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Botazoom, Botanique et Iconographie

Botazoom, Botanique et Iconographie

Ce blog est destiné aux curieux de botanique. En s’appuyant sur les photos que j’ai pu faire en voyage, et sur de l’iconographie ancienne, il rentre un peu dans les détails qui m’ont permis d’identifier une espèce, mais son contenu doit être considéré comme celui d’une botaniste amateur !

Publié le par Claire Felloni
Publié dans : #Botanique, #iconographie, #Fleurs

Les nombreuses orchidées que nous avons photographiées en Dordogne récemment m’ont donné envie de faire des recherches iconographiques sur le sujet et comme je m’y attendais un peu, de nombreuses approximations et confusions anciennes rendent tout inventaire des illustrations difficile. D’ailleurs, la famille des Orchidées reste en constante évolution jusqu’à maintenant quant à sa nomenclature.

Limitée par l’accès difficile à certaines images et les difficultés du latin, j’ai choisi un seul ouvrage bien numérisé : « Plantarum seu stirpium icones » (1581) de Matthias de l’Obel. On avance là d’un bon cran dans la connaissance des orchidées puisqu’il existe dans cette parution 44 bois gravés présentés par paire, mais il y a surement des redites et au final, 14 environ sont clairement identifiables. Je vous montre les planches plus lisibles dans cet ouvrage mais il vient en fait juste après un autre « Plantarum seu Stirpium historia » également de Matthias de l’Obel (1576) dans lequel a œuvré  un savant belge, Cornelius Gemma, sans doute le premier à défricher cette grande famille des Orchidées d’Europe. Les mêmes bois gravés d’après les dessins de Pieter van der Borcht, figurent dans plusieurs ouvrages de cette époque, de Rembert Dodoens, Charles de l’Ecluse et Matthias de l’Obel.

Les  espèces qui suivent figurant dans le Plantarum seu stirpium icones (1581) de Matthias de l’Obel sont suivies de ces mêmes espèces photographiées en Mai en Dordogne. Ces quelques espèces ne prêtent guère à controverse : elles sont faciles à distinguer et ne sont pas très rares. La morphologie typique des parties souterraines permettait d’établir tôt des genres différents notamment entre les « Couillons de chien » (traduction commune du grec Cynosorchis pour tous les ouvrages de l’époque traduits en français) et les « Palma-christi » de Pierandrea Matthioli (les Dactylorhiza aux racines digitées) mais beaucoup de confusions persisteront un temps et les descriptions s’attardent trop peu sur la morphologie des fleurs.

L’Orchis mâle (Orchis mascula L.) et l’Orchis bouffon (Orchis morio L.) « Plantarum seu stirpium icones » (1581) de Matthias de l’Obel

L’Orchis mâle (Orchis mascula L.) et l’Orchis bouffon (Orchis morio L.) « Plantarum seu stirpium icones » (1581) de Matthias de l’Obel

L’Orchis mâle (Orchis mascula L.)

On peut voir en haut la mention de Cornelius Gemma pour la détermination. A gauche c’est l’Orchis mâle avec déjà à cette époque des appellations variées ; celle de Leonhart Fuchs, Orchis mas angustifolia ressemble bien au nom actuel Orchis mascula (L.) L. En fait Linné l’avait, avant de se raviser, classé comme une variété d’Orchis morio (Orchis morio var. mascula) et on peut en voir l’origine dans le nom de Cynosorchis Morio figurant là à gauche !

Orchis mâle en Dordogne

Orchis mâle en Dordogne

Le Cynosorchis Morio femina à droite est devenu Orchis morio L. puis plus récemment Anacamptis morio (L.) R.M.Bateman, Pridgeon & M.W.Chase. C’est en français l’Orchis bouffon. La photo que j’ai prise en Catalogne représente en fait une sous-espèce encore parfois contestée, Orchis morio subsp. picta, plus délicat et élancé de silhouette et plus méditerranéen. Maintenant c’est Anacamptis morio subsp. picta (Loisel) Jacquet & Scappat dont le nom français serait l’Orchis peint.

Orchis morio subsp picta en Catalogne sur la Sierra de Mongri

Orchis morio subsp picta en Catalogne sur la Sierra de Mongri

Ophrys insectifera L. dans « Plantarum seu stirpium icones » (1581) de Matthias de l’Obel

Ophrys insectifera L. dans « Plantarum seu stirpium icones » (1581) de Matthias de l’Obel

L’Ophrys mouche (Ophrys insectifera L.) : des appellations désuètes synonymes figurent au crayon, par exemple en bas Ophrys muscifera Huds. (1762). Je ne suis pas parvenue à trouver qui a ajouté les mentions manuscrites sur ce volume, propriété du Jardin botanique du Missouri (Bibliothèque Peter H. Raven) mais elles sont, de toute façon, plus récentes que le petit ajout à l’encre en haut : Orchis Serapias tertius D. Le D. représente l'auteur, Rembert Dodoens et le même bois gravé figure effectivement sous ce nom dans « Remberti Dodonaei ... Stirpium historiae pemptades sex, sive libri XXX ».

Ophrys insectifera L. en Dordogne

Ophrys insectifera L. en Dordogne

L’Orchis incarnat, (Dactylorhiza incarnata (L.) Soó, 1962) est une de ces espèces au tubercule digité que Pierandrea Matthioli nommait Palma-Christi, très tôt différencié par les anciens bien que la mention au crayon sur la gauche montre que Linné le nommait encore Orchis latifolia L., en 1754. Dans son Species plantarum de 1753, Linné différencie quand même  les « Orchis Bulbis palmatis » et dans cette section on retrouve cet Orchis latifolia subdivisé lui-même en 4 sous-espèces. Je pense sans certitude que mon Dactylhoriza incarnata est nommé par lui d’abord : Orchis palmata palustris latifolia, avant de devenir en 1755 : Orchis incarnata L.

La mention à l’encre en haut de l’estampe ci-contre du « Plantarum seu stirpium icones » (1581) de Matthias de l’Obel est Satyrium basilicum foliosum D.

En effet, Rembert Dodoens fait figurer la même gravure sous ce nom dans son « Stirpium historiae pemptades sex, sive libri XXX ». Il donne un nom français : Satyrion royal qu’on retrouve aussi dans la traduction de Charles de L’Ecluse « Histoire des plantes » 1557.

Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur les orchidées de Linné, un PDF intéressant :

https://sfola.fr/wordpress/wp-content/uploads/2018/05/Les_orchidees_de_Linne.pdf

Ce Dactylhoriza incarnata est assez aisé à identifier car son inflorescence est rythmée par de longues bractées en boucle dépassant même le sommet de l’épi. Je l’ai trouvé avec plaisir dans une petite prairie humide à côté des Eyzies de Tayac.

Le Dactylorhiza incarnata de Dodoens dans "Stirpium historiae pemptades sex"

Le Dactylorhiza incarnata de Dodoens dans "Stirpium historiae pemptades sex"

Dactylorhiza icarnata (L.) Soó, en Dordogne

Dactylorhiza icarnata (L.) Soó, en Dordogne

La Néottie nid d’oiseau (Neottia nidus-avis L.) Cette petite espèce dépourvue de chlorophylle et dotée de racines très particulières a très vite été identifiée sans problème. On constate sur les mentions crayonnées que le souci était plutôt de la classer dans le bon genre… En 1753, Linné la nomme Ophrys nidus-avis (au crayon à gauche), puis Crantz la baptise  en 1769 : Epipactis nidus-avis,  et son nom final, Neottia nidus-avis (L.) Rich., 1817, montre qu’un genre a été créé pour elle. C’est un pléonasme car Neotteia en grec signifie déjà nid !

La Neottia nidus-avis de « Plantarum seu stirpium icones » (1581) de Matthias de l’Obel

La Neottia nidus-avis de « Plantarum seu stirpium icones » (1581) de Matthias de l’Obel

Neottia nidus-avis L. en Dordogne

Neottia nidus-avis L. en Dordogne

Beaucoup à dire et à montrer sur ce sujet des orchidées de France, ce sera pour un prochain article!

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Elizabeth 15/06/2021 18:06

Les annotations au crayon rendent ces gravures très vivantes. Quand j'en rencontre, j'ai du mal à les identifier, je me contente du terme "orchidée", je ne suis pas aussi spécialiste que toi! Bonne fin de journée.
Amitiés
Elizabeth

Claire Felloni 15/06/2021 18:39

Merci Elizabeth, je pense que c'est un peu pointu cet amoncellement de noms successifs, mais c'est toujours mon plaisir de faire des petites enquêtes sur le thème botanique!