deux autres Solanum à côté de la pomme de terre : la Morelle noire (Solanum nigrum) et la Morelle douce-amère (Solanum dulcamara). Une dizaine de Solanum en dehors des légumes sont arrivés plus récemment en France métropolitaine, occasionnels ou plus ou moins naturalisés.

Des cinq Solanum qui vont suivre un seul a été photographié en métropole, j’ai rencontré les autres dans divers voyages plus ou moins lointains !

Voici donc d’abord Solanum laciniatum, la « Pomme de Kangourou », que j’ai vue en Bretagne dans le jardin de l’Ile de Batz puis sur la presqu’ile de Perharidi près de Roscoff où elle s’est installée sans demander la permission ! Elle nous vient d’Australie, de Tasmanie et de Nouvelle-Zélande, sa crainte des grands gels fait qu’elle apprécie plutôt des points de la côte océanique et du Sud de la France où elle est considérée en voie de naturalisation. Bien mûrs, les fruits peuvent être consommés mais tout le reste de la plante est toxique. Elle s’est principalement échappée de jardins car c’est une plante pionnière, facile à multiplier, très décorative et pas épineuse.

Solanum laciniatum, la Pomme de Kangourou sur l'Ile de Batz et à Roscoff
Solanum laciniatum, la Pomme de Kangourou sur l'Ile de Batz et à Roscoff

Solanum laciniatum, la Pomme de Kangourou sur l'Ile de Batz et à Roscoff

La Morelle de Linné ou Pomme de Sodome (Solanum linnaeanum) est originaire d’Afrique. Elle s’est naturalisée sur le pourtour méditerranéen, on la rencontre sur des friches caillouteuses et plus souvent à proximité du littoral. C’est bien dans un tel lieu que je l’ai rencontrée au Sud du Portugal, en Algarve lors d’une balade dans les marais derrière Tavira près du Forte do Rato.  Au mois de février, au pied des murs du fort il restait des fruits blanchis et cabossés de l’année précédente et quelques fleurs précoces pointaient leur nez.

J’ai été impressionnée par ses longues épines réparties sur les branches, les feuilles et les calices ; certaines pointent verticalement, sortant des nervures supérieures au beau milieu du limbe foliaire. Les baies, jeunes, sont marbrées de blanchâtre mais je n’ai vu que quelques grosses baies pas encore mûres, elles deviennent ensuite jaune-orangé.

La Morelle de Linné ou Pomme de Sodome (Solanum linnaeanum), en Algarve
La Morelle de Linné ou Pomme de Sodome (Solanum linnaeanum), en Algarve
La Morelle de Linné ou Pomme de Sodome (Solanum linnaeanum), en Algarve

La Morelle de Linné ou Pomme de Sodome (Solanum linnaeanum), en Algarve

En Guadeloupe, sur Basse-Terre, j’ai vu la Bellangère batarde (Bélanjè bata), ou Mélongène-diable (Mélonjèn dyab) (Solanum rudepannum Dunal =  Solanum torvum Sw.). C’est un solanum arbustif originaire d’Amérique tropicale, très commun sur le littoral. Les tiges sont couvertes de poils étoilés mous, ce qui donne un aspect feutré ; les feuilles sont grandes et larges parfois un peu lobées, d’un aspect mat, les épines sont peu nombreuses mais acérées et les fleurs sont blanches. C’est une plante devenue pantropicale, les baies sont localement appréciées comme légumes et peuvent servir en sauces et en curry.

https://uses.plantnet-project.org/fr/Solanum_torvum_(PROTA)

 la Bellangère batarde (Bélanjè bata), ou Mélongène-diable (Mélonjèn dyab) (Solanum rudepannum Dunal =  Solanum torvum Sw.)
 la Bellangère batarde (Bélanjè bata), ou Mélongène-diable (Mélonjèn dyab) (Solanum rudepannum Dunal =  Solanum torvum Sw.)

la Bellangère batarde (Bélanjè bata), ou Mélongène-diable (Mélonjèn dyab) (Solanum rudepannum Dunal =  Solanum torvum Sw.)

Par la suite, toujours en Guadeloupe, sur Grande-Terre, dans des fourrés littoraux, j'ai trouvé une autre solanacée assez haute avec des tiges garnies de quelques épines orangées ressemblant aux aiguillons des rosiers, de grandes et longues feuilles brillantes et des fleurs plus fines; les fruits sont des grappes de petites baies vertes puis oranges, c'est le Picanier (Solanum racemosum), plus fin et élégant que la Bellangère batarde.

 le Picanier (Solanum racemosum), sur Grande-Terre
 le Picanier (Solanum racemosum), sur Grande-Terre

le Picanier (Solanum racemosum), sur Grande-Terre

A La Réunion, j’ai découvert le Bringellier marron, ou Tabac marron: Solanum mauritianum, un arbuste non-épineux atteignant souvent 2 m, originaire d’Amérique du Sud et non de l’ile Maurice. Les feuilles et jeunes tiges sont recouvertes d'un velours argenté et il dispose au contact de la tige avec les pétioles des feuilles, de petites oreillettes qui évoquent des stipules. Les fleurs sont bleu-mauve et les fruits jaunes ou orangés à maturité. Cette plante est donnée très commune en milieu humide sur l’ile, toutes ses parties sont toxiques. Solanum mauritianum est inscrit dans la liste des espèces envahissantes de La Réunion niveau 5 sur 5. Pour en découvrir une utilisation plus prosaïque des Réunionnais voir là :

http://www.mi-aime-a-ou.com/Solanum_mauritianum.php

 

 le Bringellier marron, ou Tabac marron: Solanum mauritianum
 le Bringellier marron, ou Tabac marron: Solanum mauritianum

le Bringellier marron, ou Tabac marron: Solanum mauritianum

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Arbustes, #Botanique, #iconographie, #Botanistes

Dans l’Himalayan journal, de  Joseph Dalton Hooker (1817-1911), quelques paragraphes sont consacrés plus spécifiquement aux Rhododendrons qu’il a rencontrés. J’en profite aujourd’hui pour placer ces commentaires (traduction approximative !) en regard des superbes gravures réalisées par Walter Hood Fitch (1817-1892).

Ce magnifique in-folio est sorti  en 1851: « The Rhododendrons of Sikkim-Himalaya » avec son père, Sir William Jackson Hooker,(1785-1865) comme co-auteur.

WH.Fitch disposait pour peaufiner la composition de ses planches, de descriptions et de croquis de terrain partiellement mis en couleurs et d’une très bonne précision botanique par Joseph Dalton Hooker. Plusieurs envois à Londres pendant son séjour au Népal, ont permis à cet ouvrage d’être réalisé dans un temps record, sans attendre le retour définitif  de JD.Hooker pour le mettre en œuvre.

Vol 1, p 220, en Nov.1848, Chapitre IX, Est du Népal

J'étais, le 25 novembre, équipé pour le voyage à Wallanchoon, avec un guide et des bottes de neige pour ceux que j'emmenais avec moi.

Le chemin s'étendait au nord-ouest de la vallée, qui devint densément boisée de Sapin argenté et de Genévrier; nous montâmes progressivement, traversant de nombreux ruisseaux issus de ravines latérales, et franchissant d'énormes masses de rochers. Bientôt des Rhododendrons à feuilles persistantes remplacèrent les sapins, poussant dans une profusion inconcevable, surtout sur les pentes exposées au sud-est, sans autres arbustes ou végétation arborescente, mais parsemés de Rosiers, Spirées, Genévriers nains, Bouleaux rabougris, Saules, et Chèvrefeuilles.

Ce qui m’a surpris, plus que la prévalence des buissons de rhododendrons, était le nombre d'espèces de ce genre, facilement reconnaissables par la forme de leurs capsules, la forme et le revêtement laineux des feuilles; aucun n'était en fleur, mais j'ai fait une riche récolte de graines. À 12 000 pieds (3700m), la vallée était sauvage, ouverte, et large, les pentes des montagnes étaient revêtues de buissons de rhododendrons vert foncé; la rivière coulait rapidement, interrompue par des chutes ici et là…

Des Rhododendrons nains aux feuilles fortement parfumées (R. anthopogon et R. setosum), et en abondance, un petit Andromède, avec des tiges ligneuses et des branches touffues, donnaient un aspect de lande à bruyère aux flancs des collines. La prévalence des lichens, commune à ce pays et à l'Écosse, qui colorait les roches, ajoutait une caractéristique supplémentaire à la ressemblance avec le paysage des Highlands écossais.

Rhododendron setosum, 1851, dans "Les Rhododendrons du Sikkim-Himalaya" J.D.Hooker, W.J.Hooker, W.H.Fitch

Rhododendron setosum, 1851, dans "Les Rhododendrons du Sikkim-Himalaya" J.D.Hooker, W.J.Hooker, W.H.Fitch

Vol 1, p 250, en Déc. 1848, Chapitre XI, Nango mountain

Nous avons passé la nuit à quelques kilomètres au-dessous de la grande moraine, dans une pinède (altitude 3300 m) en face de la gorge qui mène au col de Kambachen…

La route traverse le Yangma qui mesure environ quinze pieds de large (4 à 5 m), et monte immédiatement vers le sud-est, sur une moraine rocheuse, recouverte d'un épais fourré de rhododendrons, de sorbiers, d'érables, de pins, de bouleaux, genévriers, etc… le sol était couvert de flocons argentés d'écorce de bouleau, et de celle de Rhododendron Hodgsoni, aussi délicate que du papier de soie, et de couleur chair pâle. Je n'avais jamais rencontré cette espèce auparavant, et je fus étonné par la beauté de son feuillage, qui était d'un beau vert brillant, avec des feuilles de seize pouces (40 cm) de long.

Rhododendron Hodgsoni,  1851, dans "Les Rhododendrons du Sikkim-Himalaya" J.D.Hooker, W.J.Hooker, W.H.Fitch

Rhododendron Hodgsoni, 1851, dans "Les Rhododendrons du Sikkim-Himalaya" J.D.Hooker, W.J.Hooker, W.H.Fitch

Toujours à propos du même Rhododendron Hogsoni, dans le Vol 2, p.199, en Nov.1949, Chapitre XXV, Effects of frost on foliages. Chola Pass:

La nuit était brillante et étoilée: la température minimum tomba à 27 ° (-3° C), un fort vent du nord-est souffla dans la vallée, et il y eut une épaisse gelée blanche, qui fit que les yaks noirs se trouvèrent complètement poudrés. Les larges feuilles de R.Hodgsoni se recourbèrent, du fait de  l'expansion du liquide gelé dans la couche de cellules de la surface supérieure de la feuille, qui est exposée au plus grand froid du rayonnement nocturne. Le soleil les restaure un peu, mais plus l'hiver avance, plus elles s’enroulent irrémédiablement et pendent aux extrémités des branches.

Vol 1, p 272, en Déc. 1848, Chapitre XII, Yalloong valley, Kubra (Est Nepal)

Regardant vers l'est j'avais une vue splendide sur la large masse neigeuse de Kubra, bloquant, pour ainsi dire, la tête de la vallée par un écran blanc. Descendant à environ 3000 m, l'Abies Brunoniana est apparu, ainsi que de beaux pieds de Rhododendron Falconeri de 12 m de haut, et avec des feuilles longues de 48 cm! La partie supérieure de la vallée était peuplée d'Abies Webbiana.

Rhododendron falconeri, 1851, dans "Les Rhododendrons du Sikkim-Himalaya" J.D.Hooker, W.J.Hooker, W.H.Fitch

Rhododendron falconeri, 1851, dans "Les Rhododendrons du Sikkim-Himalaya" J.D.Hooker, W.J.Hooker, W.H.Fitch

Vol 2, p 150, en Oct. 1849, Chapitre XXIII, Tungu

Dans ces régions, beaucoup de mes chèvres et chevreaux moururent, de la mousse à la bouche et avec des grincements des dents. J'ai découvert ici la cause : leur consommation de feuilles du Rhododendron cinnabarinum («Kema Kechoong», Lepcha: Kema signifiant Rhododendron). Cette espèce seule est considérée comme toxique; et lorsqu'elle est utilisé pour alimenter un feu, elle fait gonfler le visage et s’enflammer les yeux; ce que j'ai observé à plusieurs reprises.

Rhododendron cinnabarinum, 1851, dans "Les Rhododendrons du Sikkim-Himalaya" J.D.Hooker, W.J.Hooker, W.H.Fitch

Rhododendron cinnabarinum, 1851, dans "Les Rhododendrons du Sikkim-Himalaya" J.D.Hooker, W.J.Hooker, W.H.Fitch

Vol 2, p 197, en Nov. 1849, Chapitre XXV, Laghep

Une longue marche sur une crête très raide et étroite nous a menés par une bonne route à Laghep, un refuge en pierre (alt. 3200 m) sur un plat très étroit. J’ai été bien occupé à la récolte de graines de rhododendrons, dont j’ai trouvé vingt-quatre sortes ce jour-là et le jour suivant.

Celles-ci se sont présentées dans l'ordre croissant suivant, commençant à 1800 mètres :

 R. Dalhousiae; R. vaccinioides; R. camelliaeflorum; R. arboreum.

Au-dessus de 2500 mètres:

R. argenteum; R. Falconeri; R. barbatum; R, Campbelliae; R. Edgeworthii; R. niveum;  R. Thomsoni; R. cinnabarinum ; R. glaucum.

Au-dessus de 3200 mètres:

R. lanatum; R. virgatum ; R. campylocarpum; R.ciliatum; R. Hodgsoni; R. campanulatum.

Au-dessus de 3600 mètres:

R. lepidotum; R. fulgens; R. Wightianum; R. anthopogon; R. setosum.

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Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #iconographie, #Arbustes

Le roman d’Amitav Gosh « Un fleuve de fumée », ne dépeint pas seulement le commerce de l’opium imposé aux chinois par les Européens à Canton, il nous parle aussi des échanges difficiles de plantes avec la Chine, pourtant ardemment souhaités par les botanistes et les horticulteurs de l’Ancien monde. Peut-on vraiment parler d’échanges, d’ailleurs ? Car les chinois ne semblent pas très intéressés par les plantes occidentales… Ils se font une idée très précise, en revanche, du jardin idéal et cette idée déconcerte les visiteurs occidentaux.

Dès 1804, Sir Joseph Banks envoie en Chine un écossais, William Kerr alors jardinier à Kew gardens, pour collecter des plantes et les expédier à Londres. Il n’est pas question de partir à l’aventure dans les campagnes chinoises, les occidentaux n’ayant pas le droit de sortir de l’enclave de Fanqui town, un bout de terrain au sud-ouest de Canton où se bousculent les factories des puissances étrangères. Les principaux produits négociés là par les Chinois étaient bien sûr le thé mais aussi la porcelaine et les anglais pour rétablir leur balance commerciale apportaient l’opium depuis l’Inde.

Chargement du thé à Canton, vers 1852, depuis l'île de Honam, au fond les factories de Fanqui-town, le jardin américain et l'église anglicane qui a brûlé en 1856.

En fait toute recherche de plantes chinoises aboutit sur un seul site de pépinières dont l’accès est permis aux étrangers : Les jardins de Fa-tee (ou Fa-ti), sur la carte ci-dessus, tout à fait dans le coin bas gauche. Le n°2 indique l'emplacement des Factories étrangères.

Sur l’ile de Honam au Sud de la rivière des Perles, il existe aussi quelques autres endroits visitables comme le temple ou les jardins privés de certains riches commerçants chinois qui font partie du Co-Hong, soit la Guilde des marchands chinois autorisés à commercer avec les étrangers.

C’est bien dans le jardin d’un de ces riches chinois du Co-hong, Conseequa, que John Reeves, en 1816, a découvert et a pu obtenir la Glycine (Wisteria sinensis) ; qu’il a envoyée en Angleterre d’abord sur le navire du capitaine Welbank, (c’est la plante peinte par Curtis, ci-dessous dans le Curtis's Botanical Magazine ) puis avec lui-même à bord sur le bateau du capitaine Rawes. John Reeves, était inspecteur du thé de la Compagnie des Indes orientales à Canton de 1812 à 1831, il fut chargé par Joseph Banks d'acquérir des plantes pour la London Horticultural Society.

Dans un ouvrage de cette période, on peut se faire une idée du magnifique jardin de Conseequa d’où provenait cette Glycine : « Chine: dans une série de vues, montrant les paysages, l'architecture et les habitudes sociales de cet ancien empire » par George Newenham Wright et Thomas Allom

Deux vues de la demeure et du jardin de Conseequa, marchand chinois du Co-hong
Deux vues de la demeure et du jardin de Conseequa, marchand chinois du Co-hong

Deux vues de la demeure et du jardin de Conseequa, marchand chinois du Co-hong

Autre exemple de ces riches demeures : le jardin de Howqua qui a été pris en photo par Felice Beato en 1860,

voir Felice Beato sur Google Arts et Culture : https://artsandculture.google.com/entity/%2Fm%2F0dqhzt

Howqua's gardens, photo de Felice Beato, 1860

Howqua's gardens, photo de Felice Beato, 1860

Pour l’ambiance des abords d’un temple bouddhiste à l’Ouest de Canton, ces deux photos de John Thomson datée  de 1870 environ, montrent deux hommes entourés de pots rehaussés à hauteur plus agréable et munis d’éventails. Selon Thompson, les pots abritaient des espèces de fleurs rares dont un beau spécimen de lotus sacré.

https://beinecke.library.yale.edu/collections/highlights/john-thomsons-illustrations-china-and-its-people-1873-1874

Dans un temple bouddhiste à l’Ouest de Canton, deux photos de John Thomson, 1874
Dans un temple bouddhiste à l’Ouest de Canton, deux photos de John Thomson, 1874

Dans un temple bouddhiste à l’Ouest de Canton, deux photos de John Thomson, 1874

Je vais maintenant laisser parler Jules Itier, un français moins connu que les botanistes et collecteurs anglophones comme William Kerr, Robert Fortune, Bradby Blake et John Reeves dont je ne suis pas sûre de bien traduire les propos ! Jules Itier a relaté ses visites de jardins chinois dans son « Journal d'un voyage en Chine en 1843, 1844, 1845, 1846 », qui aborde une quantité d’autres sujets passionnants.

« Les Chinois sont grands amateurs de fleurs et l’on peut en juger au soin qu’ils donnent, sous ce rapport, à la décoration de leurs jardins , dont toutes les balustrades, tous les murs à hauteur d’appui, sont garnis d’élégants pots de fleurs. Les gens de la ville trouvent à s’abonner chez des jardiniers fleuristes qui, moyennant une faible rétribution, couvrent de vases de fleurs, qu’ils renouvellent continuellement, les terrasses et l’intérieur de leurs demeures ; telle est la principale destination des jardins connus sous le nom de Fa-ti (terrains à fleurs), situés au-dessus de Canton près d’un embranchement que forme la rivière ».

Robert Fortune déclare également que dans cette dizaine de petites pépinières les plantes sont principalement conservées dans de grands pots disposés en rangées le long des côtés d'étroites allées pavées, avec les maisons des jardiniers à l'entrée par laquelle les visiteurs passent aux jardins. La photo ci-dessous de John Thomson nous donne un peu l’ambiance de ces pépinières bien qu’il ne mentionne pas être là aux Fa-tee gardens.

Photo de John Thomson, 1874

Photo de John Thomson, 1874

Puis, toujours Jules Itier parlant de Fa-tee sans s’extasier à outrance:

« Ces jardins, que je viens de visiter, n'offrent aucune plante rare ou curieuse; les chrysanthèmes, les balsamines, les belles de nuit, les géraniums, les juliennes dominent par leur nombre, au milieu des myrtes, des jasmins et des camélias; il n'y avait là pour moi que d'anciennes et agréables connaissances de nos jardins d'Europe. Les arbustes et les haies de ces jardins se font remarquer par le mauvais goût qui préside à leur taille ; ils offrent la forme de chiens, de buffles, de bateaux; c'est tout au plus si ces disgracieuses formes ont le mérite de la difficulté vaincue ».

Les Européens découvrent plus surpris qu’admiratifs, l’existence du Bonsaï : « Au surplus, on pourrait se faire une idée de la puissance des jardiniers chinois , en fait de monstruosités végétales , en voyant la jolie forêt d'arbres nains, qu'on était occupé à expédier dans un bateau à quelque riche mandarin de Canton ; qu'on se figure des ormes séculaires de 6 pouces de hauteur , aux troncs couverts de mousse , aux branches noueuses et contournées , présentant dans leur réunion sur une surface de terrain de 3 mètres carrés , l'aspect d'une forêt ombreuse , forêt en miniature , il est vrai , mais où les proportions étaient assez habilement conservés pour rendre l'illusion complète ; j'avais déjà vu , dans quelques maisons chinoises, des jardins en miniature , mais rien d'aussi parfait ne s'était encore offert à moi »

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Publié le par Claire Felloni
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Jean-Baptiste Labat, 1663-1738, dans le tome 3 d’une suite de 6 volumes (« NOUVEAU VOYAGE AUX ISLES DE L'AMERIQUE », voir à la fin de cet article) nous parle non en latin mais bien en un français très agréable à lire, des trois espèces de ‘médicinier’ qu’il a rencontré aux Antilles. Il se trouve que j’ai vu au moins deux de ces Jatropha (famille des Euphorbiacées), en Guadeloupe, identifiés avec quelques difficultés. C’est pourquoi j’ai trouvé intéressant d’enrichir cet article avec  ses écrits que je vous cite ici en regard de mes photos et de quelques gravures anciennes dont les incontournables belles représentations de Jean-Théodore Descourtilz, postérieures d’un siècle (1822) au texte de Labat de 1722. (En italique, son texte original).

« Il y en a de trois espèces. La plus commune que l’on trouve partout et dont on se sert plus ordinairement, est celle que je vais décrire ».

Il va nous parler de Jatropha curcas : le Médecinier purgatif ou Pignon d’Inde ou encore Pourghère ; en créole : Mèdsinyé blan ; Mèdsinyé baryè ; Mèdsinyé béni.

« Le Medicinier est fort commun aux isles. On s’en sert assez souvent pour faire des lizières ». (des haies, je pense, d’ailleurs il se multiplie facilement de boutures.)

« Sa fleur n’a rien de beau. Elle ne vient jamais seule, mais en bouquets composé de plusieurs fleurons d’un blanc sale tirant sur le vert. Chaque fleuron est composé de cinq feuilles en manière d’étoile, qui sont comme un cul de lampe arrondi avec un col plus resserré et terminé par l’extrémité des feuilles qui se renversent en dehors. Le fond du fleuron est garni et comme renfermé entre cinq petites feuilles ».

« C’est du centre de ces fleurs que l’on voit sortir le fruit, ordinairement il est de la grosseur d’une noix commune d’Europe. Son écorce est verte et luisante avant qu’il soit mûr ; elle devient jaune, unie et molasse quand il est mûr ; et brune, légère, ridée et cassante quand il est sec ».

« Elle renferme trois capsules presque triangulaires, dans chacune desquelles il y a une noix ou pignon, enveloppé de trois différentes enveloppes …» J’avoue ne pas avoir épluché ces pignons !

« On lui a donné le nom de Noix de Médecine ou de Pignon purgatif, à cause de la faculté qu’elle a de purger ... Quatre à cinq de ces noix selon l’âge et le tempérament des personnes qui s’en veulent servir, suffisent pour purger très bien. Mais quand on en prend une plus grande quantité, on s’expose à des vomissements cruels et à des évacuations trop grandes ». Attention ! De toute façon, les usages ne sont plus les mêmes, surtout des applications locales, pas d’usage interne.

Mais heureusement le Père Labat nous dévoile une recette moins radicale pour se purger, que vous pourrez tester après les fêtes :

« Les Espagnols, nos Chasseurs ou Boucaniers, nos Flibustiers et autres gens qui ont la pratique du pays, se purgent d’une manière encore plus facile et sans courir le moindre risque. Ils ne font que prendre une orange de la Chine, ou à son défaut une orange douce, ils la coupent par le milieu et couvrent de sel battu les deux moitiés qu’ils remettent l’une sur l’autre, et les laissent ainsi pendant douze ou quinze heures, après quoi ils les mangent à jeun, et ils sont assurés d’être très bien purgés et d’une manière douce et sans dégoût ».

 

Ci-dessous l’illustration de Jatropha curcas, issue de la Flore médicale des Antilles de Descourtilz ; dans le texte, il le nomme Medicinier cathartique et ajoute : (Purgatif drastique). Les représentations de Théodore Descourtilz sont très particulières, plus picturales que graphiques. Sont-elles stylisées ou trop rustiques ? Ou presque modernes de conception et très parlantes ? Je le laisse à votre appréciation…

Jatropha curcas dans la « Flore médicale des Antilles de Michel Etienne Descourtilz par Théodore Descourtilz

Jatropha curcas dans la « Flore médicale des Antilles de Michel Etienne Descourtilz par Théodore Descourtilz

Voici une illustration de la même époque mais plus fine et aboutie où je retrouve exactement la plante que j’ai vue ; elle se trouve dans l’Hortus botanicus Vindobonensis (1776) de Nicolaus Joseph Jacquin, c’est la planche 63 dont le texte (p 36)  renvoie aussi au Medicinier du Père Labat:  https://bibdigital.rjb.csic.es/viewer/14955

 

La deuxième espèce évoquée par le Père Labat, est très probablement d’après sa description Jatropha multifida (aux Antilles : Koray, Noisette purgative) une très belle plante que j'ai vue au Sénégal !

Je peux aussi vous montrer cette illustration : n°91 du « Paradisus Londinensis » de William Hooker, datée de 1805.

https://www.biodiversitylibrary.org/item/113616#page/209/mode/1up

 

La troisième espèce est très certainement le Jatropha gossypiifolia L., le Médicinier rouge ou Médicinier bâtard.

« Le medicinier de la troisième espèce est encore plus petit que celui de la seconde. Ce n’est qu’un arbrisseau de trois à quatre pieds de hauteur, gros à proportions ; les feuilles sont grasses, huileuses et molles ; elles sont colorées de vert de jaune et de rouge : elles sont plus entières et bien moins refendues que celles de la seconde espèce et tous leurs bords sont semés de petits points jaunes ».

« La fleur est comme une petite rose à cinq feuilles, toute ronde, de couleur de ponceau, dont le centre est garni de quelques petites étamines, couvertes d’une espèce de poussière dorée ».

« Le fruit n’est pas plus gros qu’une noisette dont le dehors est découpé et comme partagé en six parties égales, qui composent trois capsules qui renferment trois petites amandes bien plus délicates que celles des deux premières espèces, qui purgent plus doucement et avec moins de risque ». Maintenant, l’usage de cette plante doit être évité en voie interne, mais elle fait l’objet d’études pharmacologiques.

 

 On trouve aussi chez Descourtilz, toujours dans la « Flore médicale des Antilles, ou, Traité des plantes usuelles des colonies Françaises, Anglaises, Espagnoles et Portugaises », ce Jatropha sous le nom usuel de Medecinier multifide mais ce n’est pourtant surement pas le Jatropha multifida actuel cité plus haut: la description du n°2 du père Labat et l’image de William Hooker ne correspondent pas à cette image et même le texte de l’auteur (Michel Etienne Descourtilz) associé à l’image représenté par son fils Jean Théodore ne semble pas coïncider ! Je pense vraiment que cette planche représente Jatropha gossypifolia dont les feuilles sont beaucoup moins profondément divisées. Vous pouvez consulter la page de description p 304 et ainsi d’autres recettes purgatives qui font frémir:

https://www.biodiversitylibrary.org/page/2956571#page/378/mode/1up

"Flore médicale des Antilles" de Michel Etienne Descourtilz, dessin de Théodore Descourtilz

"Flore médicale des Antilles" de Michel Etienne Descourtilz, dessin de Théodore Descourtilz

Mon troisième Jatropha est encore une autre espèce. Il est surtout ornemental et d’origine cubaine. Le voici : c’est  Jatropha integerrima Jacq. (Epika, Epicar, Médsinyé).

L’illustration qui suit provient du Curtis’s Botanical Magazine, vol 36 de 1812, dessin de Sydenham Edwards

Le Révérend Père Labat, missionnaire dominicain sous le règne de Louis XIV est l’auteur d’un ouvrage très documenté :

« NOUVEAU VOYAGE AUX ISLES DE L'AMERIQUE, contenant  l'histoire naturelle de ces pays, l'origine, les mœurs, la religion et le gouvernement des habitants anciens et modernes: les guerres et les évènements singuliers qui y sont arrivés pendant le long séjour que l’auteur y a fait : le commerce et les manufactures qui y sont établies, et les moyens de les augmenter ; ouvrage enrichi d’un grand nombre de cartes, plans, et figures en taille-douce ». 

Plus d’éléments sur le Père Labat, sur https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Baptiste_Labat

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Publié le par Claire Felloni
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J’ai découvert l’existence du Bilimbi en 2017 en visitant le Parc archéologique et botanique des roches gravées de Trois Rivières sur Basse-Terre en Guadeloupe. Non pas que cet ‘Arbre à cornichons’ soit originaire des Antilles mais il fait partie des curiosités d’un jardin tropical qu’on a acclimaté en bien des endroits ! En fait, il est originaire de Malaisie, mais en 1793, il est introduit en Jamaïque, puis de là se répand dans toute l’Amérique tropicale et les Caraïbes.

Michel Etienne Descourtilz dans la « Flore médicale des Antilles ou Traité des plantes usuelles des colonies françaises, anglaises, espagnoles et portugaises » le fait figurer sous le nom de Carambolier cylindrique, son origine des Indes orientales et sa parenté avec la carambole (Averrhoa carambola) ne faisant déjà aucun doute. Il nous dit que :

« Ses fruits quoique mûrs, ne se mangent pas crus, parce qu’ils sont d’une acidité trop énergique ou concentrée ; mais on les fait cuire, ainsi que les tomates, avec le gibier ou le poisson, auxquels ils donnent un goût relevé et agréable. On les confit au sucre, au vinaigre, au sel, pour les manger comme les groseilles, les câpres et les olives. »

Flore médicale des Antilles de Michel Etienne Descourtilz, illustré pat Théodore Descourtilz

Flore médicale des Antilles de Michel Etienne Descourtilz, illustré pat Théodore Descourtilz

La floraison de cet arbuste peut paraître un peu surprenante en ceci qu’elle est cauliflore : les grappes florales sortent directement du tronc et des branches âgées, les corolles sont d’un beau rouge carmin et dans les grappes, sont mêlées de fruits déjà bien formés.

Sachant que cet arbuste appartient à la famille des Oxalidacées, on peut s’interroger sur le rapport avec ces petites herbacées que sont les oxalis : c’est en fait la présence dans ces plantes d’oxalate qui constitue le point commun aux diverses oxalidacées. Voilà d’ailleurs pourquoi le Bilimbi, très acide tel quel, en dehors de ses propriétés médicinales dans certains cas, devrait être consommé avec modération surtout sous forme de jus frais, car il pourrait nuire au fonctionnement des reins. Il est plutôt accommodé, par exemple à la Réunion, en Achars ou en Chutney. Ci-après, un lien sur une recette de Rougail sur le site de Mi-aime-a-ou :

Son nom latin  (Averrhoa bilimbi) fait honneur à Averroès, philosophe et médecin arabe du 12ème siècle, pour le genre, mais il est heureux que Linné ait quand même conservé pour préciser l’espèce le nom sous lequel il était depuis très longtemps connu en Malaisie.

 

Le Bilimbi figure sur une planche du 17ème siècle de l’ Hortus indicus Malabaricus (…continens regni Malabarici apud Indos cereberrimi onmis generis plantas rariores, Latinas, Malabaricis, Arabicis, Brachmanum charactareibus hominibusque expressas). Ce recueil de plantes  est rédigé par Hendrik Adriaan van Rheede tot Drakenstein, engagé à l’origine par la Compagnie néerlandaise des Indes orientales. Rheede devient ensuite gouverneur sur la côte de Malabar ; son Hortus indicus Malabaricus a été utilisée par Linné comme une référence pour les plantes du Sud de l’Inde.

"Hortus indicus Malabaricus" par Hendrik Adriaan van Rheede tot Drakenstein

"Hortus indicus Malabaricus" par Hendrik Adriaan van Rheede tot Drakenstein

 Dans l’Hortus indicus Malabaricus,  le nom usuel de Bilimbi, est accompagné comme c’est très rarement le cas dans les ouvrages de botanique de l’époque qui ne connaissent guère que le latin, des équivalences en arabe, en malayalam et en brahmane, car pour chacune des 740 planches, Rheede a su bien s’entourer et utiliser les savoirs ancestraux de la région pour enrichir son encyclopédie.

Voir sur Plant-Use, là 

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Publié le par Claire Felloni
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Au moins  trois Myrtacées aux fruits comestibles que j’ai vues et photographiées sont appelées communément Goyaves.

  1. Le Goyavier blanc (Psidium guajava L.), est présent aux Antilles depuis l’installation des Amérindiens dans les iles. L'espèce est très largement cultivée pour ses fruits dans les régions tropicales et subtropicales du monde entier, introduite dans l'ile de la Réunion en 1880, elle s’y est naturalisée.
Le Goyavier blanc (Psidium guajava) et une goyave coupée en deux
Le Goyavier blanc (Psidium guajava) et une goyave coupée en deux

Le Goyavier blanc (Psidium guajava) et une goyave coupée en deux

Mes photos sont prises à la Réunion, dans le cirque de Salazie, au bord de la Mare à Martin. J’ai coupé un fruit (diamètre d’environ 5 cm) en deux comme dans une planche de pomologie.

C’est aussi la représentation figurant sur ces deux aquarelles de Amanda Almira Newton (1914) provenant de la collection de l’United States Departement  of Agriculture.

 USDA Pomological Watercolor Collection (1872-1948)

Deux aquarelles de goyaves par Amanda Almira Newton (1914) provenant de la collection de l’U.S.D.A.
Deux aquarelles de goyaves par Amanda Almira Newton (1914) provenant de la collection de l’U.S.D.A.

Deux aquarelles de goyaves par Amanda Almira Newton (1914) provenant de la collection de l’U.S.D.A.

La Goyave figure sous le nom d’une de ses variétés, le Goyavier pyriforme dans la « Flore médicale des Antilles ou Traité des plantes usuelles des colonies françaises, anglaises, espagnoles et portugaises » par Michel Etienne Descourtilz. Cette publication de 1828, explique qu’aux Antilles sont cultivées également d’autres variétés : le Goyavier à fruits blancs, le Goyavier à gros fruits rouge ; puis que l’arbuste sans grandes exigences, peut s’installer facilement dans toute zone rudérale.

C’est une information que Jean Théodore Descourtilz, illustrateur pour son père Michel Etienne Descourtilz mais aussi ornithologue, donne également dans son ouvrage « Oiseaux brillans du Brésil ».

« Les semences de la goyave présentent cela de singulier qu’elles ne perdent rien de leur faculté germinative après avoir subi dans l’estomac de l’oiseau le travail de la digestion. Ceci explique le nombre immense de goyaviers qui pullulent dans des lieux où jamais peut-être l’homme ne songea à les propager »

L’oiseau posé sur un goyavier, représenté par Descourtilz sur cette lithographie coloriée à la main, est légendé comme Carouge puis dans un ouvrage plus complet et postérieur du même auteur comme Xanthornus jamacii, mais difficile de retrouver un nom actuel certain pour lui, dommage !  Toutefois, il ressemble fort à un Oriole, peut-être l’Oriole jaune (Icterus nigrogularis).

Actuellement, pour la goyave, on peut encore rencontrer deux noms latins : Psidium pomiferum L. et Psidium pyriferum L. ; en fait ce sont des synonymes reconnus de Psidium guajava L.

 

  1. On ne confondra pas en revanche le Psidium guajava  avec Psidium cattleianum soit le Goyavier ou Goyave de Chine. Cet arbuste originaire du Brésil, pas courant aux Antilles, introduit en 1818 à La Réunion s'y est largement naturalisé. Il donne un fruit assez semblable à la goyave mais plus rouge et plus petit, abondamment récolté pour des confitures et très riche en vitamines C. La petite fleur blanche avec son pompon fourni d’étamines est très conforme à beaucoup de corolle des Myrtacées.

Photos prises à la Réunion, dans le cirque de Salazie, au bord de la Mare à Martin.

 

Le Goyavier (Psidium cattleianum)
Le Goyavier (Psidium cattleianum)
Le Goyavier (Psidium cattleianum)

Le Goyavier (Psidium cattleianum)

 

 

Illustration de Psidium cattleianum : dessin de Sydenham Edwards, dans le  Botanical Register (1815-1828)

 

 

 

 

A la Réunion, en montant vers la Forêt de Bebour, nous avons vu beaucoup de familles ramassant les fruits de ce ‘Goyavier-fraise’ (Psidium cattleianum) pour faire des confitures, goûtées  à l'hôtel le soir même. Il faut ajouter que dans l’ile, ce Goyavier qui se trouve presque partout de 50 à 1000 m en zone sèche comme humide et même sur les coulées de lave, est une espèce vraiment envahissante qui nuit à de précieuses espèces endémiques, voir là :

 http://www.mi-aime-a-ou.com/Psidium_cattleianum.php

 

  1. Retour en métropole ! Près de l’entrée du Jardin du Bourg d’Anneville en Saire, (visite à l’automne 2020) un autre arbuste a attiré mon attention bien qu’il ne soit pas fleuri mais l’allure de ses fruits en formation et son beau feuillage brillant dessus et blanc velouté dessous m’ont intriguée. C’est le Goyavier de Montevideo  (Feijoa sellowiana), dont le fruit comestible, très riche en vitamines B et C rappelle au goût la goyave mais aussi l’ananas. D’ailleurs, à la Réunion, il est nommé Goyave-ananas.
Aquarelle de Ellen Isham Schutt, 1909 pour l’ USDA Pomological Watercolor Collection (1872-1948)
Aquarelle de Ellen Isham Schutt, 1909 pour l’ USDA Pomological Watercolor Collection (1872-1948)

Aquarelle de Ellen Isham Schutt, 1909 pour l’ USDA Pomological Watercolor Collection (1872-1948)

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Publié le par Claire Felloni
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Je me suis mise à creuser le sujet des Callistémons prosaïquement appelés « Rince-bouteille » à la suite d’une très intéressante visite au Jardin du Bourg d’Anneville en Saire, pour lequel voici quelques renseignements : https://www.cotentincotejardins.com/pages/nos-jardins-de-la-hague-au-val-de-saire/n-4-le-jardin-du-bourg.html

 

La plus belle espèce encore fleurie que m’a présentée le propriétaire était Callistemon brachyandrus Lindl. C’est un arbuste qui ne dépasse pas 3 m de haut. Pour celui-ci, l’identification semble assez facile de par ses feuilles en aiguilles et sans doute c’était le plus remarquable de la collection. Mais pour faire référence à ses véritables origines australiennes, le voici sur le Royal Botanic Garden Victoria :

https://vicflora.rbg.vic.gov.au/flora/taxon/73c451e7-6870-4738-b442-067fb4c8a462

Callistemon brachyandrus au Jardin du Bourg
Callistemon brachyandrus au Jardin du Bourg

Callistemon brachyandrus au Jardin du Bourg

Je n’ai pas vu dans ce jardin du Cotentin Callistemon citrinus (Curtis) Skeels  qui semble pourtant le plus couramment planté du genre Callistemon à notre époque, c’est aussi le plus rustique car c’est un genre frileux qui forcément se plaira davantage aux Antilles ou à la Réunion où il apparaît d’ailleurs sur le site « mi-aime-a-ou » : http://www.mi-aime-a-ou.com/callistemon_citrinus.php  

Cette espèce australienne a été introduite en Grande-Bretagne en 1789 par Joseph Banks. On peut consulter son origine sauvage toujours sur le Royal Botanic Garden Victoria où il figure sous le nom commun ‘Crimson Bottlebrush’:

https://vicflora.rbg.vic.gov.au/flora/taxon/854224ac-ba1d-4020-9fed-e483a7d22cbb

 

Je ne pense pas avoir vu non plus dans le jardin du Cotentin (ou peut-être était-il défleuri...) Callistemon speciosus (Sims) Sweet, qui est originaire d’Australie occidentale, c’est un petit arbre plutôt qu’un arbuste car il peut monter à 8 m de haut. Les critères de reconnaissance pour lui seraient un port plutôt érigé, des feuilles à nervures un peu saillantes et à la pointe aigüe et des étamines rouge carmin à anthères jaune d’or.

Il n’a pas moins de sept synonymes (dont Metrosideros glauca , voir ci-dessous) car historiquement il a fait couler beaucoup d’encre ! L’espèce est donc bien représentée (ici par Pierre-Joseph Redouté) dans l’iconographie  du 19ème siècle (Bonpland, A., Description des plantes rares cultivées à Malmaison et à Navarre (1812-1817).  

Bonpland, Aimé, 1773-1858 « Description des plantes rares cultivées à Malmaison et à Navarre »

Bonpland, Aimé, 1773-1858 « Description des plantes rares cultivées à Malmaison et à Navarre »

Callistemon viminalis (Sol. ex Gaertn.) G. Don était la seconde espèce encore en fleurs présentée au Jardin du Bourg ; il est doté d’un port plus lâche et pleureur, il peut monter à 5 à 7 mètres. Les feuilles sont linéaires-oblongues larges d’environ un centimètre. Les étamines coiffées d’anthères sombres fusionnent en un anneau à la base. Je l’ai vu et photographié, identifié comme tel par le propriétaire du Jardin:

Callistemon viminalis au Jardin du Bourg d'Annevile en Saire
Callistemon viminalis au Jardin du Bourg d'Annevile en Saire
Callistemon viminalis au Jardin du Bourg d'Annevile en Saire

Callistemon viminalis au Jardin du Bourg d'Annevile en Saire

Pour la troisième espèce qu’il m’a montré, un Callistemon salignus ‘Perth Pink’, il ne restait plus que les fruits : on peut voir qu’ils restent longtemps en place. Dans leur pays austral d’origine c’est parfois le passage du feu qui libère les nombreuses petites graines de ces coques solides. J’ai retrouvé ce cultivar sur le site d’une pépinière spécialisée dans les plantes d’origine australe où j’aurai surement d’autres occasions de faire un tour:

 http://www.pepiniere-railhet.fr/callistemon-salignus-perth-pink-c2x24537605

Callistemon salignus 'Perth Pink' au jardin du Bourg

Callistemon salignus 'Perth Pink' au jardin du Bourg

Callistemon salignus est aussi cultivé depuis longtemps puisqu’il figure sous le nom ancien de Metrosideros lophanta sur l’ouvrage de Pierre Etienne Ventenat «  Description des plantes nouvelles et peu connues cultivées dans le jardin de J. M. Cels » 1800-1803

Callistemon salignus dans «  Description des plantes nouvelles et peu connues cultivées dans le jardin de J. M. Cels »

Callistemon salignus dans « Description des plantes nouvelles et peu connues cultivées dans le jardin de J. M. Cels »

Un petit tour aux Antilles maintenant:

D’après la Flore illustrée des phanérogames de Guadeloupe et de Martinique, sous la direction de Jacques Fournet, Callistemon speciosus (Sims) Sweet serait le plus probable aux Antilles. Cependant, concernant un petit arbre d’ornement vu en Guadeloupe sur Terre de Bas, j’hésite plutôt entre les deux autres espèces possibles citées par Fournet: Callistemon viminalis ou bien Callistemon citrinus, car le feuillage semblait plus long et soyeux sans nervures visibles et les anthères foncées, on peut le voir également sur cette photo de mon compagnon ; le « Rince-bouteille » s’y trouve en plaisante situation de repas pour un colibri : le Falle-vert (Eulampis holosericeus). La photo est prise au même endroit que les photos qui suivent, sur la petite place centrale à Terre de Bas.

Vous pouvez voir bien d’autres oiseaux en allant visiter la rubrique du séjour en guadeloupe 2020, cliquez  pour visiter cette page des Carnets Naturalistes Sarthois de Christian Kerihuel  http://christian.kerihuel.free.fr/

 

 

Le Callistemon de Terre de Bas en Guadeloupe
Le Callistemon de Terre de Bas en Guadeloupe
Le Callistemon de Terre de Bas en Guadeloupe

Le Callistemon de Terre de Bas en Guadeloupe

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Publié le par Claire Felloni
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Nikolaus Joseph Jacquin (1727-1817) fut certes un grand botaniste, mais il fut aussi un excellent dessinateur , ce qui n’est pas obligatoire pour un botaniste qui peut se contenter de faire des herbiers, mais cela donne plus d’intérêt aux dessins et croquis qu’il a pu faire de plantes exotiques ‘in situ’. C’était plutôt une exception à une époque où de nombreux dessins et gravures étaient reconstruits d’après des herbiers et les souvenirs de l’observateur parfois appuyés par des croquis très sommaires pris sur le vif.

Jacquin est envoyé ses études à peine achevées aux Caraïbes pour inventorier et rapporter des plantes destinées à enrichir la serre du parc de Schönbrunn. On peut voir sur la carte tenue par deux indiens Caraïbes, entourés d’un décor exubérant, que Jacquin a visité les iles de Cuba, de la Jamaïque, de Saint-Domingue et de la Martinique.

Le frontispice de Selectarum stirpium americanarum historia

Le frontispice de Selectarum stirpium americanarum historia

Pour « Selectarum stirpium americanarum historia » Nikolaus Joseph Jacquin, âgé de 27 ans a produit ces gravures conformes à des dessins précis faits sur place. Il semble qu’il a voulu s’en tenir assez strictement à ce qu’il avait noté et ces planches gravées à son retour des Caraïbes, que certains trouvent un peu trop ‘brutes de décoffrage’, moi, je leur trouve beaucoup de simplicité et d’exactitude. On peut sentir l’importance qu’il accordait à cette démarche en observant sa signature par exemple sur cette Canne d’eau (Costus spicatus) : Jacquin ad vivum delineavit. Par la suite, au cours de sa longue vie, il saura s’entourer de dessinateurs de grand talent qui bien sûr donneront des planches plus raffinées que celles-ci…

 

La Canne d'eau (Costus spicatus) en Guadeloupe

La Canne d'eau (Costus spicatus) en Guadeloupe

Le reste de son existence se passera en Autriche où invité par l’impératrice Marie-Thérèse, il dirigera le Jardin botanique de Vienne. Son apport à la connaissance des plantes aussi bien européennes qu’américaines sera considérable, par le biais de très beaux ouvrages, aidé en cela par des peintres très doués comme d’abord Franz Anton von Scheidel (1731-1801) pour le  « Hortus botanicus Vindobonensis », et le « Flora austriaca ».

Le « Icones plantarum rariorum » est illustré principalement au début (Vol. 1 and vol. 2 fasc. 1–4) par Joseph Hofbauer (1832-1878), puis par les frères Bauer. Jusque vers 1786 c’est Franz Bauer (1758–1840) qui travaille pour Jacquin, puis  c’est Ferdinand Bauer (1760–1826), jusque vers 1788.

Deux autres dessinateurs ont travaillé avec Jacquin et Scheidel pour « Plantarum rariorum horti caesarei schoenbrunnensis » (1767-1797-1804): Johannes Scharf (1765–1794) et Martin Sedelmayer (1766–1799).

Les graveurs n’ont guère laissé leur nom sur les planches et encore moins les petites mains qui rehaussaient de couleurs toutes ces gravures en noir et blanc.

J’ai à mon habitude choisi quelques planches pour lesquelles je disposais de photos prises sur place à La Réunion ou en Guadeloupe.

Ci-dessus les fruits et les fleurs du Palétuvier gris (Conocarpus erectus L.)  de la famille des Combretacées, les fleurs sont de petits pompons crème que j’ai bien vu cette fois. En 2017 j’avais vu les fruits que Fournet dans sa Flore illustrée des phanérogames de Guadeloupe et de Martinique dit semblables à de petites pommes de pin mais qu’il nomme plus botaniquement des « drupes squamuliformes », sur Grande-Terre à la Pointe des Châteaux. C’est un arbre typique des lisières de mangrove ou des plages humides.

A La Réunion j’avais admiré un grand et vieux Tamarinier (Tamarindus indica L.) de la famille des Fabacées ; il donne les fameuses gousses dures  comestibles et médicinales.

J’avais trouvé très élégantes les fleurs de la Solanacée ci-dessous, plus grandes que celles de notre Douce-amère ; c’est le Bois teurtre ou en créole le Pikannyé (Solanum racemosum Jacq. ou Solanum bahamense L.).

 

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